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ALFRED SWAN

 

Qui n'a jamais rêvé, au plus profond de son âme, de pouvoir un jour s'exprimer avec clarté et limpidité sur un sujet qui lui tenait particulièrement à coeur?

 
 

Cette pensée profonde que je vous livre telle qu'elle, mon cher lecteur, elle m'est venue tout à fait par hasard, alors que je m'apprêtais à faire mes premières recherches sur le thème de la créa- tion littéraire : thème souvent abordé par les amateurs d'art, mais rarement approfondit par ces derniers. Car il faut le souligner, les écrivains laissent très peu de traces sur leurs propres créati- ons et ceci très certainement par superstition à l'égard de leur oeuvre où le mystère doit régner, tels des sorciers vaudous qui se taisent aussitôt qu'on leur parle de leur pouvoir magique. Jama- is ils vous en parlerons de peur qu'on leur vole! Et je peux parfaitement les comprendre( étant moi même un écrivain dillétant) ou plutôt à moitié, car leur comportement n'arrange pas vraim- ent nos affaires pour poursuivre notre récit et on peux le déplorer malheureusement. Mais rest- ons optimiste, mon cher lecteur, et entrons dans le vif du sujet afin d'éclairer nos propos. Tout d'abord signalons, à ceux qui ne le sauraient pas, mais la plus part de nos grandes découvertes ont été faites par hasard et non par ce qu'on pourrait appeler par l'étude opiniâtre d'une chose pr- écise Ainsi on pourrait dire sans bien se tromper qu'en cherchant une chose on en découvait une autre. Comme Christophe Colomb découvrant l'Amérique en croyant être arrivé aux Indes! Des- tin ô combien magnifique pour un homme et pour l'humanité, n'est-ce pas? Oui, j'en conviens que tout cela puisse vous paraître contradictoire, voir trop beau pour être vrai. Mais c'est la vér- ité sur ce qu'on appelle les origines des grandes découvertes et qui peuvent sceller définitiveme- nt le destin d'un homme, ou bien, d'une société toute entière pour allez jusqu'au au bout de no- tre pensée.

Moi même, combien de fois, j'ai voulu être le plus heureux des hommes en faisant des efforts surhumains, mais sans réellement y parvenir? Je ne pourrai vous dire le nombre exact de tentati- ves que j'ai faites et qui se sont soldées pour la plus part par des échecs cuisants. J'ai bien évid- emment analysé les raisons de mes échecs et j'ai compris que mon erreur était inscrite dans ma démarche, car je voulais absolument être heureux comme si cela se décrétait! Quelle erreur de ma part! J'en rougis parfois en y pensant. Mais rassurez-vous, mon cher lecteur, tout cela est bien terminé pour moi et je savoure aujourd'hui tous ces instants de bonheur avec ma femme Clotilde dont je suis amoureux fou. Notre maison se situe sur les hauteurs de Menton où la vue m'offre un paysage magnifique fait de fleurs et de montagnes, sans oublier, l'étendue bleue de la mer qui me ravit chaque matin au petit déjeuner sur la terrasse. C'est exquis, je n' ai rien d' autre à dire. A propos de ce qu'on vient de parler, de ce bonheur qui nous échappe souvent, une lectu- re de jeunesse me revient à la mémoire; elle est celle d'un poète grec qui vivait à Athènes en l'an 1500 av JC et qui semble nous raconter la même chose. Étrange, non?

LACRIUS    1500 av JC

Durant ma jeunesse, une seule chose occupait alors mes pensées, c'était de jouir de la vie et de cueillir ses plus beaux fruits dans le jardin des Espérides. Les jeunes filles et les jeunes garçons ont été bien évidemment mes fruits préférés, je ne pourrai vous le démentir et vous l'avouerai sans aucune honte dans cet écrit voué à la postérité. Mais ce qui me choque le plus aujourd' hui, ce n'est pas cela, mais plutôt d'avoir perdu le bien auquel je tenais le plus dans ma vie et qui s' appelle ma jeunesse et que je croyais auparavant éternelle! Et si le poète que je suis, vous parle de cette façon si désarmante, c'est qu'il sait de quoi il parle, croyez-le. Car lui seul peut raviver au fond de sa mémoire les passions de son coeur qui sont toujours vivaces. Une petite anecdote si rapportant pourra vous aider à mieux comprendre ce dont il sagit. La voici.  

La nuit dernière, alors que je terminai tranquillement mon repas, j'entendis brutalement le vent se lever au dessus de mon toit et qui poussa ma curiosité naturelle à aller voir dehors comment les éléments étaient déchaînés. Connaissant mon tempérament téméraire, j'allai jusqu'au bord de la falaise pour voir les flots de la mer où je fus surpris par le spectacle grandiose qu'elle m'off- rait: des vagues énormes se fracassant contre les rochers ainsi que la vue de plusieurs bateaux en perdition à l'horizon où des marins étaient jetés dans les flots comme des fetus de paille! Ce sp- ectacle grandiose me rappelait étrangement celui de ma jeunesse avec ses passions tumulteuses où la raison fut souvent absente. Mais signalons au passage, que sans cette ignorance des dang- ers, nous aurions été vieux avant l'âge, ne nous le cachons pas. Mais aussi ô combien de jeunes gens morts à la fleur de l'âge par bravoure ou par naïveté? Je vous laisse imaginer le nombre, mon ami.

Pour poursuivre mon récit..pris par la peur d'être emporté par le vent violent, je m'abritai sous un arbre où, appuyé contre, je pleurai comme un enfant pendant un long moment. Oui, je pleur- ai sur ce que j'avais perdu de plus cher à mes yeux et qui s'appelait ma jeunesse. Regardant ens- uite mes deux mains, devenues noueuses avec le temps, comme deux vieilles racines, je mépris- ai son sale travail qu'il effectuait sur nous les pauvres créatures vivantes. Puis regardant une no- uvelle fois le vide qu'il y avait autour de moi, je pensai à tous mes amis qui étaient morts depuis longtemps et qui ne reviendront plus jamais me consoler de toutes mes peines et de cette nuit, tout particulièrement. Emporté par le désespoir, je voulus alors me jeter du haut de la falaise pour en finir avec cette vie qui n'en valait plus la peine; mais pensant à mon chien que j'avais la- issé tout seul à la maison, j'abandonnai cette sombre idée et allai le rejoindre près du feu où ce- lui-ci me montra tant d'affections. Nous étions bien tous les deux et m'en voulus terriblement d' être sorti de la maison ce soir là pour voir la tempête. La prochaine fois, je me disais, que je serai plus prudent afin que cela n'arrive plus.

Voilà, en voulant voir la tempête, notre vieux poète retrouvait le souvenir de sa jeunesse et en même temps faisait le triste constat de sa perte. Et nous pourrions aussi ajouter, pour notre plus grand bonheur, que notre vieux poète eut beaucoup de chance d'avoir quelqu'un qui l'attendait à la maison, en particulier, son chien, sinon on aurait rien su de son histoire. Voilà comment se font les histoires et arrivent jusqu'à nous par des chemins tortueux, et disons-le clairement, sou- vent par un heureux hasard. Car qui d'entre nous aurait eu l'idée de garder les écrits d' un vieux poète dans son placard durant 1500 ans? Reponse: personne. Et pourtant, ils sont arrivés jusqu'à nous dans un état de conservation qui nous permet aujourd'hui de les étudier. Moi j'appellerai ça la providence ou le destin, appelez-le comme vous voulez. Bien sûr, il y eut aussi dans leur vie des mécènes et des protecteurs d'oeuvres d'arts, heureusement. Mais comment ont-ils fait ses écrits pour traverser les guerres, les révolutions, les famines et surtout le manque de papier pour allumer un feu de cheminée? Ceci reste pour moi un grand mystère que seul le hasard ou la pro- vidence peut expliquer. Et cela me fait tout particulièrement sourire, quand je pense à tous ces auteurs de livres à succès ou bestsellers qui se croivent éternels parce qu'ils vendent! Comme on les voit souvent à la télé, cela me fait éclater de rire à chaque fois et, en particulier, quand ils prennent cet air solennel en cette occasion.

Je trouve qu'ils en font un peu trop pour être francs avec vous, car c'est pour moi une chance formidable d'avoir du succès auprès de ses contemporains. Mais demandez à la postérité que son oeuvre lui survive, c'est une aberration, voire une totale absurdité! Moi même, Alfred Swan, romancier de son état, j'ai connu ce genre de succès avec un de mes ouvrages qui s'appelait : les îles gourmandes. Je pourrais vous en parler longuement; mais sachant que ce livre je l'avais éc- rit suite à une invitation du prince de Monaco sur une de ses îles paradisiaques, situées dans les Caraïbes, je doute fort que ce livre restera dans la mémoire collective! Et que dire aussi des au- tres livres écrits dans le confort et dans le luxe sucré des plus grands hôtels de la planète? Entre nous, soyons franc, le destin d'une oeuvre est dûe essentielement au hasard, car pour qu'elle vo- us survive il faut qu'elle soit redécouverte comme un trésor par des hommes et par des femmes qui ne sont plus de votre temps, mais appartiennent aux temps futurs.Vous dire un total mys- tère quant à leurs goûts intellectuels, artistiques ou autres perversions etc, sans parler aussi des catastrophes qui pourraient arriver et faire brûler toutes les bibliothèques de la terre. Je n'oser- ai donc pas lancer des plans sur la comète. Voilà ce que j'avais à dire sur cette folie des auteurs d'aujourd'hui qui, parce qu'ils vendent, croivent avoir du génie. Tout cela est absurde.

Je viens de faire lire ce premier chapitre à ma femme et elle m'a dit qu'elle le trouvait trop lourd et trop complexe pour être lu par le commun des mortels. Bien évidemment, j'ai été très gêné par sa remarque et on a faillit se disputer. Mais je crois que c'est elle qui a raison, car les fem- mes savent ce qui plaisent aux femmes surtout en matière de lecture. Je pense que le prochain chapitre de mon livre sera plus léger, disons, comme une bulle de champagne? Oui, c'est bien cela que je lui est promis. Alors elle m'a embrassé et m'a dit : Chéri, n'oublie pas que ce sont les femmes qui achètent tes livres! En disant cela, elle m'a fait rougir; puis pour me venger je l'ai prise par la taille et l'ai renversé sur le canapé.

-Oh chéri, arrête,  tu vois pas que tu me fais mal? me dit-elle, trouvant mon geste trop brutal. Pourtant je me sentais bien serré contre elle, contre son sein que je sentais palpiter sous mes doigts.

Mais vas-tu me lâcher, petit vicieux! me lança-t-elle à la figure.

-Mais chérie, tu ne veux pas?

-Non, je te dis. Non, parce que je ne pense pas que se soit le bon moment. Et puis tu as ton livre à écrire. Tu n'as même pas fini le premier chapitre que tu veux déjà goûter au gâteau. Allez, bas les pattes!

Alfred était vraiment gêné par la réaction de sa femme Clotilde et la rougeur sur son visage trahissait bien évidemment son embarras. Il regagna alors le siège de son bureau comme un petit enfant en faisant l'amère constat que sa femme avait le cœur sec, bref, qu'elle était une véritable femme d'affaire où le travail devait passer avant le sexe. Et qu'en se mariant avec elle, il savait très bien que sa vie ne serait pas de tout repos. Mais il lui fallait une femme comme elle, dure aussi bien en amour qu' en affaire, car elle seule savait l'attacher à sa table de travail afin qu'il écrive ses chefs-d'oeuvre où, il faut le dire, l'empreinte de sa femme était comme imprimée à l' encre invisible. Alfred Swan, le célèbre auteur de romans d'amour, écrivant seul ses romans? U- ne complète gageure, pensait-il dans son for intérieur. Mais tout de même humilié par sa fem- me, il prévoyait une petite vengeance dans le prochain chapitre. Bien sûr, elle n'en saura rien, sauf au moment de le lire!

Angleterre, Château de Watergrown, propriété de Lord Bretjones, le 6 Octobre 1853

Après qu'elle eut embrassé son mari, puis souhaité un bon voyage( celui-ci devait se rendre à Londres pour une affaire d'une extrême importance), Josépha remonta aussitôt dans ses apparte- ments et s'y enferma à double tour; mais impressionnée par l'obscurité qui y régnait, elle partit instinctivement vers la fenêtre où le rideau n'avait pas été tiré. En ouvrant celui-ci énergiqueme- nt, elle vit apparaître les premières gouttes de pluie s'abattre contre la vitre, puis quelques inst- ants plus tard, un torrent de pluie inonder le perron du château; ce même perron que son mari venait tout juste de quitter. Ca, c'est pas de chance pour lui! dit elle à moitié navrée. Puis levant une dernière fois ses yeux vers cet horizon trempé, elle aperçut au loin le carrosse de son mari s'enfoncer dans la brume, puis disparaître tel un vaissau fantôme. Adieu, mon ami! dit-elle brut- alement.  

Quelques jours plus tôt, un coursier de sa gracieuse majesté se présenta à la propriété du Lord. Celui-ci frappa contre le carreau de la fenêtre qui donnait sur la salle du rez-de-chaussée : Toc! Toc! Toc! Quelques instants plus tard, un domestique vint à sa rencontre.

-Oui, c'est pourquoi?

-J'ai une lettre pour sir amiral Bretjones.

-Très bien, donnez la moi, je vais la lui porter.

-Désolé, mais je dois lui remettre en mains propres!

-Très bien, veuillez me suivre..

Les deux hommes traversèrent la grande salle du rez-de-chaussée qui donnait sur les jardins pri- vés de Madame et Monsieur Bretjones. Ce matin, Josépha avait décidé d'y prendre son petit déj- euner avec son mari, car hier son jardinier lui avait prédit pour aujourd'hui une journée ensolei- llée et ne s'était point trompé. Arrivé de l'autre côté, le domestique pria le coursier d' attendre.

-Attendez-moi là, je vais prévenir Monsieur.

Quelques minutes plus tard, le domestique revint et lui dit : Monsieur vous attend. Suivez la petite allée qu'il y a devant vous; celle-ci vous y  ménera.

-Merci, répondit le coursier.

L'allée qui menait aux jardins privés de Monsieur et de Madame Bretjones était particulière étr- oite et luxuriante..et de hautes herbes la bordaient comme si la maîtresse de maison eut souhai- aité en faire un passe secret pour protéger son intimité. Mais le coursier, habitué aux caprices des aristocrates, l'emprunta sans se poser de questions et arriva très rapidement à l'autre bout, où ces derniers l'attendaient sans montrer en apparence une quelconque émotion : Josépha était restée assise et Moriss s'était levé par simple convenance.

-Sir amiral Bretjones?

-Oui, c'est moi.

-J'ai une lettre pour vous de sa gracieuse majesté! Il l'a sortit d'un étui en cuir et lui remit en mains propres. Lord Bretjones, très surpris par cette lettre imprévue, venant de si haut, la saisie et la retourna aussitôt du côté où le sceau royal devait se trouver, afin de voir s'il n'avait pas été rompu( car la lettre serait alors considérée comme nulle). Mais voyant que tout était parfaite- ment en ordre, il regarda le coursier dans les yeux et lui dit : Vous pouvez maintenant disposer!

-A vos ordres, sir Amiral! répondit le coursier qui repartit immédiatement par le même chemin.

Assise de l'autre côté de la table, Josépha semblait très inquiète et regardait son mari avec gra- vité; mais celui-ci étrangement s'écarta de la table et partit à quelques mètres la décacheter; ce qui fut considérée par Josépha comme du mépris à son égard et lâcha comme une plainte à peine dissimulée. Mais Moriss se retourna et lui dit : Chérie, je vous prie de m'excusez. Mais cette le- ttre est hautement confidentielle et je ne peux malheureusement pas vous en parler! Josépha, ve- xée, se leva et sortit immédiatement du jardin..

Mon cher lecteur, je ne sais pas comment vous expliquer la chose, mais il me faut interrompre momentanément cette histoire; car ma femme, me lisant par dessus mon épaule, m'a arraché la feuille des mains et s'est emportée contre moi. Voilà ce qu'elle m'a dit.

-Mais comment oses-tu traiter cette pauvre Madame Bretjones! Tu n'as pas honte, Alfred ?

-Mais chérie? lui répondis-je comme surpris par sa réaction.

-Ne joues pas l'hypocrite, veux-tu?

-Mais je ne vois pas ce que tu veux dire par là..

-Mon pauvre Alfred, je ne sais pas comment te le dire...mais je crois qu'il est temps pour toi d' arrêter ce jeu avec moi..

-Mais qu'est ce tu racontes là, mon petit sucre d'orge?

-S'il te plait, me m'appelle pas, mon petit sucre d'orge!

-Bien, bien, mais alors expliques-toi..

Si je te parles ainsi, c'est que je pensais jusque là que tu étais un homme différent des autres et qui comprenait la douleur des femmes. Mais, avec ce que tu viens d'écrire, je crois, mon pauvre Alfred, que tu es un homme comme tous les autres, c'est à dire lâche et pervers! Mais pourquoi prenez-vous un plaisir fou à faire souffrir les femmes? lui dit-elle brutalement.

-Mais chérie, je n'y peux rien, c'est l'histoire qui le veut. Et je dirai même que c'est la vie tout cours qui l'exige. Et j'ai l'intime conviction qu'une femme digne de ce nom doit souffrir pour se sentir exister, non? je lui répondis un peu à l'emporte pièce.

-Hum, hum, c'est bien ce que je pensais, vous n'êtes qu'un mufle!

-Ah!Ah!Ah! Mais chérie, ce n'est qu'un roman! Et je n'arrive pas à comprends pourquoi tu t' em- portes comme ça, alors que tu ne connais pas la suite de l'histoire.

-Ca, c'est vrai, mon ami..dit Clotilde comme apaisée.

-Peut-être que pour se venger, je lui ferai assassiner son mari par un de ses amants, hum?

-Alors là, Alfred, tu exagères!

-Ah oui? répondit-il en la regardant avec des yeux étonnés.

-Mais bien sûr que oui. Car qui pourrait croire à de telles sornnettes, qu'on assassine son pauvre mari parce qu'il à été impoli avec nous. Mais c'est absurde, aucune de tes lectrices le croirait et je connais trop les femmes pour savoir ce qu'elles pensent des hommes, mon ami.

-Pourtant c'est déjà arrivé dans la réalité! répondit Alfred dont l'instinct du romancier refaisait surface.

-Oui, je sais, mais ce sont des cas particuliers et qui ne représentent en aucun cas la majorité des femmes et qui, ne l'oubliez pas, forme la plus part de vos lectrices : lectrices qui, soit dit en pa- ssant, ne feraient jamais de mal à leur petit mari pour des futilités de ce genre, en conclua t-elle et dont l'instinct de femme d'affaire était ressorti.

-Certes, certes, répondit Alfred quelque peu embarrassé, mais si je vous disais maintenant que la reine d'Angleterre était l'amante de Lord Bretjones, me croiriez-vous?

-Ah!Ah!Ah! Mais mon ami, vous divaguer complètement en ce moment. Mon dieu, mais ce n'est pas du tout réaliste ce que vous dites là.

-Et cette lettre alors qu'il a reçu de sa gracieuse majesté, hum?

Après avoir dit cela, un long silence apparut entre elle et lui( car cette lettre pouvait bien conte- nir la preuve de ce qu'il affirmait, bref, que la reine d'Angleterre serait bel et bien l'amante de Lord Bretjones!). Et bien qu'il fut ébranlé pendant un cours instant par le réalisme de sa femme, Alfred reprit très rapidement son assurance et la regardait maintenant avec un petit sourire en coin.

-Mais tu veux parler de Victoria, Reine d'Angleterre et Impératrice des Indes? Mais c'est impo- ssible, mon pauvre Alfred.  

-Comment impossible? dit-il médusé.

-Je vais te le prouver maintenant, mon pauvre ami.

-Ah oui, j'voudrais bien voir ça..lâcha-t-il interloqué.

Clotilde se leva sur la pointe des pieds et prit sur l'étagère, qui se trouvait au dessus du bureau de son mari, un gros livre d'histoire, puis se mit à le feuilleter en cherchant quelque chose. V..Versingex, non, c'est pas ça. Victor..ça non plus, Victoria, ça y'est j'y suis! Hum..Victoria, reine de Grande Bretagne et d'Irlande, née en 1819 au Palais de Kensington à Londres. Son cou- ronnement eut lieu en 1838 et son mariage en 1840 avec le prince Albert de Saxe-Cobourg- gotha. La reine Victoria lui donnera 9 enfants. Voilà c'est ce que je cherchais. Hum, si je sais bi- en compter, la reine avait 34 ans en 1853 et avait déjà, voyons, voyons, regardons dans le dico, ah oui 8 enfants! Mon cher Alfred, je crois que vous vous trompez complètement sur les mo- eurs de cette femme et qui était une sainte pour son mari, le prince Albert de Saxe. Conclusion : Monsieur de Bretjones ne pouvait en aucun cas être l'amant de la reine Victoria! Alfred, qui s' était presque recroquevillé sur son siège pendant la leçon d'histoire que lui avait donné sa fem- me, avait senti une nouvelle fois son emprise sur ses romans et où il n'était en fin de compte que le jouet. Pendant un instant, il pensait que les femmes étaient toutes des monstres; mais ne vou- lant point se fâcher avec elle, il reprit aussitôt le jeu avec elle puisque, semble-t-il, il n'était que son jouet, sa babiole, pensait-il à moitié humilié.   

-Mais qui te dit, ma très chère Clotilde, que tous les enfants de la reine Victoria sont réellement de son mari, le prince de Saxe?

-Alors là, Alfred, tu dépasses les bornes! Veux-tu vraiment provoquer un incident diplomatique avec la couronne Britannique, hein, c'est que tu cherches en écrivant cela? Pense un peu au sca- ndale que cela provoquerait auprès de nos lectrices Anglaises et qui, par dessus tout, aiment tant la monarchie et dont la succès story ne peut pas être remise en question. Tu me déçois, Alfred, ah oui vraiment!

Cette fois-ci, complètement désabusé par sa femme, il ne répondit rien.

-Allez, dis-moi ce qu'il y a dans cette lettre? demanda-t-elle brutalement.

-Mais moi, j'en sais rien!

-Comment tu n'en sais rien?

-Non, j'en sais rien de rien. Et puis désolé de te le dire, mais je crois que tu m'as coupé la chi- que, ma p'tite Clotilde.

-Comment je t'ai coupé la chique?

-Oui, oui, coupé, comme dirait mon grand père.

-Mais j'vois pas ce que ton grand père à avoir avec ça?

-Tout ça pour te dire que si t'as envie d'écrire le roman à ma lace, dit le moi clairement.

-Mais non, mon ami, c'est vous le romancier et moi je ne fais que vous aider afin que nos lect- rices puissent vous comprendre. Car sans cela, elles ne vous suivraient pas là où vous voulez les emmener. N'oubliez pas, mon ami, que la grande préoccupation des femmes reste l'Amour avec un grand A. Et qu'un roman sans histoire d'amour serait voué à l'échec commercial.

-Merci de me le rappeler! répondit alfred qui était une fois de plus désabusé par les propos de son épouse-femme-d'affaire.

-Mais rassures-toi, mon chéri, je ne veux en aucune façon prendre ta place..et pour la seule rais- on que les hommes ont je crois beaucoup plus de talents que les femmes pour écrire des romans d'amour.

-Ah oui, tu crois? répondit-il quelque peu étonné.

-Oh oui, ça c'est certain..car les hommes en matière d'amour ont quant même le beau rôle, al- ors que les femmes restent passives malgré elles.

-Tu veux dire quoi par passives?

-Je voulais dire qu'elles sont constamment en attente du bonheur et donc phantasment beau- coup plus qu'elles n'agissent. Pour résumer ma pensée, je dirai que les romans d'amour écrits par les femmes manque de virilité, si tu me permets cette expression,

-Tu dis ça parce que tu es une femme.

-Non, non, pas du tout. Mais parce que je trouve qu'un roman écrit par une femme ne m'app- rends rien sur moi même. Et il me semble bien que tout ce qu'elle raconte je le sais déjà. Alors que de lire un roman d'amour écrit par un homme, ça, ça m'excite vraiment!

-Ah vous les femmes, vous êtes toutes les mêmes! lâcha Alfred en regardant son épouse qui se croisait les jambes sur le sofa.

Silence

-Mon ami, je vois que nous parlons depuis tout à l'heure..mais que comptez-vous faire au juste de ce cher lord Bretjones? lui demanda-t-elle brutalement.

-Moi?

-Oui, toi.

-J'en sais rien.

-Mais pourquoi ne l'enverrais-tu pas à la guerre?

-A la guerre? Mais quelle guerre?

-J'sais pas...mais pourquoi ne pas regarder dans le livre d'histoire pour le savoir, hum?

-Hé ben, ma petite Clotilde, tu n'y vas pas avec le dos de la cuillère!

-Allez, laisse-moi faire! dit-elle en s'emparant du livre d'histoire et qu'elle ouvrit sur ses gen- oux.

Hum, hum, 1853, histoire de la couronne Britannique..1853 début de la guerre de Crimée..hé ben, tiens, je crois que je sais maintenant où envoyer ton cher amiral Bretjones!

Alfred, quelque peu embarrassé par les initiatives de son épouse en matière de roman, se mit à regarder au plafond.

-Oh tu m'écoutes, chéri?

-Oui, oui, je t'écoute!

-Écoute un peu..la guerre de Crimée commença par une simple querelle de moines à Béthléeme entre chrétiens latins et chrétiens orthodoxes. Ce conflit, selon les dires des observateurs de l'ép- oque, aurait dû être résolu très rapidement; mais comme la Russie impériale avait des vues d'ex- pansion du côté de la Méditerranée, elle profita de cet incident pour exiger du sultan Abdul Me- djid des garanties pour assurer la protection de tous les chrétiens orthodoxes qui vivaient sur son sol. Le sultan refusa et les troupes du tsar aussitôt envahirent les principautés moldo-valaq- ues( Moldavie et Valachie), ce qui fut pour les Ottomans une déclaration de guerre et nous étions alors en juillet 1853.

-Bravo chérie, bravo! lança tout à coup Alfred en applaudissant.

Clotilde, gênée, reposa le livre sur le canapé et essayait de savoir pourquoi Alfred l'applaudiss- ait.

-Mais qu'est ce qui te prends, chéri?

-Moi, rien, je voulais seulement applaudir ton sens inné de l'histoire, et plus particulièrement, ton irréalisme.

-Mon irréalisme?

-Oui..celui de croire que je pourrai, en tant que romancier, suivre pas à pas l'Histoire pour rac- onter une histoire d'amour qui a eu lieu réellement. Alors là, ma chère Clotilde, je crois que vous perdez la tête!

-Ah oui, vous le croyez vraiment?  

-Oh oui et pour la simple raison qu'un romancier se sert de l'Histoire comme un pretexte où un cadre où ses personnages seront mis en scène par lui même. Je suis désolé, ma p'tite Clotilde, mais je ne suis pas un historien et ne veut en aucune façon le devenir. Alain Decault, c'est pas mon trip, voilà tout! dit-il brutalement.

Mais qu'est ce que vous dites là, mon ami? Je ne vous demande en aucune façon de devenir Alain Decault, mais uniquement de vous en inspirer. Et puis j'ai lu avant-hier dans la revue spé- cialisée " Éditeurs, chiffres à l'appui " que la tendance actuelle du roman était à l'épopée histori- que et où se mêlait tragiquement l'amour, le sang et la gloire. Et il montrait, chiffres à l'appui, que les lectrices en étaient très friands et pour des raisons qu'on ne peut malheureusement pas encore expliquer. Les spécialistes avaient avancé qu'il y avait de fortes chances que les femmes, devenant de plus en plus libres, voulaient elles aussi goûter au pouvoir et surtout le prendre aux hommes. Voilà, c'est ce qu'ils avaient dit.

-Quoi, qu'est ce tu racontes là? Les femmes veulent prendre le pouvoir maintenant?

-Oui, je suis désolé de te le dire, mon pauvre Alfred, mais c'est la tendance actuelle et les chiff- res sont là pour le confirmer. Je te dirai même qu'elles veulent le prendre pas uniquement dans le Roman mais aussi dans la réalité.

-Alors là, on aura tout entendu! s'écria-t-il quelque peu sonné par les propos de sa femme.

Silence 

Ne sachant plus quoi lui répondre, et bien que sa fierté d'homme fut quelque peu écornée, il savait très bien qu'elle avait entièrement raison sur la nouvelle condition des femmes. Et il était conscient, en tant que romancier de ces dames, qu'un jour les femmes prendraient le pouvoir aux hommes; tout d'abord par le Roman où elles se mettraient en scène déguisées en command- andante ou en générale, puis après par les urnes, et si les urnes ne marchaient pas elles le prend- raient tout simplement par la force. En gros, par la guerre des sexes qui un jour aura lieu quand la population des femmes aura dépassé celle des hommes. Alfred savait déjà tout ça et il ne pou- vait pas s'en prendre à Clotilde qui lui avait dit très clairement. Elle, elle sait ce que veulent les lectrices et, en tant que romancier de ces dames, je ne peux malheureusement pas m'y opposer, pensa-t-il en la regardant d'une manière terrorisée.

-Alors qu'est-ce que tu décides ? lui demanda t-elle d'une voix tranchée.

-Bon, ben, si c'est la tendance, je suis bien obligé de te suivre, non?

-Je crois que vous n'avez pas trop le choix, mon ami, dit-elle comme un couperet.

Clotilde se leva et sortit du bureau d'Alfred.

L'air pensif, il se demandait s'il devait continuer son travail ou bien sortir dehors pour se chang- er un peu les idées. Mais le seul fait de devoir croiser sa femme dans le salon, cela le décourag- ea et resta comme ça, insensible devant sa feuille blanche, où son écriture fine et délicate avait noirci à moitié le papier. Et la suite, bon dieu? semblait lui demander la feuille. Alfred entend- ait très bien cet appel, mais les nouvelles exigences de sa femme en matière de roman l'avait co- mme tétanise; il réfléchit un instant, puis se dit : De toute façon, c'est moi qui écrit le roman et pas elle. Mais c'est fou comme les femmes elles sont et voudraient être aussi bien à l'intérieur du Roman qu'à l'extérieur, ce qui n'est pas possible! Car le créateur a nullement besoin de témo- ins pour créer son oeuvre. Et je crois bien que ce sont tous ces médias avec leurs caméras et ap- pareils photos qui lui sont montés à la tête pour penser ainsi. Tous les créateurs vous le diront mieux que moi, si l'on pouvait filmer ou raconter la vraie vie, ce serait quelque chose de formi- dable, mais malheureusement nous ne sommes pas tous des génies. Alfred savait très bien que les génies étaient en fait des gens comme tout le monde, mais qui se permettaient une iberté h- ors du commun afin de dire à tous les hommes la triste vérité. Mais lui, en tant que romancier de ces dames, s'y refusait entièrement à la dire afin de ne pas choquer son public, qu'il gérait co- mme un magasin de sucreries et d'épices orientales et où se trouvait forcément une caisse enreg- istreuse à la sortie!

Retour aux jardins privés des Bretjones où Moriss se retrouvait maintenant seul, suite à son attitude qui avait dérouté sa femme et qu'on pouvait désormais comprendre entièrement.

Bien évidemment qu'il s'en voulait d'avoir été un peu brutal avec elle. Mais bon dieu, compren- dra-t-elle un jour que je suis aussi l'amiral Bretjones qui est au service de sa royale majesté, la reine Victoria? s'emportait-il contre lui même. Mais pourquoi ne veut elle pas comprendre que ma vie ne lui appartient pas uniquement, mais appartient elle aussi à mon pays et pour lequel je suis prêt à mourir s'il me le demandait! réitéra-t-il d'une façon poignante. En pensant à cela, il avait le sentiment d'être écartelé entre ces deux femmes aux visages sévères qui s'appelaient Jos- épha et Victoria où chacune semblait lui demander de mourir pour elle! et Lord Bretjones sou- ffrait, bien évidemment, de ne pouvoir satisfaire ce désir complètement fou. Mais du fait de son éducation rigide, faite à Anglaise, il avait déjà fait son choix depuis tout jeune. Et s'il devait mourir un jour, ce serait en premier pour la couronne Britannique, puis en second pour sa fu- ture épouse! s'avoua-t-il en lançant une sorte de God Save the Queen silencieux. Après avoir dé- cacheté la lettre, puis déplié l'unique feuille qu'elle contenait, le visage de l'amiral prit tout à coup un air grave et solennel. Conscient de son rang social et militaire plus rien ne semblait lui faire peur et lut posément cette lettre qui ressemblait en tout point à un ordre de mission. Voici le contenu de la lettre.  

Palais de Buckingham, le 15 Juillet 1853

Cher Amiral Bretjones, si je vous écris personnellement depuis mon palais de Buckingham, cr- oyez-le bien, ce n'est pas encore une de mes fantaisies; mais bien pour vous annoncer une très mauvaise nouvelle concernant l'avenir de l'Europe. Voilà, l'Empire Ottoman vient de déclarer la guerre à la Russie, suite à la fin de l'ultimatum envoyé au général Gortschakoff. Et comme vous le savez, très certainement, nous sommes obligés d'entrer dans ce conflit afin d'éviter le démant- èlement de la région où les intérêts la couronne Britannique sont étroitement liés à ceux des Ot- tomans. Je vous demanderai donc de revenir ici à Londres au plus vite afin de rejoindre votre état major et nous trouver la meilleur solution, en termes de delai et de coût, pour nous faire gagner cette guerre. Important à signaler, n'essayez pas de joindre le vice amiral Makensy, car celui-ci à l'heure actuelle est en mer et se dirige vers le Bosphore afin d'évaluer nos besoins en termes de vaisseaux et de troupes. "

En lisant ces toutes premières lignes, l'amiral fut en vérité à moitié surpris; car il avait déjà ent- endu pas mal de bruits courir concernant ce conflit dans les couloirs du ministère de la défense où, bien évidemment, tout le monde avait spéculé. Maintenant on y était en plein dedans! se dis- ait-il comme soulagé de n'être plus dans le doute. Puis de toute façon, la Russie ne peut pas ga- gner cette guerre; car si elle la gagne ce serait la perte de tous nos intérêts économiques et po- litiques dans la région; ce qui serait inadmissible pour la couronne britannique! en conclua t-il d'un air martial.

Suite de la lettre

Mon cher amiral, voyez-vous, depuis que j'entretiens avec vous cette liaison épistolère et qui est pour moi d'un grand soutient(car sans vos conseils en matière de stratégie politique, je ne serais certainement pas là où je suis; c'est à dire assise sur mon trône à veiller sur l'avenir de l'empire britannique, mais aussi, sur ses 100 millions de sujets de part le monde) et pour cela je voudrai vous en remercier ainsi que pour votre loyauté envers votre Reine. Peu de gens savent que mon destin est entre vos mains ma famille l'ignore et persiste à croire qu'elle m'a tout donné. Mais elle se trompe!"

Lord Bretjones s'arrêta tout à coup sur cette dernière phrase, puis lissa sa fine moustache com- me en signe de fierté; car il connaissait tout sur cette femme et dont le plus gros défaut était sa nature phantasque et qui l'empêchait à proprement parler de gouverner avec justice et sévérité. Apparemment ses leçons lui avait servit, se disait l'amiral, par la simple lecture de cette lettre, où son élève la reine Victoria montrait enfin de la maturité où analyse politique et décision était en parfaite adéquation. Je suis fière d'elle! pensa-t-il en reprenant le cours de la lecture.

C'est fou comme je me surprends à vous faire des confidences, mon ami! Vous qui m'avez app- ris à ne montrer aucune faiblesse à mes ennemis, je dois très certainement vous décevoir en ce moment, non? Un petit sourire aussitôt gagna le visage de l'amiral et qui comprenait par ces mots que son petit bébé politique avait lui aussi du coeur. Ce qui était assez rare de retrouver parmi ces gens qui occupaient alors le pouvoir qui, il faut le dire, préféraient plutôt s'envoyer des boulets de canons que des billets doux. Mais non, mais non, ma petite, tu n'es pas ridicule, tu es tout simplement délicieuse! dit-il du bout des lèvres. La suite de la lettre concernait les ru- meurs sur sa femme et sur sa soi-disante sécheresse de coeur. Mais l'amiral, emporté par cet or- dre de mission, passa outre, comme on passe sur une chose tout à fait anecdotique et sans im- portance. Propos de femmes! pensa-t-il avec ironie.

Au début de son règne et dans la même année, la malheureuse fut frappée par deux attentats co- ntre sa personne où miraculeusement elle s'en sortit à chaque fois! Pour la prévenir, je lui avais dit, si elle voulait vivre longtemps, qu'elle devait absolument changer la sentence à l'égard de ces fous qui perpétraient ces attentats contre elle : car ces derniers, déclarés comme fous, échappaie- nt souvent à la justice et étaient remis en liberté quelques semaines plus tard. Je l'optemperais à prendre la decision de durcir la sentence pour celui ou celle qui voudrait intenter à la vie de la reine : 20 ans de prison devrait suffire! lui avais-je dis. Elle fit voter la loi au parlement et à par- tir de ce jour elle n'eut plus aucun problème avec les attentats. Par la suite, elle m'en remercia et je devins tout naturellement son conseiller personnel. Je ne vous cacherai point qu' à la chambre des Lords on m'envie beaucoup d'être le conseiller personnel de la reine. Mais dire qu' on me jal- ouse serait exagéré, sachant que mes chers Lords on d'autres chats à fouetter aussi bien dans le domaine politique que domestique (rires). En fait, ils ont tellement de biens et de propriétés ici en Angleterre qu'ils passent le plus gros de leur temps à faire fructifier leurs affaires. Personnell- ement, j'ai toujours pensé que mélanger les affaires personnelles et celles de son pays était une mauvaise chose pour tout le monde, en considérant que la politique ne devait pas servir les in- térêts personnels de ceux qui la font, mais bien servir à l'enrichissement du pays. A long terme, ce système ne pouvait qu'imploser vu que la population de jour en jour s'instruisait et donc prenait conscience de ses droits naturels.

Laissez les gens dans la misère, ce n'est pas une bonne chose, non plus; même si certains y trouv- ent des intérêts, comme d'avoir une main d'oeuvre à bon marché pouvant servir aussi bien à cu- ltiver les terres qu' à lever une armée sans y laisser sa fortune. Je suis parfaitement conscient que tout cela comporte beaucoup d'avantages pour notre pays et en tant que royaliste je n'ai pas le droit de m'y opposer, sauf quand l'injustice sert la politique; ce dont j'ai toujours été un fervent opposant. En fait, peu de gens connaissent mes pensées sur ce sujet brûlant. La raison est simple, c'est que je ne veux froisser personne, ni mes amis ni ma famille qui m'a tout donné. Suis-je un hypocrite pour autant? Non, certainement pas. Et puis je vous avouerai sincèrement que ce n'est pas à moi de changer ce monde où il y a tant de malheureux. Je suis désolé de vous le dire, mais moi dans ce monde j'y suis parfaitement heureux et comblé par mes pairs. Alors pourquoi irai-je contre mon bonheur, mes amis? Ce serait insensé, n'est-ce pas? C'est à ceux qui n'ont rien de se battre. Je sais que c'est dure de l'entendre, mais je pense qu'il faudra très certainement plusieurs générations d'hommes et de femmes pour changer les choses, afin que ce monde soit plus juste. Et à ce propos, Napoleon, qui avait essayé de changer le monde en voulant abattre toutes les mo- narchies de la terre, en a refroidit plus d'un lorsque ce dernier se fit couronner empereur! Oh mon dieu, la nature humaine, quel despote! J'ai toujours pensé, au plus profond de mon coeur, que l'aristocratie existera toujours; car c'est la manière la plus simple d'organiser le pouvoir : pouvoir copié directement sur la nature, où c'est souvent le plus fort ou le plus riche qui com- mande les autres et organise la société autour de lui grâce à ses fidèles compagnons de combats.

L'ordre ce sont les gens qui le veulent, ce n'est pas moi qui le dit. En parlant de cet ordre uni- versel voulu et exigé par le peuple afin que celui-ci prospère, j'en viens à me demander si le tsar de Russie n'est pas devenu fou en voulant s'emparer des principautés Moldo-Valaques? Son em- pire est déjà immense et très riche. Alors pourquoi cette idée farfelue d'expansion vers la Médit- érranée? Un caprice? Une guerre pour s'amuser? Le tsar s'ennuierait-il dans son palais à Saint- Petersbourg? Si c'est le cas, je ne pense pas qu'il ne pourra gagner cette guerre; c'est là mon inti- me conviction. De mémoire militaire, on a jamais gagné une guerre pour des futilités de ce gen- re comme semblent l'être celles du tsar de Russie. Et je suis convaincu qu'en ce moment à Lon- dres, on doit être forcément de mon avis..mais comme pour l'instant nous avons pas gagné cette guerre, il nous faut rester vigilant. Cette analyse me semble bonne et je l'exposerai à notre état major d'ici 3 ou 4 jours, finit par dire l'amiral en repliant la lettre. Moriss quitta aussitôt le ja- rdin.

Alfred Swan, proche de la crampe littéraire, lâcha son stylos et ferma les yeux quelques instan- ts, puis les rouvrit pour relire ce dernier passage où, semble-t-il, son esprit de romancier s'était réconcilié avec lui même. Oh merde, je l'a tiens enfin mon histoire! dit-il d'une manière euphor- ique, et Clotilde va sûrement être très contente de le savoir. Flute, son idée d'envoyer Bretjones à la guerre, ah sincèrement je n'y aurai pas pensé. Mais c'est là je crois le point fort des femmes dans le roman où, celles-ci, ne semblent avoir aucun scrupule à jouer avec la vie des hommes et dont le courage doit servir à magnifier la grande histoire d'amour et dont chacune rêve de vivre intensément. C'est ce qui sépare l'homme et la femme, je pense. Car la femme dans la vie est ter- riblement romantique, alors que l'homme est un parfait goujat prêt à tout pour sauver sa peau; c'est à dire un véritable continent qui sépare nos deux protagonistes, n'est-ce pas? Et puis zut, si elles croient que l'homme est prêt a se sacrifier pour elles, elles peuvent toujours rêver! pensa Alfred comme soulagé de ranger son manuscrit dans le tiroir, qu'il ferma aussitôt à clef, puis sortit de son bureau pour entrer dans le salon.

-Clotilde, Clotilde, tu es là? Aucune réponse. Mais où est elle donc passée?

Alfred s'engoufra ensuite dans la cuisine et vit, posé sur la table, un postit de couleur jaune. Il le prit et le lut. Voilà ce qui était écrit dessus. Mon Chéri, ne t'inquiète pas, je suis partie faire des courses au centre ville. Je reviendrai dans 1 heure ou 2. Médusé, il regarda la pendule qui mar- quait 15H30.

Alors celle là, elle s'en fait pas. Pendant que moi je travaille, madame va faire du shopping! Ah, les femmes toujours prêtent à trouver un prétexte pour sortir en ville et se montrer dans leurs plus beaux habits, aaaah...soupira t-il en collant le postit sur la porte du frigo. Puis l'ouvrant d' un geste rapide, il vit bien effectivement que celui-ci était plein! Ah ça, j'en étais sûr, mais bon. dit-il comme désabusé. Alfred, dont la littérature avait donné comme de l'appétit, plongea sa main à l'intérieur et sortit une assiette de foie gras qu'il posa sur la table, puis un couteau du tiroir et s'installa devant son bloc de foie gras, les yeux et la bouche grands ouverts prêt à tout avaler. Oh zut, le pain, j'allai oublier! Il se leva et alla vers la corbeille à pain où il plongea sa main. Mais elle est vide! dit-il surpris par cette fâcheuse découverte. Bon, je crois que je vais devoir utiliser les moyens du bord pour goûter à ce fois gras, hein? dit-il en allant vers le pla- card pour y sortir un vieux pain de mie dont la date était bien évidemment dépassée. A la gue- rre comme à la guerre! lança-t-il en ouvrant le paquet où une odeur de pain industriel lui fit faire une grimace. Hou, c'est horrible, mais j'espère bien que le foie gras fera passer l'ensemble. Alfred étala une tranche de foie gras sur son vieux pain de mie et vit bien effectivement que l' ensemble était agréable au palais. 

Mon dieu..ça ressemble à un repas de campagne pris au bord d'un champ de bataille, dit-il en lâchant un éclat de rire, Ah!Ah!Ah! Puis reprenant son souffle, il se leva et partit se servir un verre d'eau au robinet pour faire passer le tout. Houuu..ça fait du bien par où ça passe! Mais sin- cèrement, je n'aurai pas osé ouvrir un vieux bordeaux pour accompagner cette chose. Mais c'est dingue, il suffit qu'il manque un ingredient pour que tout rate, comme un diner sans amis ou un un roman écrit sans passion, ou bien, comme sa femme qui aurait oublié d'acheter du pain pour la maison, par exemple, hum? se demandait-il surpris de faire une crise à sa femme. Ah je suis vraiment ridicule en ce moment! s'écria-t-il dans la cuisine. Ah oui, vraiment ridicule de penser comme ça! Comment moi, Alfred, dandy et romancier de son état, j'en voudrai à ma femme po- ur un morceau de pain? Mon dieu, Alfred, mais ressaisis-toi! Ce rôle de bof ne te va vraiment pas du tout, alors là pas du tout! finit-il par se dire en débarrassant la table et en la nettoyant av- ec méticulosité jusque la dernière miette. Puis voulant un peu se dégourdir les jambes, il sortit sur la terrasse où la vue était superbe. Respirant profondément l'air saturé de parfums exotiques, il se disait : Mon dieu, pour tout l'or du monde je ne changerai ma place contre une autre. Car c'est bien ici que je me sens le plus heureux et nulle part ailleurs. Les hommes pourraient bien me torturer, me faire de vilaines choses, mais moi j'aurai toujours dans ce monde un endroit où me cacher pour pleurer dans ma solitude. Alfred, ému jusqu'aux larmes et embrassant à nouv- eau l'horizon, vit bel et bien que le paradis existait sur la terre : un paradis où se reflétait dans le lbleu de la mer des astres d'or et d'argent!

Mais en ce moment, une seule tache assombrissait ce tableau idyllique, c'était la figure de son fils Aurélien : un enfant illégitime qu'il avait eu avec une célèbre cantatrice de l'opéra Garnier, mademoiselle Joséphine. Alfred en avait été très amoureux à l'époque au point de passer la nuit entière enfermé avec elle à l'opéra. Comme deux amants éperdus, ils firent l'amour sur la scène en rêvant, bizzarement, que cette union donnasse naissance au plus grand ténor que la terre eut connu afin d'enflammer les scènes du monde entier! Rêve d'artiste, bien évidemment. Mais le résultat fut moins glorieux que cela, car cet enfant malheureusement n'hérita aucun dons de sa mère, mais uniquement les défauts de son père, qui était alors un coureur de jupons et aimant la vie facile. Alfred, connaissant parfaitement ses défauts de jeunesse, était en ce moment très sou- cieux sur l'avenir de son fils; car la semaine dernière celui-ci était venu le voir à la maison, non pour lui demander de ses nouvelles, mais uniquement pour lui demander de l'argent afin qu'il paye ses dettes de jeux. Vous dire alors le désarrois d'Alfred et de Clotilde!

Malgré cela, il restait compatissant avec lui, avec ce fils qui lui ressemblait tant par ses frasques que par ses defauts qui avaient fait le charme de sa jeunesse, mais aussi, le drame pour sa fami- lle qu'il avait du quitter très jeune pour pouvoir assumer sa véritable nature jouisseuse et excen- trique. Mais la chance qui l'avait eu, dès sa toute premiere experience de jeu, ce fut de gagner une grosse somme d'argent au casino de Monte-Carlo, envviron 800 000 frs; ce qui lui avait évi- té la galère indescriptible du joueur de casino, qui était prêt a se prostituer ou bien à vendre ses enfants pour pouvoir se refaire, tel était le vice immoral de cet être voué au malheur s'il ne fai- sait pas un gros gain avant sa vieillesse. Souvent il y pensait au point d'en avoir des sueurs froi- des durant certaines nuits : où revisitant ces instants de très hautes intensités, la gorge serrée, il attendait que le jack pot lui tombe dessus comme un signe du destin!

Pour lui ce rêve était devenu réalité, mais dans le cas contraire j'aurais très certainement fini dans la Seine, ou bien, SDF et Clotilde je ne l'aurais jamais rencontré; ce qui aurait été le vérit- able drame de ma vie! pensa-t-il d'une façon lucide. Après ces quelques frayeurs, et après avoir consulté sa banque par Internet où son compre était bien garni, une sorte de rictus anima son visage comme le symbole de sa réussite, non lié au mérite, mais seulement au hasard. Cette cho- se, qui aurait pu effrayer plus d'un travailleur honnête, au contraire celle-ci le ranimait d'une jo- ie indéfinissable au point de se croire l'égal d'un demi-dieu; bref, nageant au dessus de la mêlée où les hommes vaincus se battaient pour un restant de trognon de pain. Jouant maintenant sur du velour, il avait appris à jouer intelligemment, c'est à dire avec les hommes et les femmes, br- ef avec le réel. Il avait alors le sentiment que la chance l'avait propulsé dans un monde qui n' était pas le sien, mais acceptait sa presence grâce au "bling-bling" que faisait l'argent. Mon dieu, comme il était facile de feindre quand vous arriviez à montrer sur votre visage ce côté lustré de la réussite, où les autres ne vous voyaient plus comme un concurrent, mais comme un animal de la même espèce que la leur; on formait alors une sorte de clan pour la soirée où le mépris des autres, pour ceux qui n'avaient pas réussi, était une manière de se croire exceptionnel, comme ces publicités sur les bonbons Suisse où seuls les enfants exceptionnels y avaient droit, bref, aux Wertier's original. Cet enfant Suisse, que l'on portait en chacun de nous, était un monstre conçu par des parents boursouflés par l'ambition. Eux au moins les parents savaient très bien que leur progéniture n'était pas géniale, mais feraient tout pour rabaisser celle des autres pour que l'on n' aperçoive que la leur. La stratégie était en place chez ces familles fortunées depuis des générati- ons et qu'elle ne changerait pas d'ci tôt; celle-ci fonctionnait à grande échelle, alors pourquoi vouloir changer une équipe qui gagne?

Cet enfant Suisse avec les années prenait du poids et ne trouvait plus alors sur son passage que des loques humaines, qu'il suffisait de frôler pour les voir tomber à ses genoux. C'est fou com- me la machine était efficace! C'était la chronique d'une victoire annoncée et non plus la chroni- que d'une mort annoncée superbement écrite par Gabriel Garcia Marquez. Nous étions dans un système où le jeu était pipé d'avance et cela l'inquiètait d'autant plus que son fils Aurélien ne se- mblait pas avoir de chance au jeu, se disait-il, épouvanté par son destin qui se dessinait en tragé- die. Soyons franc, je ne pourrai l'aider que pendant un certains temps et après ce sera sûrement la rupture et c'est ce que j'apprehende le plus. Les temps ont bien changé où autrefois on voulait le bonheur des gens, mais aujourd'hui on était prêt à les mettre sur la paille pour s'enrichir person- nellement. Moi la chance que j'ai eu fut d'appartenir à une génération d'hommes encore sain d' esprit qui savait s'arrêter quand la vie d'un homme se trouvait en jeu. Mais aujourd'hui tout le monde  s'en fou; l'egoïsme monstrueux à gagner tous les esprits et gâte le moment présent telle une verrue sur le nez. Alfred en avait les larmes aux yeux de ne pouvoir trouver une solution pour son fils Aurelien. Il faudrait un jour que je lui dise d'arrêter de jouer. Mais suis-je credible dans ce rôle là : lui qui sait tout de ma vie et de mes frasques? Non, non, je demanderai plutôt à Clotilde de lui en parler, car elle seule connaît le prix de l'argent. Ne sommes-nous pas a nous deux une entreprise? Mais pourra-t-il le comprendre, lui qui pour l'instant vit dans l'insouciance de sa jeunesse?

Pour Alfred, nul doute que sa femme lui avait sauvé la vie. Et sans cette rencontre, liée au pur hasard ou à la bonne fortune( et qu'il considérait comme la plus importante de sa vie), il aurait sûrement tout reperdu au jeu, ce qui l'aurait entraîné vers sa perte. L'amour lui avait donc sauvé la vie sans aucun doute et il l'assumait entièrement auprès de son épouse, tel un homme qui ne savait pas comment remercié son sauveur. Clotilde savait qu'elle le tenait entre ses griffes, mais n'en abusait jamais, parce qu'elle tenait beaucoup a lui. Alfred, sauvé des eaux, au point de la lai- sser diriger le menage? Oui, on pouvait bien le croire et malgré cette grande hypocrisie qui avait accompagné sa vie de jeune homme, mais qui avait éclaté à son contact telle une bulle de savon L'instinct de sa femme ne s'était pas trompé et, pour ne pas le perdre, elle lui avait proposé un étrange marché où ses dons( sa folle imagination) serait mis en collaboration avec son esprit d' entreprise. Doué du sens de la repartie et de la mise en scène, il écrirait des romans d'amour des- tinés exclusivement aux femmes; elle même en serait le chef d'orchestre et Alfred l'instrumenti- ste d'où il tirait ses folles histoires dont seules les femmes étaient prêtes à croire. Leur premier roman, qui se déroulait sur une îles des Bahamas dont le titre s'appelait " Cécilia, la reine Im- pératrice" eut beaucoup de succées. L'histoire racontait les aventures d'une jeune femme qui, la tête pleine d'ambition, s'éprenait des hommes de pouvoirs locaux afin de leur soutirer de l'argent par ses charmes. Mi-espionne, mi-courtisane, ses amants, la sentant indispensable à créer des in- trigues sur l'ile, lui cédèrent un hôtel dans un des plus beau site de l'ile. Celui-ci d'une architec- ture coloniale et d'un blanc éclatant semblait être une sorte de QG où opérait Cécilia, une jeune femme extrêmement belle qui avait soif de richesses et de pouvoirs. A la fin elle finira par s'em- parer de l'ile et se fera couronner Impératrice des Bahamas. Cette histoire est tirée d'une histoire vraie qui eut lieu au 14 ème siècle, et c'est au cours d'un voyage aux Bahamas qu'Alfred, visitant l'unique bibliothèque de l'ile, tomba sur l'histoire incroyable de cette aventurière irlandaise dont la blancheur de la peau parut à l'époque, comme un miracle auprès de cette population à la peau foncée. Blanche comme un lis, elle fut aussitôt considérée comme une divinité!

Mais comme il devait s'y attendre sur cette ile des Bahamas, il rencontra plusieurs de ses amis de la jet set qui, il faut le dire, l'importunèrent plus qu'autre chose. Car ils voulaient tout le tem- ps faire la fête ou bien l'inviter sur leurs yatchs faire des parties de pêche aux gros, alors que lui esperait trouver le calme pour pouvoir s'imprégner de l'histoire de cette jeune irlandaise dont le destin fut exceptionnel. Mais ne voulant point leur en parler ou leur faire sentir qu'il était en tra- in de l'écrire, il ne refusa aucune de leur invitation; ce qui pour Clotilde était une chose indis- pensable pour se faire connaitre du grand monde, et en particulier, du monde des affaires et des medias; vu que le grand stratège dans leur entreprise c'était elle, alors que lui il était le nègre, l' esclave courbé au travail. Parfois il avait l'impression de se prostituer quand sa femme lui dem- andait de ne rien refuser à ces gens de la "haute" et de leur lire, au cours d'une de ces soirées mondaines, le debut de son nouveau roman; ce qui le faisait bouillir d'avance et rougir d' avoir ecrit des choses si puerilles, bref, destinées à la gente feminine. Un coup comme celui-là, il se souvenait très bien qu'elle lui en avait fait un au Palm Beach, un hôtel cinq étoiles situé en Floride. Et bien qu'il fut très applaudit par ces dames de la haute il fut déconcerté par ce qu'il avait écrit. Mais sa femme-homme-d'affaire, ne voulant pas qu'il le montre, lui avait envoyé pe- ndant une bonne partie de la soirée des coups de pieds dans les chevilles afin de lui faire retrou- ver le sourire, mais surtout le rôle qu'elle lui avait taillé sur mesure; c'est a dire un jeune roma- ncier aimant l'argent et le succès; cequi charmait d'avance ces gens de la haute bourgeoisie qui méprisaient les pauvres et bien qu'ils eussent eux aussi du génie. Paradoxe, oui je sais. Mais so- uvent les apparences étaient trompeuses et donnaient du talent a ceux qui n' en avait pas et la cu- illère de bois à ceux qui en avait. Ainsi est la vie, injuste. Et Alfred savait très bien qu'en laiss- ant ces genies dans la misère que l'orde établi ne serait jamais bousculé et que les gens riches y gagneraient largemenent, en leur refusant la parole pour qu'ils puissent garder leurs privilèges de riches. Quelques fois, ne pouvant plus souffrir les tyrannies et goûts de luxe de sa femme, il partait seul dans les bas quartiers des Bahamas afin de sentir dans sa propre chair, le desespoir de ces gens qui mouraient de faim et d'indignation devant ces grands hôtels de luxe où le tou- riste américain s'arrêtait pour son séjour. Et bizarrement, ce touriste semblait devenir aveugle quand il se trouvait devant cette misère, au point d'avoir peur qu'elle ne lui gâche ses vacances. Tel était alors le grand égoïsme de notre époque où l'homme se refusait de penser et de protester contre tout cela, afin de faire partie lui aussi de cette grande illusion où tout le monde voulait jouer au riche!

Pas loin d'un quai où se tenait une sardinerie, il donna un billet de dix dollars à un vieil homme qui n'avait que les os sur la peau; Alfred parla un petit peu avec lui en anglais et fut surpris que le vieux lui dise qu'il attendait que le patron de la sardinerie lui donne des déchets pour se nour- rir. Et le vieux rouspetait en disant que le patron était un salaud et qu'il préférait mieux donner ces restes aux chiens qu'à un vieux qui n'avait plus la force de travailler; Alfred était choqué. Le billet de dix dollars l'avait rendu bavard, mais surtout apte à dire la vérité. En fait, l'argent lui a- vait redonné une certaine dignité et il en profitait comme tout le monde pour se venger, tels les riches qui méprisaient les pauvres en leur confisquant les moyens d'agir en les emprisonnant au travail. Dans un sens, c'était une guerre sans fin puisque tout le monde se trouvait dans le beso- in, ce satané besoin qui nous faisait parfois devenir des bêtes enragées pour nos semblables. Le vieux, content d'avoir gagné sa journée, l'invita à boire un rhum dans une paillote à proximité; Alfred accepta et l'aida même à se relever tellement l'homme semblait fatigué par la vie et sur- tout par l'humanité. A la paillote, le vieux choisit un rhum des plus chers, car c'était primordial pour lui de se payer parfois cette petite fantaisie. Le barman, qui le connaissait, ne se pria pas de se moquer de lui, en lui disant qu'il avait du gagner au loto pour ce payer ce rhum grand cru; mais ce dernier l'envoya balader par des expressions moitié anglaises, moitié langues locales qui firent sourire Alfred.

De cette rencontre, il sortit complètement indigné par l'humanité, mais paradoxalement agrandit par la vie de cet homme, qui voulait vivre malgré tous ses échecs parmi les hommes. Cet hom- me, et malgré une apparence effrayante, lui avait donné comme une leçon de vie qu'il ne pouv- ait pas en tant qu'homme( ni en tant que romancier) renier; sachant que toutes les experiences des hommes devaient servir aux autres hommes à mieux s'en sortir dans la vie et c'est ce qu'a toujours fait l'humanité depuis les temps ancestraux. Pour Alfred, combattre la misère était une lutte sans fin, car souvent l'homme pour s'enrichir appauvrissait les autres, c'est à dire une veri- table quadature du cercle que même les plus grands savants ou genies ne pouvaient résoudre et que tout le monde était conscient de cette cruelle vérité. Paradoxalement, cet homme ne lui avait pas donné une leçon de dignité, ni de courage non plus, comme on aurait pu le penser, mais plu- tôt de ténacité à vivre malgré une vie ratée. Tout ceci était pour lui tout à fait respectable, vu que le destin d'un homme ou d'une femme était souvent lié au hasard et rarement à ses propres talents. Et en côtoyant ces gens de la "haute", il comprit que la plus part avait acquise leur for- tune par héritage et non par leur travail, comme ils voulaient le faire croire à tout le monde; ce qui en faisait de sombres hypocrites et qui se permettaient ensuite de critiquer les pauvres de le- ur infortune ou de leur manque de courage ou d'intelligence. Plusieurs fois, il assista à ce genre de moqueries où le sarcasme des riches envers les pauvres ressemblait à du mépris, oui, à du plus haut mépris! Et cette façon qu'ils avaient de voir les choses en noir et blanc ou en binaire était, on peut le dire, leur plus grand défaut : puisqu'ils ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir chez les autres leur talent ou leur genie parce qu'ils étaient fauchés; ce qui arrangeait bien leur amour propre, n'est-ce pas? Mais connaissant bien sa nature jouisseuse et joueuse, il ne pouvait pas se permettre de tomber dans ce misérabilisme écoeurant tel qu'on le ressent dans les romans d'Emile Zola ou de Victor Hugo, mais très supportable chez Dickens. Et ceci, non par cynisme, mais parce que son esprit de joueur le forçait d'une certaine façon à forcer le destin et c'est ce qui lui avait permis de réussir.
Ce clochard rencontré dans une rue des Bahamas, il est vrai, l'avait emu jusqu'aux larmes et il avait ressenti, étrangement, le besoin d'écrire un jour l'histoire sur un vieil homme et sur sa vie déchue. Peut-être l'écrirait-il à la façon d'un vieil homme et la mer d' Ernest Hemingway? se dem andait-il en ayant le debut du livre. Mais pour l'instant, il n'en parlerait pas a sa femme sachant qu'elle trouverait le sujet trop apitoyant pour le faire lire à ses lectrices, bref, à ses dévoreuses de sentiments et dont les nouveaux goûts s'orientaient actuellement vers le vampirisme, la soif de sang et de pouvoirs; ce qui l'éffrayait d'avance en tant que romancier puisque devant s'adapter sans cesse aux goûts de ces dames et où la tragédie ne semblait jamais prendre fin ou avoir un point final. La femme serait-elle un monstre qui s'ignore? La femme serait-elle actuellement en manque de sexe? se demandait-il orageusement. Et ce manque de sexe en ferait elle un monstre? L'hystèrie de la femme ne la tranformerait-elle pas en monstre avide de pouvoirs au point de vouloir le voler aux hommes? Toutes ces questions étranges qu'Alfred, se posait en ce moment, semblaient lui turlipiner l'esprit au point de vouloir lui faire changer sa littérature. Et à chaque fois que cela arrivait, il voyait sa femme apparaitre en spectre au dessus de sa tête et tel un serpent venimeux lui lançer des foudres d'avoir osé penser cela. Sans conteste, c'était pour lui son combat intérieur où il devait lutter contre ces forces féminines qui voulaient l' anéantir, non en tant que forces viriles, mais en tant que libre penseur; bref, la femme voulant le soumettre à ses exigences tel un esclave. Et l'homme ne serait plus alors pour elle qu'un homme qui bande pour satisfaire ses désirs, tel était le rêve de ces dames et qu'elles ne voulaient surtout pas exprimer en plein jour de peur de dévoiler leurs intentions! se disait lucidement Alfred, bref, un retour vers l'humanité primaire!  
Retour au château de Watergrown

Depuis le depart de son mari, il n'avait cessé de pleuvoir sur la propriété et Josepha crut sentir son cœur se liquéfier, quand elle regardait par la fenêtre l'eau du ciel inonder ses terres et gonfler les torrents avoisinants avec furie. Et cela la désolait plus que tout de savoir qu'elle n' aurait au- cune visite durant plusieurs jours, bref, le temps que la pluie cesse et que les chemins redevienn- ent à nouveau frequentables par les hommes, les chevaux et les carrosses.

Et ce depart précipité causé par cette lettre( jugée hautement confidentielle par son mari) l' avait comme révolté, au point de lui vouloir maintenant du mal. Bref, elle avait dû mal à accepter qu' elle fut considérée par celui-ci comme une potiche et non comme une épouse pouvant participer aux decisions importantes concernant la vie de son couple et à la carrière de son mari. Amère- ment, elle constatait que son mariage avec cet homme autoritaire, un amiral de la Royal Navy, était un fiasco et s'en mordait maintenant les doigts; sachant que ces hommes étaient tous des monstres froids intéressés uniquement par la guerre, le combat et la mort. Subitement elle com- prit qu'elle vivait avec un mort en sursis! d'où cette étrange impression de vivre avec un fan- tôme, comme cette image du carrosse de son mari s'enfonçant dans la brume et disparaitre em- porté par les éléments de l'horizon. Je vis avec un fantôme! dit-elle soudainement en regardant par la fenêtre la brume descendre du ciel et envelopper d'un voile funèbre le château. Mon dieu, quelle horreur de vivre avec cet homme sans coeur, sauf quand je lui résiste! dit-elle avec les yeux plein de flammes. Pour ne rien vous cacher, j'ai remarqué à maintes reprises, quand je lui résistais, qu'il me voyait aussitôt comme une place forte à emporter et employait alors toute sa fougue pour me vaincre. Ainsi sont les militaires aimant jouer comme de grands enfants avec des place-fortes, des soldats de plomb et des canons. Si un jour, il me voyait céder à la première de ses attaques, j'en suis sûr qu'il m' abandonnerait sur la champ telle une ville vaincue d'avan- ce! Ma vie ressemble étrangement à celle d'une femme de marin et, que ce dernier soit simple marin pêcheur ou amiral de sa royale majesté, cela ne change rien, à vrai dire. Car elle doit attendre éternellement son retour et sans savoir s'il reviendra vivant d'une simple partie pèche à la morue ou d'une bataille navale. Voilà donc le martyr pour cette femme qui doit savoir s'occ- uper durant l'absence de son mari. Moi, à vrai dire, je ne tiens pas autant à lui qu'on pourrait le penser, car pour l'instant il ne m'a pas donné d'enfants!

Peut-être est-il sterile ou moi? En fait, pour l'instant nous en savons rien; nous sommes encore bien jeunes tous les deux : j'ai 20 ans de moins que lui qui en a 42. Seule dans l'incertitude et sans le moindre enfant qui aurait pu égayer mes journées, il me semble être malheureuse avec lui, avec cet homme qui ne pense qu'à défendre son pays et qu'à sa reine Victoria qui, m'a t-on dit, entretiendrait avec lui une relation épistolaire. Me tromperait-il? Serait-ce là son secret? Et si cette lettre était un rendez-vous galant avec cette femme qui est déjà mariée? Mon mari serait il un dépravé ou peut-être aurait-il des ambitions démesurées? Josepha épuisée de penser à tout cela s' effondra sur sa chaise avant de perdre connaissance.

Aussitôt l'obscurité tomba autour d'elle. Seul le feu crépitant dans la cheminée semblait veiller au bonheur de sa maîtresse, comme voulant donner vie à ce château lugubre qui était une vieille possession de l'amiral Brestjones depuis plusieurs générations de lords.

-Madame, Madame, vous vous sentez bien? lui demanda subitement Naïma, son esclave noir qui, depuis le depart de l'amiral, lui apportait son repas dans sa chambre, et la voyant dans un tel état d'abattement, se demandait si sa maîtresse n'était pas souffrante.

-Non, non, ne vous inquiétez pas, Naïma, ce n'est qu'une fatigue passagére! dit-elle en la regard- ant comme un être venant d'une autre planète. Naïma était une esclave ramenée des Antilles par son mari et qui l'avait choisi comme tout blanc par des critères raciaux : dentition, force physi- que et le tout muni d'un bon caractère, bref, soumis, comme étaient tous les noirs malgré eux et les destinaient tout particulièrement à l'esclavage et c'est ce qui en faisait le drame, voir leur ma lediction. Dans l'histoire, maintes fois les blancs ont essayé de mettre d'autres blancs en esclava- ge, mais le résultat fut des plus déplorables. Car le blanc se fatiguait extrêmement vite, mais son plus grand défaut était lié à son caractère qui était d'une nature méchante, voire vindicative. Étrangement, plus on était faible physiquement plus on avait l'esprit méchant; ce qui terrorisait d'avance ces propriètaires d'esclaves et dont plusieurs d'entre eux avaient été assassinés après avoir humilié leur esclave blanc.

Les noirs par contre, constataient les blancs, n'avaient pas ce défaut et les corriger ne les rend- aient pas plus méchants qu'ils étaient( au point de vouloir assassiner leur maitre), mais les rend- aient plus dociles et augmentait ainsi leur valeur à la revente : tel était l'esprit raciste chez ces blancs qui méprisait les peuples qui avaient oublié le combat pour la liberté. Les indiens d'Amé- rique eux s'étaient battus jusqu'au bout contre les blancs, mais ils avaient été vaincus par leur nombre et par leur arsenal militaire; on pouvait donc leur tirer notre chapeau, pensaient bien hy- pocritement les blancs. De ce fait, ils n'ont jamais été mis en esclavage, mais il est vrai parqués dans des réserves, prémices des camps de concentration tel qu'on les verra plus tard. Mais du peuple noir que peut-on en penser? Pourquoi ne s'est-il jamais rassemblé afin de battre les blan- cs et de laisser dans l'Histoire une date mémorable sauvant leur honneur? Malheureusement on ne retrouve aucune de ces grandes batailles, mais seulement des révoltes qui ont été vite réprim- ées dans le sang par les blancs, qui ne voulaient pas perdre une telle source de main d'oeuvre pr- atiquement gratuite pour les classes aisées ainsi que pour les grands propriétaires terriens. Les zoulous, en Afrique du sud, avaient essayé eux aussi de sauver leur honneur, mais s'y étaient pr- is tellement mal qu'ils avaient été tous humiliées par des troupes militaires moins nombreuses, mais mieux organisées. Bref, ils avaient été vaincus par le pouvoir blanc et dont la nouvelle di- vinité était devenue l'argent et non plus cet honneur guerrier, qui semblait être si désuet dans ce siècle des lumières et du progrès technique.  

Josepha, en levant les yeux sur Naïma, semblait déjà tout connaître sur son histoire et sur sa tra- gédie. Devant elle se tenait une athlète presque une demi-déesse, mais que les dieux olympiens avaient déchu ainsi que l'Église chrétienne, qui voyait dans cette peau noire la couleur du diable Bref, c'était son esprit manichéen qui ressortait à chaque fois en ces périodes troubles où il lui fallait justifier ses actions sur les âmes. Car étrangement, elle s'était toujours crue propriétaire des âmes! Sa politique serait-elle, celle-ci, inavouée, celle de la dictature des âmes? Aurait-on af- faire ici à un Etat dans l'Etat qui essayerait de voler le pouvoir à ceux qui en aurait la légitimité? Question rude, oui je sais, sachant qu'on pourrait alors accuser le Vatican de fomenter un futur coup d'Etat afin d'imposer sa dictature, celle de l'Eglise. Josepha, qui était capable de réflexion sur ses questions si importantes de société( alors que son mari ne l'en croyait incapable pour des raisons de machisme) regardait Naïma maintenant comme une égale et lui avait même demandé de garder son costume local, son madras, pour servir ainsi que sa coiffe aux couleurs chatoyante afin de donner un peu de couleur à cette campagne anglaise si terne et si morne durant les mois d'hiver. Son mari au debut ne fut pas de son avis, mais il dût accepter ses exigences ou requêtes pour le militaire qu'il était; non, pour ce que l'on aurait pu croire, mais tout simplement pour le charme de l'exotisme, lui avait-il fait sentir. De plus elle avait exigé de lui, pour le choix de sa servante, qu'il ne brise aucune famille; c'était son voeux le plus cher. Son mari, embarrassé une fois de plus par de telles exigences, avait dû prendre un couple d'esclaves où Naïma avait un mari et un fils âgé de 10 ans nommé Légitimus. Lord Bretjones, qui ne souhaitât pas garder le mari dans sa propriété, l'avait proposé comme valet de pied à un de ses amis, lord Padington qui habitait à Londres. Une fois l'an, Naïma avait le droit de quitter la propriété pour allez voir son mari et cela lui faisait énormément plaisir de se promener en ville où s'agitait autour d' elle tant de monde. Car à Watergrown, on avait l'impression d'être enterré vivant ou, pour être plus juste, d'être englouti sous des tonnes d'eaux et qui n'en finissaient pas de tomber du ciel. Ici, la vie au Château, était morne et axée uniquement sur la domesticité, bref, sur cette vision moderne de l' esclavage qui semblait comme alourdir d'un poids insurmontable les épaules des dieux déchus.

-Et votre fils légitimus, comment va-t-il? demanda Josepha.

-Il va bien..et je voudrais remercier beaucoup Madame pour le soin qu'elle porte pour son édu- cation et pour le précepteur qu'elle lui a choisi. Il m'a dit à plusieurs reprises qu'il ne savait pas comment vous remercier.
-Ah oui?
-Oh oui, madame, car il aime tant apprendre..et voudrait plus tard ressembler à ces gentlemens que l'amiral reçoit parfois au château.
-Ah oui?
-Oui, c'est ce qu'il m'a dit.

-Naïma, je pense que votre fils est sûrement un enfant précoce et ceci ne fait aucun doute pour moi. Mais je vous en supplie de le ramener à la réalité, car mon mari n'invite ici, au chateau, que des aristocrates..et votre fils Légitimus, malheureusement, ne pourra jamais entrer dans ce cercle là!

Naïma, entendant cela, resta tout à coup interdite.

-Et pour la simple raison que la société anglaise n'est pas encore assez évoluée pour accepter en son sein, un fils d'esclave. Excusez- moi de vous le dire en toute franchise, mais c'est la vérité que je vous dois. Et je ne voudrais en aucune façon que votre fils se fasse des illusions sur son avenir.

Choquée une fois de plus par ce qu'elle venait d'entendre, elle mit sa main sur sa bouche, com- me pour étouffer un cri venant du plus profond de ses entrailles.

Mais soyez sûre de mes bonnes intentions pour lui. Et lui donner une bonne instruction ne pou- rra que l'aider à mieux s'en sortir dans la vie. Ainsi il pourra négocier sa place auprès d'un aris- tocrate comme majordome ou de secrétaire. Mais d'être un homme libre, enlevez-lui ça de la tête, mon amie!  

Naïma, remise une fois de plus devant la réalité des choses, remercia Madame pour la vérité de ses propos.

-Madame, je ne sais pas comment vous remercier pour..

-Mais non, ne dites rien...je vous devais la vérité pour votre fils. Et si mon mari a des ambitions cachées pour lui, pour l'instant il ne m'en a pas parlé. Partez avec cette idée que le destin n'est peut-être pas entièrement écrit pour lui.

-Oh merci, Madame! Merci Madame! Répondit-elle rassurée en posant son plateau sur la petite table, puis repartit finir son service.

-Je souhaite à Madame un bon appétit! dit-elle avant de refermer la porte

-Merci Naïma, dit-elle en se retournant sur son plateau repas et tout en se disant que cette petite discution l'avait ouvert un peu l'appétit.

-Hum, ça à l'air bon! Mais que m'a t-elle préparé? s'interrogeait-elle avec gourmandise.

Au milieu du plateau se trouvait une soupière en porcelaine de Chine d'où s'échappaient de bo- nnes odeurs de légumes du jardin que Naïma avait assaisonnés avec des épices venant des Antill- es. C'est elle, la première, qui lui avait dit d'acheter telle ou telle épice afin de donner plus de goût aux plats. Car en Angleterre les plats étaient souvent indigestes pour ceux qui avait un pal- ais délicat ou habitués aux plats de caractère. C'était semble-t-il le climat du pays, souvent plu- vieux et brumeux, qui donnait aux Anglais des goûts excentriques en matière de cuisine : ou l' on mélangeait souvent le sucré et le salé et donnait pour ainsi dire le vertige aux français habi- tués à la bonnes gastronomie. Mélanger du chocolat avec des champignons n'aurait pas dérangé plus que cela le goût d'un Anglais, alors qu'il aurait fait vomir plus d'un français. Cela sentait la corriande ainsi que la cannelle sur le plateau repas. Sur une petite soucoupe, il y avait une tarte- lette à la cannelle et, dans une grande assiette, un blanc de poulet au citron déposé sur son man- teau de riz piqué de poivre des Antilles ressemblant à des perles multicolores.

Josepha, étonnée de voir tant des couleurs, essaya d'en attraper quelques unes avec sa fourchette pour les goûter; mais n'y arrivant pas elle préféra commencer par la soupe et s'en servit une bo- nne louche. Puis se calant dans sa chaise, elle commença à engloutir son repas avec une véroci- té qui lui était jusque là inconnue, mais qui l'enchantait à vrai dire en étant assise seule devant le feu de la cheminée et cette satanée pendule qui semblait manger le temps des hommes, comme un ogre. Etrangement, elle resta imperturbable quand celle-ci sonna 11 heures du soir. Son repas terminé, son esprit semblait accaparé par des pensées malsaines à l'égard de son mari et de ses li- aisons épistolaires avec la reine Victoria à laquelle il semblait prêt à donner sa vie avant la sie- nne. Demain j'irai voir dans son bureau de quoi il s'agit exactement, projetait-elle avec l'espoir qu'il ait laissé son secrétaire ouvert, sinon je fouillerais partout pour savoir où il a caché ses satanées clefs. Contente d'avoir un beau projet pour les jours à venir, elle partit se coucher le coeur plein de promesses : bonnes ou mauvaises, en fait, elle s'en moquait un peu, à vrai dire. Car elle se sentit à nouveau redevenir une femme passionnée qui avait besoin pour son équilibre de mettre un visage, aussi bien, sur celui de l'amour que sur celui de la haine. Un ennemi pour une femme devait avoir absolument un visage et, qu'il soit celui d'un diable déguisé en ange ou l'inverse, elle mettrait toute son âme et toute son intelligence pour le découvrir afin d'arrêter ses agissements dont le but était de faire du mal aux autres. Et si la reine Victoria est déjà mariée, peut-être veut-elle seulement jouer avec mon époux comme on s'amuse avec un jouet? Lui, il ne le sait pas, mais moi, en tant que femme, je peux le ressentir par la distance qu'il prend avec moi, lorsque je veux exprimer mes idées ou mes opinions sur tel ou tel événement politique. Lui, à chaque fois, me sourit en coin et semble complètement dénigrer mon avis et préfère de loin que je m'occupe des problèmes domestiques et non de la chose politique!
Mon dieu, comme si certains avaient le monopole d'en parler et pas les autres! Cette vieille An- gleterre commence vraiment à me sortir par le nez, pensait Josepha avant de moucher la bougie sur sa table de nuit.
-Ohé, ohé, tu dors Alfred?
-Heu..heu..oui qu'est ce qu'il y a?
C'est Clotilde qui rentrait des courses et, voyant son mari assoupi dans le sofa, s'interrogeait sur son état de fatigue.
-Je pense que tu as dû trop travailler sur ton roman, mon chéri.
-Mais non, je t'assure..j'ai seulement eu l'envie après ton depart de manger quelque chose dans la cuisine, et je crois que c'est ce quelque chose qui m'a donné envie de dormir, comme une sorte de soporifique.
-Mais qu'est ce que ta as bien pu manger pour être dans cet état, mon amour?
-Du fois gras qu'il y avait dans le frigo et du pain de mie industriel que j'ai trouvé dans le pla- card.
-Mais tu es fou! Tu aurais pu mourir intoxiqué, mon chéri! Mais tous ces produits sont dépass- és depuis bien longtemps!
-Ah oui? l'interrogeait-il d' un regard presque effrayé.
-Mais oui, bon dieu!
-Mais alors qu'est ce qu'ils faisaient dans le frigo et dans le placard s'ils étaient avariés? lui lan- ça-t-il d'un ton réprobateur.
-Mais je ne sais pas..tu aurais pu quant même regarder les dates d'expirations, mon chéri, non?
-En fait, pour le pain de mie, j'avais un petit doute. Mais pour le fois gras, ça m'a complètement passé au dessus de la tête et j'en ai mangé un bon morceau.
-Mon dieu, mon dieu, mon chéri, mais comme tu es négligent! Un peu plus tu mourrais intoxi- qué. Et c'est une chance que tu ne sois pas sorti avec ta voiture cet après-midi : vu ton état, tu aurais pu attraper un accident, ce qui m'aurait rendue folle.
Alfred, écoutant le cœur de sa femme parler ainsi, se sentit comme un enfant protégé, dorloté et malgré que celle-ci ne fut pas si parfaite que cela( car elle avait laissé le foie gras avarié dans le frigo ainsi que le pain de mie dans le placard) pensa-t-il en la regardant d'un air étrange.
-Il est vrai aussi qu'il n'y avait plus de pain dans la corbeille! lui dit-il soudainement
-Comment, comment, mais qu'est ce que tu racontes là, Alfred?
-Oh oh, mais ne te fâches pas, je disais ça comme ça! lui dit-il d'un air qui semblait vouloir ré- parer son erreur.
Pendant un instant Clotilde resta muette devant de telles accusations de son mari et de l'écume semblait sortir de sa bouche ainsi que des flammes de ces yeux, et Alfred, prenant peur, se blo- ttit dans le sofa par crainte d'être assassiné par sa femme pour une telle broutille.
Puis retrouvant son calme, Clotilde lui dit : Mais pourquoi, toi, tu n'est pas sorti chercher du pain?
-Mais chéri!
-Je te prie de pas m'appeler ainsi! Alors qu'est ce tu me réponds?
Mais moi, j'en sais rien..lui dit-il d'un ton presque suppliant.
Je voudrai te confirmer une chose, mon cher époux, qu'il est indiqué nulle part dans notre con- trat de mariage que c'est à la femme d'aller chercher du  pain! 
-Mais bien sûr que je le sais...Mais je ne voulais pas dire ça!
-Mais tu cherches quoi au juste? lui dit-elle d'un ton de commandeur.
-Mais rien..
-Bon, ok, l'affaire est close! lui dit-elle d'un air victorieux.

Une fois de plus, elle s'était imposée devant son mari qui en vérité voulait plus la taquiner que lui faire de réelles violences. Mais Clotilde, en tant que femme, le ressentait au fond d'elle mê- me comme une violence faite à sa dignité, bref, comme un harcèlement dont elle ne pouvait se défaire de la part de tous ces hommes qui avaient jusque là accompagné sa vie. Aujourd'hui c' était son mari, mais hier c'était toute sa famille! Et elle savait très bien que la famille n'était pas ce lieu idylliquement décrit par les sociologues dans les magazines people ou par les politiciens démagogues( où soi-disant les enfants s'épanouissaient dans le bonheur), mais était plutôt un vé- ritable champ de bataille où tout le monde réglait ses comptes. Ludovic, mon frère cadet, était le fils préféré de ma mère, parce qu'il faut le dire, il était très doué pour la faire rire; ce qui lui valait alors tous les éloges et surtout les regards chargés d'amour de la part de maman; ce qui nous rendaient tous extrèmement jaloux. Plusieurs fois, elle avait dit à table et en notre présence qu'elle le trouvait si intelligent qu'elle voyait en lui le futur président de la république ou peut- être premier ministre de France. Mon père, témoin des balourdismes de maman, faisait alors mi- ne de ne pas comprendre et détournait souvent la discution par une expression qui lui était pro- pre et très efficace pour changer de sujet: Heu..quelqu' un peut-il me passer le poivre? Alors nous autres, les frustrès d'amour et de gloires, nous nous jetions sur le poivre pour servir notre sauveur. Gerard, mon autre frère, était quant à lui plus effacé, mais non moins efficace à semer le trouble dans nos discutions, en disant à chaque fois à celui qui croyait avoir raison : Bon d'a- ccord, tout cela est bien beau. Mais à ce que je sâche, tu n'est pas dieu le père pour nous faire croire à de telles sornnettes, n'est-ce pas? Bref, Gerard, jetait à chaque fois un pavé dans la marre pour montrer que lui aussi avait le droit d'exister au sein de cette famille, qui déjà s'entredéchi- rait. Il est vrai aussi que maman n'y était pas étrangère à ce massacre. Mais pouvait-on reprocher à sa propre mère d'être ainsi? En fait, je crois qu'elle voulait que ses garçons deviennent des hommes et qu'ils apprennent très tôt à se battre que se soit autour d'une table ou plus tard dans la société des hommes. Moi j'ai hérité de tous ses défauts pour ainsi dire.

A table, pour en placer une, il fallait vraiment se battre sinon on était mort ou du moins jugé ain- si par les autres. Bruno, mon autre frère, parlait pour ne rien dire, mais était heureux de faire du bruit. Ma soeur Beatrice l'imitait en faisant aboyer son chien, qu'elle appelait mon ecxellence quand la discution tournait au vinaigre. Bref, nous étions une vraie famille de fous et que mam- an voulait, semble-t-il, ignorer! Mais moi je savais bien que ça ne tournait pas rond au sein de notre famille et qu'à l'avenir elle se disloquerait pour ses raisons. Et je ne me suis pas trompée, puique à ma majorité je suis partie vivre ailleurs, alors que mon père souhaitait me voir rester à la maison. Mais ma mère lui a dit : Mais ne penses-tu pas qu'elle est assez grande pour savoir ce qu'elle a à faire, hum? Papa, une fois de plus, par manque de caractère baissa la tête et me souh- aita bonne chance. Moi, les larmes aux yeux, je compris ce jour là que ma maman ne m'avait jamais véritablement aimé, ni Beatrice non plus, mais seulement ses trois fils qu'elle adorait po- ur des raisons qui m'échappent encore aujourd'hui. Depuis ce jour, j'ai rompu tout lien avec ma mère; ce qui me rend veritable malheureuse sachant qu'elle est l'auteur de mes jours, n'est-ce pas? Le seul lien qu'il me reste avec ma famille, c'est à mon père que je le dois et c'est lui qui me donne des nouvelles de mes frères et soeurs. En fait, je me tiens au courant de leur état de santé et de ce qu'ils font aujourd'hui. J'ai appris récemment que Gerard avait été arrêté par la police pour détention de stupéfiant! Je devine que maman doit être hors d'elle même de savoir qu'un de ses fils ait si mal tourné et que ses voisins ont sûrement été mis au courant. Mon père m'a appris que Ludovic travaillait en ce moment à l'assemblée nationale auprès d'un ministre comme adj- oint ou conseiller, je ne sais plus exactement. Sans être cynique, je dirai que tout ceci était une chose tout à fait prévisible par nous tous, vu que ma mère l'avait depuis son plus jeune âge com- me auréolé d'une future gloire. Quant à moi, si aujourd'hui je suis devenu une femme dure et autoritaire, c'est a cause d'elle, de même que pour le choix de ma vocation littéraire".

C'est ainsi que Clotilde voyait sa famille : une famille détruite par la jalousie, l'ambition et l'av- arisme et ferait tout pour ne pas terminer la "dernière de la classe" pour dire la vérité.
Après cette petite défaite concédée à sa femme, Alfred regagna vite son bureau pour y noter ce qu'il avait rêvé pendant sa lourde digestion où, il faut le dire, l'histoire de Josepha s'était pour- suivie toute seule et sans savoir pour qu'elle raison exacte. Pénétré de doute au sujet de la litté- rature, il se demandait si celle-ci avait un lien étroit avec la digestion, bref, avec le ventre et non avec le cerveau, le centre de l'intellect? Et il avait le sentiment que l'acte d'écrire était plutôt une activité physique qu'une réelle activité intellectuelle, comme tout le monde voulait le croire et pour des raisons d'amour propre, bien évidemment. Criez au public que vous avez écrit votre ch- ef-d'oeuvre grâce à votre ventre et non avec votre cerveau, vous verrez soudainement une armée de fous( les intellectuels) se lever contre vous et vous mettre au piloris. En fait, vous n' aurez aucune chance de vous faire entendre par ces gens et dont le métier est d'asservir le peuple par leurs idées soi-disantes géniales. De plus, vous risquez de rabaisser la littérature au niveau des entrailles; ce qui pour les grands écrivains est une véritable déclaration de guerre à leur amour propre. Non, non, soyons plus fin que cela, car la littérature ne doit pas être gangrenée par la vé- rité; c'est ce que sa chère épouse-femme-d'affaire lui avait fait comprendre un jour en lui jetant à la figure : Dont forget, Alfred, business is buisness! et en lui mettant sous le nez le magazine É- diteurs, chiffres à l'appui qui est le magazine des écrivains d'aujourd'hui qui veulent vendre La société se trouve à Paris et celle-ci collecte toutes les informations auprès des maison d'editions pour connaître les nouvelles tendances de la littérature, disons pour être plus juste, de ce qui s'é- crit dans les livres. Bref, on ne peut plus parler véritablement de littérature, mais d'une véritable entreprise commerciale. Moi personnellement, en tant que nègre de mon épouse-femme-d'affaire, je n'y suis pas contre. Mais parfois, ça m'agace de dire des mensonges au public et uniquement pour qu'il achète mon livre.   
Ici, en France où ailleurs, on ne met plus de littérature dans les livres, mais on y met de la statisti- ques appliquée au commerce si vous voulez connaître mon sentiment, et ceci est la grande tenda- nce d'aujourd'hui où l'on veut gagner à tous les coups et que je peux comprendre entièrement. Car étant un ancien flambeur de casino, j'ai comme tout le monde essayé de trouver une méthode pour gagner à tous les coups. Mais malheureusement, je n'y suis jamais arrivé à cause de mes mo- yens qui étaient alors trop modestes pour appliquer une formule mathématique sur la table des jeux et jouer toutes les combinaisons. Moi je me suis contenté seulement d'avoir de la chance et ça m'a réussi. Et je ne peux remercier que le destin de m'avoir élu ainsi que d'avoir trouvé l'am- our auprès de ma chère Clotilde. Mais pour les autres, les perdants, je suis désolé pour eux; ils sont les losers de l'histoire et peut-être s'en suicideront-ils d'avoir été pris pour les dindons de la farce? La meilleure chose que je leur souhaite, c'est de prendre cette ultime descision qui est de s' arrêter de jouer pour pouvoir vivre enfin leur vie. Mais est-ce possible d'enlever à ces gens leurs rêves, leur opium? Un jour, j'écrirai un livre sur ce sujet qui sûrement emballera Clotilde : où ar- gent, passions, drogue, magouilles d'Etat et suicides seront, j'en suis sûr, pour elle des arguments de taille pour faire un bestseller et pourquoi pas?
Retour au château de Watergrown

Ce matin, Josepha s'était levée de bonne humeur et avait demandé qu'on lui apporte son petit déjeuner au lit; ce qui semblait être une petite révolution au château. Naima, réchauffée par les nouvelles moeurs de sa maîtresse, lui avait même apporté des petits pains truffés aux pépites de chocolat en lui disant qu'ils étaient bon pour la santé( mais sans avoir eu la maladresse de lui dire qu'ils étaient bons contre la depression; ce qui aurait été une impolitesse de sa part si tôt le matin, vu que sa maitresse en avait tous les signes). Mais après ces quelques années passées à son servi- ce et dans cette vieille Angleterre Victorienne( où le fair play devait faire loi en toute circonstan- ce pour ne pas dire la vérité ouvertement aux gens), elle s'était pliée à cette exigence et était rep- artie vers les cuisines entièrement satisfaite par ses nouvelles moeurs.

Après avoir fini son petit déjeuner, Josepha ne demanda pas qu'on desservi, mais laissa son plate- au sur son lit au milieu des draps et des couvertures..et une envie folle d'être libre la prit soudai- nement, quand elle aperçut par la fenêtre la pluie qui avait cessé ainsi qu'un ciel superbe se pro- filer pour la journée où ses terres gonflées par les eaux semblaient se dégorger pour le bonheur du maitre métayer et des paysans. Et en se baignant la tête au soleil à travers la vitre, elle se sentit à nouveau revivre comme une plante qui avait été trop arrosée durant ses derniers jours. Puis séchant ses larmes, elle comprit à son grand étonnement qu'elle pouvait être heureuse sans son mari! Mon dieu, mais suis-je un monstre d'égoïsme pour ressentir tout cela? se demanda-t-elle en goûtant à ce bonheur inattendu. Ou, peut-être, ne suis-je que récompensée par tous mes sacrifices consentis pour lui? réitéra-t-elle d'une manière lucide. En fait, elle constatait que les hommes étaient souvent aveugles, quand il sagissait de reconnaitre le sacrifice de leurs épouses pour leur ménage et pour leur vie de couple. Bref, ils ne voyaient jamais les efforts surhumains qu'elles fai- saient souvent pour maintenir l'harmonie en son sein. Mais les hommes maladroits, d'un revers de manche, balayaient toute cette philosophie de bonne femme, vu que ça les ennuyaient terribleme- nt de les considérer comme des saintes et non comme de simples épouses qui leurs étaient dévou- uées. Bref, une incomprèhenion totale entre nos deux protagonistes qui ne semblait pas dater d'h- ier, mais depuis l'aube de l'humanité : où l'homme n'avait fait que prouver qu'il était bien un ani- mal politique et la femme un animal domestique ou un être sociologique fait pour l'harmonie et la paix, c'est dire un énorme fossé entre nos deux inséparables. En fait, les femmes ne demandai- ent qu'une seule chose aux hommes, bref, qu'elles fussent considérées comme des héros de la vie quotidienne; mais ces derniers, du fait de leur nature, ne trouvaient rien d'héroïque à s'occuper des enfants, à faire la vaisselle ou à repriser les chaussettes, mais plutôt ceux qui étaient prêts à mourir sur un champ de bataille pour une grande idée ou pour leur pays. Comme pour la reine Victoria! à laquelle son mari était prêt à donner sa vie, s'exclama-t-elle en silence, la tête appuyée contre le carreau de la vitre. Étrangement elle ne pleurait pas, mais semblait heureuse d'avoir pu mettre un nom sur sa relation avec cet amiral de sa royale majesté. C'était un amour trompé, ni plus ni moins, mais dont le jeu l'intéressait à juste titre : afin de savoir juqu' où elle pourrait aller et lui jusqu'où il pourrait garder ses nerfs. A partir d'aujoud'hui, je ne boirai plus de thé en pres- ence de ses amis, mais je demanderai à boire du café! décida-t-elle avec affront.

Et j'espère bien que tous ces petits nouveaux événements dans la vie quotidienne l'agaçeront et lui feront poser toutes sortes de questions sur moi. Peut-être reconquerai-je son amour ou seu- lement son estime? Pour moi, c'est l'un ou c'est l'autre et je ne veux pas finir ma vie comme un fantôme, comme miss Crambowl qui, apprit un jour, que son mari avait une liaison avec un homme! Moi, mon problème, c'est la reine Victoria, c'est à dire une rude concurrente! pensait Josepha d'un air enflammée en enfilant une robe de chambre pour aller faire un tour dans le jar- din.

Dans le jardin, elle n'y resta que quelques minutes, le temps de respirer un peu l'air de la campa- gne et de regarder l'etat de ses fleurs que les pluies avaient maltraitées durant ses derniers jours.

Puis discrètement, elle emprunta un petit escalier privé qui accédait directement au bureau de son mari; celui-ci avait été construit par ce dernier pour des raisons de commodités, mais surt- out pour ne pas croiser le regard des domestiques quand l'Amiral était en ébullition et avait un projet démoniaque a proposer à la reine Victoria, bref, pour l'Empire Britannique. Après avoir reprit son souffle, elle s'y enferma à double tour, puis se dirigea vers le fond de la pièce où se trouvait le secrétaire en bois d'acajou de son mari. En chemin, elle vit bel et bien qu'elle se trou- vait dans le bureau d'un amiral : où tous ses objets fétiches trônaient sur des petits meubles ou bien s'affichaient sur les murs, comme ces marines explosant de couleurs violentes par le feu des canons et par les cieux entredéchirés d'éclaircies soudaines. Mon dieu, dit-elle, comment ces hommes pouvaient-ils accepter ce sort si ingrat qui était de mourir décapité ou amputé par les boulets de canons, puis emporté par le fond? Pour elle, tout cela ressemblait à un vrai mystère, mais comprenait par là que ces hommes n'avaient pas bien le choix, vu que la plus part était née sous la mauvaise étoile. Alors qu'eux, les aristocrates, avaient hérité d'immenses domaines grâ- ce à leurs ancêtres, il est vrai, très très calculateurs.
Et cette disposition toute particulière avait fait qu'aujourd'hui ils détenaient tous les pouvoirs dans cette vieille Angleterre, en choisissant les meilleurs places au gouvernement ou bien dans la flotte de sa royale majesté. Et pour dire la vérité, Moriss, son mari, n'eut véritablement pas le ch- oix pour sa carrière et malgré qu'il prétendît le contraire par amour propre, bien évidemment. Parce qu'il dût suivre la tradition familiale, qui dèjà avait donné à l'Angleterre de prestigieux am- iraux, et malgré un metier de marin des plus dangereux au monde aussi bien pour les simples ma- telots que pour les officiers, ce que Josepha comprenait très bien. Et les plus rusés des aristocrat- es déclinaient souvent l'offre de la Royal Navy pour une place sans risque à la chambre des repré- sentants où le seul accident qu'on pût craindre fut celui de tomber de sa chaise! pouffa-t-elle de rire en y pensant. Et puis mon mari n'a pas autant de pouvoirs qu'il le dit, même s'il prétend qu'il est indispensable à la couronne britannique et à son glorieux destin. Mais d'où lui peut venir cette ignoble arrogance? La reine Victoria n'y serait-elle pas pour quelque chose? s'interrogeait-elle en s'arrêtant soudainement devant la maquette au 1/98 du navire de l'amiral Nelson ( le VICTORY) qui ce dernier mourut durant la bataille de Trafalgar contre les Français et les Espagnols. Cette maquette faite en bois précieux, métal doré et coton était un vrai chef-d'oeuvre pour Josepha et dont les yeux pouvaient apercevoir dans les moindres détails, les voiles confectionnées en coton, les cordage en lin finement tressées et la coque en marqueterie imitant à merveille les planches de bois jointes entre elles par une colle invisible. Et tout en haut des mâts se dressait les drapeaux de la couronne britannique, celui du Royaume-Uni, de la croix de Saint-Georges et du White Ensign et que le constructeur de la maquette avait rigidifié pour qu'on y distinguât bien les couleurs.
Au dessus de cette maquette était plaquée sur le mur, une carte marine où toutes les possessions anglaises étaient épinglées par un petit drapeau appartenant à la couronne Britannique. Quant aux autres possessions, qui appartenaient aux Français, aux Espagnols, au Portugais et aux Holland- ais, sous leurs petits drapeaux respectifs étaient inscrits un grand point d'interrogation! Celle-ci, intriguée pendant quelques instants, prit un de ces petits drapeaux et le regarda de plus près. Puis glissant son regard sur le côté, elle aperçut un petit tableau où se trouvait la légende de la carte et où le point d'interrogation signifiait : possessions temporaires. Bien sûr, bien sûr, je comprends mieux maintenant!dit-elle en reposant le petit drapeau de la France sur une petite île des Caraïbes Elle remarquait aussi sur la carte, une rose des vents qu'elle considérât toujours comme un grand mystère, alors qu'elle avait une réelle utilité pour les marins en leur donnant la direction des ve- nts selon la mer et la saison où l'on se trouvait. Étrangement, elle passa sa main dessus comme on passe sa main sur un talisman et fut soudainement prise de visions où elle se vit transportée, en un éclair de temps, à l'époque des pharaons : assise sur son trône au coté de son époux, le pha- raon, un symbole quasi-identique était sculpté au dessus de leurs têtes; ce symbole représentait le soleil qui, par ses rayons ardents, répandait la vie sur toute la terre. Et on pouvait apercevoir d'un peu plus près que ces rayons se terminaient par des petites mains : petites mains généreuses qui n' oubliaient jamais personne quant à ses bienfaits en matière de lumière et de chaleur. Bref, le vrai symbole de la justice et non pas celui des hommes! pensa Josepha en revenant à elle.
Arrivée devant le secretaire de son mari( qui semblait inviolable du fait qu'il contenait des docu- ments top secrets et dont il avait blindé l'accés par un soufflet pour le rendre hermétique), Jose- pha, furieuse de le constater, d'un geste brutal appuya sur le bouton à ressort qui devait norma- lement l'ouvrir; mais celui-ci résista à la pression de ses doigts et le soufflet resta clos comme une cloche sous vide. Raaaah! lança-t-elle desespérée de voir ses plans tomber à l'eau.Mais où a- t-il bien pu mettre ses clefs, le monstre? se demanda-t-elle en observant attentivement la forme de la serrure qui était placée juste sous le bouton à ressort. Celle-ci devait ressembler à une pet- ite clef tout à fait ordinaire, ce qui ne devait pas être une mince affaire à dénicher dans tout ce fouillis, estima-t-elle. Mais se voulant pragmatique, elle se baissa sous le bureau pour voir s'il ne l'avait pas caché dans un recoin secret; mais non, visiblement, il n'y avait rien de ce côté là; ce qui la rendit si furieuse qu'elle essaya de soulever l'un des pieds du bureau mais sans y parvenir, vu le poids du secretaire en acajou. Le souffle coupé par toutes ces contrariétés et ses gesticula- tions inutiles, Josepha se retourna brusquement sur la pièce et lança un regard inquisiteur à tous les objets qui s'y trouvaient et se disait : Mais où a-t-il pu bien mettre cette maudite clef, notre cher grand amiral de sa royale majesté? Instinctivement, elle partit vers la bâteau de l'amiral Nel- son et mit sa tête presque dans les cordages pour observer très scrupuleusement le moindre dé- tail qui pouvait rappeler la forme d'une clef. Intriguée par une petite trappe qui se trouvait sur le pont ( et donnant très semblablement sur la soute à canons), elle la souleva par un petit anneau doré, puis y engouffra sa main par curiosité. Tout à coup, elle sentit quelque chose de dure et de froid sous ses doigts. Mon dieu, je crois que je l'ai trouvée! lança-t-elle en sortant de la trappe, une petite clef en laiton qui semblait être celle du secrétaire de son mari. 
Emportée par sa découverte, elle courut vite l'ouvrir pour enfin  découvrir le secret que ces ma- udites lettres pouvaient bien renfermer( lettres qu'il recevait de la reine Victoria et que sa fem- me n'avait pas le droit de lire, car considérées comme secret d'Etat par son amiral de mari). En soulevant le soufflet du secrétaire, qui lui parut peser une tonne, elle aperçut un ensemble de tiroirs disposés de part et d'autre du meuble et apparemment sans serrures. C'est une chance! dit- elle du bout des lèvres. Puis tirant le plus grand tiroir et le plus susceptible de contenir un cou- rrier abondant, elle aperçut au fond de celui-ci un gros paquet de lettres ficelées entre elles, très certainement classées par date, pensa-t-elle en les saisissant avec soin( sachant desormais qu' elle avait accès à ses lettres confidentielles et donc les remettrait dans le bonne ordre après les avoir lu). Josepha, studieuse, prit une chaise puis s'asseya devant le bureau et d'un geste fébrile défit le noeux qui les serraient. Après avoir vérifié qu'elles étaient bien par ordre de date, elles les étala sur le bureau et commença à ouvrir la dernière. Le sceau de la reine se trouvait sur le dos de l'en veloppe; ce qui la fit frémir un instant en dépliant la lettre où elle aperçut l'écriture de la reine qui était suprenement petite pour une si grande personne, pensa-t-elle étonnée. De toute façon, à part ses titres, c'était une femme comme une autre avec ses peurs et ses angoisses et non un être supérieur tels que les gens voulaient se l'imaginer. En fait, ce piédestal énorme qu'était le pouv- oir agrandissait tout aussi bien la personne qui s'y trouvait que les mots sortant de sa bouche. Elle dirait le mot sardine qu'aussitôt les gens croiraient avoir entendu le mot baleine sortir de sa bouche! Ce qui, il est vrai, à beaucoup d'avantages quand on a que des petites choses à dire, n' est-ce pas? Alors que moi, lorsque je parle à mon mari, celui-ci ne veut même pas m'écouter, comme si mes mots n'avaient aucun poids et ça me met alors hors de moi!  

Bref, mon cher Amiral semble diviniser, quasi-encenser ceux de la reine et pour des raisons qui me sont insupportables. Elle pensait bien évidemment à la lettre que son mari lui avait caché la dernière fois, lorsqu'ils étaient tous les deux dans le jardin. Oh chérie, je vous prie de m'excusez. Mais cette lettre est hautement confidentiel et je ne peux malheureusement pas vous en parler! lui avait-il dit en s'écartant de la table où elle brodait une taie d'oreiller. Oh le mnostre! J'étais partie si furieuse que je lui en ai voulu pendant plusieurs jours. Mais heureusement qu'il était parti à Londres quelques temps après. Et maintenant, elle comprenait le pourquoi de ce départ si précipité.

Palais de Buckingham, le 15 Juillet 1853

Cher Amiral Bretjones, si je vous écris personnellement depuis mon palais de Buckingham, cro- yez le bien, ce n'est pas encore une de mes fantaisies; mais bien pour vous annoncer une très ma- uvaise nouvelle concernant l'avenir de l'Europe. Voilà, l'Empire Ottoman vient de déclarer la gu- erre à la Russie, suite à la fin de l'ultimatum envoyé au général Gortschakoff. Et comme vous le savez très certainement, nous sommes obligés d'entrer dans ce conflit afin d'éviter le démantèle- ment de la région où les intérêts de la couronne Britannique sont étroitement liés à ceux des Ott- omans. Je vous demanderai donc de revenir ici à Londres au plus vite afin de rejoindre votre état major et nous trouver la meilleur solution, en termes de delai et de coût, pour nous faire gagner cette guerre. Important à signaler, n'essayez pas de joindre l'amiral Makensy, car celui-ci à l'heu- re actuelle est en mer et se dirige vers le Bosphore afin d'évaluer nos besoins en termes de vaiss- eaux et de troupes. "

Mon cher amiral, voyez-vous, depuis que j'entretiens avec vous cette liaison épistolaire et qui est pour moi d'un grand soutient (car sans vos conseils en matière de stratégie politique, je ne serai certainement pas là où je suis; c'est à dire assise sur mon trône à veiller sur l'avenir de l' Empire Britannique ainsi que sur ses 100 millions de sujets de part le monde), et pour cela, je voudrai vous en remercier ainsi que pour votre loyauté envers votre Reine. Peu de gens savent que mon destin est entre vos mains : ma famille l'ignore et persiste à croire qu'elle m'a tout don- né. Mais elle se trompe! C'est fou comme je me surprends à vous faire des confidences, mon ami! Vous qui m'avez appris à ne montrer aucune faiblesse à mes ennemis, je dois très certaine- ment vous décevoir en ce moment, non? Donc, afin d'éviter  toutes calomnies ou rumeurs sur ma personne, je vous prie, mon ami, de ne montrer jamais à personne ces lettres, ni à votre fem- me qui, m'avez vous dit, était un monstre froid et calculateur.

Josepha, en lisant cela, n'en crut pas ses yeux et fit comme sortir de sa tête de la fumée. Oh le fripon, il me fait passer pour un monstre auprès de la reine, alors que c'est lui le monstre sans coeur! fulminait-elle prête à déchirer cette lettre calomnieuse, mais se retint par simple straté- gie.
Emportée par son tempérament de feu, elle n'arrivait pas à concevoir qu'elle put être elle aussi un monstre comme son mari. Et que le problème de leur couple se trouvait dans ce refus de le croire véritablement, en se rejetant la faute mutuellement, jamais de face, mais auprès de leurs amis respectifs. L'amiral, qui était un militaire, considérait toujours sa femme comme un basti- on à conquérir et non comme une épouse douce et respectable et utilisait tantôt la force tantôt la ruse pour la mettre à genoux. Mettre à genoux ses ennemis! C'était son expression favorite pour les nommer et Josepha en faisait partie, malheureusement.
Suite de la lettre
De plus, vous m'avez dit que votre femme avait des origines françaises; ce qui n'arrangeait pas vraiment ses relations avec nos chères laidies anglaises, n'est-ce pas ? (rires)
Josepha, apprenant brutalement que la reine Victoria connaissait desormais son secret de fami- lle( que son mari lui avait dévoilé) sentit tout à coup la colère monter en elle et voulut pendant un instant la mort de celui-ci! Oh c'est sûr qu'ils avaient dû bien rire, ces deux là, sur mon défa- ut de famille et qui me condamnait pour ainsi dire à n'avoir aucun avenir politique dans le roya- ume d'Angleterre, pensait-elle amèrement. Mais comment se venger? s'interrogeait-elle devant cette situation hors du commun, où son mari était le conseiller personnel de la reine et sans être considérée comme une traîtresse à son pays? Rendue nerveuse par cette grande question d'ordre politique, elle reposa la lettre sur la table et ferma les yeux pendant quelques instants afin de ret- rouver un peu de sérénité. Puis soudainement, tapant du poing sur la table, elle dit entre ses den- ts sérrés: le mieux serait qu'il y reste à la guerre, le traître! Et puis comme il veut absolument mourir pour sa Reine, eh ben l'occasion lui en ait donné en ce moment, n'est-ce pas? Et con- trairement à ce que l'on aurait pu croire, elle ne disait pas cela par lâcheté( sachant que la plus part des hommes pensait qu'une femme bafouée n'aurait pas le courage de se battre en duel au pistolet ou à l'épée contre son mari pour sauver son honneur; ce qui était en partie vrai, ne nous le cachons pas). Mais imaginer qu'une femme puisse se battre en duel contre son mari pour sau- ver son honneur, cette idée était complètement farfelue pour la plus part des femmes qui, par in- stinct, avait une inclinaison plutôt pour l'empoisonnement. Bref, Josepha était convaincue, com- me la plus part des femmes, qu'elle devait se battre avec ses armes à elle et l'empoisonnement en faisait partie, malheureusement. En fait, nous les femmes, nous avons horreur de faire couler le sang de nos propres mains et nous ôte tout courage pour le faire. Alors que pour les hommes, ça ne semble guère les gêner et même leur procurer une certaine jouissance. C'est peut-être cela qui nous différencie des hommes, bref, ce contact avec la chair humaine dans des circonstances effroyables. Pourtant nous aimons les corps, mais essentiellement dans les relations amoureu- ses.

Faire la guerre nous a toujours semblé une hérésie. Car enlever la vie aux enfants que nous avo- ns mis au monde puis élever est pour nous un énorme gâchis pour l'humanité. Nous les femmes, nous sommes là pour créer la vie et non pour la détruire; ce que font les hommes sans le moi- ndre scrupule! Mais peut-être qu'un jour nous deviendront comme eux, comme ces hommes pervers et sanguinaires? se demandait curieusement Josepha qui regardait froidement sa situati- on de femme bafouée. Et s'il revenait estropié de la guerre? s'imaginait-elle avec une sorte de bonheur visible sur son visage, je pourrais alors me venger plus facilement et lui faire manger toutes les lettres où il m'a calomniée! continua-t-elle en crachant une sorte de venin. Pour moi tous les Anglais sont des fripons, et si ma famille française a pu s'installer en Angleterre, ce n'est pas du fait de leur gentillesse, mais parce que mon aïeuil, fuyant les persecutions des catholiqu- es, y avait amené toute sa fortune. Dans le conté de Sussex, il y fit construire une filature; ce qui lui permit d'être anobli par Guillaume 3 d'Angleterre quelques années plus tard. Les Anglo-Sax- ons ont toujours été intéressés par l'argent et tout particulièrement par les hommes entreprenant comme était mon aïeuil, un riche commerçant de Tours. Il s'appelait Jean Bauvilain et, suite a son anoblissement, il anglicisa son nom qui devint sir John Bodvillers. Son titre était celui de chevalier et toute sa famille adopta les moeurs des anglais pour s'y etablir durablement et cela leur avait bien reussi. Aujourd'hui, deux cens ans plus tard, j'en suis la digne descendante et je suis devenue Lady Josepha, une jeune femme respectée par la société anglaise, mais qui subit toujours une certaine discrimination du fait de mes origines françaises et qui ne contiennent ma- lheureusement aucune goutte de sang noble.

C'est fou comme ce système aristocratique est devenu retrograde en Angleterre et dans toute l' Europe d'ailleurs! Le monde évolue si vite dans ses techniques et dans ses rapports humains que l'homme de la rue perçoit de plus en plus qu'il est pris pour un imbécile et nos chers lords, pendant ce temps là, débattent à la Chambre sur la sauvegarde de leurs privilèges et sur la fruct- ification de leur patrimoine. Ce que je remarque, c'est qu'ils ne sont pas insensibles à tous ces changements qu'ils voient opérer sous leurs yeux; mais préfèrent ne pas en parler en public, ni à la chambre des communes, où sieges la petite noblesse ainsi que les représentants du peuple, où l'on voudrait soulever les questions qui s'y rattachent. Mais eux, ils font la sourde oreille et leur répondent : si c'est contre les intérêts de la couronne britannique, ils n'en débattront pas. Voila comment est la société anglaise, retrograde et conservatrice par tradition. Et paradoxalement, nous avons été les premiers en Europe à industrialiser notre économie, non pour diminuer les injustices sociales(comme tout le monde voudrait le croire), mais essentiellement pour enrichir notre aristocratie. Ici, toutes les propriétés terriennes appartiennent aux nobles donc l'agricultu- re, l'élevage, les mines etc etc. Quand aux navires commerciaux, ils en sont pour la plus part propriétaires, ramenant ainsi du blé d'Amérique et du coton pour alimenter les filatures. Dans cette chasse gardée que peut réellement faire l'homme ordinaire, sinon mourir de décourage- ments? En fait, il n' y a pratiquement aucune perspective d'avenir pour lui et sa famille et moi parfois ça me révolte. Mais l'annoblissement de ma famille, grâce à mon ailleuil, me fait chang- er souvent d'avis : car si j'étais pauvre qui réellement me viendrait en aide, mon ami? Personne, bien évidemment! Et quant à cette solidarité, soit-disant entre pauvres, moi je n'y crois pas du tout. Bref, partager sa misère avec son prochain est-ce vraiment un grand projet politique pour un pays? Non, je n'y crois pas. Et je pense que seule l'evolution des mentalités dans notre pays pourra résoudre nos problèmes de misère. Et que l'enrichissement économique de notre pays, n'est en aucune façon un gage de réussite quant à ce beau projet, admettait-elle en toute luci- dité.

Josepha, rehaussée par ses convictions, reprit la lettre et continua sa lecture
Mon cher amiral, connaissez-vous mon plat préféré?
Josepha, en lisant cela, fut consternée par les sujets traités par la reine!
C'est le bœuf aux haricots!
Josepha soudainement éclata de rire, Ah! Ah!Ah!
Le problème, mon amiral, c'est qu'ils me font lâcher des gazs et asphyxient tout mon entourage pendant la journée. Mais comme ils sont très bien éduqués, ils m'en font pas la remarque et su- pportent très bien mes indispositions. A la suite de cela, j'ai demandé à mon medecin personnel, messieur Brown, s'il avait un remède contre cela. Et savez-vous ce qu'il m'a répondu?
Josepha, impatiente et curieuse de connaitre la réponse, retourna la lettre pour le savoir.
Mais Majesté, il vous faut pèter! Car c'est un gage pour votre bonne santé! m-a-t-il dit en levant les bras au ciel. Je ne vous cacherai pas, mon amiral, qu'il m'a fait beaucoup rire et ça m'a fait beaucoup de bien. Aussi, il m'a dit pour conserver une bonne santé, qu'il fallait rire au moins 2 fois dans la journée et m'a donc proposé de suivre des séances de rires entre 10H et 10H30 du matin apres le petit déjeuner et les soir entre 6H et 6H30. Je vous procurerai un bouffon, mess- ieur Gordon qui pourra vous dire toutes ses amabilités pour vous faire decrocher la mâchoire, votre Majesté. Il est vrai que de renouer avec cette vieille tradition du bouffon du roi m'a un peu surprise et m'a même enthousiasmée. Mais vous, amiral, qu'en pensez-vous? Pourrait-il se cach- er derrière tout ça des espions? J'attendrai avec impatience votre reponse dans votre prochaine lettre, car pour l'instant je n'ai prise auncune descision concernant le retour du bouffon du roi à la cour d'Angleterre.

La suite de la lettre concernait des recettes de cuisines et surtout des desserts dont elle raffolait, et où elle était prête à engager un pâtissier français au Palais de Buckingham. Mais on lui avait déconseillé, vu les relations diplomatiques difficiles en ce moment entre la France et l'Angle- terre.

Josepha, exténuée par tout ce qu'elle venait d'apprendre, reposa la lettre sur la table et se mit à réfléchir sur cette reine fantasque qui, étrangement, mélangeait dans ses lettres privées des info- rmations de hautes importances avec ses recettes de cuisines préférées! Il ne manquât plus qu' elle nous parle de ses varices pour faire trembler la couronne britannique! pensa-t-elle en étou- ffant ses fous rires.
Puis pensant soudainement au temps qui passait, Josepha rangea tout, referma tout et remit dans la soute à canon du VICTORY, la clef du secrétaire de son mari.
Avant de sortir de la pièce, elle vérifia que tout était en ordre, puis remonta dans sa chambre.

 

Alfred, épuisé, par l'écriture de son roman, s'était endormi sur sa feuille de travail et l'obscuri- rité avait gagné sournoisement son bureau, comme s'il n'avait pas eu la force de se lever et d' aller allumer la lumière; sachant bien que la lumière naturelle était indispensable pour écrire un bon roman et de surcroît se passant en Angleterre, où là bas il faisait continuellement gris ou pluvieux. Il avait même eu l'idée à un moment donné, afin de se rapprocher de cette époque Vi- ctorienne, d'écrire à la lueur d'une bougie ou d'un bec de gaz; mais n'y voyant pas très clair, il y avait renoncé. Cela ressemblait, ni plus ni moins, à une croyance ancrée chez la plus part des mauvais écrivains, qui pensaient un peu naïvement que plus on était proche des évènevements plus on écrirait facilement son chef-d'oeuvre! Alfred, par péché de jeunesse, s'y était pris au jeu au début, mais avait vite renoncé à ces artifices petits bourgeois et qui consistaient à se mettre dans l'ambiance pour écrire le grand roman d'aventures et qui bien sûr serait vite sanctionné co- mme bestseller par les médias. Pour sa femme, c'était bien évidemment le but recherché. Mais pour lui, écrire était surtout jouer avec les contrastes de la vie des autres et non vouloir absol- ument leur ressembler. Ici, a Menton où il faisait toujours un temps merveilleux, essayez d' im- aginer une histoire se passant dans les brumes impénétrables de la vieille Angleterre semblait le subjuguer, le mettre au défit quant aux sentiments que devaient ressentir ces gens sous ces torr- ents de pluie continuel et sous ce brouillard à découper au couteau. Ce bain continuel sur les corps affectait-il vraiment l'esprit des gens, au point d'avoir des sentiments trempés, voir mous ou imsipides, comme ces plantes qui seraient trop arrosées, ou bien, tout au contraire, des senti- ments bien trempés dans le sens intransigeant, voir très dures pour ses semblables? Alfred, s'ap- erçut en commencant à écrire sur l'histoire de Josepha et sur la reine Victoria, que c'est cette dernière proposition qui était vraie et qu'il règnait sous les pluies de la Grande Bretagne une véritable intolérance, voir du mépris pour la classe laborieuse, sans richesse. Ceci montrait ni plus ni moins le caractère des Anglo-Saxons qui, issu de le race germanique, était prêt à tuer ou à massacrer des villages entiers pour s'emparer de leurs richesses. Aujourd' hui, avec la mondia- lisation, le monde entier était devenu un grand village et le massacre ne faisait que commencer! pensa-t-il avant de s'effondrer de fatigue sur sa table de travail.

-Alfred, tu viens manger?

C'est Clotilde qui l'appelait à travers la salle à manger où elle avait préparé le repas.
Mais qu'est ce qu'il fait? se demanda-t elle en regardant son bracelet montre qui indiquait 21h30

Ohé, le diner est prêt!

Mais n'entendant aucune réponse, elle courut aussitôt dans son bureau pour voir ce qu'il pou- vait bien faire; le voyant affalé sur sa table de travail, elle crut un instant qu'il était mort! Mais en s'approchant de lui, elle entendit son petit ronflement régulier qu'elle connaissait très bien, ce qui la rassura. Il dort, mon bébé! dit-elle du bout des lèvres et en lui passant la main dans les cheveux. Puis voyant la page d'écriture sur laquelle il était en train de travailler, coincée sous l' une de ses main, Clotilde la tira doucement vers elle afin d'en prendre connaissance. Et la lisant, avec une grande curiosité, ses yeux soudainement s'illuminèrent quand elle vit apparaitre des mots chargés de haines, de jalousies et le tout agrémenté d'un futur crime! Là, je crois qu'il le tient enfin son grand roman d'amour. Bref, il a enfin compris ce que sont les femmes : de méch- antes créatures cachées sous de jolies fleurs, dit-elle en reposant la feuille sur le coin du bureau.

L'air plein de malices, elle repartit dans le salon pour se placer devant son lecteur CD (mais que voulait-elle faire exactement?). Appuyant sur les boutons de selection, elle passa en revue tous les airs classiques qu'elle et son mari adoraient. Tiens! dit-elle en voyant la symphonie fantasti- que d'Hector Berliot s'afficher, je crois que celle-là serait pas mal pour...Mais voulant quelque chose de plus en adéquation avec la situation( parfois Clotilde avait ce genre de perversion), elle continua sa selection et vit soudainement s'afficher God save the Queen, l'hymne Britannique, ce qui la mit aussitôt en joie. Ah je crois que j'ai enfin trouvé quelque chose qui pourrait le faire revenir à la réalité sans trop le brusquer, mon bébé! dit-elle en essayant d'étouffer ses fous rires. Puis appuyant sur le bouton play, l'air du God Save the Queen retentit aussitôt dans le salon d'une façon magistrale et, Clotilde voulant enfoncer le clou, tourna le bouton du volume à fond. Quelques secondes plus tard, elle vit apparaître son mari dans l'encadrement de la porte du sa- lon, les yeux effarés et les mains se bouchant les oreilles, lui crier : Mais c'est quoi tout ce bou- can? Mais le volume était si fort que personne en vérité ne pouvait s'entendre. Désolé, chéri, mais je ne t'entends pas! lui faisait-elle comprendre par de grands gestes. Mais entendant soudai- nement sur son plafond les coups de balais du voisin du dessus, elle baissa le son et se précipita dans les bras de son mari pour lui chuchoter à l'oreille : Oh chéri, excuse-moi, c'était une plaisa- nterie! Alfred, ne sachant plus comment réagir, se mit aussitôt à rire d'une façon incontrôlée et lui dit : je t'aime comme tu es, ma chérie! Puis ils s'embrassèrent langoureusement pendant un long moment.

Après ces retrouvailles bien étranges, ils se mirent à table.

-Alors qu'est ce qu'on mange, ce soir? lui demanda-t-il en humant une bonne odeur de boeuf aux haricots lui titiller les narines. Étrangement, Alfred qui était revenu à la réalité, avait complète- ment oublié que c'était le plat préféré de la reine Victoria, Impératrice des Indes et d'Irlande!

Cette nuit là, il lui fit l'amour comme un dieu, pètant même au lit comme la reine d'Angleterre!

Le demain matin.

Assis en face de son bureau, avec une étrange envie de faire la guerre, il se demandait si la partie de jambes en l'air qu'il avait eu cette nuit avec sa femme, n'y était pas pour quelque chose et ne l'avait pas transformé en homme d'action, bref, en homme sûr de sa virilité. Pendant une fraction de secondes, il faillit en rire; mais cette fois-ci il se retint vu qu' il avait beaucoup de travail sur la planche, ou plutôt, une véritable campagne militaire à mener, pensa-t-il en décapuchonnant son stylo à plume où la pointe brillait comme une épée.

La guerre de Crimée, petit rappel historique.

Une querelle de moines au Saint-Sépulcre, à Jerusalem, est à l'origine de la guerre de Crimée. Étrangement, Jerusalem, en ces temps là attirait un nombre de plus en plus important de moines chrétiens orthodoxes( on en dénombrait 15000 par an) et qui allaient d'une certaine façon conc- urrencer les moines chrétiens catholiques, qui officiellement étaient les gardiens du tombeau du Christ, pour être exact. Et des accords de longue date avaient été signés entre le Vatican et la Fr- ance pour assurer sa protection par des moyens militaires. En fait, tout ceci était accepté par tout le monde, vu que les Français, par les croisades entreprises par Godefroy de bouillon et Sa- int-Louis et bien d'autres aussi, avait repris la ville de Jerusalem aux musulmans et d'une mani- ère durable. Même le tsar de Russie, Nicolas 1, ne s'était jamais opposé que Jerusalem fut sous le protectorat Français. Et pour qu'il n'y eut point de doute sur cette sujet là, il fit envoyer un courrier à Napoleon 3 alors "empereur des Français" pour le confirmer. Il est vrai un titre que Nicolas 1 ne lui reconnaissait pas; car depuis Napoleon Bonaparte et la très célèbre bataille de la Moscova( où Napoleon avait forcé les Russes à brûler la ville de Moscou), les relations entre la France et la Russie ne s'étaient jamais bien arrangées et chacun héritait de la situation pour ainsi dire. Et dans ce contexte politique et historique bien particulier, les moines orthodoxes av- aient eux aussi des ambitions principalement religieuses. Mais étrangement, cette revendication que le Saint Sépulcre soit mis "sous protectorat de l'Église orthodoxe" ne fut jamais clairement exprimée par celle-ci, parce qu'elle savait très bien que le nombre des moines catholiques, les franciscains, à Jerusalem était majoritaire. Et pour ambitionner ce possible changement (de se saisir enfin du tombeau du Christ), elle dut attendre plusieurs décennies et surtout l'effet de cet- te forte immigration des moines orthodoxes sur Jerusalem. Et quand ils furent assez nombreux des querelles s'ensuivirent pour prendre le pouvoir. Au cours de ces querelles, un vendredi saint du 10 Avril 1846, on dénombra une quarantaine de morts! Ce qui fut assez surprenant de la part de moines, n'est-ce pas?

A la suite de cela, les autorités calmèrent la situation en convoquant les parties concernées et leur demandèent des explications. Mais chacune campant sur ses positions, ils durent envoyer des lettres au Vatican et à la cour de Russie pour leur exposer le problème et surtout trouver une solution. La France et l'Eglise du Vatican étant légitimes depuis des lustres pour garder le Saint Sépulcre; la Russie ne s'y opposa pas, car elle ne voulait pas entrer sur ce terrain où une simple querelle de moines pouvait dégénérer en guerre de religion; ce que le tsar de Russie ne désirait pas. Pour l'instant ce qui l'intéressait, c'était de moderniser son armée et les voies de communications aussi bien sur terre que sur mer. Le chemin de fer était alors une invention d' une grande modernité, de même que les navires de guerre pouvaient enfin utiliser la vapeur pour traverser les mers et les oceans..de quoi acheminer des troupes là où on le souhaitait! pensait-il l'air plein d'ambitions démesurées.

Londres le 18 Juillet 1853

L'amiral Brestjone,  avant d'aller au ministère de la guerre, était allé au palais de Buckingham pour informer la reine de son arrivée. Et dans la tradition aristocratique anglaise, c'eut été com- me une impolitesse de sa part de ne pas lui rendre visite et de lui témoigner sa totale soumission. Après le baise main très officiel, celle-ci l'entraîna dans ses cabinets privées afin de parler un peu plus intimement.

-Alors, mon cher Moriss, comment vous portez-vous?

-Majesté, je me porte à merveille!

-Et votre voyage s'est-il bien passé?

-Pour ne rien vous cacher, majesté, je suis parti dans des conditions météorologiques effroyabl- es..mais heureusement que la pluie s'est calmée en chemin.

La reine, qui semblait avoir un peu de mal à garder la position debout, dit à Moriss : Asseyons nous, vous le voulez bien? Majesté, je suis à vos ordres! lui répondit-il, ce qui faillit déclencher chez Victoria, un petit rire.

-Allons Moriss, nous sommes entre nous! et ne gâchons pas ces moments par des convenances inutiles. Vous savez bien que je vous estime beaucoup et particulièrement pour vos remarques toujours pertinentes sur la politique que je dois mener pour mon pays.

-Majesté, je vous remercie beaucoup...et j'espère ne pas vous décevoir dans ce conflit avec le tsar de Russie, Nicolas 1.

-Vous voulez parler de ce fou?

-De ce fou, majesté?

-Oui, de ce fou! Car son père Paul 1 avait une haine maladive contre sa mère (Catherine 2) qui soit-disant avait tenté de l'assassiner pour mettre a la place sur le trône, son petit fils, Alexandre qu'elle adorait. A la mort de sa mère, Paul, très intelligemment, brûla tous les papiers concern- ant la succession qu'elle avait planifiée et c'est ainsi qu'il accéda au trône. Ce fou de Paul remit même en usag, une vieille tradition moyen-âgeuse, comme les châtiments corporels à l'egad des nobles qui ne lui obéissaient pas:

-Majesté,  comme vous le disiez, il ait de forte chance que ce dernier ait hérité des mêmes tares que son père.

-AH AH AH, ria la reine.

-Ah ah ah! ria Moriss qui souhaitait participer au cynisme de la reine.

-Et votre femme, comment va-t-elle?

-Oh ne m'en parlez pas! Elle en fait toujours des siennes. La dernière fois, où nos étions avec des amis, madame a demandé à boire du café. Je vous dis pas le scandale qu'elle a provoqué aut- our de nous et qui tenons tant à la tradition du tea-break.

-Elle a osé faire vous faire ça?

-Oui, majesté. Et j'ai même donné l'ordre a ma gouvernante, miss Beldon, qu'à partir de ce jour il ne rentrerait au château plus le moindre grain de café.

-Et comment l'a-telle pris, votre femme?

-Oh, elle est partie en furie en me disant qu'elle le boirait désormais dans sa chambre! Mais je crois que c'est une de nos servantes qui lui ramène en cachette. Des jours, je vais a la chasse au pot de café en fouillant partout jusque dans ses affaires. Mais elle le cache si bien que je ne le trouve jamais. Peut-être le cache t-elle dans un trou dans le mur, je ne sais pas?

-Votre femme a des origines françaises, ne l'oubliez pas, mon cher Moriss!

-Oui je le sais, mais je n'y peux rien..

-Les français par nature sont insolents et votre femme a malheureusement hérité de toutes ces tares. Les français ne respectent rien: Regardez avec la revolution de 1789, comment ils ont gui- llotiné leur Roi et tout ça pourquoi?

-Pour en revenir au même point de départ! coupa Moriss.

-Oui parfaitement. Et maintenant qu'ils ont nommé un pseudo empereur, Napoleon 3, ils comm- encent à comprendre enfin que l'aristocratie a des avantages que la democratie ou la republique n'a pas, comme le pouvoir fort et surtout un pouvoir humain et non système ou une machine inventé par des intellectuels!

Moriss, surpris par les remarques pertinentes de Victoria, était aux anges et la regardait comme une idole. Ma reine est un génie et elle ne le sait même pas! pensa-t-il fièrement.

-La révolution a appauvrit la France, c'est un fait indéniable. Mais qui nous arrangeait bien, à vrai dire.

-Oui, c'est parfaitement exact, majesté!

-Mais je remarque aussi, avec le retour d'une certaine aristocratie, que les français se lançent à nouveaux dans les affaires avec les colonies.

-Oui je sais..mais je pense que c'est le moindre mal, n'est-ce pas?

-Pas vraiment, car ils nous font une lourde concurrence.

-Mais nous essayons de les contrer, grâce aux navires de sa royale majesté qui font un travail remarquable pour leur reprendre nos anciennes possessions. Les français sont tellement maladr- oits dans leurs colonies qu'ils font plus de la repression qu'une veritable politique commerciale. Et je pense qu'à l'avenir, ça leur jouera des tours, c'est là mon sentiment.

-Et nous, comment nous traitons nos indigènes? demanda subitement Victoria.

-Heu..je ne vous cacherai pas la vérité, majesté, mais nous constatons certains abus de la part de nos gouverneurs.

-Ah oui?

-Oui, majesté.

-Et je pense qu'on devrait leur envoyer une circulaire afin de les calmer un peu, et surtout leur faire comprendre que les actes de barbaries ne sont pas bons pour le commerce.

-Vous avez entièrement raison, Moriss, et je demanderai au parlement qu'on prenne cette deci- sion.

-Majesté, je veux vous rassurer..mais nous ne sommes pas les seuls dans ces problèmes d'actes de torture; les français font de même avec leurs indigènes en Afrique.

-Sommes-nous obligés d'être si cruel envers ces gens? demanda Victoria prise soudainement de pitié.

-Oui, dans certains cas, majesté. Car il subsiste toujours de la resistance de la part des plus extr- emistes qui fomentent des révoltes, afin que les esclaves désertent les champs de cultures et les mines.

-C'est vraiment un grand préjudice pour nous?

-Oh oui, des millions de livres sterling par an! 

Chez les français, les indigènes fuient les plantations pour se cacher au fond de la jungle et il en sont rendus à faire des battues pour les retrouver. Et s'ils ne veulent pas se rendre, excusez-moi, d'être cru, mais ils les abattent comme des sangliers!

-Bon, s'ils ne veulent pas se rendre, c'est de leur entière responsabilité, n'est-ce pas?

-Oui, parfaitement, majesté. Et la couronne britannique est malheureusement obligée d'être intr- ansigeante envers ces personnes qui voudraient s'opposer a ses intérêts ou à son expansion tout a fait légitime. Car nous apportons à ces populations, souvent inalphabêtes, le progrés, bref, la modernité!

-Mon cher Moriss, vous avez entièrement raison ; on ne pas vivre toute sa vie dans l'ignorance et cacher au fond de sa jungle..peuff!

-Majesté, je ne peux que louer votre bon sens, ou plutôt, votre clairvoyance.

-Oui, clairvoyance, mais il est vrai, obtenue grâce à vous.

-Oh c'est trop majesté..

-Non, non, ne soyez pas modeste, Moriss. Et je dois reconnaître que le talent et l'objectivité que vous mettez dans nos discutions est d'un grand secours pour moi, la reine d'Angleterre, a qui personne ne veut confier ni ses états d'âmes ni ses visions d'avenir par crainte d'être enfermé a la tour de Londres.

Moriss, entendant cela, faillit lâcher un rire, mais se retint en se disant : Mon dieu, ma reine a vraiment le sens de l' humour et c'est pour cela que je l'aime.

-Reconnaissez, mon cher ami, que c'est un vrai handicap pour moi de mener une vraie politique dans son propre pays. Car comment faire confiance au premier venu qui voudrait soit-disant être mon confident? Pas facile, non plus?

-Oui majesté, et je peux comprendre entièrement vos doutes sur ces questions là.  Mais je suis là pour vous aider, ma chère Victoria, et personne ne pourra détruire notre amitié et cette confiance mutuelle que nous mettons à toutes nos conversations. Victoria, vous être une femme très intell- igente et je doute fort qu'on puisse vous trahir par ignorance.

-Et votre femme par rapport à moi qu'elle est-elle? lança-t-elle brutalement à Moriss qui se sen- tit soudainement transporté par la passion de son idole, sa reine. .

-Rien, pour vous dire la vérité, majesté! répondit-il en se mettant à genoux devant sa reine com- me pour l'implorer.

Oh ma chère Victoria! dit-il en se saisissant de ses mains brûlantes de désirs, je veux vous aimer toute ma vie. Aimez-moi comme je vous aime, je vous en supplie!

Victoria, aucunement gènée par l'ardeur de Moriss, ne lâcha point ses mains des siennes, mais les lui laissa afin que ce dernier les baigne de ses pleurs. Ainsi idolatrée, elle se sentit comme bé- nie des dieux et se disait, je peux mettre à mes genoux tous les hommes de la terre si je le veux! Puis stoïque, elle retira ses mains de celles de Moriss et les lui posa sur la tête comme une mère aime tant passer sa main dans les cheveux de son enfant. Moriss, dit-elle en lui chuchotant à l'or- eille, je vous aime..mais gardez-le pour vous!

Moriss, transporté de reconnaissance, leva les yeux et lui posa un baiser sur le front; son cœur et son âme  en fusion, il avait le vif sentiment d'avoir accompli une grande chose ce jour-là, celui d'avoir conquis le coeur de son idole. Puis se relevant dignement, il réajusta ses décorations sur sa poitrine et attendit que la reine lui dise de partir. Et comme la tradition royale l'exigeait, on ne devait jamais tourner le dos à sa majesté d'une façon impromptue; mais on devait attendre son signal.

-Avant de vous abandonner, mon cher ami, dit la reine, jeudi prochain je serai au parlement afin de faire voter le budget pour la guerre que nous allons mener contre les Russes, et j'espère bien vous y retrouver...                                                                                                                        

Majesté, en tant que Lord, ma place a toujours été auprès de mes amis les plus sincères! dit Mo- riss un peu pompeusement."

Que dire de cette étrange relation que l'amiral Bretjones entretenait avec la reine Victoria? se demandait Alfred en reposant son stylo sur sa feuille. Sur cette question, il semblait dubitatif; mais les doutes s'envolèrent quant il comprit que cet amour "hors catégorie" ne pouvait qu' en- gendrer chez sa femme, Josepha, une terrible jalousie qui la mettait dans une totale situation d' impuissance (vu qu'elle ne pouvait se venger sans toucher indirectement à la reine) et tout ceci la faisait horriblement souffrir. Elle pensait réellement que son mariage était un fiasco et se de- mandait pourquoi elle s'était mariée avec cet homme vaniteux? Pour elle, ce devait être une qu- estion que toutes les femmes devaient se poser, après les premières années de mariage avec un homme qu' elles commençaient véritablement à connaître. La vie de couple allait leur apprendre ce qu'ils étaient réellement l'un pour l'autre et certaines avaient eu la chance de tomber sur des hommes merveilleux, alors que d'autres sur des salopards et s'en rendaient compte que mainten- ant! Moi, je suis tombé sur un monstre qui n'aime, en fait, que la gloire. Parler d'amour le fait rire et c'est pour cela que je m'intéresse de plus en plus à la politique. Car l'amour, vu sous un angle politique, est une chose très intéressante à envisager; bref, on s'arme d'arguments pour av- oir raison et son adversaire mis à terre ne peut alors que vous admirer ou vous hair, mais c'est le risque à prendre. De là à dire que c'est de l'amour, on en est très loin, mais on s'y rapprocherait tout de même. La dernière fois, face à mon mari, j'avais tellement bien argumenté sur le sujet de nos colonies, où j'étais contre, que la nuit suivante il m'a fait l'amour comme un dieu, comme pour me prouver que c'est lui qui voulait avoir le dernier mot. Les hommes sont assez étranges, ne trouvez-vous pas? Voyant ces résultats concrets, je me suis abonné au "Times" et au "Punch" pour me tenir au courant de l'actualité.

Mais je crois que ça le barbe de savoir que j'en sais plus que lui et il commence a me délaisser par simple stratégie. Je n'oublie en rien qu'il est un militaire et que l'amour pour lui n'est qu' une futilité. La dernière fois, ma cousine, miss Chalson, m'a apprise que ces messsieux, quand ils faisaient la guerre dans les Caraïbes, ne se gênaient pas pour faire monter des femmes à bord. Je pense que mon mari doit faire de même avec ces filles qui, parait-il, sont très belles et surtout ont des moeurs d'une très grande légèreté. Peut-être n'aime t-il que les filles faciles et que les femmes blanches très cultivées le dégoûtent, au point d'avoir l'impression de faire l'amour avec un cerveau et non avec une femme ?

Toutes ces interrogations, tout à fait justifiées, tournaient dans la tête de Josepha qui, malgré ses bonnes intentions, ne pouvait apaiser son instinct de femme qui souhaitait se venger de cette hu- miliation. Il est vrai aussi dans cette histoire que les hommes avaient le beau rôle et savaient in- tuitivement que les femmes cherchaient toutes a se marier et donc faisaient le minimum pour les séduire, bref, bâclaient souvent le travail, si l'on peut dire. Et son instinct de femme ne s'était pas trompé sur cette étrange relation, confirmée par ces lettres intimes qu'ils s'envoyaient en cach- ette. Elle avait maintenant la certitude que cet amour qu'il vouait a la reine était plus fort que celui qu'il voulait bien lui accorder et elle ne pouvait plus le supporter. Pour elle, cela ressem- blait à une relation homosexuelle ou sado-masochiste. Peut-être qu'un jour ils passeront à l'ac- te? se demandait-elle orageusement". 

Alfred, réfléchissant à tout cela, reprit la plume et retourna à Londres, où l'amiral Bretjones était attendu au ministère de la guerre par ses collègues. 

Mais avant de retourner dans ce lieu prestigieux et dont les Etats accordent étrangement des cré- dits démeusurés, alors qu'il est le ministère de la mort et non celui de la vie. Mon cher lecteur, faisons un petit tour d'Europe et d'Orient afin de nous faire une idée sur la situation politique, économique, technique et artistique en ce mois d'Octobre 1853, si vous le voulez bien.

En France, Napoléon 3, neveu de Napoleon 1 que sa mère Hortense de Bauharnais appelait Oui- Oui pour son caractère aimable et docile, donc facilement influencable, accéda au pouvoir, à la presidence de la république, le 10 décembre 1848 grâce à ses amis les notables, mais aussi grâce à l'engouement du peuple qui voyait en lui le sauveur de la France qui économiquement déclin- nait depuis la chute de Napoleon Bonaparte. Se voyant ainsi le digne succésseur de Bonaparte, ses ambitions de grandeurs prirent le dessus et l'entraina à faire un coup d'Etat le 2 decembre 1851 avec ses amis du parti de l'Ordre pour ensuite se faire couronner empereur des français, le 14 janvier 1852 comme son oncle. Ainsi naquit le second Empire français. Soulignons au pass- age, au lecteur curieux d'anecdotes, que le 2 décembre 1851 était la date d'anniversaire du sacre de Napoleon et de Joséphine! Bref, tout ça pour dire que la France avait besoin à ce moment de redorer son blason qui, depuis les defaites de la grande armée, avait bien ternis; ce que Napole- on 3 en fin politique comprit assez vite et alla dans le même sens que l'opinion du peuple en lui proposant le suffrage universel masculin. Victor Hugo, qui avait alors un égo aussi gros que la colline de Montmartre et se prenant toujours pour l'educateur du peuple, ne le supporta pas et le traita de "Napoleon le petit" et de même écrira les châtiments, un livre de poésies satiriques po- ur se venger; ce qui provoqua dans l'opinion publique une veritable fracture avec ses propres id- ées progressistes et raisonnables; car ce dernier n'arrivait pas à comprendre que le peuple avait besoin de rêver lui aussi à quelque chose de grand, comme à la gloire passée de la France. Il y eut bien un debut d'insurection à Paris, mais celle-ci ne fut pas suivi par l'ensemble des parisiens qui soutenait alors Napoleon 3; celle-ci fut écrasée par l'armée en quelques jours. On denombra une centaine de morts du côté des insurgés et près de 20000 arrestations selon la police. Mon cher lecteur, afin d'expliquer cette haine vindicative que Victor Hugo portait à Napoleon 3, il est important de se rappeler que notre grand poète en 1848 était maire du 8 ème arrondissement à Paris et que pour faire son job, comme on dit, il dût envoyer les forces de l'ordre pour réprimer les insurgés; ce qui lui restera toujours au travers de la gorge : lui, le grand homme qui rêvait un jour de devenir une pop-star de la bonne conscience populaire, mais dont le rêve fut malheureu- sement contrarié par Napoleon 3 : l'homme qui le força a agir contre sa conscience politique. Bref, afin d'éviter la vindicte populaire et la manu-militarie d'Etat, il dût partir s'exiler à Brux- elles, puis sur l'ile de Jersey : où là-bas, il n'eut aucun problème pour se loger dans une belle pr- opriété grâce à sa fortune personnelle : fortune que son père, général d'empire, lui avait laissé comme héritage.

Ne nous le cachons pas, mais Victor Hugo était un homme très triche en son temps, comme Vo- ltaire; ce qui leur permettait des libertés hors du commun et de faire entendre leur mot à eux, bref, leur génie qui sans l'argent n'aurait sûrement jamais éclos. Mais ne disons pas de mal de nos grands hommes d'esprits; car ces derniers étant morts, cela est bien trop facile pour nous main- tenant, comme vous le conviendrez. De toute façon, Victor Hugo, malgré son éloignement avec la France, arrivait toujours à occuper ses journée et justement avait commencé à jeter sur le pap- ier ses premières idées pour un futur grand roman historique, où la France serait le héros princi- pal et la révolution comme la toile de fond. Ce livre, il en avait déjà trouvé le titre : Les misères, mais l'appellera définitivement les misérables, vu sa situation où il se sentait tout particulière- ment concerné, alors que ce n'était pas le cas. Mon bon, le malheur des grands hommes a si peu de ressemblance avec le vrai malheur des petites gens qu'il faut nous aussi leur accorder cette petite jouissance, n'est-ce pas? Et quand notre grand homme d'esprit avait un peu marre d' écrire debout face au spectacle grandiose de la mer, il organisait avec ses amis des séances de spiritis- me où ensemble ils arrivaient à faire parler les morts ainsi qu'à faire tourner les tables! Mon dieu, mon pauvre Victor, lui l'ami de Voltaire et de la Raison, était tombé en quelques semaines dans la sorcellerie, bref, dans l'obscurantisme! Il ne faisait aucun doute que son éloignement de Paris et des lieux du pouvoir n'avaient fait qu'attiser sa haine et sa jalousie envers Napoleon 3, mais aussi envers la reine Victoria et qu'il critiqua ouvertement un jour aux gens de l'île. La ré- ponse fut immédiate et, une nouvelle fois, notre grand homme fut expulsé et dût partir sur l'ile voisine de Guernesey. Mais grâce à sa fortune, il n'eut aucun problème pour se reloger conforta- blement dans une très belle proprièté qu'il possédait et à laquelle il avait donné le nom d'Hou- seville.

Pour en revenir à notre cher Napoleon 3; tout son entourage consentait qu'il était un piètre mili- taire ou homme de guerre, mais reconnaissait en lui un homme intelligent et fait pour la reconc- iliation nationale. N'allons pas dire populaire, car le petit peuple avait toujours du mal à se nou- rrir correctement et à trouver du travail. Et Paris était décrite à cette époque comme une ville sordide et très sale où s'entassait le petit peuple dans des baraquements datant quasi du moyen- âge. L'épidémie de Cholera qui sévit en 1832 vous le confirmera, puisqu'on denomobra plus 32 000 victimes à la suite de celle-ci. Et puis, mon cher lecteur, lisez les poèmes de Baudelaire et vous y sentirez toute la noirceur de Paris avec ses prostituées qui vous aguichaient en retrouss- ant leurs jupes à votre passage, ou bien, avec tous ses mendiants crasseux qui vous demandaient une pièce à chaque coin de rue.

N'excluons même pas "la bourse ou la vie" si vous vous etiez perdu durant la nuit dans les rues de Paris! Tout ceci avait fini par rendre malade notre poète romantique, au point de  décrire son mal comme une maladie des temps modernes et qu'il appellera le spleen : mot d'origine anglaise, sans équivalence en français, signifiant pour lui, non plus la mélancolie connue de tous les rom- aniques, mais plutôt une grosse fatigue ou désoeuvrement issu, il faut le dire, de cette noirceur urbaine. Pour oublier son mal, Baudelaire, comme un fou, se jetait corps et âme dans les paradis artificiels : jeux, alcool, prostituées et opium : opium qu'il prenait en toute légalité(car non con- sidéré à l'époque comme stupéfiant et pouvant nuire à la santé de la population) et ceci dans un club qui avait pignon sur rue qui s'appelait les club des hashichins. Victor Hugo avouait, en lis- ant les poèsies de Baudelaire, y sentir un nouveau frisson, mais refusait d'y adherer comme s' il pressentait la perdition de l'homme moderne; lui l'educateur du peuple et le notable qu'il était devenu. Et si je vous ai parlé de Charles Baudelaie, croyez le bien, ce n'est pas si anodin qu'il n' y parait. Car son beau père, le général Aupick, était au parti de l'Ordre qui avait organisé le coup d'etat du 2 decembre 1851 pour installer Napoleon 3 au pouvoir. N'allons pas dire que sa haine venait de là, non, mon cher lecteur, mais plutôt de sa mise sous tutelle par sa mère et par son beau père : tutelle qu'il sentit très tôt comme un affront contre sa vocation de poète épris de lib- ertés et d'experiences borderlines menant, n'ayons pas peur de le dire, jusqu'au sordide. Sa mère et son beau père, connaissant les frasques du jeune homme, voulait, en fait, le protéger contre sa nature phantasque de pôète qui l'entrainait souvent à faire de mauvaises rencontres et qui n'au- ront aucun scrupule à lui faire dilapider une grande partie de sa fortune que lui avait légué son père geniteur Joseph-François Baudelaire. Incomprehension totale entre une mère et son fils, qui avait oublié l'époque dans laquelle il vivait où l'ordre était le nouveau diktat.

Moi même, je suis très surpris par l'ignorance de Charles Baudelaire en matières politiques. Etait-il vraiment si bête que cela pour vouloir ignorer les souffrances du peuple et le destin d'un pays qu'était la France, ou bien, haïssait-il tout simplement le monde social, lui le dandit, le gra- nd égoïste aimant jouir à tout prix? Mon cher lecteur, je vous laisse méditer sur cette dernière question qui, somme toute, est cruciale pour comprendre la nature humaine où le destin collect- tive se mêle tragiquement aux destins individuels, n'est-ce pas?

Mais éloignons nous, vous le voulez bien, de ce monde plein de noirceurs et allons plutôt du cô- té de la lumière, vers ce cher Napoleon 3 qui, empereur de tous les français depuis le 2 décemb- re 1852, voulait redonner à la France tout son prestige et son honneur; ce que les français dési- aient tous au fond de leur cœur et malgré une misère persistante. Et les projets ne manquaient pas et étaient immenses pour le nouvel Empire, qui souhaitait augmenter ses richesses en anne- xant de nouvelles colonies en Afrique sud-saharienne, en oceanie, aux caraibes ainsi qu'en Indo- chine. Et la chance semblait aller dans le bon sens, puisque la Nouvelle-Caledonie venait tout juste d'être proclamée nouvelle colonie pour le bonheur de l'Empereur, qui rêvait de rebâtir enti- èrement la ville de Paris et dont les promenades avec ses amis de la "haute" lui donnaient souv- ent la nausée. Et c'est durant l'un de ces marathons pénibles, où souvent il se pinçait le nez pour ne pas mourir asphyxié, qu'il eut l'idée d'assainir cette ville sachant bien que l'insalubrité causait pas mal d'epidemies comme je vous le mentionnais plus haut. Bref, redonner de l'air pur à la vil- le de Paris, de la lumière et de la sécurité pour ses habitants et pour le pouvoir en place : où l' armée  pourra, en cas d'emeute, charger sur la foule et lui tirer des boulets de canon, si cela était nécessaire. Sans oublier le tout habillé d'un bel écrin fait d'immeubles bourgeois pour redonner à Paris tout son prestige. Bref, voilà à quoi Napoleon 3 rêvait et dont la voix ne fut pas longue à être entendue parmi ces nouveaux ambitieux qui voulaient se faire un nom dans ce nouvel Em- pire.

Georges Heugène Haussman, le futur baron Haussman, architecte de profession qui était connu pour ses vues très modernes sur l'urbanisme, profita de l'occasion pour lui presenter ses plans mégalomaniaques où, il faut le dire, il n'y allait pas de main morte : puisque d'après lui il fallait démollir la moitié de Paris pour tout reconstrure et en faire une ville digne de ce nom. Etran- gement Napoleon 3, qui était fasciné par cette idée de tout démolir puis de tout reconstruire se- lon ses plans ( gloriole tout à fait française) s'entousiasma aussitôt pour ce projet pharaonique et accepta l'offre d' Eugène Haussman. Bref, reconfiguer Paris par de grands avenues et boulev- ards, telle était alors la grande idée d'Haussman pour résoudre le grand problème des villes où la surpopulation était synonyme d'insécurité, d'insalubrité et d'épidémies. Et pour rester humain, on aménagerait des parcs pour la santé des parisiens en renouvelant l'air de leurs poumons (Vin- cennes, boulogne). On construirait aussi des églises pour amoindrir les effets de l'industrialisat- ion sur l'âme des gens etc etc. Et en ce moment, on ne pouvait pas être plus clair avec lui, pens- sait Napoleon 3, où Paris serait saignée par de grosses artères pour enfin la guérir de son mal et était prêt à en sacrifier la moitié de la population en l'envoyant dans les banlieues. Voilà donc où se trouvait l'injustice qu'il allait commêtre sur ces pauvres parisiens et sur ces nouveaux expropriés, au point d'appeler desormais le baron Haussman "Attila" ou en langage moderne le buldozer. Mais Napoeon 3, qui était un fin politique, savait qu'en donnant du travail par ce vaste chantier aux parisiens qu'il allait se faire aimer par ces derniers et il ne se trompa point. On avait estimé le projet à 500 millions de francs or et, l'empereur aimant la dépense et le luxe, engagea son gouvernement à souscrire ce prêt aupres des banques d'affaires et où la speculation immo- bilière devenait la seule raison d'être.

Comme vous le voyez, mon cher lecteur, cette transition tombe à pic pour parler de la littérat- ure, qui pour moi n'est pas pas un art mais fait partie de la politique et de la spéculation pour être clair avec vous. Et je m'excuse auprès de ceux qui pourraient croire le contraire, mais je suis personnellement convaincu qu'on écrit par réaction contre la sociète et non pour la subli- mer.

Et que ceux qui la subliment ne sont sûrement pas de vrais écrivains, mais plutôt de fins poli- tologues ou hommes d'affaires; la frontière étant proche comme vous le conviendrez. Je dis ce- la, car beaucoup de gens font l'amalgame entre l'art, qui n'a de but que lui même, et l'art march- and dont la littérature fait partie, malheureusement. Je ne nierai pas que certains ouvrages resse- mble à s'y m'éprendre à des chefs-d'oeuvre, je veux bien vous le concéder. Mais ceci n'est qu'un trompe l'oeil, vu qu'ils n'en sont en aucune façon en comparaison avec les oeuvres produites par la sculpture et la musique où l'on ne peut pas mentir sur ses sentiments et sur ses idées. Regard- ez de près ces chefs-d'oeuvre littéraires et vous y verrez tout un foisement de materiaux fait de spéculations politiques, sociales, philosophiques etc et dont le seul but est bien evidemment de vous séduire et surtout vous faire acheter le livre et creer ainsi une veritable commerce. Moi pe- rsonnellement, je n'ai rien contre le commerce ou l'activité economique qui est bonne chose pour un pays et pour le bonheur de ses habitants. Mais ce que je voudrais dire, c'est seulement rectifier la vérité et remettre les choses à leur place et ne pas faire de ces grands écrivains les sau veurs de la culture ou de la nation, car leurs oeuves sont truffées de mensonges et d'erreurs. Br- ef, des mensonges en vu de tirer la couverture vers soi par des propos demagogiques ou popu- listes pour induire en erreur le peuple et l'entrainer vers sa perte. Vous constaterez par vous mê- me combien de petits livres sont truffés d'erreurs intellectuelles et philosophiques, comme le contrat social de Jean-Jacques Rousseau, le capital de Karl Marx et le petit livre rouge de Mao etc et qui on entrainé des millions de morts parmi la population! Alfred Swan, qui semblait mé- diter sur ce grand gâchis humain, reposa sa plume sur sa page d'écriture et prit sa tête entre ses mains, comme si cette plongée dans le passé l'avait mis en fureur contre cette humanité si bête et qui était prête à croire le premier venu qui lui promettait le bonheur! Dégouté, il faillit vomir et partit dans la cuisine boire un verre d'eau fraiche, mais surtout revoir la lumère du jour qui ne trichait avec personne, mais symbolisait pour lui la vérité de se savoir toujours en vie.

Le reste pour lui, c'était de la littérature et du mensonge de masse, mais il est vrai parfaitement humain puisque correspondant parfaitement à l'état de nos moeurs, n'est-ce pas? Alfred, prenant conscience qu'il faisait partie lui aussi de ce grand mensonge orchestré par la vie elle même, re- partit dans son bureau se replonger dans son roman où mensonges et vérités s'affrontaient avec violence. Comme vous le comprendrez, mon cher lecteur, mon but n'est pas de démollir la litté- rature, mais seulement l'idée qu'on s'en fait en France et où on la place au dessus des nuages comme une divinité! Moi je la placerai bien en dessous de la musique et de la sculpture et quant la peinture d'aujourd'hui n'en parlons pas, car plus spéculative qu'elle j'en connais pas d'autres. Les oeuvres du passées étant devenues maintenant pour nous des fictions, puisque très loin de notre réalité, je les considère comme des objets morts qui ont été vendus puis digérés par des hommes et des femmes qui ne sont plus de ce monde. Ceci est, je crois, très important à signaler afin de se donner une idée de ce qui cogite dans la tête d'un écrivain et où la réussite sociale est son grand souci. Comme Emile Zola qui se prenait en son temps pour le porte-parole et la bo- nne conscience du peuple. Mon dieu, encore une de leurs extravagences à nos chers écrivains!

En cette année 1853, Emile Zola était bien trop jeune pour pouvoir dire son mot contre Napo- leon 3( et qu'il aurait sûrement assassiné avec des mots s'il avait été connu à ce moment là). Mais bon, passons la dessus. Emile Zola n'avait que 13 ans en cette année et, son père d'origine Italienne et ingenieur de profession, était mort d'une pneumonie en 1847 après avoir travaillé comme responsable à la constuction du barrage de Zola à Aix-en-provence : chantier dont il ava- it obtenu la concession grâce à la socièté qu'il avait crée avec ses partenaires : la Socièté du can- al Zola. A la suite de ce déces et la faillite de sa socièté, ce fut une longue descente aux enfers pour la famille Zola dont Emile, l'enfant unique et tres choyé par sa mère, allait s'en souvenir toute sa vie, au point de vouloir un jour se venger contre la socièté capitaliste( qu'il haissait de tout son coeur) quand il sera célèbre. Ayant vécu pauvrement pendant son adolescence et sa vie de jeune homme, on pouvait bien évidemment le comprendre.

Mais le comble en ce moment, c'est que tout allait mal pour lui et que ses professeurs disaient de lui qu'il n'était vraiment pas très intelligent et peu doué pour les études, mais avait une tenacité digne d'un fils d'immigré iltalien; son père étant d'origine italienne. Le jeune Emile, se sachant peu doué de capacités intellectuelles, échoua par deux fois au baccalaureat! Bref, broyant du no- ir, il ne voyait pas comment s'en sortir. Mais étrangement un livre allait l'aider à sortir de ce tun- nel bien sombre, comme vous le conviendrez, mon cher lecteur. Honoré de Balzac en 1831 avait publié un conte fantastique intitulé "peau de chagrin" qui faisait partie de ses etudes philosoqu- es et n'aurait jamais pensé que ce petit livre allait sauver notre pauvre Emile de la misère, mais surtout de ce marasme ambiant où l'avait plongé ses faibles capacités intellecuelles, mais toute fois armées d'une tenacité hors du commun. Ce conte racontait l'histoire d'un jeune écrivain raté qui, ayant perdu son dernier sous au jeu, comptait se jeter dans la Seine pour en finir avec cette vie qui n'en valait plus la peine. Mais poussé pour une raison inconnue par son bon ou mauvais génie, il entra chez un antiquaire comme pour se distraire une dernière fois. Et là étrangement, le propriètaire des lieux, sentant le desespoir du jeune homme, lui proposa une peau de chagrin qui lui permettrait de réaliser tout ses rêves, mais avec la contrepartie de vieillir prématurement; la peau se racornant au fur et à mesure de tous ses desirs exhaussés. Le jeune homme, vu sa situa- tion proche du suicide, se jeta sans hésiter sur l'occasion pour sortir de sa misère et l'emporta avec lui, le coeur léger, cela s'entend. La suite semble comme un rêve pour le jeune homme qui avait écrit au temps de ses vaches maigres, un livre sur la théorie de la volonté, mais refusé par toutes les maisons d'éditions pour des raisons d'argent et de relations; la peau de chagrin lui per- mettra de le faire publier et d'en faire un succés planétaire. Mon dieu, comme c'est beau la magie de l'argent, non?

Ah nous y voilà, maintenant, mon cher lecteur et qui avez sûrement compris ce qui captiva notre cher Emile, ce ne fut point le côté fantastique de ce conte, mais plutôt la partie concrête symbo- lisée pour lui par la théorie de la volonté : théorie qui allait appliquer à sa vie afin d'écrire son oeuvre litteraire bâtie sur l'histoire des Rougon-Macquart : fresque romanesque d'une famille sous le second empire; le génie bien evidemment n'entrant pas en ligne de compte, vu que la vol- onté était synonyme d'un long travail harassant et non de dons exeptionnels que vous avait doté la nature et qu'Emile Zola n'avait pas hérité la moindre jouissance. Bref, c'était tout à fait son cas et ne se le cachait pas. Et puis rappelons, au cher lecteur, que nous vivions alors au siècle du travail et que Rimbaud, le poète maudit, jugera sévèrement comme un siècle à bras! Alfred, qui meditait sur cette question du génie, se mordait un peu les doigts en ce moment, car qu'était le genie sans le travail ou le génie à l'état pur? Lui même en ce moment n'était-il pas en train de se contredire en écrivant son roman en luttant contre la pesanteur de son esprit? Peut-être que oui ou bien peut-être que non? se demandait-il au fond de son âme. Car pour le flambeur des salles de jeux qu'il était, le génie n'était en aucun cas le fruit d'un long travail dure et harassant, mais avait l'éclat d'un coup de dés sur le tapis vert où l'on mettait son vie et son destin en jeu. Voilà ce qu'était pour lui le génie; une idée fulgurante suivie d'un geste admirable et non véritablement réfléchit. En resumé, une idée géniale suivie d'une action et dont l'ensemble formait un tout d'u- ne grande pureté où fond et forme ne faisait qu'un. Bref, un métal d'une grande pureté ou si vous voulez une véritable oeuvre d'art en comparison avec ces oeuvres littéraires faits de materiaux impurs. Alfred s'est toujours senti aristocrate au fond de son coeur et non monarchiste, comme on aurait pu le croire. En fait, ce qu'il admirait chez les aristocrates, c'était leur goût de donner aux autres l'envie de se depasser; bref, de dépasser cette triste réalité où il n'y avait rien à attendre afin de creer du beau dans la vie. Et que cet autre soit riche ou non, là n'était véritablement pas la question. 

Mais étrangement cette grande idée aristocratique fut très mal comprise par le peuple français et par un manque évident de finesse ou d'éducation en confondant celle-ci avec la domesticité! Tout cela ne pouvait en fin compte que mal se terminer, comme vous le conviendrez, mon cher lecteur. Mais revenons à nos moulin et explorons à nouveau ce vaste monde que nous offre la littérature pour comprendre que celle-ci est nullement un art, mais bien une spéculation politi- que intellectuelle et économique, afin d'agiter le monde par ses côté les moins nobles. Puisque réalisee à l'ombre du danger, il faut s'attendre qu'elle vous terrasse par derrière et non par devant comme le génie aurait tendance à le faire afin de vous donner une chance de vous defendre, n'est ce pas? Mais c'est là, je crois, où se tient les véritables tensions entre la droite et la gauche; la droite étant issue, on peu le dire, des idéés aristocratiques et malgré qu'elle clame avoir la noti- on la plus républicaine de l'Etat, et la gauche issue d'un malentendu extroardinaire entre le peu- ple et les idées du depassement de soi même pour créer du beau. Baudelaire ne s'était pas trom- pé en se moquant des idées socialistes ainsi que Chateaubriand qui le premier parla des commu- nistes comme des gens qu'il n'arrivait pas à comprendre : où l'individu n'avait plus de poids dans la socièté des hommes, mais seulement la masse! Bref, la théorie du socialisme. Etrangement, Victor hugo qui était intelligent et très riche connaissait parfaitement toutes ces nuances et res- tait à l'ecart de tous ces mouvements socialistes qui secouaient alors le monde et la socièté fran- çaise; non par mépris, mais parce qu'il se sentait français avant tout et non internationnalisme comme le suggerait ou le souhaitait le socialisme. Au fond de son âme, il rêvait de devenir l'éd- ucateur du peuple comme Rouseau, afin qu'il ne se perde pas dans de fausses idées où le bonh- eur leur serait soi-disant promis. Ne nous ne le cachons pas, mais Victor Hugo etait un homme de droite ainsi que Baudelaire et Balzac, et Emile zola un homme malheureusement de gauche.

En ecrivant ceci, Alfred avait le sentiment de se trahir sur ses idées politiques et devoiler son aversion pour le socialisme qui, selon lui, nivelait tout par le bas en interdisant aux vrais génies d'emerger afin de donner à la France sa grandeur et sa vocation de mener le monde. Subitement il se souvint de son adolescence où sa mère, ouvrière dans le textile, dévorait devant lui toute l' oeuvre des Rougeon-Macquart avec un plaisir jamais dissimulé, alors que lui n'arrivait à en lire qu'une ou deux pages maximum sans qu'il ressente un profond dégoût. A son âge, il ne compre- nait pas très bien pourquoi et en etait souvent chagriné, car il ne connaissait pas sa véritable nat- ure qui était tourné vers la vie, vers le jeu et un génie qui ne demandait qu'à surgir hors de lui; mais que l'école republicaine allait lui oter pour une raison inconnue et qu'il s'en mroderait les doigts toute sa vie. Et c'était bien pour cette raison qu'il s'était jeté dans le jeu d'argent afin de re- trouver cette étincelle de génie qui sommellait en lui. Pour lui, seul le jeu avait encore les attri- but du génie et dont le livre préferé durant son adolescence fut le joueur de Dostoievsky. Balzac faisait partie aussi de ses auteurs favoris avec sa comédie humaine qui l'avait bien amusé au temps de sa jeunesse alors pleines de folies et d'enthousiasmes. Tandis qu'avec Emile Zola, c' était la grande déprime ou la grande descente vers le misérabilisme et l'apitoyement sur le petit peuple. C'était Victor Hugo puissance 4, bref, tout ce qui lui faisait horreur; non par mépris, mais parce qu'il avait senti derrière la facade de cet homme, le rêve du petit bourgeois, comme l'était celui de tous ces ouvriers acculés au travail. Bref, rien de remarquable et d'extraordinaire, n'est-ce pas? A propos de Balzac, dans sa peau de chagrin, on peut y lire entre les lignes comme un résumé de sa vie, où cet homme se ruinant au jeu, involontairement ou volontairement, on ne le saura jamais, remettait en jeu sa vie en se jetant comme un acharné sur sa table de travail afin de continuer son oeuvre, la comédie humaine.

N'ayons pas peur de le dire, mais Balzac n'avait en rien la mentalité d'un petit bourgeois, comme Emile Zola qui tresorisait son argent comme un écureuil. Le point commun qu'ils avaient tous les deux, c'était leur force de travail mais avec des buts diamétralement opposés, comme vous l'auriez compris. Emile Zola, fils d'émigré italien, voulait reussir socialement alors que Balzac voulait devenir un génie, bref, un continent entre les deux! Et étrangement cette prohétie se rea- lisera, car aujourd'hui Zola est plus connu pour l'affaire Dreyfus que pour ses livres et que plus personne ne lit, sauf si on leur donne gratuitement. Et pour Alfred Swan, le "J'accuse" de Zola fut pour lui la goûte d'eau qui fit déborder le vase en faisant passer le peuple français pour des antisémites. Voilà en gros à quoi avait reussi notre cher Emile zola! Alfred ne le supportait pas, même à travers l'histoire. Car ayant beaucoup d'amis juifs et non juifs, il ne décela jamais chez ces derniers un relent d'antisemitisme ou de racisme. En fait, tout ceci démontrait qu'Emile Zola n'aimait pas beaucoup la France, comme tous les socialistes en général qui étaient portés sur l' internationalisme des idées. Et si l'affaire du capitaine Dreyfus( juif alsacien condamné par l'ar- mée francaise pour espionnage en vu d'aider l'ennemi, l'empire allemand, fut montée en épingle par les socialistes, alors qu'elle aurait pu rester une affaire au sein de l'armée française), cela mo- ntrait ni plus ni moins les manoeuvres des socilaistes, qui par manque de génie politique étaient obligés d'inventer des scandales ou rascime et antisemitisme auraient été soi-disant décelés chez les Français, afin bien évidemment de se donner le beau rôle et de s'accaprer la bonne conscience Les socialistes disent aux gens de droite : Vous n'êtes qu'une bande de voyous, alors que nous sommes des gens biens car nous aimons le peuple!

Alfred Swan soudainement éclata de rire devant sa table de travail, comme si cette phrase illus- trait à merveille le drame de la socièté française où l'on prenait les gens pour des cons! pensait-il en prenant conscience aussi d'être pris pour un révisionniste de l'Histoire, alors que ce n'était pas le cas. Lui, il voulait seulement mettre les choses au clair dans son esprit, mais aussi dans celui des autres qui liront ce livre. Mais intuitivement, il savait que sa femme Clotilde ne lui permettr- ait pas et lui demanderait de couper ses pages afin de ne pas effrayer les lectrices qui d'instinct détestaient les choses serieuses et preféraient de loin les histoires d'amours, bref, leur grande aff- aire! Mais qu'importe! s'exclama-t-il, ces pages je les incorporerai plus tard dans un autre livre, quitte à inventer un nouvel auteur derrière lequel je pourrai me cacher. Sans conteste, Alfred Sw- an ne manquait pas d'imagination en vu de se faire entendre. Mais n'était-ce pas là le point fort de tout romancier?

Mais continuons, mon cher lecteur, d'explorer cette socièté française du debut de second empire où les auteurs de romans ne manquaient pas. Et à titre d'information, le prix des livres de ficti- ons en l'année 1853 avait été fixé à un franc afin que tout le monde puisse s'instruire sans se ruiner. Bien evidemment, nous ne pouvons pas passer à coté de notre cher Chateaubriand qui m- ort à Paris le 4 juiller 1848 avait lui même fermé le couvercle de son cercueil avec ses mém- oires d'outre-tombe. Bon debarras! se disaient alors les gens qui avaient dû supporter, depuis le debut de la révolution française, les impétuosités de notre grand historien et surtout d'avoir rée- crit l'histoire à sa convenance : où François René de Chateaubriand, au milieu de la tempète, se voulût l'égal d'un Napoleon Bonaparte, même taille, je cois, 1m60. Georges Sand, qui était l'en- nemi juré de Baudelaire à cause de ses idées socialistes et feministes ainsi qu'Alexandre Dum- as à qui il lui reprochait son succés facile, ses romans de capes et d'épées et surtout d'utiliser des négres pour les ecrire, l'un des premiers Sulitzer de la litterature! nous plonge directement dans cette ambiance pesante de l'époque : où le socialisme faisait de plus en plus d'adeptes parmi les écrivains et intellectuels et pour des raisons evidentes de justice sociale, mais aussi, d' idées à la mode et populaires. 

Le socialisme pour beaucoup, c'était l'avenir du monde et, pour les écrivains en mal d'inspirati- on, une vague terriblement romantique alors que ce n'était pas le cas. Mais bon l'erreur est hum- aine, n'est-ce pas? Alfred de Musset en mars 1853 était biblihotécaire au ministère de l'instructi- on publique et avait derrière lui une réputation sulfureuse de débauché et d'alcoolique notoire comme Baudelaire. Et si je vous parle de lui de cette façon, ce n'est pas pour assassiner post- mortem notre grand poète, mais plutôt pour se rapprocher de cette époque trouble où les mala- dies de l'ame étaient en expansion, si vous me permettez cette expression. Alfred de Musset se sentit très jeune atteint de la même maladie que Baudelaire, bref, par une sorte de désoeuvre- ment qui le jetait alors dans la débauche et la dépense. Lisez les confesssions d'un jeune de ce siècle et vous comprendrez de quoi je veux parler. Cette dégénérescence de l'âme, si bien décrite par ces derniers, touchait plus particulièrement les gens sensibles tels que les poètes et les philo- sophes et dont la nature étaient de chercher la vérité, la quintessence des choses, la beauté, la pu- reté, mais semblait comme épargner( d'après les rapports de l'époque) les écrivains à succès, les journalistes et les médecins dont la profession était de faire feu de tout bois. Ajoutons à ceci, les ouvriers assommés par le travail qui avaient perdu toute sensibilité face à la beauté du monde; bref, on sentait la decadence arriver de loin et la folie aussi. En Allemagne, Nietzsche le philo- sophe qui se débattait avec ses déceptions amoureuses, car il était laid comme un crapaud à cau- se de sa grosse moustache, criait son désespoir en se disant malade de l'homme. Humain! Trop humain! criait-il en sombrant dans la folie et dont ses livres allaient décrire tous les symptômes de ce siècle en déclin qui, selon lui, vous enlevait tout appétit de vivre comme s'il vous suçait la moelle de vos os afin de vous retirer toutes forces vitales. Son "au delà du bien et du mal" était bien évidemment un appel à l'aide et une réponse à cette dégénérescence de l'homme; bref, un combat pour la vie, afin de redonner à l'homme sa toute puissance dont la nature l'avait do- tée. 

Bien sûr, il ne faut pas exclure, dans ce déclin ressenti par toute une génération, le poids de la religion chrétienne qui voulait imposer "le  bien " partout et à toutes les sauces dans la vie des hommes et des femmes, au point de les culpabiliser dans le moindre de leurs actes. Nietzsche, qui était un grand consommateur de prostituées, n'en pouvait plus et était prêt à joindre le diable pour ressentir à nouveau la vie couler dans ses veines. Mais mon, cher lecteur, n'allons pas trop loin et retournons chez George Sand, au château de Nohant, où entourée de ses amis artistes, il y règnait encore une certaine joie de vivre, sauf pour Chopin qui faisait des crises quand Aurore (le petit nom intime de Georges Sand) l'abandonnait tout seul devant son piano pendant que celle-ci allait fleureter avec ces nouveaux artistes à la mode, comme Gustave Flaubert, Honoré de Balzac, Alfred de Musset, Eugène Delacroix, Frantz litz, etc. Bref, une vraie effervescence artitistique et intellectuelle qu'elle souhaitait absolument entretenir pour s'inspirer tout simple- ment de ces gènies, mais aussi, les convaincre de se ranger du côté du peuple et du feminisme, qui pour elle était l'avenir du monde et malgré que celle-ci eut une vie amoureuse très agitée, voire débridée. Mais telles sont les femmes, maladroites en matière politique et prêtes à changer d'opinion politique au prochain amant qu'elle aura; l'amour passant avant la politique, bien évid- emment de même que l'argent, pensait Alfred en se rappelant un fait inouï remarqué chez sa fem me Clotilde, qui souvent lui volait de l'argenr dans ses poches, parce que soi-disant elle n'avait pas assez de monnaie pour acheter du pain ou un litre de lait: Mais quand on vous empruntait 20 euros pour un litre de lait et qu'on ne vous rendait pas la monnaie, mais n'était-ce point là du vol? se demandait-il surpris d' en vouloir subitement à sa femme. Mais à chaque fois, Alfred ne disait rien et cachait son embarras, surtout quand celle-ci, après avoir fait les courses, lui disait : Chéri, ce soir je vais te faire du bon riz au lait! Mais quel homme pourrait, mon cher lecteur, reprocher à sa femme de lui avoir volé de l'argent après cette attention tout particulièrement touchante? Pas grand monde, je crois. Alors Alfred abdiquait et se disait : Esperons que ce riz au lait sera bon, vu le prix qu'il m'a coûté!

Riz au lait, soupe au lait, mais n'était ce point le programme amoureux que Geogre Sand avait proposé à Chopin, atteint de tuberculose et bourré d'opium, pour le seduire? Oui, sans conteste. Et puis qui pouvait aimer cette femme qui portait des pantalons et avait masculinisé son prènom, sinom un homosexuel? Pour ma part, je ne pense pas que Chopin était homosexuel, mais qu'il avait très certainement besoin d'une mère pour épancher sa tendresse; la musique n' étant là que pour exprimer sa solitude où ses valses avait le parfum des fleurs fanées, bref, dédiées à la baro- nne de...Quant aux autres oeuvres au piano, elles sont d'une autre facture et expriment bien les tourments de son époque, où le modernisme et l'industrialisation de la socièté entraînaient des mutations violentes chez les hommes, comme des douches froides sur les membres. Si vous êtes sensible à la musique, vous observerez ces mutations violentes dans ses oeuvres où il abandonne soudainement la tonalité avec une accélération du tempo pour s'aventurer sur ces terrains chao- tiques. Mais comme il est artiste, le retour à la tonalité normale du morceau devient necessaire, afin ne pas perdre l'auditeur qui a besoin d'être rassuré en terme mélodique. Dans le grand salon, Delacroix expliquait à ses amis que l'art du dessin et de la peinture consistait à saisir à la dixieme de seconde, la chute d'un homme qui tomberait, par exemple, de la tour de notre Dame de Paris. Ses amis impressionnés lui disaient : Mais moi, si je voyais un homme me tomber dessus, imm- édiatement je me pousserais de peur qu'il m'écrase! Aussitôt de grands éclats de rires surgissaient dans le salon, où Georges Sand savourait avec délectation son plaisir et surtout sa reussite d' av- oir pu reuni autour d'elle, à Nohant, autant de talents et de personnalités si pleines d'humour et d'intelligences. Son grand regret, c'était Victor Hugo qui avait décliné toutes ses invitations, lui, le grand homme, le poète seul au milieu de la tempête n'aurait certainement pas supporté un seul instant la conversation sucrée de ces salons, comme vous l'auriez facilement compris, mon cher lecteur. Georges Sand se demandait, en regardant Gustave Flaubert, si madame Bovary ce n'était pas elle?  

Elle, la femme emancipée qui portait des pantalons et choisissait de donner son corps à qui elle voulait en ce siècle si patriarcal et guindé? Gustave flaubert lui souriait et semblait lui dire : Mais non, vous n'etes pas ma Bovary à moi, car vous n'êtes pas si libérée que cela maintenant que vous avez choisi de vous appitoyer sur le sort du petit peuple qui souffre, votre fortune fai- te. Non, madame Bovary est d'une autre trempe et d'un romantisme dont vous semblez ignorer les folles conséquences, puisque celle-ci se suicidera après avoir mis en dessus-desous tout le monde des hommes, bref, celui des mâles dominants! Georges Sand aurait pu être pour lui cette madame Bovary peut-être au debut, mais le revirement politique de celle-ci vers les idées socia- lises l'en excluait pour toujours. Pour Alfred Swan, les vrais romantiques ne s'abandonnaient jamais à ce genre d'écueil et à ces idées de masse nivelant tout par le bas, car pour eux seule la liberté comptait. En disant cela, il savait pertinement que la liberté était une chose qu'on ne pou- vait partager avec les autres, c'était une evidence même. Regardez autour de vous et vous verrez que ceux qui travaillent tout le temps ne sont pas ceux qui changent le monde ou deviennent ri- ches, mais le subissent, n'est-ce pas? Pendant que Gusave flaubert disait non du bout des lèvres à Georges Sand, Chopin qui pianotait était intrigué par une fuite d'eau au dessus de son piano et qui faisait une sorte de Tac! Tac! deplaisant. Celui-ci, fasciné par le rythme régulier de l'eau qui tombait sur la maquetterie de son piano, commença à faire jouer ses doigts sur les touches en suivant ce rythme mais aussi en essayant de copier le bruit de l'eau. Ca y'est, j'ai trouvé! dit-il soudainement en trouvant la mélodie de l'eau. Ainsi, il comprosera le prélude numero 15 que tout le monde connait, je crois. Si vous êtes sensible à la musique, vous entendrez vers les trois quarts du morceau, la mort arriver avec ses accords dissonnants ressemblant etrangement à l'ou- verture d'une grille en fer rouillée, peut-être, d'une crypte ou d'un cimetière. Chopin y voyait alors comme sa mort arriver, mais le cachait à ses amis, qui savaient qu'il en avait pas pour lon- gtemps.  

Mais continuons, si vous le voulez bien, notre petit tour d'Europe et dirigeons nous vers cette pauvre Italie qui, après avoir été envahie par les français, par les troupes de Napoleon, se trouv- ait maintenant occupée par les autichiens. Et si Venise n'était plus la ville romantique si bien dé- crite par le seducteur Jerome Casanova, elle était devenue une caserne où le couvre feu à partir de la nuit tombée jetait tous les Vénitiens dans un sombre cauchemar. Ne nous le cachons pas, mais une partie de la population vénitienne quelques années plus tôt fut très heureuse de la vic- toire de Napoleon, car celui-ci avait rétabli les droits civiques, mais aussi permis aux juifs de sortir de leur guetto où la noblesse vénitienne les avaient enfermé pour des raisons de concurr- ences commerciales. Lisez Casanova et vous apprendrez que pour se procurer de l'argent il était obliger de sortir de Venise pour aller chez les pretteurs sur gage dont les juifs avaient la spécifi- cité ou le monopole. Lisez entre les lignes et vous apprendrez que Casnova y allait avec toute la prudence du monde, afin de ne pas être vu par des espions qui travaillaient pour la police d'Etat : police d' Etat mise en place par le conseil des dix : conseil inquisitionnel qui veillait aux bonnes moeurs ainsi qu'à protéger Venise contre ces espions qui voulaient voler les secrets de sa reussi- te commerciale. Mais comme tout cela nous semblait desormais bien lointain avec ce congres de Vienne de 1815 qui venait d'accorder à l'Autriche : la Dalmatie, la Lombardie et la Vénitie dont Venise faisait partie. Quand à la France, qui avait été battue à Waterloo par la coalition du Royaume-Uni, de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie, elle avait retrouvé ses frontières de 1791 et malgré le grand talent de négociateur de Talleyrand qui avait permis à la France de gar- der l'Alsace et la Lorraine, région considérée comme stratégique pour ses mines de fer et de cha- rbon. Quand aux Anglais, il n'avait rien exigé en Europe, vu que leur puissance navale leur per- mettait desormais d'accéder a de nouvelles richesses dans les colonies. Mais ce qu'on retiendra de ce congrès de Vienne, c'est l'apparition de nouveaux conflits d'intêrets entre ces nouveaux Empires, où l'Angleterre se trouvait soudainement l'ennemi de la Russie et la Prusse de l'Autri- che! Et ceci n'est pas inutile à signaler au lecteur, afin qu'il puisse comprendre les raisons de ce conflit sur la guerre de Crimée, comme vous le conviendrez.  

Quant à cette pauvre Italie, morcelée en de multiples petits états, suite à cette reconfiguration de l'Europe; l'insurrection de Milan du 6 fevrier 1853 fut malheureusement un échec cuisant qui finit par décourager tous les protagonistes d'une Italie libérée et réunifiée. Mais revenons sur les raisons de cet echec, si vous le voulez bien. D'après les rapporteurs de l'époque, cette insurrect- ion fut une totale improvisation où la précipitation des nationalistes Italiens en est la principale cause. L'idée de depart était d'empoisonner tous les chefs militaires autrichiens, qui allaient être reunis au Palazzo Marino le 31 janvier le soir du grand bal. Pendant ce temps là "nos amis" aid- és par la population fonderaient sur les casernes qui, celles-ci desorganisées, seraient prises en un rien de temps. Etrange lubie, non, ne trouvez-vous pas de vouloir empoisonner une poignée d'hommes parmi tous ces convives? Et l'idée de mettre du poison dans les verres, mais dans qu- els verres exactement si ce n'est le risque d'empoisonner tout le monde! Mais qui le fera sans être reconnu, un domestique? Mais la table, où mangerons les hauts gradés, sera forcément sur- veillee par des gardes, non? Bref, c'est dans ce triste exemple que nous apparait le drame de l'Ita- lie qui, par manque de moyens, était obligée d'inventer des sernarios digne de la Comédia Del Arte pour garder l'espoir. Serait-ce là le grand problème de l'Italie, même aujourd'hui? Une gra- nde farce dont l'Italie n'arriverait pas à se defaire? Un pays de cocagne où il fait toujours beau (d'après les européens) et où l'on rit tout le temps. Mon dieu, mais comment peut-on imaginer cette ignoble chose qui est de croire qu'en Italie il n'y a pas de malheureux? Les chefs de l'insur- rection, qui avaient tout de même un peu de sens pratique, déclinèrent ce senario abracadabran- tesque pour une révolte armée jouant sur l'effet de surprise plus apte à leur assurer une victoire étincelante sur l'ennemi. Malheureusement, les fusils qui devaient leur parvenir par la Suisse ne leur parvinrent pas et durent improviser la révolte qui se solda par un échec cuisant. On dénom- bra une dizaine de morts chez les autrichiens, 895 arrestations chez les insurgés et on pendit les 10 chefs présumés de l'insurection. Parmi cette liste de présumés chefs, on dénombra un nombre important de célibataires et dont les professions allaient du simple garçon de café au cordonnier, bref, de jeunes hommes qui ne s'étaient pas mariés, certainement à cause de la misère, mais qui avaient donné leur vie pour un idéal, pour une Italie libre! Existaient-ils encore aujourd' hui des hommes de cette trempe? se demandait étrangement Alfred en pensant au plus célèbre des Itali- ens dénommé Casanova : un homme qui ne s'était jamais marié afin de fuir toutes ses respon- sabilitès pour s'adonner à ses seuls plaisirs, la dolcé vita? En pensant à tout cela, il dût s'avouer que ces gens de cette trempe avaient complètement disparu de la surface de la terre! Même en regardant autour de lui, dans cette socièté française, il ne vit que des opurtunistes prêts à tout pour l'argent et la gloriole. Mon dieu, quel désatre la France d'aujourd'hui! s'écria-t-il en levant les yeux presque au ciel.

En passant par cette Italie si touchante, Alfred Swan avait comme une envie irresistible de parler de Casanova, de ce seducteur qu'il avait pris malheureusement comme modèle durant sa folle jeunesse; mais sentant la fatigue l'envahir et l'heure tardive arriver où il était 1 heure du matin, il reposa son stylo et remit son manuscrit dans son tiroir qu'il ferma aussitôt à double tour.

Avant d'aller se coucher, il partit dans la cuisine boire un gtand verre de lait afin d'extraire de sa mémoire tous les poisons que le passé et la littérature avaient distillé au fond de son cerveau. Pour lui, c'était un rituel auquel il ne fallait pas deroger, car il tenait beaucoup à sa santé menta- le. Bref, une santé qui était absolument indispensable à tout romancier se proposant de revisiter le monde par ses côtés les moins glorieux et surtout éffrayants. Bon, allons nous coucher! dit-il à voix haute sentant ses jambes se plier malgré elles. En entrant dans sa chambre, il vit que sa femme était dèjà couchée et ronflait presque, entendait-il en enfilant son pyjama. En pénétrant sous les draps, il sentit sa femme à des millions de kilomètres de lui et en fut très heureux; celle-ci dormait à poing fermés et cela l'arangeait bien. Hum, comme c'est bon de ne pas être emmerdé avant d' aller se coucher! murmura-t-il du bout des lèvres et en sachant très bien que demain serait un autre jour.

7 H du matin

Alfred Swan crut un instant être sur un bâteau ivre, quand il se sentit tout à coup baloter de gau- che à droite par des mains invisibles, comme si on essayait de le réveiller mais sans savoir pour quelles raisons; son corps ne demandant alors qu'à étendre son somme jusqu'au bout de la nuit. Ohé, Alfred! Ohé, Alfred, réveilles-toi! Il est 7 heures! Allez, reveilles toi, gros fainéiant! lui cri- ait sa femme Clotilde. Alfred se reveillant en sursaut lui disait : Mais quoi, déjà 7 heures du soir! Mais non, vieux bouc! 7 heures du matin, j'ai dit! Ah bon, il n'est vraiment pas tard! lui balan- çait-il en replongeant sa tête sous les couvertures.

Mais vas-tu te? lui cria-t-elle soudainement avec furie. Alfred sous ses draps se sentit tout à coup redevenir un enfant qu'on grondait après qu'il ait fait une bêtise, comme un enfant qui ne voulait pas aller à l'ecole ce jour là; il sentit sa haine monter en lui, mais n'osait toujours pas sortir sa tête de la couverture pour lui montrer son visage plein de haine. Un long silence se fit sentir dans la chambre. Puis sachant que c'était le prix  à payer pour avoir une vie de couple, il accepta de sortir de ses couvertures...et la tête posé sur l'oreiller, il se mit à regarder sa femme qui semblait pleine de pitié pour lui. Un instant il fallit se lever pour aller l'étrangler, mais il se retint en se di- sant qu'il était un peu tôt pour cette besogne. Alors, mon cher Alfred où en êtes-vous avec mon roman? Avec votre roman? lui répondit-il du tacotac. Oui, bien sûr, avec mon roman, car n'oub- liez pas, mon ami, que je connais mieux les lectrices que vous, n'est-ce pas? Alfred, sentant une nouvelle fois les griffes de sa femme sur ses livres, semblait attendre le couperet lui tomber dess- us et surtout sur ce qu'il avait écrit la veille. Oh chèrie, mais ne vous inquietez pas outre mesure, votre roman avance bien. Mais la partie que je traite en ce moment ne vous interessera certaine- ment pas beaucoup. Ah oui et pourquoi donc? lui demanda-t-elle d'un air surpris. Euh, oui, parce que j'en suis à la partie historique de la guerre de Crimée et qui est necessaire d'ecrire, sinon vos lectrices n'y comprendraient rien, c'est mon avis. Oui, elle est nécessaire, mais ne la faite pas trop durer, car mes lectrices veulent de l'action, du sang et surtout de l'amour, bref, un beau ruban autour d'un cadeau. Oui, oui, bien sûr, Clotilde! lança Alfred qui sensiblement s'était enfoncé un peu plus sous ses draps comme pour fuir le venin de sa femme et surtout la dictature des femmes dont le beau et la selection naturelle en faisait des monstres en rendant la vie des hommes impo- ssibles, au point d'aimer mieux le carnage que la petite vie de famille. Bon, tu peux te recoucher! lui dit-elle d'un ton dictatorial. Replongeant sa tête sous les couvertures, il était étonné qu'on lui parlât de cette façon et de si bonne heure et s'interrogeait même sur le côté surrealiste de la si- tuation..Quelques instants plus tard, il entendit sa femme lui dire : Bon, je te reveillerai à 8H! Mais celui-ci ne l'écoutait dèjà plus et se rendormit avec des rêves étranges.     

MIDI

Alfred, les yeux encore engourdis par la fatigue, jeta un coup d'oeil sur le reveil et vit bien effe- ctivement qu'il était midi pile. En repositionnant la tête d'oreiller sous sa nuque, il se posait d' étranges questions : Mais ne devait-elle pas me reveiller à 8H, Clotilde? A côté de lui, la place où elle dormait était vide et sur la table de chevet il n'y avait plus sa montre ainsi que son port- able. Pour lui, elle était sortie de bonne heure s'occuper de ses petites affaires, voir son frère, je crois, m'avait-elle dit, il y a quelques jours de cela. Mais bon, c'est quant même étrange qu' elle m'ait parlé de cette façon si odieuse, semblait s'offusquer Alfred qui se demandait tout à coup s'il n'avait pas rêvé ou fait un cauchemar? Et comme tout romancier, il savait très bien que la chose ne fut pas impossible; quant on sait que rester enfermer toute la journée avec des morts vivants, ça devait forcement vous jouer des tours à vos neuronnes et à votre psychisme, en conc- lua-t-il avec lucidé. Mais n'était-ce pas là le prix à payer pour pénétrer chez les morts et leur faire avouer leurs crimes passés ainsi que leurs souffrances? A ce sujet, il pensa aussitôt à ce qu'il av- ait commencé à ecrire la veille sur Casanova et sur cette Italie empêtrée dans sa Comédia Del Arte. Dolce Vita à Rome, à Venise, à Vienne, à Paris, les femmes et toujours les femmes et surt- out ces femmes aux yeux noirs que Casanova aimait par dessus tout, au point de leur demander si ces yeux étaient leurs vrais yeux ou seulement des yeux maquillés? La jeune fille, offusquée, qu'on lui posât ce genre de question, lui retorquait : Mais bien sur que ce sont là mes vrais yeux, mon cher, monsieur! Casanova, emporté par cette réponse si ingénue, en devenait aussitôt amou- reux et était prêt à l'enlever! Mais de quelle manière va-t-il s'y prendre sans éveiller en elle le moindre soupçon? Voilà où se trouvait donc sa perversité ou sa vie en resumée. Chez lui tout se melangeait aussi bien la vie que le théatre. Mais y'avait-il vraiment une vraie difference entre ces deux scènes où se jouait le destin des hommes? Un mauvais rôle dans une pièce de théatre ne jetait-il pas automatiquement le comédien dans la disgrâce?

Et dans la vie n'était-ce donc point la même chose? Alors choisissons le plus beau rôle dans celle-ci, grâce à l'argent, pour avoir de son côté tous les applaudissements du public! jubilait-il emporté par sa trouvaille. J'ai parfois l'impression que le théatre est plus fort que la vie et que celle-ci, sans beaux parleurs et charlatans, serait bien triste, pensait-il souvent notre cher Casan- ova. Et s'il avait abandonné sa langue natale pour adopter la langue française pour ecrire ses confessions, c'est qu'il sentit très tôt cette langue italienne impuissante, voir ridicule, à traiter de choses serieuses comme la littérature et l'Histoire. Et si Jules Cesar avait écrit sa campagne des trois gaules en latin, ce ne fut point par hasard, mais parce que le latin symbolisait pour lui une langue à la hauteur pour raconter de grands évenements. Mais avec la langue italienne, aïe, aïe, aïe, où tout chante, caresse, rayonne harmonieusement, comment lui faire dire des choses sérieu- ses, mon dieu? se lamentait nore cher Casanova. Pour dire la verité, Casanova était dèjà consci- ent à son époque du drame de l'Italie et que celui-ci ferait de sa vie une chose de très mouve- menté, cela va de soi. En se relevant de son lit, Alfred pensant à ce rêve étrange se disait : il fau- drait que j'en parle à Clotilde pour y voir plus clair, hum? Puis glissant ses pieds dans ses pan- toufles, il partit vers la cuisine se préparer son petit dejeuner. Pour lui, le rituel du petit dejeuner était primordial pour commencer une bonne journée et malgré la vaisselle à sortir puis à nett- oyer. Mais cela il le faisait de bon coeur, sachant qu'il allait boire son café au lait avec ses tarti- nes beurrées en regardant par la fenêtre, la baie de Menton où les rayons du soleil scintilleraient sur la surface bleuté de la mer et qu'il en serait ravi. Après avoir jeté deux cuillérées à café dans son bol, il l'innonda avec du lait bien chaud jusqu'à rabord. Puis faisant très attention, il l'empor- ta jusqu'à la fenêtre pour voir ce que son imagination lui avait promis. Face à la clarté du ciel, il comprit aussitôt de quoi était fait le bonheur : d'un grand bol de café au lait, d'une bonne santé et d'un paysage superbe qui s'offrait à vous comme pour la première fois. Bref, c'était comme retr- ouver les toutes premères sensations de son adolescence ou de son premier amour! s'émervei- llait-il avec une grande émotion.

Aujourd'hui il savourait avec delectation ce plaisir en apercevant à la surface de la mer, l'agi- tation de la houle où des vagues d'écumes semblaient sourire aux gens heureux. Il se disait qu'il fallait sacrément avoir une bonne vue pour voir la beauté du monde, sinon tout cela restait très evasif pour ceux qui étaient aveugles de naisssance, volontairement ou involontairement. Mais bon, pour lui, ce n'était pas le cas et se demandait bizarrement comment il fallait remercier ces instants de grâce, sinon dire merci à la nuit qu'il venait de passer et qui avait comme effacé de sa mémoire, la laideur du monde( malgré le cauchemar de 7H du mat qui l'avait plongé dans un sommeil profond, proche de la mort cérébrale, mais qui l'avait fait renaître à la vie). Bref, une sorte de lavage de cerveau qui donnerait enfin à tous les hommes le temps du bonheur? Peut- etre qu'un jour les savants inventerons une machine capable d'effacer leur memoire, afin qu'ils puissent recommencer une nouvelle vie et creer un nouveau monde ou une nouvelle civilisat- ion? se demandait Alfred pris de visions futuristes. Puis revenant soudainement à la réalité, il se disait que son plus grand regret, s'il devait à mourir pendant la nuit, ce serait de manquer son cher petit dejeuner. Car partir le ventre vide serait forcément pour lui un mauvais signe, comme vous le conviendrez, mon cher lecteur. Alfred Swan, étrangement, semblait établir dans sa tête une liste morbide : sentait-il la mort arriver après tout ce bonheur qui lui était tombé dessus com me un gros tas de crème chantilly ou bien établissait-il inconsciemment son testament post-mor- tem? Mon deuxième grand regret, continua-t-il, non sans une grande amertume, ce serait de lai- sser dérrière moi tout mon argent, sans en avoir réellement profité jusqu'au dernier centimes! Oh oui, ce serait sûrement là, mon plus gros regret! pensa-t-il en imaginant sa femme et son fils se jeter sur son compte bancaire comme des requins! (Alfred Swan serait-il un sale égoïste ou bien un être cynique?). Je vous laisse répondre par vous même à cette question, mon cher lecteur.

Moi, si je connaissais l'heure de ma mort, dit-il d'une manière enfièvrée, j'irais la veille tout cla- quer mon argent au casino et faire la fête jusu'au bout de la nuit et où je disparaitrais avec le sen timent d'avoir tout vécu le dernier jour! Phantasme du joueur ou bien projet macabre d'un né- vrosé qui, après avoir tout perdu, se suiciderait ensuite dans les toilettes d'un grand casino. Celui de Deauville ou bien de Monte-Carlo? se demandait étrangement Alfred en faisant sa liste mor- bide d'actions pour le dernier jour sur Terre. Monte-Carlo, bien évidemment! lâcha-t-il, car n'est- il pas le plus prestigieux de la planète, hum? Mais pourquoi dans les chiottes, alors qu' une balle dans la tête au dessus de la roulette ferait un spectacle grandiose, non? se disait-il comme s'il voulait finir sa vie en apothéose. Maintenant il se voyait le corps étendu sur le tapis vert, un trou dans le crane où s'écoulait un petit torrent de sang qui commençait à innonder le velour quadrillé de chiffres magiques. Alfred Swan, avant de mourir, entendrait : Rien ne va plus, Rouge paire et gagne! C'est la vie! C'est la vie qui est comme ça! dit-il en se mettant la tête entre les mains. Mon dieu, je suis un être perdu pour les miens et pour la socièté toute entière! criait-il au fond de lui même en pensant à tous ces rêves morbides. Mais c'était sa nature qui venait de s'exprimer là et dont il ne pouvait contrecarrer le destin, bref, le suicide programmé. Puis reprenant la liste mor- bide de ses regrets, il s'aperçut que son troisième grand regret serait de perdre sa femme Clotilde et son fils Aurélien et en fut très ému. Enfin, je ne suis pas un monstre! lâcha-t-il du bout des lèvrres. Et comme tout romantique qui refusait de le reconnaitre (car il était prêt à tout instant à remettre sa vie en jeu sur un simple coup de dès ou coup de tête), il comprit qu'en passant dans l' autre monde, il perdrait ces deux êtres aimés et malgré le défaut de sa femme qui ne pensait qu'à l'argent et à son fils qui venait le voir, non pas pour lui demander de ses nouvelles, mais unique- ment pour qu'il lui paie ses dettes de jeu!

Mon dieu, mon dieu! dit-il comme à regrets, non sans une certaine colère. Gain ou perte serait- ce là en resumé la vie telle que l'affirmait la bible à tous les hommes damnés : Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front? Pour Alfred, bien evidemment, cette maxime était fausse vu qu'il ne croyait qu'en une seule vérité et qui lui disait : Gagne et tu auras raison! Le reste pour lui n'avait aucune importance, puisque tout découlait de ce petit énoncé qu' aucun grand philosophe n'avait osé écrire ou graver dans le grand livre de la vie, de peur d'être lapidé par l'ensemble de la popu- lation qui, il faut dire, a toujours fait partie des grands perdants. Mais n'était-ce point la vérité que tout le monde connaissait? Alors pourquoi ce peuple de boeufs continuait-il à aller voter en sachant très bien que ses promesses ne seraient jamais tenues, si ce n'était comprendre que ce peuple de boeufs était réellement bête, non? Alfred, qui était un fin politologue, savait intuitive- ment que ce qui motivait ce peuple de boeufs d'aller voter contre le bon sens, c'était la peur de l' inconnu qui le faisait agir ainsi et non forcement la preuve qu'il était idiot. Les hommes politiqu- es connaissant parfaitement cette vérité, non écrite, allaient donc en profiter et se prendre pour les bergers du troupeau : où la peur de l'inconnu ou du loup le faisait trembler. Pourvu que ce soir en rentre à la bergerie sains et saufs! se disaient les bêtes du troupeau. En ecrivant ceci, il ne voulait pas se moquer du troupeau(car la vérité collective n'est pas la vérité individuelle), mais uniquement dire ce qu'il manquait à ce troupeau, c'était malheureusement le courage : courage qui, forcément, lui manquerait pour assurer à son pays un grand destin! Mais telle est la dure loi de la réalité, pensait Alfred qui n'avait jusque là jamais manqué de courage sur les tables de jeu, où sa sueur ne venait pas de ses efforts physiques, mais seulement de sa soif de faire partie des gagnants! 

Mais était-ce du courage pour autant? se demandait-il parfois. Oui, ç'en était, du moins ç'en av- ait toute la couleur et la saveur, comme Bonaparte sur le pont d'Arcole qui, voyant ses troupes reculées devant l'ennemi, s'y engagea tout seul pour défier le destin. Pour Alfred, nul doute qu'il s'agissait là d'un coup de dés magnifique de Bonaparte face au destin de la France, ce que perso- nne ne démentira, j'espère? Etant lucide comme un Bonaparte, il savait très bien que mourir était une perte pour les deux parties, mais qu'elle serait plus importante du côté du mort, vu que celui ci allait tout perdre en passant dans l'autre monde : son argent, ses amis, ses plaisirs, etc, bref, la vie. Alors que sa femme et son fils allaient perdre seulement un être délicieux et délicat( c'est ai- nsi qu'il se voyait), et empôcheraient au passage son magot. Pour lui, il n'y avait pas photo et perdre la vie était bien tout perdre. Le seul point positif qu'il voulut bien accorder à la mort, ce fut la perte de toutes ses emmerdes. Mais valait-il mieux vivre avec ses emmerdes, qui somme toute, faisaient partie de l'existence, que de plus rien ressentir du tout? se demandait-il d'une ma nière lucide. Pour lui, une nouvelle fois il n'y avait pas photo. La seule chose à laquelle il sem- blait s'interesser maintenant, c'était de croire, avant de mourrir, qu'on penserait à lui quand il se- ra dans l'autre monde. Peut-être serait-ce là ma dernière grande jouissance? pensa-t-il touché ju- squ'aux larmes. Sans conteste, Alfred resterait un joueur jusqu'à son dernier souffle. Et que peut -être avant de mourir, il accepterait de faire une partie de pocker avec le diable, qui sait?

Après avoir lavé son bol et néttoyé la table méticuleusement, il partit faire un brin de toilette( sa femme n'étant pas là, il pouvait se permettre de se négliger un peu). Ca fait tellement de bien, se disait-il, de se sentir libre! Disposé ainsi, il ne se changea point, mais resta en pyjama, puis re- gagna son bureau afin de poursuivre son récit sur la guerre de Crimée. Mais étrangement il se sentait très loin de tout cela, comme si la vie voulait le happer et lui faire vivre de vraies émoti- ons et non ces spéculations sur la littérature et le passé qui, somme toute, lui semblaient mortif- ères, voir recouvertes d'une épaisse couche de poussière. L'envie de se dépoussièrer lui vint sou- dainement à l'esprit, quand il sentit sur lui une gène ou un élément étranger voulant nuir à sa lib- erté d'agir. Mais au juste, ne sommes nous pas, nous même, victime de cet empoussièrage du temps, au point de nous voir vieillir sur place, se demanda-t-il d'une manière presque agacée? Alfred avait remarqué que la poussière du temps ressemblait étrangement à du plâtre, mais que personne ne voyait réellement sur son visage s'il ne se débarbouillait pas entièrement. Pour illu- ster cette étrange chose, une image lui vint à l'esprit; il s'agissait de ces plâtriers peintres qu'il avait employé un jour pour rénover sa villa à Menton et dont il n'arrivait plus à distinger les vis- ages, bref, où le plâtre avait crée une sorte de masque blanc, proche de l'art statuaire. Alfred av- ait cru, le temps de ce chantier, parler à des fantômes et non plus à des hommes et cela l'avait be- aucoup éffrayé, au point de se dire que ces hommes, le jour du grand débarbouillage, le jour de leur retraite, verraient enfin leur visage qui serait un visage de vieux! Le plâtre ayant, ni plus ni moins, caché les traces du temps, le temps de leur jeunesse. Peut-être s'en suicideront-ils ou peut-être maquilleront-il leurs vieux jours de nostalgies blanches? Pour ma part, je ne vieilli- rai pas de cette façon, pensa-t-il d'une manière emportée. Et puis je vous avouerai que j'ai enc- ore la chance de faire jeune auprès de mes amis, mais aussi, auprès des autres. Certains même m' interpellent dans la rue en me disant : Ohé, jeune homme! Je ne vous cacherai point alors que je suis en état de grâce et jouis comme une femme de savoir que le temps n'a pas de prise sur moi!

C'est peut-être ça, le secret de la jeunesse éternelle, non? se demandait-il en se passant la main dans les cheveux comme pour mieux ressentir sa puissance dionysiaque. Ma profession de jou- eur y est aussi pour beaucoup sur ce secret, je ne peux pas le nier. Car jouer permet à l'homme de ne pas s'ennuier dans la vie, ce qui est à mon sens la définition même de l'homme intelligent qui veille aussi bien sur son apparence que sur ses artères. Pour moi, un homme ou une femme qui s'ennuie, c'est un imbécile, c'est un obése en puissance, un homme qui cultivra son ventre au detriment de son cerveau et ce n'est pas mon cas, pensait Alfred en regardant son ventre plat et musclé. Mais en ce moment ce qui le turlipinait beaucoup, c'était le sentiment de ne pas vivre de vraies émotions, mais plutôt de prendre racine au pied de son bureau tel un caoutchouc! Et à force d immoblismes, ses pieds semblaient s'être comme enfoncés dans le sol et ses mains com- me nouées à sa table de travail. Bref, un emprisonnement auquel il n'arrivait plus à s'arracher, au point d'imaginer un jour sa femme le découvrir au pied de son bureau, telle une veille racine dessechée! Oh mon pauvre Alfred, mais que s'est-il passé! Mais qu'à tu fais de mal pour resse- mbler à cette horrible chose? Je suis désolé pour toi, mais tu es bon maintenant pour la pou- belle! lui dirait alors sa femme Clotilde et, disons le franchement, la plus part des femmes qui n' aiment pas leur petit mari parce qu'il a un petit zizi( ce qui n'était pas le cas d'Alfred Swan). En général, une bonne femme d'intérieur sait comment éviter ce genre d'écueil et s'arme souvent d' un bon sécateur et d'une éponge afin de soigner ses caoutchoucs. Mais en ce moment, Clotilde semblait complèment indifférente à ses états d'âmes et plutôt préocupée par d'autres choses, co- mme par des histoires de famille. Et l'idée de faire une pause lui vint aussitôt à l'esprit afin de reprendre goût à la vie qui, il faut dire, sans elle la litterature ne saurait exister.

Alfred, n'ayant plus aucun goût pour le travail, se mit étrangement à regarder sa montre-reveil sur son bureau, comme s'il s'agissait d'un objet hypnotique; celle-ci indiquait 15H30 et le posit- ionnement des aiguilles sur le cadran semblait lui indiquer un ordre magique ou un nombre d'or. En fait, il ne savait pas exactement si c'était le temps qui l'hypnotisait ou bien sa vision qui était materialisée par ces aiguilles fluorescentes. Envouté, il resta dix minutes dans cet état quasi-vé- gé tatif en n'essayant même pas de se faire violence pour en sortir. Ces heures semblaient être pour lui comme un grand mystère. L'aiguille des minutes était pointée sur le centre de la terre, alors que celle des heures pointées sur l'horizontalité des choses, l'avenir ou le voyage; une for- me d'anachronisme qu'il ressentait au fond de lui même tel un chaos où le temps s'abolissait de lui même : un monde devenu immobile afin qu'on le voit mieux pour mieux le photographier, pensa-t-il ému de savoir maintenant que le monde n'était qu'une chimère, qu' un rêve éveillé! Ai- nsi il conçu que le succès autant que l'insuccés auprès du public faisaient parti eux aussi de ce rêve éveillé. Pour certains, les veinards, ce rêve était fait de pailletttes, alors que pour les autres, les maudits, un véritable cauchemar. Mais l'important pour chacun était de continuer son rêve. Car grâce à ce continuum personne n'allait s'apercevoir qu'il allait mourir et le riche, dans sa vie dans l'au-delà, allait continuer à croire qu'il était riche et avoir toujours du succés( alors qu'il avait tout perdu en mourant) et le pauvre allait avoir la surprise de ne plus souffrir de la faim et de la soif et du mépris de ses contemporains! Bref, pour Alfred, c'était la preuve incontestable que la vie était un rêve éveillé et que le joueur qu'il était ne pouvait pas se tromper sur ce genre de chose où l'accuité de l'instant était exacerbé à son comble. Pour lui, la nature était une grande machine à calculer qui savait exactement ou placer les pertes et profits. Pour certains, c'était la marque de la justice divine alors que pour d'autres, une simple opération arytmétique.        102

Mais pour le flambeur de casinos qu'il représentait, c'était bien plus que ça, disons, la possibilité de faire un pari extraordinaire sur la vie dans l'au-delà! Et pourquoi pas s'imaginer, juste avant de mourir, être l'égal d'un dieu afin de festoyer à leur banquet, hum? se demandait-il étrangeme- nt comme s' il commencait à délirer. Attendant une réponse qui ne venait pas, il lâcha des yeux sa pendule du temps pour ouvrir un des tiroirs de son bureau et y chercher quelque chose qu'il ne savait pas lui même. En l'ouvrant, une bonne odeur de tabac monta aussitôt vers lui comme pour lui rappeler de merveilleux souvenirs( cela faisait deux anx qu'il avait arrêté de fumer) et de re- trouver l'odeur de son paquet de cigarettes préféré, des camel, le fit sourire et le mit de bonne humeur pendant un instant. Celui-ci n'étant pas visible, il plongea sa main sous une pile de pap- ier et le decouvrit, certes, un peu écrasé, mais encore utilisable, se disait-il emporté par sa décou verte. Il remarquait que le paquet était déjà ouvert et c'est pour cela que le tabac avait embaumé tout l'espace du tiroir durant des années. Pour lui, c'était comme une récompense liée au temps, mais aussi à ses efforts qu'il avait fourni pour ne plus toucher à une seule cigarette. Et pourtant dans ces casinos, tellement enfumés, combien de fois ne s'était il pas pressé autour de ces tables de jeu pour pouvoir s'enniver de la fumée des autres? s'avouait-il l'air surpris et remplis de contr adictions. Bah! lâcha-t-il en sortant une cigarette du paquet et en la plantant au milieu de ses lé- vres, qui désiraient jouer avec le feu ou la mort. Plongeant à nouveau sa main dans le tiroir et triffouillant au fond il trouva une pochette d'allumettes qui portait la publicité d'un casino de la côte d'azur, mais ne se souvenait pas du quel exactement, tellement il y en avait sur les bords de mer. Puis grattant l'allumette sur le grattoir, il fut subjugué par la magie de cet instant où un ge- ste si banal pouvait mettre le feu à sa cervelle et à bien d'autres choses! pensa-t-il. Puis rapp- rochant la flamme de l'extrémité de sa cigarette, il l'embrasa dans une sorte de fracas et de gresi- llements en tirant une bouffée dessus.                                                                                       103

Youhaa..mon dieu, comme ça fait du bien de sentir cette fumée pénétrer ses poumons ainsi que tout son être! dit-il emportée par l'émotion. Alfred avait alors l'impression de renouer avec un vieux rêve prehistorique où l'homme des cavernes découvrait pour la première fois, grâce au ta- bac et à la fumée, l'extase religieuse qui lui permettait d'entre-apercevoir le monde des morts. Superstition et religion ne leur semblaient pas alors incompatibles pour acceder à ce royaume! pensa-t-il surpris par nos religions d'aujourd'hui qui pour la plus part monothéistes ne nous fa- isait plus rêver, mais plutôt cauchemarder. Peut-être que la vraie religion était morte depuis bien longtemps et que nous avions affaire aujourd'hui à un vieux fossile de religion, et que les gens qui s'y intéressaient n'étaient peut-être que des fossoyeurs ou des archelologues de l'âme? J'ai horreur de ces gens! pensa-t-il en tirant longuement sur sa cigarette, puis en expulsant de sa bou- che un nuage de fumée qui ressemblait étrangement à un château en Espagne. Tiens, dit-il, je n' aurai pas cru qu'on pouvait avec une simple cigarette creer de si belles choses! C'est peut-être ça, la vraie religion, une magie à laquelle on accorderait tous les pouvoirs afin que l'homme puisse être à nouveau heureux? Alfred ne se rendait pas bien compte, mais il venait sans le savoir d' inventer ou de redecouvrir la vraie religion et où l'au-dela n'était pas fait d'un enfer et d'un par- adis, mais bien d'une continuation de ce rêve éveillé qu'était la vie : où le riche vivait eternelle- ment riche et le pauvre vivait enfin libéré de toutes ses souffrances; bref, un monde rétablissant l'ordre cosmique et où la culpabilité n'avait jamais existé. Sans nul doute, il avait du génie ou pour certains seulement beaucoup d'imagination. Mais entre nous qui pouvait nous interdire de croire que ce qu'il venait de dire n'était pas vrai ou possible? Et dans cette nouvelle optique ou vision revolutionnaire de voir la religion, il était fort possible que les hommes d'Eglises (ceux que nous connaissions) ne fussent en vérité que des fossoyeurs des âmes! En fait, ce qu'il man- quait aux hommes pour être heureux, c'était tout bêtement de l'imagination. Imaginez un jour cette chose possible où les voyous ne seront plus chatiés dans l'autre monde, mais deviendront les meilleurs amis de leur victime, au point de les aimer?                                                       104

Alfred, en pensant à tout cela, semblait être ému de pouvoir remettre en question ces grandes religions, qui nous faisaient ni plus ni moins du chantage avec nos âmes. Et celles-ci nous disai- ent en gros : C'est nous qui détenons le secret de la vie dans l'au-delà. Et si vous ne suivez pas nos règles sur la Terre, vous irez tout droit en enfer! Pour lui, cela montrait, en termes politi- ques, que celui qui detiendra le rêve des autres aura aussi tous les pouvoirs! L'argent, le succés, la beauté, la santé, la vie dans l'au-delà etc, les exemples ne manquent pas, vous conviendrez, m- on cher lecteur. Dans son cas, c'était bien évidemment l'argent et le succés qui étaient ses points faibles, bref, ses apparences! comme il disait. Mais bon, si je veux continuer ma vie dans l'au- delà à rouler en Maserati, il me faudra bien ici être riche, sinon mon rêve risque de casser la gu- eule! pensa-t-il d' une façon pitoyable. Parfois, il avait des sortes d'expressions qui le discréditait totalement à nos yeux. Mais bon, il était égoïste et ne s'en rendait pas bien compte. La seule cho- se qu'on ne pouvait pas lui reprocher, c'était sa lucidité en tant que joueur. Car il savait parfaite- ment qui détenait ses rêves, alors que la majorité des gens ignorait qui les maintenaient en capti- vité; ces derniers vivaient alors dans une sorte de flou philosophique, intellectuel et religieux qui les faisait agir un peu dans tous les sens, comme une sorte de girouette que les médias et les ins- titutions allaient s'empresser de faire tourner pour leur business économique, idéologique, phil- osophique, intellectuel etc, et où ces derniers allaient être une fois de plus pris en otage et perdre leur âme, pour être grossier. Par exemple, passer à la télé, voilà le grand rêve que leur promettait les médias! Mon dieu, mon dieu, quel triste rêve alors qu'avec un peu d'imagination on pouvait voir la vie bien autrement avec ses nuits sans fins passeés aux bras des filles, au casino savec ses amis et découvrir au petit matin plein de charme, ses poches pleines d'argent. Voilà ce qu'est pour moi la vraie vie! lança soudainement Alfred en tapant presque du poing sur la table.

Remplir sa vie de bonnes et de mauvaises choses, c'est ce qu' on appelle l'existence! dit-il avec fougue, et j'ai remarqué à maintes reprises que le bonheur venait souvent sans prévenir, comme un jeton qu'on avait placé au hasard sur la table de la roulette et qui vous rapportait une grosse somme sans éffort. Sans nul doute, pour Alfred la vie continuait d'être un jeu. Mais personnelle- ment qui de nous pouvait lui reprocher cette légerté dans la vie, alors que nous même étions de- venus des mort-vivants?

Après avoir fumé la moitié de sa cigarette, il partit ouvrir la fenêtre pour l'écraser sur le rebord, puis souffla sur les cendres afin de les dissiper dans l'air. Ce geste, qui aurait pu ête anodin pour la plus part des gens ou des fumeurs( qui était d'écraser les choses puis de les disperser pour ne plus les voir) ne l'était pas en vérité pour Alfred, qui savait pertinement que c'était sa façon à lui de cacher ses problèmes existentiels aux autres. Sa déprime, c'était son affaire à lui et en tant que maître de l'illusion il ne devait jamais la montrer ni aux autres ni à sa femme, pensait-il en venti- lant la pièce où l'odeur de la cigarette avait du mal à partir. A force de jouer au jeu d'argent et de côtoyer ces escrocs à la bonne mine, il avait fini par créer en lui une sorte de monstre jovial ress- emblant étrangement à un bouffon; mais qu'il ne devait jamais montrer à personne de peur de se rendre ridicule à ses propes yeux. Alfred Swan, le dandit léttré, n'était peut-être en vérité qu'un bouffon? se demandait-t-il pris subitement par un vertige affolant, comme étant pour lui sa plus grande angoisse devant l'existence, en refernant précipitemment la fenêtre.

Agacé par tout ce qu'il venait de ressentir sur lui même, il partit aussitôt dans la salle de bain pour se regarder dans le miroir et se poser cette étrange question : Est-ce que je ressemble vrai- ment à un bouffon? Le miroir, étrangement, lui renvoya une image sur laquelle il n' arrivait pas à faire la mise au point, comme si un flou préexistait malgré tous les bons réglages du photo- graphe. Alfred, ennuié par cette image indéfinie de lui même et ne le supportant pas, se mit soud- ainement à faire des grimaces devant la glace comme à la recherche de son véritable visage, tel un peintre ayant dans sa palette toute une galerie de portraits à sa disposition.                     106

Après quelques essais de grande plasticité, il s'arrêta sur un visage qu'il semblait connaître et qui lui parut fort sympathique et lâcha un soudain éclat de rires, Ah!Ah!Ah! Je te tiens! Je le tiens enfin! dit-il en se pointant du doigt à travers le miroir. Alfred reconnut en cet instant qu'il était bien un bouffon, mais un bouffon de grande classe avec un charme exquis et ne faisant aucu- nement partie de ces bouffons du roi, petits et gros qui étaient nourris et logés pour faire rire la masse ou les grands hommes d'Etat. Non, lui, son bouffon interieur ressemblait étrangement à l' image énigmatique du joker tel qu'on pouvait les voir sur les cartes à jouer. En apparence, pour beaucoup de gens, il y avait peu de différence entre les deux; mais pour Alfred une différence enorme les separait, c'était dans la façon de concevoir la liberté. Lui, le bouffon du roi, qui était né petit et gros ( même dans sa tête) n'avait pas trop le choix et faire rire les autres était pour lui une question de survie. Alors que le joker lui ne se dévoilait jamais, sauf quand on ne l'attendait pas. Mais qui était-il exactement? Personne ne le savait véritablement. Etait-il un monstre prêt à abattre ses ennemis par derrière ou bien était-il une bonne personne prête à faite le bien sans qu' on le lui demande? Pour Alfred, il n'y avait pas photo, c'était bien cette dernière proposition qui était la bonne. Bref, il était à l'image de ce joker qui ne riait pas par moquerie, mais bien pour cacher aux autres ses propres angoisses, en leur faisant croire qu'il était un homme heureux par- ce qu'il avait gagné au jeu. Le joker, pour beaucoup de joueurs, c'était la carte de la dernière ch- ance à abattre quand on avait plus un rond à mettre sur la table de jeu. Et pour Alfred, c'était la même chose, sauf que chez lui ce drame se jouait dans la vie de tous les jours. Gagner au jeu et gagner dans la vie, ce n'était pas du tout la même chose! pensa-t-il en se regardant une nouvelle fois dans le miroir l' air pensif. Car gagner dans la vie, c'est gagner l'estime des autres pour avoir de vrais amis. Alors que dans le jeu, c'est créer une image factice de soi qu'on veut renvoyer aux autres, tel un homme ou une femme qui serait comme épargné par la malchance ou la malé- diction humaine. Mais cette activité des plus solitaires et égoïstes qui soit, vous entraîne malh- eureusement vers la plus profonde des solitudes à la fin de votre vie. Heureusement que moi j'ai réussi à sauver les apparences! dit-il en s'envoyant un large sourire à travers le miroir.       107

Rassuré par tous ses dons de grande plasticité aussi bien intellectuels que physiques, il fallit tomber amoureux de lu en s'approchant un peu trop près du miroir. Alfred Swan en pygama et pantoufle aurait pu faire tomber plus d'un top model à ses genoux! pensa-t-il en collant sa bou- che contre la vitre du miroir. Lui devenu amoureux de lui même ? Pouvions nous le concevoir, mon cher lecteur? Mais au juste, le joker n'était-il pas ce personnage enigmatique qui pouvait créer la surprise quand il le voulait?

Après ces hauts moments d'intimités entre Alfred Swan et son moi intèrieur, il partit dans sa cha- mbre pour s'habiller; mais en passant par le couloir, il entendit soudainement la porte d'entrée s' ouvrir! Curieusement il ne s'y précipita pas, mais resta dans l'ombre du couloir comme pour mi- eux écouter. Quelques instant plus tard, il entendit des voix plaintives resonner dans le salon. Mais qu'est ce qui se passe? se demandait-il intrigué. Alfred semblait alors très embarrassé de se montrer en pyjama et préfera plutôt écouter de loin ce qui se disait. Allez, ma p'tite Charlotte, ne pleures pas. Viens, assieds-toi sur le canapé. Je vais te preparer une tasse de thé. Oh merci, Clo- tilde...sniff...sniff. Et toi, Leslie, tu veux quoi? Moi je veux rien! répondit séchement une petite fille qui semblait désemparée. Charlotte, Leslie, mais que font-elles ici? se demanda-il l'air affo- lé en les connaissant parfaitement. Charlotte était la femme de son meilleur ami, Jean-René, et Leslie l'enfant du couple. Mais ne pouvant plus contenir son embarras, il se decida à sortir et vit soudainement apparaitre devant lui, assises sur le canapé, Charlotte avec un gros oeil au beurre noir et Leslie qui lui tenait la main! Mais qu'est ce qui se passe, ici, non de dieu? lança-t-il avec véhemence dans le salon tout en essayant de trouver sa femme, Clotilde. Mais ne la trouvant pas (car celle-ci était partie dans la cuisine preparer du thé), il se mit à fixer soudainement avec des yeux plein de pitié ces deux êtres assis sur le canapé, puis s'adressant à Charlotte lui dit : Alors qu'est-ce qui s'est passé?                                                                                                           108

Sniff...Sniff..C'est Jean-René qui nous a mises à la porte! lui répondit-elle et dont le visage amo- ché était rempli de larmes. Comment? Comment il vous à mises à la porte? leur expédia-t-il l'air indigné. Oui, il nous a mises à la porte parce que..Parce qu'il voulait plus nous voir! lança furie- usement Leslie qui souhaitait finir les mots de sa mère, mais aussi dans ses bras. Non, ma petite, ne pleure pas! C'est un salaud! Rien qu'un salaud! Comme tous les hommes! lança-t-elle la bou- che pleine de venin. Au même instant, sa femme Clotilde sortit de la cuisine avec un plateau en- tre les mains et lui dit : Oh toi, ici, Alfred? Comment, moi ici, Alfred? lui retorqua-t-il en ne comprenant pas très bien son expression. A cet instant, il comprit qu'il était de trop dans cette scene, où ces trois femmes le regardaient maintenant avec des yeux plein de reproches, comme celui d'être un homme, bref, d'être un salaud! Soudainement, il sentit ce poids insupportable lui peser sur les épaules et partit du salon presque en fuyant. Bon, je vais me changer! dit-il comme pour se justifier.

Au lieu d'aller se changer dans sa chambre, Alfred partit s'enfermer dans son bureau pour y retro- uver peu de sérénité. Les coudes appuyés sur la table et se tenant la tête entre les mains, il ne co- mprenait plus rien à ce qui se passait. Apparemment, son ami, Jean-René, avait pété les plombs! se disait-il en se remémorant toutes ces soirées inoubliables qu'il avait passé avec lui dans les plus grands casino de la planète pendant sa folle jeunesse. Rouge de colère contre lui même et contre ses amitiés, pour lesquelles il n'y pouvait rien, ses yeux se remplirent aussitôt de larmes qu'il n'essaya même pas d'arrêter le flot et qui inondèrent son bureau, telle une petite mare où il vit en transparence, comme dans un miroir, son propre visage et son propre désespoir pour le- quel il eut soudainement pitié.                                                                                                  109

Ce visage n'était pas seulement le sien, mais aussi de son ami et pour lequel il avait une amitié sans bornes, jusqu'à la mort! lança-t-il les yeux plein de larmes. Mais comment est- ce possible, mon dieu? se demanda-t-il en s'imaginant tous les scénarios possibles pour celui-ci. Avait-il rep- ris le jeu et perdu une grosse somme d'argent pour mettre sa famille dans une telle situation ou bien était-il devenu fou au point d'être enfermé dans un asile? Un instant, il voulut l'appeler au téléphone pour lui demander de ses nouvelles ou plutôt des explications. Mais voyant la chose maladroite, il y renonça en pensant que ce n'était pas a lui, son meilleur ami, de lui faire la mo- rale. Désespéré de constater les désastres du jeu dans la vie des hommes, mais que lui même av- ait su déjouer en trouvant l'amour auprès de sa femme, il semblait chercher dans sa tête une sol- ution pour sortir son ami de ce gros merdier, si l'on peut dire. Attendons quelques jours! dit-il en voulant jouer le jeu pour lequel il était destiné, bref, le joker. Apaisé, Alfred, sécha ses larmes avec un mouchoir Kleenex qu'il trouva dans son tiroir, puis épongea la petite mare qui se trou- vait sur son bureau. Mais ne voulant pas sortir de son bureau, où il se sentait protégé de tous les mots et maux des hommes, il partit s'allonger sur le canapé qui s'y trouvait, puis s'endormit.

1 heure plus tard...à la porte de son bureau.

-Toc! Toc! Alfred? Alfred, tu veux ouvrir?

Aucune réponse.

Toc! Toc! Oh tu m'entends, Alfred? Mais veux-tu m'ouvrir?

Alfred se réveillant en sursaut( mais ne voulant toujours pas ouvrir à sa femme) se campa au bord du canapé pour lui adresser la parole à travers la porte.

-Oui, qu'est-ce que tu veux? lui demanda-t-il avec une voix étrange.

-Oh ça va bien, chéri?

-Mais oui je vais bien...mais qu'est ce que tu veux au juste?                                                   110

-Tu ne veux toujours pas m'ouvrir, Alfred?

-Non, j't'ai dit.

-Allez, arrête de faire ton sale caractère de cochon et ouvre-moi! lui balança-t-elle en ne sach- ant pas mieux s'y prendre pour l'énerver encore plus.

-Quoi, tu oses m'insulter maintenant? lui rétorqua-t-il sentant la colère lui monter à la tête.

-Allez, ne fais pas l'enfant..et je pense que tu est assez grand  pour agir comme un adulte, hein?

Aucune réponse.

Alfred, désabusé par les propos mesquins de sa femme, se rallongea sur le canapé en se mettant les mains sous la tête.

-Tu disais quoi au juste? lui demanda-t-il en prenant maintenant les choses philosophiquement.

-Allez, ne fais pas l'entêté et ouvre-moi maintenant!

-Chérie, je suis désolé...mais qui m'obligerait à t'ouvrir?

-Rhaaa! entendait-on derrière la porte où sa femme était au bord de la crise de nerfs.

Soudainement, on entendit des coups de pieds sur la porte : bang! bang! Apparemment celle-ci n' était pas de son avis et voulait le lui montrer (elle qui l'avait toujours mené par le bout du nez) A ce instant, elle sentit son mari lui échapper, bref, échapper à ses tentacules, une chose qu'elle trouvait insupportable.

Bang! Bang! entendait-on de nouveau dérrière la porte.

-Oh chérie, je ne pense pas que tu veuilles casser la porte de mon bureau...et je te rappellerais que c'est interdit par la convention de Genève et des droits de l'homme! lui dit-il en homme civi- lisé.

Gros silence

-Bon, d'accord, tu as gagné, lui dit-elle épuisée par ce combat qui semblait inégal.            111

Alfred, entendant sa femme abdiquer, se leva du canapé, mais n'alla pas pour autant lui ouvrir, mais lui dit : Bon d'accord, j'ai gagné! Mais alors qu'est ce tu voulais au juste?

-Oui, chéri, je voulais te demander si Charlotte et Leslie pouvaient rester ici à la maison pend- ant quelques jours, le temps que les choses s'arrangent?                                                    

-Mais y'a pas de problème! Installe-les dans la chambre d'amis..il y a deux lits, dit-il sèchement.

-Bon d'accord, dit-elle d'une manière apaisée. Mais avant de s'éloigner de la porte, elle lui dit d' une voix douce : on se revoit tout à l'heure pour le repas, hum?

-On verra, on verra! expédia Alfred qui voulait couper court à cette discution, sachant bien qu'il n'aurait pas le courage d'affronter, pendant le repas de midi, le regard de ces trois femmes posé sur lui comme des yeux inquisiteurs.

En tournant les yeux vers son bureau, il vit que son petit réveil marquait 11H30. Mon dieu, bientôt midi! Il faudrait que je sois parti avant, dit-il effrayé par cette pensée de devoir déjeuner avec Charlotte Leslie et sa femme( chose que tout homme pourrait comprendre après tout ce qui s'était passé chez lui).

Alfred prudemment se dirigea vers la porte et posa son oreille contre pour voir si sa femme n'était pas toujours cachée derrière. Attentif au moindre bruit et à la moindre parole, il essayait de capter tout ce qui pouvait bien se passer derrière; apparemment sa femme n'y était plus et un calme semblait régner de nouveau chez lui où de temps en temps, il entendait les talons de celle- ci parcourir le couloir. J'espère qu'elle va sortir! dit-il le souffle coupé par l'émotion et dans l'e- spoir de pouvoir sortir de son bureau sans devoir la croiser.                                                 112

Au bout de plusieurs minutes, qui lui parurent durer une éternité, il entendit des voix venir appa- remment du salon; Alfred, ne voulant pas en lâcher une seule bride, se colla plus près de la porte pour mieux entendre; son corps faisant office de boite de résonance : Charlotte, mais ne t'inqui- ètes pas, je serai de retour dans une petite demi-heure, le temps d'aller faire les courses au super- marché! entendit-il prononcer. Heureux de ce denouement, il esquissa un large sourire et atten- dit que sa femme claqua la porte. Puis entendant enfin le bruit de la porte claquer ainsi que Char- lotte et Leslie partirent dans leur chambre, il se décida à sortir de son bureau en prenant soin d' enlever ses pantoufles pour ne pas faire de bruit, puis se glissa à travers la porte pour se diriger vers sa chambre où il se changea rapidement. Avant de sortir, se sentant un peu lâche de laisser sa femme dans une telle situation, il alla dans la cuisine pour lui laisser un message sur un postit qu'il colla sur la porte du frigo : Chérie, je suis désolé, mais ne m'attends pas pour déjeuner. J'ai des choses ultra-urgentes à faire cet après-midi. Allez bye!

Arrivé dans le garage de la propriété, il vit que la voiture de sa femme n'était plus là et cela le rassura. C'était une smart de couleur noire, bref, une voiture miniature dont les femmes raffol- aient pour leur côté pratique aussi bien pour se garer en ville que pour se frayer un passage au milieu de la circulation. Puis il se dirigea vers sa grosse voiture, une maserati de couleur blanche dont il était amoureux fou. Il se souvenait qu'il avait acquise, non à la sueur de son front, comme la plus part des travailleurs, mais d'une manière extraordinaire au cours d'une soirée à la roulette au casino de Monte-Carlo : où son propriétaire, ayant tout perdu et voulant se refaire, lui avait proposé pour la modique somme de 10000 euros, bref, une occasion qu'Alfred ne pouvait pas alors louper( lui qui rêvait depuis sa prime jeunesse d'en posséder une). La transaction se fit sans fioritures sur un coin de table à quelques mètres de la roulette, où le propriétaire, un homme d' une trentaine d'années, mal rasé et qui semblait être un peu au bout du rouleau, lui présenta les papiers du véhicule ainsi que les clefs où le célèbre trident sur le porte-clefs ne pouvait tromper personne. Alfred voulut le payer en chèque, mais celui-ci refusa pour du liquide.               113

Tenant enfin son rêve au bout des doigts, mais étant d'une lucidité à toute épreuve, il exigea un papier de vente pour qu'il n'y eut aucune entourloupe; la signature ferait alors usage de bonne foi, lui avait-il dit. Le propriètaire, surprenamment, sortit de sa poche intérieure une feuille de papier pliée en quatre sur laquelle tout était écrit : l'espace libre pour qu'Alfred y inscrive son nom et le signe. Le propriétaire avait semble-t-il tout prévu en cas de perte! pensa-t-il en admiration devant ce joueur très organisé ou précautionneux. Si vous voulez la voir, elle est à l' entrée du parking et elle est de couleur blanche! lui dit-il l'air pressé de toucher son argent. En allant chercher l'argent à la banque, il ne put s'empêcher d'aller la voir où, bien éffectivement, il vit sur le parking du ca- sino un vrai petit bijou qu'il allait pouvoir piloter dans peu de temps. Une demi-heure plus tard, il remonta au casino et paya la somme convenue au propriétaire et celui-ci lui remit en mains pro- pres les clefs du véhicule ainsi que tous les papiers. Il se souvenait très bien ce soir là, qu'il avait peut-être perdu 10000 euros au casino, mais en avait toujours la jouissannce grâce au véhicule; ce qui pour lui était une partie gagnante, n'est-ce pas? Le retour à son domicile fut comme dans un rêve où, au volant de sa maserati, il n' hésita pas à faire un long détour par le front de mer jus- qu'à la tombée de la nuit : où la promenade des Anglais et la Croisette lui parurent briller de mi- lle feux. Ce soir là, le plaisir et le spectacle furent à la hauteur de cette journée pleine de surprises où, au volant de son nouveau bolide, il se crut tel un empereur romain tenir entre ses mains les clefs de la ville!

Vite dépêchons-nous! dit Alfred en prenant conscience que le temps passait.

Montant dans sa Masérati, il s'asseya au volant et sentit avec volupté l'odeur du cuir envahir agré- ablement ses narines et lui communiquer une fièvre étrange : ou un désir de puissance et d'indes- tructabilité s'emparèrent furieusement de tous ses sens, quand il empoigna le volant, comme on empoigne une machine de guerre. Après avoir refermé la porte puis mis le contact, il entendit soudainement sortir de son capot, comme le rugissement d'un tigre et exacerber en lui ce senti- ment de toute puissance. Hou! Hou! lâcha-t-il tout en s'admirant à travers la glace intérieure du véhicule où, se passant les mains dans les cheveux, il se vit comme un être dionysaque et très fé- roce. Après avoir fait rugir sauvagement son moteur, il passa la première et se glissa hors du ga- rage avec l'agilité d'une panthère, puis disparut dans cette jungle humaine qu'on appelle la ville, et plus précisement, la ville de Menton. Mon cher lecteur, profitons qu'Alfred soit sorti pour dé- couvrir cette ville méditérranéenne aux fantastiques contrastes aussi bien culturels que géolo- giques. Bref, un paradis sur Terre, n'est-ce pas?                                                                       114

 

Et si Alfred et sa femme Clotilde s'étaient installés dans ces lieux idylliques, ce n'était pas tout à fait par hasard, comme vous le conviendrez, mon cher lecteur. Imaginez maintenant, notre cher Alfred, au volant de sa Masérati d'une éclatante blancheur, descendre ces côtes escarpées puis pa- sser par le vieux port puis suivre le front de mer jusqu'a Cannes où il comptait faire une bonne surprise à son ami Jean-René! Le joker c'était lui, l'homme imprévisible qui était prêt à chambou- ler tous ses plans pour assouvir sa soif insatiable de jeux et de fêtes qui faisait le fondement de sa vie, s'avouait-il en passant au ralenti sur le vieux port comme pour se faire admirer par les touris- stes En lui s'entremêlaient, bizarrement, d'étranges paradoxes, comme la vanité avec ce désir de plaire au public et de tout partager avec lui, bref, sa grande générosité souvent en opposition avec sa course folle après le gain, sans parler de son amour pour la solitude et en même temps de son envie irréprréssible d'être mis sous les projecteur des médias etc. Bref, Alfred, malgré toutes les apparences qu'il voulût bien se donner, était une sorte de bouffon bariolés ou, pour être moins méchant avec lui, un sorte d'homme orchestre sachant jouer un peu près de tous les instruments, mais sans pouvoir en jouer un seul parfaitement. Ce n'était pas un homme en conflit avec lui mê- me, comme pourrait le croire les psychanalystes ou autres psychologues, non. Mais il était l'hom- me paradoxal, bref, celui qui apparemment semblait avoir déjoué toutes les analyses de ces exp- erts à l'esprit scientifique et très carré. Il semblait que l'Occident avait encore du mal à se défaire de ses préjugés issus de sa sainte raison. Était-il sain pour l'humanité d'anéantir toutes les con- tradictions ou paradoxes des hommes, alors que c'était dans sa nature d'être un jour bon, puis le lendemain un méchant homme, puis ensuite égoïste, puis généreux ainsi de suite? N'avions nous pas fabriqué, par la Raison, des hommes et des femmes dépouillés de leur véritable nature? Et si nos anciens philosophes( épris de raison et de sagesse) s'étaient trompés, pourrions-nous alors re- donner à l'homme sa faculté d'être à nouveau heureux, bref, d'avoir une vie faite de jeux et de fêtes? Et puis entre nous, pensez-vous vraiment que la vie est une chose sérieuse? Et sommes- nous assez bête de croire que l'homme sans richesse va rester enfermé dans sa chambre comme un mort-vivant? Bref, est-il raisonnable pour nous de penser qu'il va s'interdire de vivre parce qu'il n'a pas d' argent? Et si les philosophes souhaitèrent qu'il en soit ainsi et qu'il agisse en bien, mais rien ne l'interdisait d'agir en mal, à moins qu'il soit interpellé au moment de ses méfaits, bien évidemment. La liberté, qu'on a souvent voulu enfermer dans le cadre de la loi, a finalement plei- ne d'imagination pour ne pas se laisser enfermer là où on le voudrait. C'était la, semble-t-il, la grande leçon de la vie! à laquelle pensait Alfred en sortant du port de Menton.                      115

Mais pour l'instant, mon cher lecteur, laissons Alfred divaguer dans sa superbe Maserati sur le front de mer, pour nous plonger dans l'histoire de cette ville de Menton où les contrastes géologi- ques et culturels sont si saisissants à nos yeux, comme vous l'avez remarqué sur les photos. Beau- coup de gens pourraient penser, par le nom même de Menton, qu'il pourrait provenir d'une cara- ctéristique physique d'un grand personnage historique ayant vécu sur les lieux et dont le menton prohéminant aurait pu laisser quelques traces dans le nom de la ville, tel que l'empereur Othon. Mais comme nous avons aucun portrait de lui ni même de statue, nous ne pouvons pas en appor- ter la preuve, malheureusement. Ce nom de Menton pourrait aussi provenir par la forme de men- ton que comportait la côte mentonasque ou bien de ses côtes escapees qu'il fallait grimper où monter pour admirer le superbe littoral où le mot de "montons" serait comme un résumer du nom de Menton ou Mentan, disons, plus sonnant pour la langue locale de type occitanne. Tout ceci est fort possible, mon cher lecteur, ne nous le cachons pas, même si des experts en langues anciennes pencheraient plutôt sur une origine Ligure de ce nom, où cette civilisation régna dès le 8 ème siè- cle avant J-C sur les Aples en Haute-Savoie d'ou la ville de Menthon, puis descendit sur les côtes méditerranéennes du côté Gênois ou Italien. Bref, Menton deviendra possession Gênoise sous l' impulsion du comte de Vintimille, qui y fit construire dès le 13 ème siècle un chateau fort ou ba- stion sur la colline de Pépin pour défendre la ville des envahisseurs et, en particuliers, de ces ave- nturiers ou roturiers comme la famille des Grimaldi (future fondatrice de la principauté de Mona- co) qui visera toujours a agrandir son petit royaume. Mais un premier accord de paix eut lieu le 21 Juillet 1262 entre le roi Charles d'Anjou( roi de Naples et de sicile) et la république de Gênes qui lui assurera une certaine stabilité politique en vu de son enrichissement. Et à juste titre, le ro- cher de Monaco, minuscule promontoire situé non loin, sera emparé par François Grimaldi, l' an- cêtre d'Albert de Monaco, le 9 Janvier 1297! Bref, toujours convoité par ces princes, non pas seu- lement pour ses citrons( qui en faisait alors sa principale richesse), mais surtout pour ses ouv- ertures vers l'ouest et la France.                                                                                                 116

Menton sera acquise par ces derniers en monnaie sonnante et trébuchante en 1346 par Charles Grimaldi. Ainsi la ville de Menton restera en possession des princes monégasques durant 5 sièc- les; ce que les mentonnasques n'apprécieront guère, vu le prélèvement d'une taxe sur leurs citrons par la principauté de Monaco. La rupture pour ainsi dire n'était pas loin, mon cher lecteur.