AccueilRomansPoesiesMusiquePhotosAquarellesAutres photosPhilatélie

Choix de la page

                     

ALFRED SWAN

 

Qui n'a jamais rêvé au plus profond de son âme de pouvoir un jour s'exprimer avec clarté et limpidité sur un sujet qui lui tenait particulièrement à coeur?

 
 

Cette pensée profonde que je vous livre telle qu'elle, mon cher lecteur, elle m'est venue tout à fait par hasard, alors que je m'apprêtais à faire mes premières recherches sur le thème de la créa- tion littéraire : thème souvent abordé par les amateurs d'art, mais rarement approfondi par ces derniers. Car il faut souligner que les écrivains laissent très peu de traces sur leurs créations et apparemment par superstition à l'égard de leur oeuvre où le mystère doit régner tels des sorciers vaudous qui se taisent aussitôt qu'on leur parle de leur pouvoir magique. Jamais, ils ne vous en parlerons de peur qu'on leur vole! Et je peux parfaitement les comprendre en étant moi même un écrivain dillétant ou disons à moitié, car leur comportement n'arrange pas vraiment nos aff-aires pour poursuivre notre récit, ce que nous pouvons déplorer malheureusement. Mais restons optimiste, mon cher lecteur, et entrons dans le vif du sujet afin d'éclairer nos propos. Tout d' abord signalons, à ceux qui ne le savent pas, que la plupart de nos grandes découvertes ont été faites par hasard et non par ce qu'on pourrait appeler l'étude opiniâtre d'une chose précise Ainsi, on pourrait dire sans bien se tromper qu'en cherchant une chose on en découvait une autre, com-me Christophe Colomb découvrant l'Amérique en croyant être arrivé aux Indes! Destin ô com-bien magnifique pour un homme et pour l'humanité, n'est-ce pas? Oui, j'en conviens que tout cela puisse vous paraître contradictoire voir trop beau pour être vrai. Mais c'est la vérité sur ce qu'on appelle les origines des grandes découvertes qui peuvent sceller définitivement le destin d'un homme ou bien celui d'une nation pour allez jusqu'au bout de ma pensée!

Moi même, combien de fois, j'ai voulu être le plus heureux des hommes en faisant des efforts surhumains, mais sans réellement y parvenir? Je ne pourrai vous dire le nombre exact de tentati- ves que j'ai faites qui se sont soldées pour la plupart par des échecs cuisants. J'ai bien évidemm-ent analysé les raisons de mes échecs et j'ai compris que mon erreur était inscrite dans ma déma-rche, car je voulais absolument être heureux comme si cela se décrétait, Ah!Ah!Ah! Mon dieu quelle aboninable erreur de ma part dont je rougis parfois en y pensant. Mais rassurez-vous, mon cher lecteur, car tout cela est bien terminé pour moi et je savoure en ce moment mon bon-heur d'être avec ma femme Clotilde dont je suis amoureux fou. Notre maison se situe sur les hauteurs de Menton où la vue m'offre un paysage magnifique fait de fleurs et de montagnes où l'étendue bleue de la mer à l'horizon me ravit chaque matin au petit déjeuner sur la terrasse. C'est exquis, je n'ai rien d'autre à dire! A propos de ce qu'on vient de parler, de ce bonheur qui nous échappe souvent, une lecture de jeunesse me revient à la mémoire qui est celle d'un poète grec vivant à Athènes en l'an 1500 av JC et qui semble nous raconter la même chose. Étrange, non?

LACRIUS    1500 av JC

Durant ma jeunesse, une seule chose obsédait mes pensées, c'était de jouir de la vie et de cueillir ses plus beaux fruits dans le jardin des Espérides. Je ne vous cacherai pas que les jeunes filles et les jeunes garçons ont été mes fruits préférés, ce que je vous avouerai sans aucune honte dans cet écrit voué à la postérité. Mais ce qui me choque le plus aujourd'hui, ce n'est pas cela, mais plutôt d'avoir perdu le bien auquel je tenais le plus dans ma vie qui s'appelait ma jeunesse et que je croyais auparavant éternelle! Et si le poète que je suis, vous parle de cette façon si désarman-te, c'est qu'il sait de quoi il parle, croyez-le. Car lui seul peut raviver au fond de sa mémoire les passions de son coeur qui sont toujours vivaces. Une petite anecdote si rapportant pourra vous aider à mieux comprendre ce dont il sagit. La voici.

C'était un soir de pleine lune et je venais tout juste de terminer mon repas, quand j'entendis bru-talement le vent se lever au dessus de mon toit et poussa ma curiosité naturelle à aller voir de-hors comment les éléments étaient déchaînés. Connaissant mon tempérament téméraire, j'allai jusqu'au bord de la falaise pour voir les flots de la mer où je fus surpris par le spectacle grandi-ose qu'elle m'offrait avec ses vagues énormes se fracassant contre les rochers ainsi que la vue de plusieurs bateaux en perdition à l'horizon où des marins étaient jetés dans les flots comme des fetus de paille! Que vous dire d'autre, mon ami, sinon que tous ces éléments déchaînés me rapp-elaient étrangement ceux de ma jeunesse avec ses passions tumultueuses où la raison était sou-vent absente! Mais signalons au passage que sans cette ignorance des dangers, nous aurions été vieux avant l'âge, ne nous le cachons pas. Mais ô combien de jeunes gens morts à la fleur de l' âge par bravoure ou par naïveté? Je vous laisse imaginer le nombre, mon ami.

Pour poursuivre mon récit...Pris par la peur d'être emporté par le vent violent, je m'abritais sous un arbre où, appuyé contre, je pleurais comme un enfant pendant un long moment. Oui, je pleu-rais sur ce que j'avais perdu de plus cher à mes yeux et qui s'appelait ma jeunesse. Regardant en-suite mes deux mains, que le temps avait noué comme deux vieilles racines, je maudissais le sa-le travail qu'il effectuait sur nous, les pauvres créatures vivantes. Puis regardant une nouvelle fois le vide qu'il y avait autour de moi, je pensais à tous mes amis qui étaient morts depuis long-temps et qui ne reviendront plus jamais me consoler de toutes mes peines et de cette nuit, tout particulièrement. Emporté par le désespoir, je voulus alors me jeter du haut de la falaise pour en finir avec cette vie qui n'en valait plus la peine; mais pensant à mon chien que j'avais laissé tout seul à la maison, j'abandonnai cette sombre idée et allai le rejoindre près du feu où celui-ci me montra tant d'affections. Nous étions bien tous les deux et m'en voulus terriblement d'être sorti de la maison ce soir là pour voir la tempête. La prochaine fois, je me disais, que je serai plus prudent afin que cela n'arrive plus.

Voilà, en voulant voir la tempête, notre vieux poète retrouvait le souvenir de sa jeunesse et en même temps faisait le triste constat de sa perte! Et nous pourrions aussi ajouter, pour notre plus grand bonheur, que notre vieux poète eut beaucoup de chance d'avoir quelqu'un qui l'attendait à la maison, en particulier, son chien, sinon on aurait rien su de son histoire. Voilà comment se font les histoires et arrivent jusqu'à nous par des chemins bien tortueux et disons-le clairement souvent par un heureux hasard. Car qui d'entre nous aurait eu l'idée de garder les écrits d'un vieux poète dans son placard durant 1500 ans? Reponse : personne. Et pourtant, ils sont arrivés jusqu'à nous dans un état de conservation qui nous permet aujourd'hui de les étudier. Moi, j'ap-pellerai ça la providence ou le destin, mais appelez-le comme vous voulez. Bien sûr, il y eut au-ssi dans leurs vies des mécènes et des protecteurs d'oeuvres d'arts, heureusement. Mais comment ont-ils fait ces écrits pour traverser les guerres, les révolutions, les famines et surtout le manque de papier pour allumer un feu de cheminée? Ceci reste pour moi un grand mystère que seul le hasard ou la providence peut expliquer. A ce propos, cela me fait tout particulièrement sourire, quand je pense à tous ces auteurs de livres à succès ou bestsellers qui se croient éternels parce qu'ils vendent! Comme on les voit souvent à la télé, cela me fait éclater de rire à chaque fois et, en particulier, quand ils prennent cet air solennel en cette occasion, Ah!Ah!Ah!

Je trouve qu'ils en font un peu trop pour être franc avec vous, car c'est déjà une chance formi-dable que d'avoir du succès auprès de ses contemporains. Mais demandez à la postérité que son oeuvre lui survive, c'est une aberration voir une totale absurdité! Moi même, Alfred Swan, rom-ancier de son état, j'ai connu ce genre de succès avec un de mes livres qui s'appelait "les îles gourmandes ". Je pourrai vous en parler longuement, mais sachant que je l'avais écrit suite à une invitation du prince de Monaco sur une de ses îles paradisiaques, situées dans les Caraïbes, je doute fort que ce livre reste dans la mémoire collective! Et que dire aussi des autres livres écrits dans le confort et dans le luxe sucré des plus grands hôtels de la planète? Entre nous, soyons franc, le destin d'une oeuvre est dû essentiellement au hasard. Car pour qu'elle vous survive, il faut qu'elle soit redécouverte comme un trésor par des hommes et des femmes qui ne sont plus de votre temps, mais appartiennent aux temps futurs. Vous dire alors un total mystère sur leurs goûts intellectuels, artistiques ou autres perversions etc, sans parler aussi des catastrophes qui pourraient arriver et faire brûler toutes les bibliothèques de la terre. Bref, je n' oserai pas lancer des plans sur la comète! Voilà ce que j'avais à dire sur cette folie des auteurs d'aujourd'hui qui, parce qu'ils vendent, croivent avoir du génie. Tout cela est totalement absurde!

Je viens de faire lire ce premier chapitre à ma femme et elle m'a dit qu'elle le trouvait trop lourd et trop complexe pour être lu par le commun des mortels! Bien évidemment, j'ai été très gêné par sa remarque et on a faillit se disputer. Mais je crois que c'est elle qui a raison, car les fem- mes savent si bien ce qui plait aux femmes en matière de lecture, n'est- ce pas? Et je pense que le prochain chapitre de mon livre sera plus léger, disons, comme une bulle de champagne! Oui, c'est cela que je lui est promis. Alors, elle m'a embrassé et m'a dit : Chéri, n'oublie pas que ce sont les femmes qui achètent tes livres! En me disant cela, elle m'a fait rougir, puis pour me venger, je l'ai prise par la taille et l'ai renversé sur le canapé.

-Oh chéri, arrête,  tu vois pas que tu me fais mal? me dit-elle trouvant mon geste trop brutal. Pourtant, je me sentais bien serré contre elle, contre son sein que je sentais palpiter sous mes doigts.

Mais vas-tu me lâcher, petit vicieux! me lança-t-elle à la figure.

-Mais chérie, tu ne veux pas?

-Non, je te dis, parce que je ne pense pas que se soit le bon moment. Et puis, tu as ton livre à écrire. Tu n'as même pas fini le premier chapitre que tu veux déjà goûter au gâteau. Allez, bas les pattes!

Alfred était vraiment gêné par la réaction de sa femme Clotilde et la rougeur sur son visage tra-hissait bien évidemment son embarras. Il regagna alors le siège de son bureau comme un petit enfant en faisant l'amère constat que sa femme avait le cœur sec d'une femme d'affaire où le tra-vail devait passer avant le sexe. Et qu'en se mariant avec elle, il savait très bien que sa vie ne ser-ait pas de tout repos. Mais il lui fallait une femme comme elle aussi dure en amour qu'en affa-ire, car elle seule savait l'attacher à sa table de travail afin qu'il écrive ses chefs-d'oeuvre où, il faut le dire, l'empreinte de celle-ci était comme imprimée à l'encre invisible. Alfred Swan, le cé-lèbre auteur de romans d'amour, écrivant seul ses romans? Une complète gageure! pensa-t-il dans son for intérieur. Mais tout de même humilié par sa femme, il prévoyait une petite venge-ance dans le prochain chapitre. Bien sûr, elle n'en saura rien sauf au moment de le lire!

Angleterre, Château de Watergrown, propriété de Lord Bretjones, le 30 juillet 1853

Après qu'elle eut embrassé son mari, puis souhaité un bon voyage( où celui-ci devait se rendre à Londres pour une affaire d'une extrême importance), Josépha remonta aussitôt dans ses apparte- ments et s'y enferma à double tour. Mais impressionnée par l'obscurité qui y régnait, elle partit instinctivement vers la fenêtre où le rideau n'avait pas été tiré. En ouvrant celui-ci énergiqueme- nt, elle vit apparaître les premières gouttes de pluie s'abattre contre la vitre, puis quelques insta- nts plus tard, un torrent de pluie inonder le perron du château que son mari venait tout juste de quitter. Ca, c'est pas de chance pour lui! dit elle à moitié navrée. Puis levant une dernière fois ses yeux vers cet horizon trempé, elle aperçut au loin le carrosse de son mari s'enfoncer dans la brume, puis disparaître tel un vaissau fantôme. Adieu, mon ami! dit-elle brutalement.

Quelques jours plus tôt, un coursier de sa gracieuse majesté s'etait présenté à la propriété du Lord où, frappant contre le carreau de la fenêtre qui donnait sur la salle du rez-de-chaussée, un domestique était venu aussitôt à sa rencontre.

-Oui, c'est pourquoi?

-J'ai une lettre pour sir amiral Bretjones!

-Très bien, donnez la moi, je vais lui porter.

-Désolé, mais je dois lui remettre en mains propres!

-Très bien, veuillez me suivre..

Les deux hommes traversèrent la grande salle du rez-de-chaussée qui donnait sur les jardins pri- vés de Madame et Monsieur Bretjones. Ce matin, Josépha avait décidé d'y prendre son petit déj- euner avec son mari, car hier son jardinier lui avait prédit pour aujourd'hui une journée ensolei- llée et ne s'était pas trompé. Arrivé de l'autre côté, le domestique pria le coursier d' attendre.

-Attendez-moi là, je vais prévenir Monsieur.

Quelques minutes plus tard, le domestique revint et lui dit : Monsieur vous attend. Suivez la petite allée qu'il y a devant vous, celle-ci vous y ménera.

-Merci, répondit le coursier.

L'allée qui menait aux jardins privés de Monsieur et de Madame Bretjones était particulière étr- oite et luxuriante où de hautes herbes la bordaient, comme si la maîtresse de maison eut souhai- té en faire un passage secret pour protéger son intimité. Mais le coursier, habitué aux caprices des aristocrates, l'emprunta sans se poser de questions et arriva très rapidement à l'autre bout où ces derniers l'attendaient sans montrer en apparence une quelconque émotion : Josépha était restée assise et Moriss s'était levé par simple convenance.

-Sir amiral Bretjones?

-Oui, c'est moi.

-J'ai une lettre pour vous de sa gracieuse majesté! Aussitôt, il l'a sortit d'un étui en cuir et lui re-mit en mains propres. Lord Bretjones, très surpris par cette lettre imprévue, venant de si haut, la saisie et la retourna aussitôt du côté où le sceau royal devait se trouver, afin de voir s'il n' avait pas été rompu( car la lettre serait alors considérée comme nulle). Mais voyant que tout était en ordre, il regarda le coursier dans les yeux et lui dit : Vous pouvez maintenant disposer!

-A vos ordres, sir Amiral! répondit-il en repartant immédiatement par le même chemin.

Assise de l'autre côté de la table, Josépha semblait très inquiète et regardait son mari avec gravi-té. Mais celui-ci étrangement s'écarta de la table et partit à quelques mètres la décacheter, ce qui fut considérée par Josépha comme du mépris à son égard et lâcha comme une plainte à peine dissimulée. Mais Moriss se retourna et lui dit: Chérie, je vous prie de m'excusez. Mais cette let-tre est hautement confidentielle et je ne peux malheureusement pas vous en parler! Josépha, ve- xée, se leva et sortit immédiatement du jardin.

Mon cher lecteur, je ne sais pas comment vous expliquer la chose, mais il me faut interrompre momentanément cette histoire. Car ma femme, me lisant par dessus mon épaule, m'a arraché la feuille des mains et s'est emportée contre moi. Voilà ce qu'elle m'a dit.

-Mais comment oses-tu traiter cette pauvre Madame Bretjones! Tu n'as pas honte, Alfred ?

-Mais chérie? lui répondis-je comme surpris par sa réaction.

-Ne joues pas l'hypocrite, veux-tu?

-Mais je ne vois pas ce que tu veux dire par là!

-Mon pauvre Alfred, je ne sais pas comment te le dire, mais je crois qu'il est temps pour toi d' arrêter ce petit jeu avec moi..

-Mais qu'est ce tu racontes là, mon petit sucre d'orge?

-S'il te plait, me m'appelle pas, mon petit sucre d'orge!

-Bien, bien, mais alors expliques-toi..

Si je te parles ainsi, c'est que je pensais jusque là que tu étais un homme différent des autres qui comprenait la douleur des femmes. Mais avec ce que tu viens d'écrire, je crois, mon pauvre ami, que tu es un homme comme tous les autres, c'est à dire lâche et pervers! Mais pourquoi prenez-vous un plaisir fou à faire souffrir les femmes? lui dit-elle brutalement.

-Mais chérie, je n'y peux rien, c'est l'histoire qui le veut! Et je dirai même que c'est la vie tout cours qui l'exige en ayant l'intime conviction qu'une femme digne de ce nom doit souffrir pour se sentir exister, non? je lui répondis un peu à l'emporte pièce.

-Hum, hum, c'est bien ce que je pensais, vous n'êtes qu'un mufle!

-Ah!Ah!Ah! Mais chérie, ce n'est qu'un roman! Et je n'arrive pas à comprends pourquoi tu t' em- portes comme ça, alors que tu ne connais pas la suite de l'histoire.

-Oui, ça c'est vrai..lâcha Clotilde comme apaisée.

-Peut-être que pour se venger, je lui ferai assassiner son mari par un de ses amants, hum?

-Alors là, Alfred, tu exagères!

-Ah oui? répondit-il en la regardant avec des yeux étonnés.

-Mais bien sûr que oui. Car qui pourrait croire à de telles sornnettes qu'on assassine son pauvre mari parce qu'il à été impoli avec nous. Mais c'est absurde, aucune de tes lectrices le croirait et je connais trop les femmes pour savoir ce qu'elles pensent des hommes, mon ami.

-Pourtant, c'est déjà arrivé dans la réalité! lança Alfred dont l'instinct du romancier refaisait sur-face.

-Oui, je sais, mais ce sont des cas particuliers qui ne représentent en aucun cas la majorité des femmes qui, ne l'oubliez pas, forme la plupart de vos lectrices : lectrices qui, soit dit en passant, ne feraient jamais de mal à leur petit mari pour des futilités de ce genre, en conclua-t-elle sûre de son instinct de femme d'affaire.

-Certes, certes, répondit Alfred quelque peu embarrassé, mais si je vous disais maintenant que la reine d'Angleterre était l'amante de Lord Bretjones, me croiriez-vous?

-Ah!Ah!Ah! mon ami, mais vous divaguer complètement en ce moment. Mon dieu, mais ce n'est pas du tout réaliste ce que vous dites là!

-Et cette lettre alors qu'il a reçu de sa gracieuse majesté, hum?

Après avoir dit cela, un long silence apparut entre elle et lui( car cette lettre pouvait bien conte- nir la preuve de ce qu'il affirmait, bref, que la reine d'Angleterre soit bel et bien l'amante de Lord Bretjones!). Bien qu'il fut ébranlé pendant un cours instant par le réalisme de sa femme, Alfred reprit très rapidement son assurance et la regardait maintenant avec un petit sourire en coin.

-Mais tu veux parler de Victoria, Reine d'Angleterre et Impératrice des Indes? Mais c'est impo- ssible, mon pauvre Alfred.  

-Comment impossible? dit-il médusé.

-Je vais te le prouver maintenant, mon pauvre ami.

-Ah oui, j'voudrais bien voir ça..lâcha-t-il interloqué.

Aussitôt Clotilde se leva sur la pointe des pieds et prit sur l'étagère, qui se trouvait au dessus du bureau de son mari, un gros livre d'Histoire, puis se mit à le feuilleter en cherchant quelque chose. V..Versingex, non, c'est pas ça. Victor..ça non plus, Victoria, ça y'est, j'y suis! Hum..Vic-toria, reine de Grande Bretagne et d'Irlande, née en 1819 au Palais de Kensington à Londres. Son couronnement eut lieu en 1838 et son mariage en 1840 avec le prince Albert de Saxe-Co-bourg-gotha. La reine Victoria lui donnera 9 enfants. Voilà c'est ce que je cherchais. Hum, si je sais bien compter, la reine avait 34 ans en 1853 et avait déjà, voyons, voyons, regardons dans le dico, ah 8 enfants! Mon cher Alfred, je crois que vous vous trompez complètement sur les mo-eurs de cette femme qui était une sainte pour son mari, le prince Albert de Saxe. Conclusion : Monsieur de Bretjones ne pouvait en aucun cas être l'amant de la reine Victoria! Alfred, qui s' était presque recroquevillé sur son siège pendant la leçon d'Histoire que lui avait donné sa fem- me, avait senti une nouvelle fois son emprise sur ses romans où il n'était en fin de compte que le jouet. Pendant un instant, il pensait que les femmes étaient toutes des monstres. Mais ne voulant pas se fâcher avec elle, il reprit aussitôt le jeu avec elle puisque, semble-t-il, il n'était que son jouet, sa babiole, pensa-t-il profondément humilié.

-Mais qui te dit, ma très chère Clotilde, que tous les enfants de la reine Victoria étaient réelle-ment de son mari, le prince de Saxe?

-Alors là, Alfred, tu dépasses les bornes! Veux-tu vraiment provoquer un incident diplomatique avec la couronne Britannique, hein, c'est que tu cherches en écrivant cela? Pense un peu au sca- ndale que cela provoquerait auprès de nos lectrices Anglaises qui, par dessus tout, aiment tant la monarchie dont la succès story ne peut pas être remise en question. Tu me déçois, Alfred, ah oui vraiment!

Cette fois-ci, complètement désabusé par sa femme, il se tut.

-Allez, dis-moi ce qu'il y a dans cette lettre? demanda-t-elle brutalement.

-Mais moi, j'en sais rien!

-Comment tu n'en sais rien?

-Non, j'en sais rien de rien. Et puis désolé de te le dire, mais je crois que tu m'as coupé la chi- que, ma p'tite Clotilde.

-Comment je t'ai coupé la chique?

-Oui, oui, coupé, comme dirait mon grand père.

-Mais j'vois pas ce que ton grand père à avoir avec ça?

-Tout ça pour te dire que si t'as envie d'écrire le roman à ma lace, dit le moi clairement.

-Mais non, mon ami, c'est vous le romancier et moi je ne fais que vous aider afin que nos lect- rices puissent vous comprendre. Car sans cela, elles ne vous suivraient pas là où vous voulez les emmener. N'oubliez pas, mon ami, que la grande préoccupation des femmes reste l'Amour avec un grand A. Et qu'un roman sans histoire d'amour serait voué à l'échec commercial!

-Merci de me le rappeler! lâcha Alfred qui était une fois de plus désabusé par les propos de son épouse-femme-d'affaire.

-Mais rassures-toi, mon chéri, je ne veux en aucune façon prendre ta place et pour la seule rais- on que les hommes ont je crois beaucoup plus de talents que les femmes pour écrire des romans d'amour.

-Ah oui, tu crois? répondit-il quelque peu étonné.

-Oh oui, ça c'est certain, car les hommes en matière d'amour ont quant même le beau rôle, al- ors que les femmes restent passives malgré elles.

-Tu veux dire quoi par passives?

-Je voulais dire qu'elles sont constamment en attente du bonheur et donc phantasment beauco-up plus qu'elles n'agissent. Pour résumer ma pensée, je dirai que les romans d'amour écrits par les femmes manque de virilité, si tu me permets cette expression,

-Tu dis ça parce que tu es une femme!

-Non, non, pas du tout. Mais parce que je trouve qu'un roman écrit par une femme ne m'appren-ds rien sur moi même où il me semble bien que tout ce qu'elle raconte, je le sais déjà. Alors que de lire un roman d'amour écrit par un homme, ça, ça m'excite vraiment!

-Ah vous les femmes, vous êtes toutes les mêmes! lâcha Alfred en regardant son épouse qui se croisait les jambes sur le sofa.

Silence

-Mon ami, je vois que nous parlons depuis tout à l'heure. Mais que comptez-vous faire au juste avec ce cher lord Bretjones? lui demanda-t-elle brutalement.

-Moi?

-Oui, toi.

-J'en sais rien.

-Mais pourquoi ne l'enverrais-tu pas à la guerre?

-A la guerre? Mais quelle guerre?

-J'sais pas, mais pourquoi ne pas regarder dans le livre d'Histoire pour le savoir, hum?

-Hé ben, ma petite Clotilde, tu n'y vas pas avec le dos de la cuillère!

-Allez, laisse-moi faire! dit-elle en s'emparant du gros livre qu'elle ouvrit sur ses genoux.

Hum, hum, 1853, Histoire de la couronne Britannique, début de la guerre de Crimée. Hé ben, je sais maintenant où envoyer ton cher amiral Bretjones!

Alfred, quelque peu embarrassé par les initiatives de son épouse en matière de roman, se mit à regarder au plafond.

-Oh, tu m'écoutes, chéri?

-Oui, oui, je t'écoute!

-Écoute un peu, la guerre de Crimée commença par une simple querelle de moines à Béthléeme entre chrétiens latins et chrétiens orthodoxes. Ce conflit, selon les dires des observateurs de l'ép- oque, aurait dû être résolu très rapidement. Mais comme la Russie impériale avait des vues d'expansion du côté de la Méditerranée, elle profita de cet incident pour exiger du sultan Abdul Medjid des garanties pour assurer la protection des chrétiens orthodoxes qui vivaient sur son te-rritoire. Mais le sultan refusa et les troupes du tsar aussitôt envahirent les principautés moldo-valaques( Moldavie et Valachie). Ce qui fut considéré par les Ottomans comme une déclaration de guerre et nous étions alors en juillet 1853.

-Bravo, chérie, bravo! lança tout à coup Alfred en applaudissant.

Clotilde, gênée, reposa le livre sur le canapé et essayait de savoir pourquoi Alfred l'applaudiss- ait.

-Mais qu'est-ce qui te prends, chéri?

-Moi, rien, je voulais seulement applaudir ton sens inné de l'Histoire et plus particulièrement ton irréalisme.

-Mon irréalisme?

-Oui, celui de croire que je pourrai, en tant que romancier, suivre pas à pas l'Histoire pour raco-nter une histoire d'amour qui a eu réellement lieu. Alors là, ma chère Clotilde, je crois que vous perdez la tête!

-Ah oui, vous le croyez vraiment?

-Oh oui et pour la simple raison qu'un romancier se sert de l'Histoire comme un pretexte où un cadre où ses personnages seront mis en scène par lui même. Je suis désolé, ma p'tite Clotilde, mais je ne suis pas un historien et ne veut en aucune façon le devenir. Alain Decault, c'est pas mon trip, voilà tout! dit-il brutalement.

Mais qu'est ce que vous dites là, mon ami? Je ne vous demande en aucune façon de devenir Al-ain Decault, mais uniquement de vous en inspirer. Car j'ai lu avant-hier dans la revue spécialis-ée " Éditeurs, chiffres à l'appui " que la tendance actuelle du roman était à l'épopée historique où se mêlait tragiquement l'amour, le sang et la gloire. Et montrait, chiffres à l'appui, que les le-ctrices en étaient très friands pour des raisons qu'on ne pouvait malheureusement pas encore ex-pliquer. Mais les spécialistes de la littérature et les sociologues avaient avancé que les femmes, devenant de plus en plus libres, souhaitassent goûter elles aussi au pouvoir et surtout le prendre aux hommes! C'est ce qu'ils avaient dit en toute objectivité.

-Quoi qu'est ce tu racontes là? Les femmes veulent prendre le pouvoir maintenant?

-Oui, je suis désolé de te le dire, mon pauvre Alfred, mais c'est la tendance actuelle et les chiff- res sont là pour le confirmer. Je te dirai même qu'elles veulent le prendre pas uniquement dans le Roman, mais aussi dans la réalité.

-Alors là, on aura tout entendu! s'écria-t-il quelque peu sonné par les propos de sa femme.

Silence 

Ne sachant plus quoi lui répondre, malgré que sa fierté d'homme fut bien écornée, il savait très bien qu'elle avait entièrement raison sur la nouvelle condition des femmes. Et était conscient, en tant que romancier de ces dames, qu'un jour les femmes prendraient le pouvoir aux hommes. Tout d'abord par le Roman où elles se mettraient en scène déguisées en commandantes ou en générales, puis par les urnes et si les urnes ne marchaient pas, elles le prendraient tout simplem-ent par la force. Bref, quand la guerre des sexes aura lieu où la population des femmes aura dép-assé celle des hommes. Alfred savait déjà tout ça et il ne pouvait pas s'en prendre à Clotilde qui lui avait dit de la manière la plus simple du monde. Elle, elle sait ce que veulent les lectrices en matière de fantasmes et, en tant que romancier de ces dames, je ne peux malheureusement pas m'y opposer, pensa-t-il en la regardant d'une manière terrorisée.

-Alors qu'est-ce que tu décides ? lui demanda-t-elle d'une voix tranchée.

-Bon, ben, si c'est la tendance, je suis bien obligé de te suivre, non?

-Mais je crois que vous n'avez pas trop le choix, mon ami! dit-elle comme un couperet.

Clotilde se leva et sortit du bureau d'Alfred.

L'air pensif, il se demandait s'il devait continuer son travail ou bien sortir dehors pour se chang- er les idées. Mais le seul fait de devoir croiser sa femme dans le salon, cela le découragea et res-ta comme ça insensible devant sa feuille blanche où son écriture fine et délicate avait noirci à moitié le papier. Et la suite, bon dieu? semblait lui demander la feuille. Alfred entendait très bi-en cet appel, mais les nouvelles exigences de sa femme en matière de roman l'avait comme téta-nise. Il réfléchit un instant et se dit : De toute façon, c'est moi qui écrit le roman et pas elle. Mais c'est fou, comme les femmes elles sont en voulant être à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du Roman, ce qui n'est pas possible! Car le créateur a nullement besoin de témoins pour créer son oeuvre. Mais je crois bien que ce sont tous ces médias avec leurs caméras et appareils pho-tos qui lui sont montés à la tête pour penser ainsi. Et tous les créateurs vous le diront mieux que moi, si l'on pouvait filmer ou raconter la vraie vie, ce serait quelque chose de formidable, mais malheureusement nous ne sommes pas tous des génies! En sachant bien que les génies étaient en fait des gens comme tout le monde, mais qui se permettaient des libertés hors du commun afin de dire à tous les Hommes la triste vérité. Mais lui, en tant que romancier de ces dames, il s'y re-fusait entièrement à la dire afin de ne pas choquer son public, qu'il gérait comme un magasin de sucreries et d'épices orientales où se trouvait forcément une caisse enregistreuse à la sortie!

Retour aux jardins privés des Bretjones où Moriss se retrouvait maintenant seul suite à son atti-tude impardonnable qui avait humillié sa femme qu'on pouvait désormais comprendre entièrem-ent.

Bien évidemment qu'il s'en voulait d'avoir été brutal avec elle. Mais bon dieu, comprendra-t-elle un jour que je suis aussi l'amiral Bretjones qui est au service de sa royale majesté, la reine Vict-oria? s'emportait-il contre lui même. Mais pourquoi ne veut elle pas comprendre que ma vie ne lui appartient pas uniquement, mais aussi à mon pays pour lequel je suis prêt à mourir s'il me le demandait! réitéra-t-il d'une façon poignante. Pendant un instant, il avait le sentiment d'être éc-artelé entre ces deux femmes aux visages sévères qui s'appelaient Josépha et Victoria où chac-une semblait lui demander de mourir pour elle et Lord Bretjones souffrait, bien évidemment, de ne pouvoir satisfaire ce désir complètement fou! Mais du fait de son éducation rigide, faite à l' anglaise, il avait déjà fait son choix depuis tout jeune. Et s'il devait mourir un jour, ce serait en premier pour la couronne Britannique, puis en second pour sa future épouse! s'avoua-t-il en lançant une sorte de God Save the Queen silencieux. Après avoir décacheté la lettre, puis déplié l'unique feuille qu'elle contenait, le visage de l'amiral prit tout à coup un air grave et solennel. Conscient de son rang social et militaire plus rien ne semblait lui faire peur et lut posément cette lettre qui ressemblait en tout point à un ordre de mission. Voici le contenu de la lettre.  

Palais de Buckingham, le 15 Juillet 1853

Cher Amiral Bretjones, si je vous écris personnellement depuis mon palais de Buckingham, cr- oyez-bien que ce n'est pas encore une de mes fantaisies, mais pour vous annoncer une très mau-vaise nouvelle concernant l'avenir de l'Europe. Voilà, l'Empire Ottoman vient de déclarer la gu-erre à la Russie suite à la fin de l'ultimatum envoyé au général Gortschakoff. Et comme vous le savez, très certainement, nous sommes obligés d'entrer dans ce conflit afin d'éviter le démantèle-ment de la région où les intérêts la couronne Britannique sont étroitement liés à ceux des Otto-mans. Je vous demanderai donc de revenir ici à Londres au plus vite afin de rejoindre votre état major et nous trouver la meilleur solution, en termes de delai et de coût, pour nous faire gagner cette guerre. Important à signaler, n'essayez pas de joindre le vice amiral Makensy qui à l'heure actuelle est en mer et se dirige vers le Bosphore afin d'évaluer nos besoins en termes de vaiss-eaux et de troupes. "

En lisant ces toutes premières lignes, l'amiral fut en vérité à moitié surpris, sachant qu'il avait déjà entendu pas mal de bruits courir sur ce possible ce conflit dans les couloirs du ministère de la défense où bien évidemment tout le monde avait spéculé. Maintenant, on y était en plein ded-ans! constata-t-il comme soulagé de n'être plus dans le doute. Puis de toute façon, la Russie ne peut pas gagner cette guerre. Car si elle la gagne, ce serait la perte de tous nos intérêts économi-ques et politiques dans la région, ce qui serait inadmissible pour la couronne britannique! en conclua t-il d'un air martial.

Suite de la lettre

Mon cher amiral, voyez-vous, depuis que j'entretiens avec vous cette liaison épistolère qui est pour moi d'un grand soutient, je ne serais certainement pas là où je suis. C'est à dire assise sur mon trône à veiller sur l'avenir de l'Empire Brtiannique et sur ses 800 cents millions de sujets par le monde. Car sans vos conseils en matière de stratégie politique, je serais bien impuissante à gouverner avec raison dans ce monde peuplés d'insensés, n'est-ce pas? Et pour votre totale lo-yauté envers votre reine, mon cher amiral Bretjones, je voudrais vous en remecier du fond du coeur, car les mots me semblent bien dérisoires pour exprimer ce que je ressens en ce moment! A ce propos, peu de gens savent que mon destin est entre vos mains; ma famille l'ignore et pers-iste à croire qu'elle m'a tout donné, mais elle se trompe!"

Lord Bretjones s'arrêta tout à coup sur cette dernière phrase, puis lissa sa fine moustache com- me en signe de fierté. Car il connaissait tout sur cette femme dont le plus gros défaut était sa na-ture phantasque qui l'empêchait à proprement parler de gouverner avec justice et sévérité. Appa-remment ses leçons lui avait servit! saisissait-il par la simple lecture de cette lettre où son élève la reine Victoria montrait enfin de la maturité où analyse politique et décision était en parfaite adéquation. Je suis fière d'elle! pensa-t-il en reprenant le cours de la lecture.

C'est fou comme je me surprends à vous faire des confidences, mon ami, vous qui m'avez app- ris à ne montrer aucune faiblesse à mes ennemis! Je dois très certainement vous décevoir en ce moment, non? Un petit sourire gaga aussitôt le visage de l'amiral qui comprenait par ces mots que son petit bébé politique avait lui aussi du coeur. Ce qui était assez rare de trouver parmi to-us ces gens qui occupaient le pouvoir qui, il faut le dire, préféraient plutôt s'envoyer des bou-lets de canons que des billets doux. Mais non, mais non, ma petite, tu n'es pas ridicule, tu es tout simplement délicieuse! dit-il du bout des lèvres. La suite de la lettre concernait les rumeurs sur la soi-disant sécheresse de coeur de sa femme. Mais l'amiral, emporté par cet ordre de mission, passa outre, comme on passe sur une chose tout à fait anecdotique et sans importance. Propos de femmes! pensa-t-il avec ironie.

Au début de son règne et dans la même année, la malheureuse fut frappée par deux attentats co- ntre sa personne où miraculeusement elle s'en sortit à chaque fois! Pour la prévenir, je lui avais dit, si elle voulait vivre longtemps, qu'elle devait absolument changer la sentence à l'égard de ces fous qui perpétraient ces attentats contre elle. Car ces derniers, déclarés comme fous, échappaie-nt souvent à la justice et étaient remis en liberté quelques semaines plus tard. Je l'optemperais alors à durcir la sentence pour celui ou celle qui voudrait intenter à la vie de la reine où 20 ans de prison suffiraient à convaincre les plus récalcitrants! lui avais-je conseillé. Quelques temps plus tard, elle fit voter la loi au parlement et à partir de ce jour, elle n'eut plus aucun problème avec les attentats. Par la suite, elle m'en remercia et je devins tout naturellement son conseiller personnel. Je ne vous cacherai pas qu'à la chambre des Lords, on m'envie beaucoup d'être le con-seiller personnel de la reine. Mais dire qu' on me jalouse serait exagéré, car mes chers Lords on d'autres chats à fouetter aussi bien dans le domaine politique que domestique, Ah!Ah!Ah! En fait, ils ont tellement de biens et de propriétés ici en Angleterre qu'ils passent le plus gros de leur temps à faire fructifier leurs affaires. Personnellement, j'ai toujours pensé que mélanger les aff-aires personnelles et celles de son pays était une très mauvaise chose en considérant que la polit-ique ne devait pas servir les intérêts personnels de ceux qui la faisaient, mais servir à l'enrichi-ssement du pays. Car à long terme, ce système ne pouvait qu'imploser vu que la population de jour en jour s'instruisait et donc prenait conscience de ses droits naturels!

Laissez les gens dans la misère, ce n'était pas une bonne chose, non plus, même si certains y tro-uvaient des intérêts, comme d'avoir une main d'oeuvre à bon marché pouvant servir aussi bien à cultiver les terres qu'à lever une armée sans y laisser sa fortune. Je suis parfaitement conscient que tout cela comporte beaucoup d'avantages pour notre pays. Mais en tant que royaliste, je n'ai pas le droit de m'y opposer sauf quand l'injustice sert la politique, ce dont j'ai toujours été un fervent opposant. En fait, peu de gens connaissent mes pensées sur ce sujet brûlant. La raison est simple, c'est que je ne veux froisser personne, ni mes amis ni ma famille qui m'ont tout donné. Suis-je un hypocrite pour autant? Non, certainement pas. Et puis, je vous avouerai sincèrement que ce n'est pas à moi de changer ce monde où il y a tant de malheureux. Je suis désolé de vous le dire, mais moi dans ce monde, j'y suis parfaitement heureux et comblé par mes pairs. Alors pourquoi irai-je contre mon bonheur, mes amis? Ce serait insensé, n'est-ce pas? C'est à ceux qui n'ont rien de se battre. Je sais que c'est dur de l'entendre, mais je pense qu'il faudra très certaine-ment plusieurs générations d'hommes et de femmes pour changer les choses, afin que ce monde devienne plus juste. Tenez, à ce propos, Napoleon, qui avait essayé de changer le monde en voul-ant abattre toutes les monarchies de la terre, en a refroidit plus d'un lorsqu'il s'est couronné em-pereur lui même, Ah!Ah!Ah! Oh mon dieu, la nature humaine, quel despote! Personnellement, j'ai toujours du fond du coeur pensé que l'aristocratie existera toujours, car c'est la manière la plus simple d'organiser le pouvoir. C'est à dire un pouvoir copié directement sur la nature où c' est souvent le plus fort ou le plus riche qui commande les autres et organise la société autour de lui grâce à ses fidèles compagnons de combats.

L'ordre, ce sont les gens qui le veulent et ce n'est pas moi qui l'exige! En parlant de cet ordre un-iversel voulut par le peuple afin que celui-ci prospère, j'en viens à me demander si le tsar de Ru-ssie n'était pas devenu fou en voulant s'emparer des principautés Moldo-Valaques? Son empire est déjà immense et très riche. Alors pourquoi cette idée farfelue d'expansion vers la Méditérra-née : un caprice, une guerre pour s'amuser? Le tsar s'ennuierait-il dans son palais à Saint-Peters-bourg? Si c'est le cas, je ne pense pas qu'il gagnera cette guerre, c'est mon intime conviction. Car de mémoire militaire, on a jamais gagné une guerre pour des futilités comme celles là où le tsar de Russie semble avoir perdu complètement la boule! Je suppose qu'en ce moment, à Lon-dres, on doit être forcément de mon avis. Mais comme pour l'instant, nous avons pas gagné cette guerre, il nous faut rester vigilant. Cette analyse me semble bonne et je l'exposerai à notre état major d'ici 3 ou 4 jours! finit par dire l'amiral en repliant la lettre et en quittant le jardin avec plein d'élan martial.

Alfred Swan, proche de la crampe littéraire, lâcha son stylo et ferma les yeux quelques instants, puis les rouvrit pour relire ce dernier passage où, semble-t-il, son esprit de romancier s'était réconcilié avec lui même. Oh merde, je l'a tiens enfin mon histoire! sécria-t-il d'une manière eu-phorique et Clotilde va sûrement être très contente de le savoir. Flute, son idée d'envoyer Bret-jones à la guerre, ah sincèrement, je n'y aurai pas pensé. Mais c'est là je crois le point fort des femmes dans le roman où celles-ci ne semblent avoir aucun scrupule à jouer avec la vie des hommes dont le courage doit servir à magnifier la grande histoire d'amour dont chacune rêve de vivre intensément. C'est ce qui sépare l'homme et la femme, me semble-t-il. Car la femme dans la vie est terriblement romantique, alors que l'homme est un parfait goujat prêt à tout pour sau-ver sa peau. C'est dire un véritable continent qui sépare nos deux protagonistes, n'est-ce pas? Et puis zut, si elles croient que l'homme est prêt a se sacrifier pour elles, elles peuvent toujours rê-ver! pensa Alfred comme soulagé de ranger son manuscrit dans le tiroir, qu'il ferma aussitôt à clef, puis sortit de son bureau pour entrer dans le salon.

-Clotilde, Clotilde, tu es là? Aucune réponse. Mais où est elle donc passée?

Alfred s'engoufra ensuite dans la cuisine et vit, posé sur la table, un postit de couleur jaune. Il le prit et le lut. Voilà ce qui était écrit dessus. Mon Chéri, ne t'inquiète pas, je suis partie faire des courses au centre ville. Je reviendrai dans 1 heure ou 2. Médusé, il regarda la pendule qui mar- quait 15H30.

Alors celle là, elle s'en fait pas. Pendant que moi je travaille, Madame va faire du shopping! Ah, les femmes toujours prêtent à trouver un prétexte pour sortir en ville et se montrer dans leurs plus beaux habits, Aah! soupira t-il en collant le postit sur la porte du frigo. Puis l'ouvrant d'un geste rapide, il vit bien effectivement que celui-ci était plein! Ah, j'en étais sûr, mais bon. dit-il comme désabusé. Alfred, dont la littérature avait donné comme de l'appétit, plongea sa main à l'intérieur et sortit une assiette de foie gras qu'il posa sur la table ainsi qu'un couteau du tiroir, puis s'installa devant son bloc de foie gras, les yeux et la bouche grands ouverts prêt à tout av-aler. Oh zut, le pain, j'allais oublier! Il se leva et alla vers la corbeille à pain où il plongea sa ma-in. Mais constata avec surprise qu'elle était vide! Bon, je crois que je vais devoir utiliser les moyens du bord pour goûter à ce fois gras, hum? dit-il en allant vers le placard pour y sortir un vieux pain de mie dont la date de péremption était bien évidemment dépassée. A la guerre com-me à la guerre! lança-t-il en ouvrant le paquet où une odeur de pain industriel lui fit faire une grimace. Hou, c'est horrible, mais j'espère bien que le foie gras fera passer l'ensemble. Alfred étala alors une tranche de foie gras sur son vieux pain de mie et vit bien effectivement que l' ensemble était agréable au palais. 

Mon dieu, ça ressemble étonnament à un repas de campagne prit au bord d'un champ de batai-lle, Ah!Ah!Ah, dit-il en lâchant un éclat de rire. Puis reprenant son souffle, il se leva et partit se servir un verre d'eau au robinet pour faire passer le tout. Houuu..ça fait du bien par où ça passe! Mais sincèrement, je n'aurai pas osé ouvrir un vieux bordeaux pour accompagner cette chose. Mais c'est dingue, il suffit qu'il manque un ingredient pour que tout rate, comme un diner sans amis ou un roman écrit sans passion ou bien comme sa femme qui aurait oublié d'acheter du pain pour la maison, hum? se surprit-il à se demander comme faisant une crise à sa femme. Puis réfléchissant un instant sur cette situation qui lui paraissait complètement ridicule, il s'écria dans la cuisine : Comment moi, Alfred, dandy et romancier de son état, j'en voudrai à ma femme pour un morceau de pain? Mon dieu, Alfred, ressaisis-toi, ce rôle de bof ne te va vraiment pas du tout, mais vraiment pas du tout! finit-il par se dire en débarrassant la table et en la nettoyant avec méticulosité jusque la dernière miette. Puis voulant un peu se dégourdir les jambes, il so-rtit sur la terrasse où la vue était superbe. Respirant profondément l'air saturé de parfums ex-otiques, il se disait : Mon dieu, pour tout l'or du monde, je ne changerai ma place contre une au-tre. Car c'est bien ici que je me sens le plus heureux et nulle part ailleurs. Et les hommes pou-rraient bien me torturer, me faire de vilaines choses, moi, j'aurai toujours dans ce monde un en-droit où me cacher pour pleurer dans ma solitude. Alfred, ému jusqu'aux larmes et embrassant à nouveau l'horizon, vit bel et bien que le paradis existait sur la terre : un paradis où se reflétait dans le bleu de la mer des astres d'or et d'argent!

Mais en ce moment une seule tache assombrissait ce tableau idyllique, c'était la figure de son fils Aurélien : un enfant illégitime qu'il avait eu avec une célèbre cantatrice de l'opéra Garnier, Mademoiselle Joséphine. Alfred à l'époque en était très amoureux au point de passer toutes ses nuits enfermé avec elle à l'opéra. Où comme deux amants éperdus, ils firent l'amour sur la sc-ène en rêvant, bizzarement, que cette union donnerait naissance au plus grand ténor que la terre n'eut connu afin d'enflammer les scènes du monde entier! Rêve d'artiste, bien évidemment! Mais le résultat fut moins glorieux que cela, car cet enfant malheureusement n'hérita aucun dons de sa mère, mais uniquement les défauts de son père, qui était alors un coureur de jupons et aimant la vie facile. Alfred, connaissant parfaitement ses défauts de jeunesse, était en ce moment très soucieux sur l'avenir de son fils. Car la semaine dernière, celui-ci était venu le voir à la maison, non pour lui demander de ses nouvelles, mais uniquement pour lui demander de l'argent afin qu'il paye ses dettes de jeu. Vous dire le désarroi d'Alfred et de Clotilde!

Malgré cela, il restait compatissant avec lui, avec ce fils qui lui ressemblait tant par ses frasques que par ses defauts qui avaient fait le charme de sa jeunesse, mais aussi, le drame pour sa fami- lle qu'il avait dû quitter très jeune pour pouvoir assumer sa nature de jouisseur et d'excentrique. Mais la chance qui l'avait eu, dès sa toute premiere experience de jeu, fut de gagner une grosse somme d'argent au casino de Monte-Carlo, envviron 800 000 frs. Ce qui lui avait évité la galère indescriptible du joueur de casino qui était prêt a se prostituer ou bien à vendre ses enfants pour pouvoir se refaire, tel était le vice immoral de cet être voué au malheur s'il ne faisait pas un gros gain avant sa vieillesse. Souvent, il y pensait au point d'avoir des sueurs froides durant certaines nuits où revisitant ces instants de très haute intensité, la gorge serrée, il attendait que le jack pot lui tombe dessus comme un signe du destin!

Pour lui, ce rêve était devenu réalité. Mais dans le cas contraire, j'aurais très certainement fini dans la Seine ou bien SDF et Clotilde je ne l'aurais jamais rencontré, ce qui aurait été pour moi le véritable drame de ma vie! pensait-il d'une manière lucide. Après ces quelques frayeurs et co-nsulté sa banque par Internet où son compre était bien garni, une sorte de rictus anima son visa-ge comme le symbole de sa réussite, non lié au mérite, mais seulement au hasard! Cette chose, qui normalement aurait effrayé plus d'un travailleur honnête, celle-ci au contraire le ranimait d' une joie indéfinissable au point de se croire l'égal d'un demi-dieu, bref, en nageant au dessus de la mêlée où les hommes vaincus se battaient pour un trognon de pain! Jouant désormais sur du velour, il avait appris à jouer intelligemment, c'est à dire avec les hommes et les femmes, bref, avec le réel. Avec le sentiment très fort que la chance l'avait propulsé dans un monde qui n'était pas le sien, mais qui acceptait sa presence grâce au "bling-bling" que faisait l'argent. Mon dieu, comme il était facile de feindre quand vous arriviez à montrer sur votre visage ce côté lustré de la réussite où les autres ne vous voyaient plus comme un concurrent, mais comme un animal de la même espèce que la leur. Où l'on formait une sorte de clan pour la soirée où le mépris des autres, pour ceux qui n'avaient pas réussi, était une manière de se croire exceptionnel, comme dans ces publicités de bonbons Suisse où seuls les enfants excptionnels y avaient droit, bref, aux Wertier's original. Cet enfant Suisse, que l'on portait en chacun de nous, était un monstre conçu par nos parents boursouflés par l'ambition. Eux, au moins, les parents savaient très bien que leur progéniture n'était pas géniale, mais feraient tout pour rabaisser celle des autres pour que l'on n'aperçoive que la leur! Il faut dire que cette stratégie était en place chez les familles fortunées depuis des générations et qu'elle ne changerait pas d'ci tôt vu qu'elles possédaient 90% de la ri-chesse mondiale. Bref, pourquoi vouloir changer une équipe qui gagne, mon cher lecteur?

Cet enfant Suisse avec les années prenait du poids et ne trouvait plus alors sur son passage que des loques humaines qu'il suffisait de frôler pour les voir tomber à ses genoux! C'est fou, com- me la machine était efficace! pensaient-ils avec un grand réalisme. Bref, c'était la chronique d' une victoire annoncée et non la chronique d'une mort annoncée superbement écrite par Gabriel Garcia Marquez. Nous étions véritablement dans un système où le jeu était pipé d'avance et cela l'inquiètait d'autant plus que son fils Aurélien ne semblait pas avoir de chance au jeu! remarqu-ait comme épouvanté par un destin qui se dessinait en tragédie. Soyons franc, je ne pourrai l'ai-der que pendant un certain temps et après ce sera sûrement la rupture entre nous et c'est ce que j'appréhende le plus, préssentait-il sans se faire d'illusions à moins qu'il ne change? Mais il n'y croyait guère. Visiblement, les temps avaient bien changé où autrefois on voulait le bonheur des gens, mais aujourd'hui on était prêt à les mettre sur la paille pour s'enrichir personnellement. Moi, la chance que j'ai eu, c'était d'appartenir à une génération d'hommes encore sain d'esprit qui savait s'arrêter quand la vie d'un homme se trouvait en jeu. Mais aujourd'hui tout le monde  s'en fou royalement et l'egoïsme monstrueux à gagner tous les esprits et gâte le moment présent telle une verrue sur le nez. Alfred en avait les larmes aux yeux de ne pouvoir trouver une solution pour son fils Aurelien. Il faudrait un jour que je lui dise d'arrêter de jouer. Mais suis-je credible dans ce rôle : lui qui sait tout de ma vie et de mes frasques? Non, non, je demanderai plutôt à Clotilde de lui en parler, car elle seule connaît le prix de l'argent. Ne sommes-nous pas a nous deux une entreprise? Mais pourra-t-il le comprendre, lui qui vivait pour l'instant dans l'insouc-iance de sa jeun-esse?

Pour Alfred, nul doute que sa femme lui avait sauvé la vie. Et sans cette rencontre, liée au pur hasard ou à la bonne fortune( qu'il considérait comme la plus importante de sa vie), il aurait sû-rement tout reperdu au jeu, ce qui l'aurait entraîné vers sa perte. L'amour lui avait donc sauvé la vie sans aucun doute et il l'assumait entièrement auprès de son épouse, tel un homme qui ne savait pas comment remercié son sauveur. Clotilde savait qu'elle le tenait entre ses griffes, mais n'en abusait pas trop, parce qu'elle tenait beaucoup a lui. Alfred, sauvé des eaux, au point de la laisser diriger le menage? Oui, on pouvait bien le croire et malgré cette grande hypocrisie qui avait accompagné sa vie de jeune homme, mais qui avait éclaté à son contact telle une bulle de savon. L'instinct de sa femme ne s'était pas trompé et, pour ne pas le perdre, elle lui avait propo-sé un étrange marché où ses dons( sa folle imagination) serait mis en collaboration avec son es-prit d'entreprise. Doué du sens de la repartie et de la mise en scène, il écrirait des romans d'am-our destinés exclusivement aux femmes où elle serait le chef d'orchestre et Alfred l'instrumen-tiste d'où il tirait ses folles histoires dont seules les femmes étaient prêtes à croire. Leur premier roman, qui se déroulait sur une îles des Bahamas, dont le titre était " Cécilia, la reine Impéra-trice" eut beaucoup de succés. L'histoire racontait les aventures d'une jeune femme qui, la tête pleine d'ambitions, s'éprenait des hommes de pouvoirs locaux afin de leur soutirer de l'argent par ses charmes. Mi-espionne, mi-courtisane, ses amants, la sentant indispensable à créer des int-rigues sur l'ile, lui cédèrent un hôtel dans un des plus beau site de l'ile. Celui-ci d'une archi-tecture coloniale et d'un blanc éclatant semblait être une sorte de QG où opérait Cécilia, une jeune femme extrêmement belle qui avait soif de richesses et de pouvoirs. A la fin, elle finira par s'emparer de l'ile et se faire couronner Impératrice des Bahamas! Cette histoire est tirée d'une histoire vraie qui eut lieu au 14 ème siècle qu'Alfred eut la chance de découvrir lors d'un voyage aux Bahamas en visitant l'unique bibliothèque de l'ile. Cette histoire fabuleuse, retranscrite dans un vieux livre gagné par la moisissure, racontait la vie d'une jeune aventurière irlandaise dont la blancheur de la peau parut à l'époque, comme un miracle auprès de cette population à la peau foncée où elle fut aussitôt considérée comme une divinité!

Mais par malchance pour lui, au cours de ce voyage aux Bahamas, il rencontra plusieurs de ses amis de la jet set qui, il faut le dire, l'importunèrent plus qu'autre chose. Car ils voulaient tout le temps faire la fête ou bien l'inviter sur leurs yatchs faire des parties de pêche aux gros, alors que lui esperait trouver le calme pour pouvoir s'imprégner de l'histoire de cette jeune Irlandaise dont le destin fut exceptionnel. Mais ne voulant point leur en parler ou leur faire sentir qu'il était en train de l'écrire, il ne refusa aucune de leur invitation. Ce qui fut considéré par Clotilde comme une bonne chose afin de se faire connaitre du grand monde et, en particulier, du monde des aff-aires et des medias vu qu'elle était le grand stratège dans leur entreprise et lui, le nègre, l'esclave courbé au travail. Parfois, il avait l'impression de se prostituer quand sa femme lui demandait de ne rien refuser à ces gens de la "haute" et de leur lire, au cours d'une de ces soirées mondain-es, le début de son nouveau roman, ce qui le faisait bouillir d'avance et rougir d'avoir ecrit des choses si puerilles destinées à la gente feminine. Un coup comme celui-là, il se souvenait très bien qu'elle lui en avait fait un au Palm Beach Hôtel situé en Floride. Et bien qu'il fut très app-laudit par ces dames de la haute, il fut déconcerté par ce qu'il avait écrit. Mais sa femme-hom-me-d'affaire, ne voulant pas qu'il le montre, pendant une bonne partie de la soirée, lui avait en-voyé des coups de pieds dans les chevilles afin de lui faire retrouver le sourire. Mais surtout le rôle qu'elle lui avait taillé sur mesure, c'est a dire un jeune romancier aimant l'argent et le succ-ès, ce qui charmait d'avance ces gens de la haute bourgeoisie qui méprisaient les pauvres bien qu'ils eussent eux aussi du, génie. Oui, je sais, un paradoxe. Mais souvent les apparences étaient trompeuses et donnaient du talent a ceux qui n'en avait pas et la cuillère de bois à ceux qui en avait. Ainsi est la vie, injuste. Et Alfred savait très bien qu'en laissant ces genies dans la misère que l'ordre établi ne serait jamais bousculé et que les gens riches y gagneraient largemenent en leur refusant la parole pour qu'ils puissent garder leurs privilèges de riches. Quelques fois, ne pouvant supporter un instant de plus les tyrannies et goûts de luxe de sa femme, il partait seul dans les bas quartiers des Bahamas afin de sentir dans sa propre chair, le desespoir de ces gens qui mouraient de faim et d'indignations devant ces grands hôtels de luxe où le touriste améric-ain s'arrêtait pour son séjour. Et bizarrement, ce touriste semblait devenir aveugle quand il se trouvait devant cette misère au point d'avoir peur qu'elle ne lui gâche ses vacances. Tel était alors le grand égoïsme de notre époque où l'homme se refusait de penser et de protester contre tout cela, afin de faire partie lui aussi de cette grande illusion où tout le monde voulait jouer au riche!

Pas loin d'un quai où se tenait une sardinerie, il donna un billet de dix dollars à un vieil homme qui n'avait que les os sur la peau. Alfred parla un petit peu avec lui en anglais et fut surpris que le vieux lui dise qu'il attendait que le patron de la sardinerie lui donne des déchets pour se nour- rir. Et le vieux rouspetait en disant que le patron était un salaud et qu'il préférait mieux donner ces restes aux chiens qu'à un vieux qui n'avait plus la force de travailler! Alfred était choqué. Le billet de dix dollars l'avait rendu bavard, mais surtout apte à dire la vérité. En fait, l'argent lui avait redonné une certaine dignité et il en profitait comme tout le monde pour se venger, com-me les riches qui méprisaient les pauvres en leur confisquant les moyens d'agir en les empriso-nnant au travail. Dans un sens, c'était une guerre sans fin puisque tout le monde se trouvait dans le besoin, ce satané besoin qui nous faisait parfois devenir des bêtes enragées pour nos sembl-ables, n'est-ce pas? Le vieux, content d'avoir gagné sa journée, l'invita à boire un rhum dans une paillote à proximité qu'Alfred accepta et l'aida même à se relever tellement l'homme semblait fatigué par la vie et surtout par l'humanité. A la paillote, le vieux choisit un rhum des plus che-rs, car c'était primordial pour lui de se payer parfois cette petite fantaisie. Le barman, qui le co-nnaissait, ne se pria pas de se moquer de lui en lui disant qu'il avait du gagner au loto pour ce payer ce rhum grand cru. Mais ce dernier l'envoya balader par des expressions mi-anglaises, mi-langues locales qui firent sourire Alfred.

De cette rencontre, il sortit complètement indigné par l'humanité, mais paradoxalement agrandit par la vie de cet homme qui voulait vivre malgré tous ses échecs parmi les hommes. Cet hom- me, malgré une apparence effrayante, lui avait donné comme une leçon de vie qu'il ne pouvait renier en tant qu'homme ni en tant que romancier sachant que toutes les experiences des homm-es devaient servir aux autres hommes à mieux s'en sortir dans la vie et c'est ce qu'a toujours fait l'humanité depuis les temps ancestraux. Pour Alfred, combattre la misère était une lutte sans fin, car souvent l'homme pour s'enrichir appauvrissait les autres. C'est à dire une veritable quadratu-re du cercle que même les plus grands savants ou genies eussent renoncé à résoudre par le fait que tout le monde acceptait cette cruelle vérité. Paradoxalement, cet homme ne lui avait pas do-nné une leçon de dignité, ni de courage non plus, comme on aurait pu le penser, mais plutôt d' obstination à vivre malgré une vie ratée. Tout ceci était pour lui tout à fait respectable vu que le destin d'un homme ou d'une femme soit rarement lié à ses talents, mais plutôt au hasard. Et en côtoyant ces gens de la "haute", il comprit que la plupart avait acquise leur fortune par héritage et non par leur travail, comme ils voulaient le faire croire à tout le monde! Ce qui en faisait de sombres hypocrites qui se permettaient ensuite de critiquer les pauvres de leur infortune ou de leur manque de courage ou d'intelligence. Plusieurs fois, il assista à ce genre de moqueries où le sarcasme des riches envers les pauvres ressemblait à du mépris, oui, à du plus haut mépris! Et cette façon bien étrange qu'ils avaient de voir les choses en noir et blanc ou en binaire était, on peut le dire, leur plus grand défaut. Puisqu'ils ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir chez les autres leurs talents ou leur genie parce qu'ils étaient fauchés, ce qui arrangeait bien leur amour propre, n'est-ce pas? Mais connaissant bien sa nature jouisseuse et joueuse, il ne pouvait pas se permettre de tomber dans ce misérabilisme écoeurant tel qu'on le ressent dans les romans d'Emi-le Zola ou de Victor Hugo, mais très supportable chez Dickens. Et ceci, non par cynisme, mais parce que son esprit de joueur le forçait d'une certaine façon à forcer le destin et c'est ce qui lui avait permis de réussir!
Ce clochard rencontré dans une rue des Bahamas, il est vrai, l'avait emu jusqu'aux larmes et il en ressentait comme le besoin d'écrire un jour son histoire, celle de ce vieil homme déchu par la vie! Peut-être l'écrirait-il à la façon d'un vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway? se deman-dait-il en ayant le debut du livre. Mais pour l'instant, il n'en parlerait pas a sa femme sachant qu' elle trouverait le sujet trop apitoyant pour le faire lire à ses lectrices dévoreuses de sentiments dont les nouveaux goûts s'orientaient actuellement vers le vampirisme, la soif de sang et de pou-voirs! C'est ce qui l'éffrayait d'avance en tant que romancier, puisque devant s'adapter sans cesse aux goûts de ces dames où la tragédie ne semblait avoir de fin ni de point final. La femme serait-elle un monstre qui s'ignore? La femme serait-elle actuellement en manque de sexe? se demand-ait-il orageusement. Et ce manque de sexe en ferait elle un monstre? L'hystèrie de la femme ne la transformerait-elle pas en monstre avide de pouvoirs au point de vouloir le voler aux hommes? Toutes ces questions étranges qu'Alfred se posait en ce moment semblaient lui turlipiner l'esprit au point de vouloir lui faire changer sa littérature. Et à chaque fois que cela arrivait, il voyait sa femme apparaitre en spectre au dessus de sa tête tel un serpent venimeux et lui lançer des foudres d'avoir osé penser cela. Sans conteste, c'était pour lui son combat intérieur où il devait lutter co-ntre ces forces féminines qui voulaient l'anéantir, non en tant que forces viriles, mais en tant que libre penseur où la femme voulait le soumettre à ses exigences tel un esclave. Bref, bande et tais-toi! tel était le rêve caché de ces dames pour que l'homme satisfasse tous ses désirs, mais qu' elles ne voulaient surtout pas exprimer en plein jour de peur qu'on les prenne pour des monstres! pensait lucidement Alfred, comme un retour vers l'humanité primaire.  
Retour au château de Watergrown

Depuis le depart de son mari, il n'avait cessé de pleuvoir sur la propriété où Josepha crut sentir son cœur se liquéfier en regardant par la fenêtre l'eau du ciel inonder ses terres et gonfler les to-rrents avoisinants avec furie! Et cela la désolait plus que tout de savoir qu'elle n'aurait aucune visite durant plusieurs jours, bref, le temps que la pluie cesse et que les chemins redeviennent à nouveau frequentables par les hommes, les chevaux et les carrosses.

Visiblement, ce depart précipité causé par cette lettre( jugée hautement confidentielle par son mari) l'avait comme révolté au point de lui vouloir désormais du mal. Avec l'affreuse sensation d'être considérée par ce dernier comme une potiche et non comme une épouse pouvant partici-per aux decisions importantes de la vie de son couple et à la carrière de son mari. Amèrement, elle constatait que son mariage avec cet homme autoritaire, un amiral de la Royal Navy, était un fiasco et s'en mordait maintenant les doigts sachant que ces hommes étaient tous des monstres froids intéressés uniquement par la guerre, le combat et la mort! Subitement, elle comprit qu' elle vivait avec un mort en sursis! d'où cette étrange impression de vivre avec un fantôme, com-me cette image du carrosse de son mari s'enfonçant dans la brume et disparaitre emporté par les éléments de l'horizon. Je vis avec un fantôme! pensa-t-elle soudainement en regardant par la fe-nêtre la brume descendre du ciel et envelopper d'un voile funèbre le château. Mon dieu, quelle horreur de vivre avec cet homme sans coeur sauf quand je lui résiste! s'écria-t-elle avec les yeux plein de flammes. Pour ne rien vous cacher, j'ai remarqué à maintes reprises, quand je lui résis-tais, qu'il me voyait aussitôt comme une place forte à emporter et employait alors toute sa fou-gue pour me vaincre. Ainsi sont les militaires aimant jouer comme de grands enfants avec des places fortes, des soldats de plomb et des canons. Si un jour, il me voyait céder à la première de ses attaques, j'en suis sûr qu'il m'abandonnerait sur la champ de bataille telle une ville vaincue d'avance! Ma vie ressemble étrangement à celle d'une femme de marin et, que ce dernier soit simple marin pêcheur ou amiral de sa royale majesté, cela ne change rien à vrai dire. Car elle doit attendre éternellement son retour sans savoir s'il reviendra vivant d'une simple partie pèche à la morue ou d'une bataille navale. Voilà donc le martyr pour cette femme qui doit savoir s'oc-cuper durant l'absence de son mari. Mais à vrai dire, je ne tiens pas autant à lui qu'on pourrait le penser, car pour l'instant, il ne m'a pas donné d'enfants!

Peut-être est-il sterile ou moi? En fait, pour l'instant nous en savons rien, car nous sommes encore bien jeunes tous les deux, j'ai 20 ans de moins que lui qui en a 42. Bref, seule dans l'in-certitude et sans le moindre enfant qui aurait pu égayer mes journées, il me semble être mal-heureuse avec lui, avec cet homme qui ne pense qu'à défendre son pays et qu'à sa reine Victoria qui m'a t-on dit entretiendrait avec lui une relation épistolaire. Me tromperait-il? Serait-ce là son secret? Et si cette lettre était un rendez-vous galant avec cette femme qui est déjà mariée? Mon mari serait il un dépravé ou peut-être aurait-il des ambitions démesurées? Josepha épuisée de penser à tout cela s'effondra dans son fauteuil avant de perdre connaissance.

Aussitôt l'obscurité tomba autour d'elle où seul le feu crépitant dans la cheminée semblait vei-ller au bonheur de sa maîtresse, comme voulant donner vie à ce château lugubre qui était une vieille possession de l'amiral Brestjones depuis plusieurs générations de lords.

-Madame, Madame, vous vous sentez bien? demanda subitement Naïma, son esclave noir qui, depuis le depart de l'amiral, lui apportait son repas dans sa chambre. Mais la voyant dans un tel état d'abattement, elle se demandait si sa maîtresse n'était pas souffrante?

-Non, non, ne vous inquiétez pas, Naïma, ce n'est qu'une fatigue passagére! dit-elle en la regard- ant comme un être venant d'une autre planète. Naïma était une esclave ramenée des Antilles par son mari qui l'avait choisi comme tout blanc par des critères raciaux : dentition, force physique et le tout muni d'un bon caractère, bref, soumis, comme étaient tous les noirs malgré eux et les destinaient tout particulièrement à l'esclavage, ce qui en faisait le drame, voir leur malédiction! Car dans l'Histoire, maintes fois les blancs avaient essayé de mettre d'autres blancs en esclavage, mais le résultat fut des plus déplorables. Car le blanc se fatiguait extrêmement vite, mais son plus grand défaut était son caractère d'une nature méchante, voire vindicative. Étrangement, plus on était faible physiquement plus on avait l'esprit méchant, ce qui terrorisait d'avance ces pro-priètaires d'esclaves dont plusieurs d'entre eux avaient été assassinés après avoir humilié leur esclave blanc!

Les noirs par contre, constataient les blancs, n'avaient pas ce défaut et les corriger ne les rend- aient pas plus méchants qu'ils étaient( au point de vouloir assassiner leur maitre!), mais les ren-daient plus dociles et augmentait ainsi leur valeur à la revente. Comme le spéculait l'esprit rac-iste de ces blancs qui méprisait les peuples qui avaient oublié le combat pour la liberté! Par con-tre, les indiens d'Amérique, qui s'étaient battus jusqu'au bout contre les blancs, avaient été vain-cus, non par la cavalerie, comme on le voyait d'une manière caricaturale dans les westerns amé-ricains, mais par des millions d'emigrés européens qui rêvaient de fonder une nation pour assu-rer leur avenir! Bref, une bataille contre le monde entier que les indiens d'Amérique ne pouvai-ent gagner, n'est-ce pas, mon cher lecteur? Par le fait qu'ils avaient affaire à des hommes libres qui, d'après les chroniqueurs de l'époque, se suicidaient quand on les mettait en prison, les blan-cs refusèrent de les mettre en esclavage, mais les parquèrent dans des réserves, prémices des ca-mps de concentration tel qu'on les verra plus tard. Mais du peuple noir que pouvait-on en pen-ser? Mais pourquoi ne s'était-il jamais rassemblé afin de battre les blancs et de laisser dans l' Hi-stoire une date mémorable sauvant leur honneur? Malheureusement, on ne retrouvait aucune de ces grandes batailles, mais seulement des révoltes qui ont été vite réprimées dans le sang par les blancs, qui ne voulaient pas perdre une source de main d'oeuvre pratiquement gratuite pour les classes aisées ainsi que pour les grands propriétaires terriens. Les zoulous, en Afrique du sud, avaient essayé de sauver leur honneur, mais s'y étaient pris tellement mal qu'ils avaient été tous humiliées par des troupes militaires moins nombreuses, mais mieux organisées. Bref, ils avaient été vaincus par le pouvoir blanc dont la nouvelle divinité s'appelait l'argent et non plus cet hon-neur guerrier qui semblait si désuet dans ce siècle des lumières et du progrès technique.

Josepha, en levant les yeux sur Naïma, semblait déjà tout connaître sur son histoire et sur sa trag-édie. Car devant elle, se tenait une athlète, presque une demi-déesse, mais que les dieux olympie-ns avaient déchu ainsi que l'Église chrétienne qui voyait dans cette peau noire comme la couleur du diable. Par son esprit manichéen qui ressortait à chaque fois dans ces périodes troubles où il lui fallait justifier ses actions sur les âmes. Car étrangement, l'Eglise s'est toujours crue propriét-aire de nos âmes, comme si elles lui appartenaient depuis la création du monde! S'agissait-il ici d' un Etat dans l'Etat qui essayait de voler le pouvoir à ceux qui en avait la légitimité? Question ru-de, oui je sais, sachant qu'on pourrait alors accuser le Vatican de fomenter un futur coup d'Etat afin d'imposer sa dictature, celle de l'Eglise. Josepha, qui était capable de réflexion sur ses quest-ions importantes de société( alors que son mari l'en croyait incapable pour des raisons machis-tes) regardait Naïma maintenant comme une égale et lui avait même demandé de garder son cos-tume local, son madras, pour servir ainsi que sa coiffe aux couleurs chatoyante afin de donner un peu de couleur à cette campagne anglaise si terne et si morne durant les mois d'hiver. Son mari au debut n'était pas de son avis, mais il avait dû accepter ses exigences ou requêtes pour le mili-taire qu'il était. Non, pour ce que l'on aurait pu croire, mais tout simplement pour le charme de l'exotisme! lui avait-il dit d'un air ironique. De plus, elle avait exigé de lui, pour le choix de sa servante, qu'il ne brise aucune famille, car c'était son voeux le plus cher. Une fois de plus, son mari très embarrassé par de telles exigences, avait dû prendre un couple d'esclaves où Naïma avait un mari et un fils âgé de 10 ans nommé Légitimus. Mais lord Bretjones, qui ne souhaitât pas garder le mari dans sa propriété, l'avait proposé comme valet de pied à un de ses amis, lord Padington qui habitait à Londres. Une fois l'an, Naïma avait le droit de quitter la propriété pour allez voir son mari avec ce grand plaisir de se promener en ville où s'agitait autour d'elle tant de monde. Car à Watergrown, on avait l'impression d'être enterré vivant ou, pour être plus juste, d' être englouti sous des tonnes d'eaux qui n'en finissaient pas de tomber du ciel. Ici, la vie au Châ-teau, était morne et axée uniquement sur la domesticité, bref, sur cette vision moderne de l'es-clavage qui semblait comme alourdir d'un poids insurmontable, les épaules des dieux déchus!

-Et votre fils légitimus, comment va-t-il? demanda Josepha.

-Il va très bien..et je voudrais remercier beaucoup Madame pour le soin qu'elle porte pour son éducation et pour le précepteur qu'elle lui a choisi. Il m'a dit à plusieurs reprises qu'il ne savait pas comment vous remercier.
-Ah oui?
-Oh oui, Madame, car il aime tant apprendre et voudrait plus tard ressembler à ces gentlemens que l'amiral reçoit parfois au château.
-Ah oui?
-Oui, c'est ce qu'il m'a dit.

-Naïma, je pense que votre fils est sûrement un enfant précoce et ceci ne fait aucun doute pour moi. Mais je vous en supplie de le ramener à la réalité, car mon mari n'invite ici, au chateau, que des aristocrates dont votre fils Légitimus, malheureusement, ne pourra jamais entrer dans le cercle!

Naïma, entendant cela, resta tout à coup interdite.

-Pour la simple raison que la société anglaise n'est pas encore assez évoluée pour accepter en son sein, un fils d'esclave! Excusez-moi de vous le dire en toute franchise, mais c'est la vérité que je vous dois. Et je ne voudrais en aucune façon que votre fils se fasse des illusions sur son avenir.

Choquée une fois de plus par ce qu'elle venait d'entendre, elle mit sa main sur sa bouche, com- me pour étouffer un cri venant du plus profond de ses entrailles.

Mais soyez sûre de mes bonnes intentions pour lui. Car lui donner une bonne instruction ne pourra que l'aider à mieux s'en sortir dans la vie. Ainsi, il pourra négocier sa place auprès d'un aristocrate comme majordome ou de secrétaire. Mais d'être un homme libre, enlevez-lui ça de la tête, mon amie!

Naïma, remise une fois de plus devant la réalité des choses, remercia Madame pour la vérité de ses propos.

-Madame, je ne sais pas comment vous remercier pour..

-Mais non, ne dites rien, je vous devais la vérité pour votre fils. Et si mon mari avait des ambi-tions cachées pour lui, pour l'instant il ne m'en a pas parlé. Partez avec cette idée que le destin n'est peut-être pas entièrement écrit pour lui.

-Oh merci, Madame, merci Madame! Répondit-elle rassurée en posant son plateau sur la petite table, puis repartit finir son service.

-Je souhaite à Madame un bon appétit! dit-elle avant de refermer la porte

-Merci Naïma, expédia-t-elle en se retournant sur son plateau repas tout en se disant que cette petite discution l'avait comme ouvert l'appétit.

-Hum, ça à l'air bon! Mais que m'a t-elle préparé? s'interrogeait-elle avec gourmandise.

Au milieu du plateau se trouvait une soupière en porcelaine de Chine d'où s'échappaient de bonn-es odeurs de légumes du jardin que Naïma avait assaisonnés avec des épices venant des Antilles. C'est elle, la première, qui lui avait dit d'acheter telle ou telle épice afin de donner plus de goût aux plats. Car en Angleterre les plats étaient souvent indigestes pour ceux qui avait un palais dé-licat ou habitués aux plats de caractère. C'était semble-t-il le climat du pays, souvent pluvieux et brumeux, qui donnait aux Anglais des goûts excentriques en matière de cuisine ou l'on mélange-ait souvent le sucré et le salé donnant pour ainsi dire le vertige aux Français habitués à la bonnes gastronomie. Mélanger du chocolat avec des champignons n'aurait pas dérangé plus que cela le goût d'un Anglais, alors qu'il aurait fait vomir plus d'un français! Cela sentait la corriande ainsi que la cannelle sur le plateau repas. Sur une petite soucoupe, il y avait une tartelette à la cannelle et, dans une grande assiette, un blanc de poulet au citron déposé sur son manteau de riz piqué de poivre des Antilles ressemblant à des perles multicolores.

Josepha, étonnée de voir tant de couleurs, essaya d'en attraper quelques unes avec sa fourchette pour les goûter. Mais n'y arrivant pas, elle préféra commencer par la soupe et s'en servit une bo- nne louche. Puis se calant dans sa chaise, elle commença à engloutir son repas avec une véroci- té qui lui était jusque là inconnue, mais qui l'enchantait à vrai dire en étant assise seule devant le feu de la cheminée et cette satanée pendule qui semblait manger le temps des hommes, comme un ogre. Etrangement, elle resta imperturbable quand celle-ci sonna 11 heures du soir. Son repas terminé, son esprit semblait accaparé par des pensées malsaines à l'égard de son mari et de ses li- aisons épistolaires avec la reine Victoria à laquelle il semblait prêt à donner sa vie avant la sie- nne! Demain, j'irai voir dans son bureau de quoi il s'agit exactement! projetait-elle avec l'espoir qu'il ait laissé son secrétaire ouvert, sinon elle fouillerais partout pour savoir où il a caché ses satanées clefs. Contente d'avoir un passionnant projet pour les jours à venir, elle partit se cou-cher le coeur plein de promesses, bonnes ou mauvaises, en fait, elle s'en moquait un peu à vrai dire. Avec ce fort sentiment de redevenir une femme passionnée qui avait besoin pour son équ-ilibre de mettre un visage aussi bien sur celui de l'amour que sur celui de la haine. Un ennemi pour une femme devait avoir absolument un visage et qu'il soit celui d'un diable déguisé en ange ou l'inverse, elle mettrait toute son âme et toute son intelligence pour le découvrir afin d' arrêter ses agissements dont le but était de faire du mal aux autres. Et si la reine Victoria était déjà mariée, peut-être voulait-elle jouer avec mon époux, comme on s'amuse avec un jouet? Lui, il ne le savait pas, mais moi, en tant que femme, je pouvais le ressentir par la distance qu'il prenait avec moi, lorsque je voulais exprimer mes idées ou mes opinions sur tel ou tel événe-ment politique. Mais lui ce monstre, à chaque fois, me souriait ironiquement et semblait com-plètement dénigrer mon avis et préfèrait de loin que je m'occupasse des problèmes domestiques et non de la chose politique!
Mon dieu, comme si certains avaient le monopole de parler politique et pas les autres! Décidé-ment, cette vieille Angleterre commençait vraiment à me sortir par le nez! s'idignait Josepha av-ant de moucher la bougie sur sa table de nuit.
-Ohé, ohé, Alfred, tu dors?
-Heu, heu, oui qu'est ce qu'il y a?
C'est Clotilde qui rentrait des courses et, voyant son mari assoupi dans le sofa, s'interrogeait sur son état de fatigue.
-Je pense que tu as dû trop travailler sur ton roman, mon chéri.
-Mais non, je t'assure, j'ai seulement eu l'envie après ton depart de manger un morceau dans la cuisine et c'est je crois cette chose qui m'a donné envie de dormir, comme une sorte de sopo-rifique.
-Mais qu'est ce que ta as bien pu manger pour être dans cet état, mon amour?
-Du fois gras qu'il y avait dans le frigo et du pain de mie industriel que j'ai trouvé dans le pla- card!
-Mais tu es fou! Tu aurais pu mourir intoxiqué, mon chéri! Mais tous ces produits sont périmés depuis longtemps!
-Ah oui? l'interrogeait-il d' un regard presque effrayé.
-Mais oui, bon dieu!
-Mais alors qu'est-ce qu'ils faisaient dans le frigo et dans le placard s'ils étaient avariés? lui de-manda-t-il d'un ton réprobateur.
-Mais, je ne sais pas, tu aurais pu quant même regarder les dates d'expirations, mon chéri, non?
-En fait, pour le pain de mie, j'avais un petit doute. Mais pour le fois gras, ça m'a complètement passé au dessus de la tête et j'en ai mangé un bon morceau.
-Mon dieu, mon dieu, mon chéri, mais comme tu es négligent! Un peu plus, tu mourrais intoxi- qué. Et c'est une chance que tu ne sois pas sorti avec ta voiture cet après-midi, car vu ton état, tu aurais pu attraper un accident, ce qui m'aurait rendue folle!
Alfred, écoutant le cœur de sa femme parler ainsi, se sentit comme un enfant protégé, dorloté et malgré que celle-ci ne fut pas si parfaite que cela( car elle avait laissé le foie gras avarié dans le frigo ainsi que le pain de mie dans le placard) pensa-t-il en la regardant d'un air étrange.
-Il est vrai aussi qu'il n'y avait plus de pain dans la corbeille! lança-t-il brutalement.
-Comment, comment, mais qu'est ce que tu racontes là, Alfred?
-Oh ,oh, mais ne te fâches pas, je disais ça comme ça! lui dit-il d'un air qui semblait vouloir ré- parer son erreur.
Pendant un instant, Clotilde resta muette devant de telles accusations de son mari et de l'écume semblait sortir de sa bouche ainsi que des flammes de ces yeux et Alfred, prenant peur, se blo- ttit dans le sofa par crainte d'être assassiné par sa femme pour une telle broutille!
Puis retrouvant son calme, Clotilde lui dit : Mais pourquoi donc tu n'es pas sorti chercher du pain?
-Mais chéri!
-Je te prie de pas m'appeler ainsi! Alors qu'est ce tu me réponds?
Mais moi, j'en sais rien..lâcha-t-il d'un ton presque suppliant.
Je voudrais te confirmer une chose, mon cher époux, qu'il est indiqué nulle part dans notre con- trat de mariage que c'est à la femme d'aller chercher du  pain! 
-Mais bien sûr que je le sais. Mais je ne voulais pas dire ça!
-Mais tu cherches quoi au juste? lui lança-t-elle d'un ton de commandeur.
-Mais rien..
-Bon, ok, l'affaire est close! dit-elle d'un air victorieux.

Une fois de plus, elle s'était imposée devant son mari qui en vérité voulait plus la taquiner que lui faire de réelles violences. Mais Clotilde, en tant que femme, le sentit au fond d'elle même co-mme une offense à sa dignité, bref, comme un harcèlement subit depuis sa plus tendre enfance par tous ces hommes qui avaient jusque là accompagné sa vie. Aujourd'hui, c'était son mari, ma-is hier, c'était toute sa famille! En étant consciente que la famille n'était pas ce lieu idylliquem-ent décrit par les sociologues dans les magazines people ou par les politiciens démagogues( où soi-disant les enfants s'épanouissaient dans le bonheur!), mais était plutôt un véritable champ de bataille où tout le monde réglait ses comptes. Ludovic, mon frère cadet, était le fils préféré de ma mère, parce qu'il avait le don de la faire rire, ce qui lui valait alors tous les éloges et surtout ses regards chargés d'amour qui nous rendaient tous extrèmement jaloux, ne nous le cachons pas. Plusieurs fois, elle avait dit à table et en notre présence qu'elle le trouvait si intelligent qu' elle voyait en lui le futur président de la république ou peut-être premier ministre de France! Mon père, témoin des balourdismes de maman, faisait alors mine de ne pas comprendre et dét-ournait souvent la discution par une expression qui lui était propre et très efficace pour changer de sujet : Heu..quelqu'un peut-il me passer le poivre? Alors nous autres, les frustrès d'amour et de gloires, nous nous jetions sur le poivre pour servir notre sauveur. Gerard, mon autre frère, était quant à lui plus effacé, mais non moins efficace à semer le trouble dans nos discutions en disant à chaque fois à celui qui croyait avoir raison : Bon d'accord, tout cela est bien beau. Mais à ce que je sâche, tu n'es pas dieu le père pour nous faire croire à de telles sornnettes, n'est-ce pas? Bref, Gerard, jetait à chaque fois un pavé dans la marre pour montrer que lui aussi avait le droit d'exister au sein de cette famille, qui déjà s'entredéchirait. Il est vrai aussi que maman n'ét-ait pas étrangère à ce beau massacre. Mais pouvait-on reprocher à sa propre mère d'être ainsi? En fait, je crois qu'elle voulait que ses garçons deviennent des hommes et qu' ils apprennent très tôt à se battre que se soit autour d'une table ou plus tard dans la société des hommes. Moi, j'ai hérité de tous ses défauts pour ainsi dire.

A table, pour en placer une, il fallait vraiment se battre sinon on était mort ou du moins jugé ain- si par les autres. Bruno, mon autre frère, parlait pour ne rien dire, mais était heureux de faire du bruit. Ma soeur Beatrice l'imitait en faisant aboyer son chien qu'elle appelait " mon ecxellence " quand la discution tournait au vinaigre. Bref, nous étions une vraie famille de fous que maman voulait, semble-t-il, ignorer! Mais moi, je savais bien que ça ne tournait pas rond au sein de not-re famille et qu'à l'avenir elle se disloquerait pour ses raisons. Et je ne me suis pas trompée, pui-sque à ma majorité je suis partie vivre ailleurs, alors que mon père souhaitait me voir rester à la maison. Mais ma mère lui a dit : Mais ne penses-tu pas qu'elle est assez grande pour savoir ce qu'elle a à faire, hum? Papa, une fois de plus, par manque de caractère abdiqua et me souhaita bonne chance. Moi, les larmes aux yeux, je compris ce jour là que ma maman ne m'avait jamais véritablement aimé ni Beatrice non plus, mais seulement ses trois fils qu'elle adorait pour des raisons qui m'échappent encore aujourd'hui. Depuis ce jour, j'ai rompu tout lien avec ma mère, ce qui me rendait véritablement malheureuse sachant qu'elle était l'auteur de mes jours, n'est-ce pas? Le seul lien qu'il me reste avec ma famille, je le dois à mon père qui me donne des nouvel-les de mes frères et soeurs. En fait, je me tiens au courant de leur état de santé et de ce qu'ils font aujourd'hui. Et j'ai appris récemment que Gerard avait été arrêté par la police pour détention de stupéfiant! Je devine que maman doit être hors d'elle même de savoir qu'un de ses fils ait si mal tourné et que ses voisins ont sûrement été mis au courant! Mon père m'a appris aussi que Ludo-vic travaillait en ce moment à l'assemblée nationale auprès d'un ministre comme adjoint ou con-seiller, je ne sais plus exactement. Sans être cynique, je dirai que tout ceci était parfaitement pré-visible par nous tous, vu que ma mère l'avait depuis son plus jeune âge comme auréolé d'une future gloire. Quant à moi, si aujourd'hui je suis devenu une femme dure et autoritaire, c'est a cause d'elle ainsi que le choix pour ma vocation littéraire".

C'est ainsi que Clotilde voyait sa famille : une famille détruite par la jalousie, l'ambition et l'av- arisme et ferait tout pour ne pas terminer la "dernière de la classe" pour dire la vérité.
Après cette petite défaite concédée à sa femme, Alfred regagna vite son bureau pour y noter ce qu'il avait rêvé pendant sa lourde digestion où, il faut le dire, l'histoire de Josepha s'était poursu- ivie toute seule pour une raison bien mystérieuse. A point de se demander à propos de la littéra-ture, si celle-ci avait un lien étroit avec la digestion ou avec le ventre et non avec le cerveau, le centre de l'intellect? Avec ce sentiment très fort que l'acte d'écrire fut plutôt une activité physiq-ue qu'une réelle activité intellectuelle, comme tout le monde voulait le croire pour des raisons d' amour propre, bien évidemment. Criez au public que vous avez écrit votre chef-d'oeuvre avec v-otre ventre et non avec votre cerveau, vous verrez soudainement une armée de fous( les intellec-tuels) se lever contre vous et vous mettre au piloris, Ah!Ah!Ah! En fait, vous n'aurez aucune ch-ance de vous faire entendre par ces gens dont le métier était d'asservir le peuple par leurs idées délirantes. De plus, vous risquez de rabaisser la littérature au niveau des entrailles et des intesti-ns, ce qui serait pour les grands écrivains une véritable déclaration de guerre à leur amour prop-re, Ah!Ah!Ah!. Non, non, soyons plus fin que cela, car la littérature ne doit pas être gangrenée par la vérité! N'est-ce pas cela que son épouse-femme-d'affaire lui avait fait comprendre un jour en lui jetant à la figure : Dont forget, Alfred, business is buisness! tout en lui mettant sous le nez le magazine "Éditeurs, chiffres à l'appui" qui était le magazine des écrivains d'aujourd'hui qui voul-aient vendre? La société se trouvait à Paris et celle-ci collectait toutes les informations auprès des maison d'editions pour connaître les nouvelles tendances de la littérature, ou disons pour être plus juste, de ce qui s'écrivait dans les livres et qui rencontrait du succès. Bref, on ne pouvait plus parler véritablement de littérature, mais d'une véritable entreprise commerciale. Moi perso-nnellement, en tant que nègre de mon épouse-femme-d'affaire, je n'étais pas contre. Mais parfois, ça m'agaçait de dire des mensonges à mon public et uniquement pour qu'il achète mes livres!

Désormais, en France où ailleurs, il n'y avait plus de littérature dans les livres, mais de la statisti-que appliquée au commerce si vous voulez connaître mon sentiment. Ce qui était la grande tenda-nce d'aujourd'hui où l'on voulait gagner à tous les coups, ce que je ne trouvais pas immotal du tout pour vous dire le fond de ma pensée. Car en tant qu'ancien flambeur de casino, j'ai comme tout le monde essayé de trouver une méthode pour gagner à tous les coups. Mais malheureuse-ment, je n'y suis jamais arrivé à cause de mes moyens qui ne me permettaient pas d' appliquer une formule mathématique sur la table des jeux et jouer toutes les combinaisons. Moi, je me suis seulement contenté d'avoir de la chance et ça m'a réussi. Et je ne peux que remercier le destin de m'avoir élu ainsi que d'avoir trouvé l'amour auprès de ma chère Clotilde. Mais pour les autres, les perdants, je suis désolé pour eux, car ils sont les losers de l'histoire qui peut-être un jour s'en suicideront d'avoir été pris pour les dindons de la farce? La meilleure chose que je leur souhaite, c'est de prendre cette ultime descision qui est de s'arrêter de jouer pour pouvoir vivre enfin leur vie. Mais est-ce possible d'enlever à ces gens leurs rêves, leur opium? Un jour, j'écrirai un livre sur ce sujet qui sûrement emballera Clotilde : où argent, passions, drogues, magouilles d'Etat et suicides seront, j'en suis sûr, pour elle des arguments de taille pour faire un bestseller et pourquoi pas?

 

Retour au château de Watergrown

 

Ce matin, Josepha s'était levée de bonne humeur et avait demandé qu'on lui apporte son petit- déjeuner au lit, ce qui ressemblait à une petite révolution au château. Naima, réchauffée par les nouvelles moeurs de sa maîtresse, lui avait même apporté quelques petits pains truffés de pépites au chocolat en lui disant qu'ils étaient bon pour la santé( mais sans lui dire qu'ils étaient bons co-ntre la depression, ce qui aurait été une impolitesse de sa part si tôt le matin vu que sa maîtresse en avait tous les signes). Mais après ces quelques années passées à son service et dans cette vieil-le Angleterre Victorienne( où le fair play devait faire loi en toute circonstance pour ne pas dire la vérité ouvertement aux gens), elle s'était pliée à cette exigence et était repartie vers les cuisines entièrement satisfaite par ses nouvelles moeurs.

Après avoir fini son petit déjeuner, Josepha ne demanda pas qu'on desservi, mais laissa son plate- au sur son lit au milieu des draps et des couvertures. Quand soudainement, elle fut prise d'une fo-lle envie d'être libre en apercevant par la fenêtre la pluie qui avait cessé ainsi qu'un ciel superbe se profiler pour la journée où ses terres gonflées par les eaux semblaient se dégorger pour le bonh-eur du maître métayer et des paysans. Baignant sa tête au soleil à travers la vitre, elle se sentit à nouveau revivre comme une plante qui avait été trop arrosée durant ces derniers jours. Puis séch-ant ses larmes, elle comprit à son grand étonnement qu'elle pouvait désormais être heureuse sans son mari! Mon dieu, mais suis-je devenu un monstre d'égoïsme pour ressentir tout cela? se dema-nda-t-elle en goûtant à ce bonheur inattendu. Ou, peut-être, n'étais-je que récompensée par tous mes sacrifices consentis pour lui? réitéra-t-elle d'une manière lucide. En fait, elle constatait que les hommes étaient souvent aveugles, quand il sagissait de reconnaitre le sacrifice de leurs épou-ses pour leurs vies de couples et leurs carrières professionnelles. En ne voyant jamais les efforts surhumains qu'elles produisaient pour maintenir l'harmonie en son sein. Mais les hommes malad-roits, d'un revers de manche, balayaient toute cette philosophie de bonne femme vu que ça les en-nuyaient terriblement de les considérer comme des saintes et non comme de simples épouses qui leurs étaient dévouuées. Bref, une incomprèhenion totale entre nos deux protagonistes qui ne se-mblait pas dater d'hier, mais depuis l'aube de l'humanité : où l'homme ne faisait que prouver qu'il était un animal politique et la femme un animal domestique ou un être sociologique fait pour l' harmonie et la paix, c'est dire un énorme fossé entre nos deux inséparables. En fait, les femmes ne demandaient qu'une seule chose aux hommes qu'elles soient considérées comme des héros de la vie quotidienne. Mais ces derniers, du fait de leur nature, ne trouvaient rien d'héroïque à s'occ-uper des enfants, à faire la vaisselle ou à repriser les chaussettes, mais plutôt ceux qui étaient prê-ts à mourir sur un champ de bataille pour une grande idée ou pour leur pays! Comme pour la rei-ne Victoria à laquelle son mari était prêt à donner sa vie! s'exclama-t-elle avec fureur, la tête appuyée contre le carreau de la vitre. Étrangement, elle ne pleurait pas, mais semblait heureuse d' avoir pu mettre un nom sur sa relation avec cet amiral de sa royale majesté. Qui pour elle était ni plus ni moins un amour trompé, mais dont le jeu l'intéressait à juste titre afin de savoir jusqu'où elle pourrait aller et lui jusqu'où il pourrait garder ses nerfs. A partir d'aujoud'hui, je ne boirai plus de thé en presence de ses amis, mais je demanderai à boire du café! jura-t-elle avec affront.

J'espère bien que tous ces petits nouveaux événements dans la vie quotidienne l'agaçeront et lui feront poser toutes sortes de questions sur moi. Peut-être reconquerais-je son amour ou seulem-ent son estime? Pour moi, c'est l'un ou c'est l'autre. Car je ne veux pas finir ma vie comme un fantôme, comme miss Crambowl qui apprit un jour que son mari avait une liaison avec un hom-me! Moi, mon problème, c'est la reine Victoria, c'est à dire une rude concurrente! pensa-t- elle d'un air enflammée en enfilant une robe de chambre pour aller faire un tour dans le jardin.

Dans le jardin, elle n'y resta que quelques minutes, le temps de respirer un peu l'air de la campag-gne et regarder l'etat de ses fleurs que les pluies avaient maltraitées durant ses derniers jours.

Puis discrètement, elle emprunta un petit escalier privé qui accédait directement au bureau de son mari que ce dernier avait fait construire pour des raisons de commodités, mais surtout pour ne pas croiser le regard des domestiques quand l'Amiral était en ébullition et avait un projet démoni-aque à proposer à la reine Victoria, bref, pour l'Empire Britannique! Après avoir repris son sou-ffle, elle s'y enferma à double tour, puis se dirigea vers le fond de la pièce où se trouvait le secré-taire en bois d'acajou de son mari. En chemin, elle vit bel et bien qu'elle se trouvait dans le bur-eau d'un amiral où tous ses objets fétiches trônaient sur des petits meubles ou bien s'affichaient sur les murs, comme ces marines explosant de couleurs violentes par le feu des canons et les cie-ux entredéchirés d'éclaircies soudaines! Mon dieu, dit-elle, comment ces hommes pouvaient-ils accepter ce sort si ingrat de mourir décapité ou amputé par les boulets de canons, puis emporté par le fond? Pour elle, tout cela ressemblait à un vrai mystère, mais comprenait tout à fait que ces hommes n'avaient pas bien le choix vu que la plupart était née sous la mauvaise étoile. Alors qu' eux, les aristocrates, avaient hérité d'immenses domaines grâce à leurs ancêtres, il est vrai, très prévoyants!
Et cette disposition toute particulière avait fait qu'aujourd'hui, ils détenaient tous les pouvoirs dans cette vieille Angleterre en choisissant les meilleurs places au gouvernement ou bien dans la flotte de sa royale majesté. Pour dire la vérité, Moriss, son mari, n'avait pas eu véritablement le choix pour sa carrière et malgré qu'il prétendît le contraire par amour propre, bien évidemment. Parce qu'il avait dû suivre la tradition familiale, qui dèjà avait donné à l'Angleterre de prestigieux amiraux, et malgré un metier de marin des plus dangereux au monde aussi bien pour les simples matelots que pour les officiers, ce que Josepha reconnaissait. Mais les plus rusés des aristocrates déclinaient souvent l'offre de la Royal Navy pour une place sans risque à la chambre des représ-entants où le seul accident qu'on pût craindre fut de tomber de sa chaise! pouffa-t-elle de rire en y pensant. Et puis mon mari n'a pas autant de pouvoirs qu'il le prétend même s'il affirme qu'il est indispensable à la couronne britannique et à son glorieux destin. Mais d'où peut lui venir cette ignoble arrogance? La reine Victoria n'y serait-elle pas pour quelque chose? s'interrogeait-elle en s'arrêtant soudainement devant la maquette au 1/98 ème du navire de l'amiral Nelson(le Victory) qui ce dernier périt durant la bataille de Trafalgar contre les Français et les Espagnols. Cette maq-uette faite en bois précieux, métal doré et coton était un vrai chef-d'oeuvre pour Josepha dont les yeux pouvaient apercevoir dans les moindres détails, les voiles confectionnées en coton, les cor-dage en lin finement tressées et la coque en marqueterie imitant à merveille les planches de bois jointes entre elles par une colle invisible. Et tout en haut des mâts se dressait les drapeaux de la couronne britannique, celui du Royaume-Uni, de la croix de Saint-Georges et du White Ensign que le constructeur de la maquette avait rigidifié pour qu'on y distinguât bien les couleurs.
Au dessus de cette maquette était plaquée sur le mur, une carte marine où toutes les possessions anglaises étaient épinglées par un petit drapeau appartenant à l'Empire Britannique. Quant aux autres possessions, qui appartenaient aux Français, aux Espagnols, aux Portugais et aux Holland- ais, sous leurs petits drapeaux respectifs étaient inscrits un grand point d'interrogation! Intriguée pendant quelques instants par cette chose bien mystérieuse, elle prit un de ces petits drapeaux et le regarda de plus près. Puis glissant son regard sur le côté, elle aperçut un petit tableau où se tro-uvait la légende de la carte où le point d'interrogation signifiait possessions temporaires. Bien sûr, bien sûr, je comprends mieux maintenant! dit-elle en reposant le petit drapeau de la France sur une petite île des Caraïbes Elle remarquait aussi sur la carte, une rose des vents qu'elle consi-dérât toujours comme un grand mystère, alors qu'elle avait une réelle utilité pour les marins en leur donnant la direction des vents selon la mer et la saison où l'on se trouvait. Pour une raison inconnue, elle passa sa main dessus comme on passe sa main sur un talisman et fut soudainement prise de visions où elle se vit transportée en un éclair de temps à l'époque des pharaons où elle était assise sur un trône au coté de son époux, le pharaon. Au dessus de leurs têtes, un symbole quasi-identique était sculpté et représentait le soleil qui, par ses rayons ardents, répandait la vie dans tout l'univers! En s'y approchant d'un peu plus près, on pouvait observer que ces rayons se terminaient par de petites mains identifées à de petites mains généreuses qui n'oubliaient jamais personne quant à ses bienfaits en matière de lumière et de chaleur. Bref, le vrai symbole de la jus-tice et non pas celui des hommes! pensa Josepha en revenant à la réalité.
Arrivée devant le secretaire de son mari( qui semblait inviolable du fait qu'il contenait des docu- ments top secrets dont il avait blindé l'accés par un soufflet pour le rendre hermétique), Josepha, furieuse de le constater, d'un geste brutal appuya sur le bouton à ressort qui malheureusement résista à la pression de ses doigts en gardant le soufflet clos comme une cloche sous vide. Raaa-ah! lança-t-elle desespérée de voir ses plans tomber à l'eau. Mais où a-t-il bien pu mettre ses cle-fs, le monstre? se demanda-t-elle en observant attentivement la forme de la serrure placée juste sous le bouton à ressort qui semblait correspondre à une clef tout à fait ordinaire, mais qui ne serait pas une mince affaire à dénicher dans tout ce fouillis, pensa-t-elle comme très embarrass-ée. Mais se voulant pragmatique, elle se baissa sous le bureau pour voir s'il ne l'avait pas caché dans un recoin secret. Mais non, visiblement, il n'y avait rien de ce côté là! constata-t-elle amère-ment, ce qui la rendit furieuse au point d'essayer de soulever l'un des pieds du bureau mais sans y parvenir vu le poids du secretaire en acajou. Le souffle coupé par toutes ces contrariétés et ses gesticulations inutiles, Josepha se retourna brusquement sur la pièce et lança un regard inquisit-eur à tous les objets qui s'y trouvaient et se disait : Mais où a-t-il pu bien mettre cette maudite clef, notre cher grand amiral de sa royale majesté? Instinctivement, elle partit vers le bateau de l' amiral Nelson et mit sa tête presque dans les cordages pour observer très scrupuleusement le moindre détail qui pouvait rappeler la forme d'une clef. Intriguée par une petite trappe qui se tro-uvait sur le pont donnant accès à la soute à canons, elle la souleva par un petit anneau doré, puis y engouffra sa main par curiosité. Tout à coup, elle sentit quelque chose de dure et de froid sous ses doigts. Mon dieu, je crois que je l'ai trouvée! lança-t-elle en sortant de la trappe, une petite clef en laiton qui semblait correspondre au secrétaire de son mari! 
Emportée par sa découverte, elle courut vite l'ouvrir pour enfin découvrir le secret que ces mau-dites lettres pouvaient bien renfermer( lettres qu'il recevait de la reine Victoria, mais que sa fem-me n'avait pas le droit de lire, car considérées comme secret d'Etat par son amiral de mari). En soulevant le soufflet du secrétaire, qui lui parut peser une tonne, elle aperçut un ensemble de tir-oirs disposés de part et d'autre du meuble et apparemment sans serrures. C'est une chance! dit-elle du bout des lèvres. Puis tirant le plus grand tiroir et le plus susceptible de contenir un cou-rrier abondant, elle aperçut au fond de celui-ci un gros paquet de lettres ficelées entre elles, très certainement classées par date, pensa-t-elle en les saisissant avec soin afin de les remettre dans le bon ordre après les avoir lues. Josepha, studieuse, prit une chaise puis s'asseya devant le bureau et d'un geste fébrile défit le noeux qui les serrait. Après avoir vérifié qu'elles étaient bien par ordre de date, elles les étala sur le bureau et commença à ouvrir la dernière. Le sceau de la reine se trouvait sur le dos de l'enveloppe, ce qui la fit frémir un instant en dépliant la lettre où elle aperçut l'écriture de la reine qui était suprenement petite pour une si grande personne! pensa-t-elle étonnée. De toute façon, à part ses titres, c'était une femme comme une autre avec ses peurs et ses angoisses et non un être supérieur tel que les gens se l'imaginaient En fait, ce piédestal énorme qu'était le pouvoir agrandissait tout aussi bien la personne qui s'y trouvait que les mots sortant de sa bouche. Elle pourrait dire le mot sardine qu'aussitôt les gens croiraient avoir enten-du le mot baleine sortir de sa bouche, Ah!Ah!Ah! Ce qui, il est vrai, à beaucoup d'avantages qu-and on a que des petites choses à raconter, n'est-ce pas? Alors que moi, lorsque je parle à mon mari, celui-ci ne veut même pas m' écouter, comme si mes mots n'avaient aucun poids et ça me met alors hors de moi!  

Apparemment, notre grand Amiral de sa royale majesté semblait diviniser, quasi-encenser ceux de la reine pour des raisons que je trouvais insupportables! pensa-t-elle avec colère en se remé-morant la scène du jardin où son mari s'était montré ignoble avec elle en s'écartant de la table pour aller décacheter la lettre soi-disant secret d'Etat! Oh chérie, je vous prie de m'excusez. Mais cette lettre est hautement confidentielle et je ne peux malheureusement pas vous en parler! lui avait-il dit avec mépris alors qu'elle brodait une taie d'oreiller. Oh, le mnostre, j'étais partie si furieuse que je lui en ai voulu pendant plusieurs jours. Mais heureusement qu'il était parti à Londres quelques temps après. Et comprenait maintenant le pourquoi de ce départ précipité.

Palais de Buckingham, le 15 Juillet 1853

Cher Amiral Bretjones, si je vous écris personnellement depuis mon palais de Buckingham, croy-ez-bien que ce n'est pas encore une de mes fantaisies, mais pour vous annoncer une très mauvai-se nouvelle concernant l'avenir de l'Europe. Voilà, l'Empire Ottoman vient de déclarer la guerre à la Russie suite à la fin de l'ultimatum envoyé au général Gortschakoff. Et comme vous le savez, très certainement, nous sommes obligés d'entrer dans ce conflit afin d'éviter le démantèlement de la région où les intérêts la couronne Britannique sont étroitement liés à ceux des Ottomans. Je vous demanderai donc de revenir ici à Londres au plus vite afin de rejoindre votre état major et nous trouver la meilleur solution, en termes de delai et de coût, pour nous faire gagner cette gu-erre. Important à signaler, n'essayez pas de joindre le vice amiral Makensy qui à l'heure actuelle est en mer et se dirige vers le Bosphore afin d'évaluer nos besoins en termes de vaisseaux et de troupes."

Mon cher amiral, voyez-vous, depuis que j'entretiens avec vous cette liaison épistolère qui est pour moi d'un grand soutien, je ne serais certainement pas là où je suis. C'est à dire assise sur mon trône à veiller sur l'avenir de l'Empire Brtiannique et sur ses 800 cents millions de sujets par le monde. Car sans vos conseils en matière de stratégie politique, je serais bien impuissante à gouverner avec raison dans ce monde peuplés d'insensés, n'est-ce pas? Et pour votre totale loya-uté envers votre reine, mon cher amiral Bretjones, je voudrais vous en remecier du fond du coe-ur, car les mots me semblent bien dérisoires pour exprimer ce que je ressens en ce moment! A ce propos, peu de gens savent que mon destin est entre vos mains; ma famille l'ignore et persiste à croire qu'elle m'a tout donné, mais elle se trompe! C'est fou, comme je me surprends à vous fai-re des confidences, mon ami! Vous, qui m'avez appris à ne montrer aucune faiblesse à ses enne-mis, je dois très certainement vous décevoir en ce moment, non? Donc, afin d'éviter toutes cal-omnies ou rumeurs sur ma personne, je vous prie, mon ami, de ne jamais montrer à personne ces lettres, ni à votre femme qui, m'avez vous dit, était un monstre froid et calculateur!

Josepha, en lisant cela, n'en crut pas ses yeux et fit sortir de sa tête comme de la fumée! Oh le fri-pon, il me fait passer pour un monstre auprès de la reine, alors que c'est lui le monstre sans co-eur! fulminait-elle prête à déchirer cette lettre calomnieuse, mais se retint par simple stratégie!
Emportée par son tempérament de feu, elle n'arrivait pas à concevoir qu'elle put être elle aussi un monstre comme son mari. Et que le problème de leur couple se trouvait dans ce refus de le reconnaître en se rejetant mutuellement la faute, jamais de face, mais auprès de leurs amis respe-ctifs. L'amiral, qui était un militaire, considérait toujours sa femme comme un bastion à conqu-érir et non comme une épouse douce et respectable et utilisait tantôt la force tantôt la ruse pour la mettre à genoux. Mettre à genoux ses ennemis! C'était son expression favorite pour les nom-mer et Josepha en faisait partie, malheureusement.
Suite de la lettre
De plus, vous m'avez dit que votre femme avait des origines françaises, ce qui n'arrangeait pas vraiment ses relations avec nos chères laidies anglaises, n'est-ce pas ? Ah!Ah!Ah!
Josepha, apprenant brutalement que la reine Victoria connaissait desormais son secret de famille (dévoilè par son mari) sentit tout à coup la colère monter en elle et voulut pendant un instant la mort de celui-ci! Oh c'est sûr qu'ils avaient dû bien rire, ces deux là, sur mon défaut de famille qui me condamnait pour ainsi dire à n'avoir aucun avenir politique dans le royaume d'Angleter- re, pensa-t-elle amèrement. Mais comment se venger? s'interrogeait-elle devant cette situation hors du commun où son mari était le conseiller personnel de la reine sans être considérée com-me une traîtresse à son pays? Rendue nerveuse par cette grande question d'ordre politique, elle reposa la lettre sur la table et ferma les yeux pendant quelques instants afin de retrouver un peu de sérénité. Puis soudainement, tapant du poing sur la table, elle dit entre ses dents serrés : le mi-eux serait qu'il meurt à la guerre, le traître! Et puis comme il veut absolument mourir pour sa reine, hé ben, l'occasion lui en ait donné en ce moment, n'est-ce pas? Et contrairement à ce que l' on aurait pu penser, elle ne disait pas cela par lâcheté en considérant que la plupart des hommes croyait qu'une femme bafouée n'aurait pas le courage de se battre en duel au pistolet ou à l'épée contre son mari pour sauver son honneur, ce qui était en partie vrai. Mais parce que la plupart des femmes trouvait cette idée complètement farfelue avec une attirance toute naturelle pour l' empoisonnement! Et Josepha était convaincue, comme toutes ses consoeurs du sexe faible, qu' elle devait se battre avec ses armes à elle et l'empoisonnement en faisait partie, malheureuseme-nt. "En fait, nous les femmes, avions horreur de faire couler le sang de nos propres mains et no-us ôtait tout courage pour le faire. Alors que pour les hommes, ça ne semblait guère les gêner et même leur procurer une certaine jouissance. C'est peut-être cela qui nous différenciait des hom-mes, bref, ce contact avec la chair humaine dans des circonstances effroyables. Pourtant nous aimons les corps, mais essentiellement dans les relations amoureuses, pensait Josepha blessée dans son amour propre après avoir lu cette première lettre.

Faire la guerre nous a toujours semblé une hérésie. Car enlever la vie aux enfants que nous avo- ns mis au monde, puis élevé est pour nous un énorme gâchis pour l'humanité. Nous les femmes, nous sommes là pour créer la vie et non pour la détruire, ce que font malheureusement les hom-mes sans le moindre scrupule! Mais peut-être qu'un jour nous deviendrons comme eux, comme ces hommes pervers et sanguinaires? se demandait curieusement Josepha en regardant froideme-nt sa situation de femme bafouée. Et s'il revenait estropié de la guerre? s'imaginait-elle avec un bonheur visible sur son visage. Je pourrais alors me venger plus facilement et lui faire manger toutes les lettres où il m'a calomniée! continua-t-elle en crachant son venin. Pour moi, tous les Anglais sont des fripons. Et si ma famille française a pu s'installer en Angleterre, ce n' est pas du fait de leur gentillesse, mais parce que mon aïeuil, fuyant les persecutions des catholiques y avait amené toute sa fortune. Dans le conté de Sussex, il y fit construire une filature, ce qui lui avait permis d'être anobli par Guillaume 3 d'Angleterre quelques décénnies plus tard. Les Anglo-Sax-ons ont toujours été intéressés par l'argent et tout particulièrement par les hommes entreprenant comme était mon aïeuil, un riche commerçant de Tours. Il s'appelait Jean Bauvilain et, suite à son anoblissement, il anglicisa son nom qui devint sir John Bodvillers. Son titre était celui de chevalier et toute sa famille adopta les moeurs des Anglais pour s'y etablir durablement et cela leur avait bien reussi. Aujourd'hui, deux cens ans plus tard, j'en suis la digne descendante et je suis devenue Lady Josepha, une jeune femme respectée par la société anglaise, mais qui subit toujours une certaine discrimination du fait de mes origines françaises qui ne contiennent malh-eureusement aucune goutte de sang noble!

C'est fou, comme ce système aristocratique était devenu retrograde en Angleterre et dans toute l'Europe par ailleurs! Le monde évoluait si vite dans ses techniques et dans ses rapports humains que l'homme de la rue se percevait chaque jour comme un moins que rien. Alors que nos chers lords, pendant ce temps là, débattaient à la Chambre sur la sauvegarde de leurs privilèges et sur la fructification de leur patrimoine. Je sais bien qu'ils ne sont pas insensibles à tous ces change-ments qu'ils voient s'opérer sous leurs yeux. Mais ils préfèrent ne pas en parler en public, ni à la chambre des communes où siège les représentants du peuple qui voudraient soulever les questi-ons qui s'y rattachent. Mais eux, ils font la sourde oreille et leur répondent, si c'est contre les in-térêts de la couronne britannique, ils n'en débattront pas! Voila comment est la société anglaise, retrograde et conservatrice par tradition. Et paradoxalement, nous avons été les premiers en Eu-rope à industrialiser notre économie, non pour diminuer les injustices sociales (comme tout le monde voudrait le croire), mais essentiellement pour enrichir notre aristocratie. Ici, toutes les propriétés terriennes appartiennent aux nobles donc l'agriculture, l'élevage, les mines etc. Quand aux navires marchands, ils en sont pour la plupart propriétaires, ramenant ainsi du blé d'Améri-que, du thé et du coton pour alimenter les filatures. Dans cette chasse gardée, mais que peut fai-re réellement l'homme ordinaire, sinon mourir de découragements? En fait, il n'y a pratiquement aucune perspective d'avenir pour lui et sa famille, ce qui me révolte parfois! Mais l'annoblisse-ment de ma famille, grâce à mon ailleuil, me fait changer souvent d'avis. Car si j'étais pauvre qui réellement me viendrait en aide, mon ami? Personne, bien évidemment. Et quant à cette solida-rité, soi-disant entre pauvres, je n'y ai jamais cru! Car pensez-vous vraiment que de partager sa misère avec son prochain soit un grand projet politique pour un pays? Non, certainement pas. Je pense que seule l'evolution des mentalités dans notre pays pourra résoudre tous nos problèmes de misère. Et que l'enrichissement économique de notre pays n'est en aucune façon un gage de réussite quant à ce beau projet! admettait-elle en toute lucidité.

Josepha, rehaussée par ses convictions, reprit la lettre et continua sa lecture
Mon cher amiral, connaissez-vous mon plat préféré?
Josepha, en lisant cela, fut consternée par les sujets traités par la reine!
C'est le bœuf aux haricots!
Josepha soudainement éclata de rire, Ah! Ah!Ah!
Le problème, mon amiral, c'est qu'ils me font lâcher des gaz et asphyxient tout mon entourage pendant la journée. Mais comme ils sont très bien éduqués, ils m'en font pas la remarque et sup-portent très bien mes indispositions. A ce propos, j'ai demandé à mon medecin personnel, monsi-eur Brown, s'il avait un remède contre cela. Et savez-vous ce qu'il m'a répondu?
Josepha, impatiente et curieuse de connaitre la réponse, retourna la lettre pour le savoir.
Mais Majesté, il vous faut pèter, car c'est un gage pour votre bonne santé! m'a-t-il dit en levant les bras au ciel. Je ne vous cacherai pas, mon amiral, qu'il m'a fait beaucoup rire et ça m'a fait beaucoup de bien. Aussi m'a-il dit pour conserver une bonne santé qu'il fallait rire au moins 2 fois dans la journée et m'a donc proposé de suivre des séances de rires entre 10h et 10h30 du matin apres le petit-déjeuner et les soir entre 6h et 6h30. Je vous procurerai un bouffon, monsi-eur Gordon, qui pourra vous dire toutes ses amabilités pour vous faire decrocher la mâchoire, votre Majesté! insista-t-il. Le retour à cette vieille tradition du bouffon du roi m'a un peu sur-prise et m'a même enthousiasmée. Mais vous, amiral, qu'en pensez-vous? Pourrait-il se cacher derrière des espions? J'attendrai avec impatience votre reponse dans votre prochaine lettre. Car pour l'instant, je n'ai prise auncune descision concernant le retour du bouffon du roi à la cour d'Angleterre!

La suite de la lettre concernait des recettes de cuisines et surtout des desserts qu'elle raffolait où elle était prête à engager un pâtissier français au Palais de Buckingham. Mais on lui avait décon-seillé, vu les relations diplomatiques houleuses en ce moment entre la France et l'Angleterre!

Josepha, exténuée par tout ce qu'elle venait d'apprendre, reposa la lettre sur la table et se mit à réfléchir sur cette reine fantasque qui, étrangement, mélangeait dans ses lettres privées des info- rmations de hautes importances avec ses recettes de cuisines préférées! Il ne manquât plus qu' elle nous parle de ses varices pour faire trembler la couronne britannique! Ah!Ah!Ah! ria-t-elle en étouffant ses fous rires.
Puis voyant le temps passer extrêmement vite, Josepha rangea tout, referma tout et remit dans la soute à canon du Victory, la clef du secrétaire de son mari.
Avant de sortir de la pièce, elle vérifia que tout était en ordre, puis remonta dans sa chambre.

Retour à Menton

Alfred, épuisé, par l'écriture de son roman, s'était endormi sur sa feuille de travail où l'obscuri- té avait gagné sournoisement son bureau, comme s'il n'avait pas eu la force de se lever et d'aller allumer la lumière. En sachant bien que la lumière naturelle fut une chose indispensable pour écrire un bon roman et de surcroît se passant en Angleterre où là bas il faisait continuellement gris et pluieux. Il avait même eu l'idée à un moment donné, afin de se rapprocher de cette épo-que Victorienne, d'écrire à la lueur d'une bougie ou d'une lampe à gaz. Avec cette idée saugren-ue( souvent ancrée chez la plupart des mauvais écrivains) que plus vous étiez proches des évèn-ements, plus vous écririez facilement votre chef-d'oeuvre! Mais Alfred n'y voyant pas très clair y avait renoncé, Ah!Ah!Ah! Même si au début de sa carrière littéraire, il s'y était essayé en croy-ant un peu naïvement que tous ces artifices lui permettraient d'écrire son grand roman aussitôt sanctionné par les médias comme un bestseller! Pour sa femme, c'était bien évidemment le but recherché. Mais pour lui, écrire était surtout jouer avec les contrastes de la vie des autres et non vouloir absolument leur ressembler. Ici, a Menton, où il faisait toujours un temps merveilleux, essayez d'imaginer une histoire se passant dans les brumes impénétrables de la vieille Angleterre semblait le subjuguer, le mettre au défit quant aux sentiments éprouvés par ces gens plongés continuellement sous ces torrents de pluie et sous ce brouillard à découper au couteau! Ce bain continuel sur les corps affectait-il vraiment l'esprit des gens au point d'avoir des sentiments tre-mpés voir mous comme ces plantes trop arrosées ou bien tout au contraire des sentiments bien trempés voir très dures pour ses semblables? Alfred, s'aperçut en commencant à écrire sur l'his-toire de Josepha et de la reine Victoria, que c'était cette dernière proposition qui était vraie et qu'il règnait sous les pluies de la Grande Bretagne, une véritable intolérance et du mépris pour la classe laborieuse, sans richesse. Ceci montrait ni plus ni moins le caractère des Anglo-Saxons qui, issu de la race germanique, était prêt à tuer ou à massacrer des villages entiers pour s'empa-rer de leurs richesses. Aujourd' hui, avec la mondialisation, le monde entier était devenu un gra-nd village et le massacre ne faisait que commencer! pensa-t-il avant de s'effondrer de fatigue sur sa table de travail.

-Alfred, tu viens manger?

C'est Clotilde qui l'appelait à travers la salle à manger où elle avait préparé le repas.
Mais qu'est-ce qu'il fait? se demanda-t-elle en regardant son bracelet montre qui indiquait 21h30

Ohé, le diner est prêt!

Mais n'entendant aucune réponse, elle courut aussitôt dans son bureau pour voir ce qu'il pouv-ait bien faire. Et le voyant affalé sur sa table de travail, elle crut un instant qu'il était mort! Mais en s'approchant de lui, elle entendit son petit ronflement régulier qu'elle connaissait très bien, ce qui la rassura. Il dort, mon bébé! dit-elle du bout des lèvres en lui passant sa main dans les che-veux. Remarquant la page d'écriture sur laquelle il était en train de travailler, coincée sous l'une de ses main, Clotilde la tira doucement vers elle afin d'en prendre connaissance. Et la lisant, avec une grande curiosité, ses yeux soudainement s'illuminèrent quand elle vit apparaitre des mots chargés de haines, de jalousies et le tout agrémenté d'un futur crime! Là, je crois, qu'il l'a tient enfin sa grande histoire d'amour! Bref, il a enfin compris ce que sont les femmes, Ah!Ah!Ah! C' est à dire de méchantes créatures cachées sous de jolies fleurs, ria-t-elle discrêtement en repo-sant la feuille sur le coin du bureau.

L'air plein de malices, elle repartit dans le salon pour se placer devant son lecteur CD (mais que voulait-elle faire exactement?). Curieusement, elle appuya sur le bouton de selection pour pass-er en revue tous les airs classiques qu'elle et son mari adoraient. Tiens, dit-elle en voyant la sy-mphonie fantastique d'Hector Berliot s'afficher, celle-ci serait pas mal pour! Mais voulant quel-que chose de plus en adéquation avec la situation( parfois Clotilde avait ce genre de perversi-on), elle continua sa selection et vit soudainement s'afficher God save the Queen, l'hymne Brita-nnique, ce qui la mit aussitôt en joie. Ah je crois que j'ai enfin trouvé quelque chose qui pourr-ait le faire revenir à la réalité sans trop le brusquer, mon bébé! dit-elle en essayant d'étouffer ses fous rires. Dès qu'elle appuya sur le bouton play, l'air du God Save the Queen retentit aussitôt dans le salon d'une façon magistrale et, Clotilde voulant enfoncer le clou, tourna le bouton du volume à fond. Quelques secondes plus tard, elle vit apparaître son mari dans l'encadrement de la porte du salon, les yeux effarés et les mains se bouchant les oreilles, lui crier : Mais c'est quoi tout ce boucan? Mais le volume était si fort que personne en vérité ne pouvait s'entendre. Déso-lé, chéri, mais je ne t'entends pas! criait-elle en faisant de grands gestes. Mais entendant soudain-ement un grand bruit sur son plafond, elle baissa le son et se précipita dans les bras de son mari pour lui chuchoter à l'oreille : Oh chéri, excuse-moi, c'était une plaisanterie! Alfred, ne sachant plus comment réagir, se mit aussitôt à rire d'une façon incontrôlée et lui dit : Je t'aime comme tu es, ma chérie! Puis ils s'embrassèrent langoureusement pendant un long moment.

Après ces retrouvailles bien étranges, ils se mirent à table.

-Alors qu'est ce qu'on mange, ce soir? lui demanda-t-il en humant une bonne odeur de boeuf aux haricots lui titiller les narines. Étrangement, Alfred qui était revenu à la réalité, avait complète- ment oublié que c'était le plat préféré de la reine Victoria, Impératrice des Indes et d'Irlande!

Cette nuit là, il lui fit l'amour comme un dieu, pètant même au lit comme la reine d'Angleterre!

Le demain matin.

Assis en face de son bureau, avec une étrange envie de faire la guerre, il se demandait si la partie de jambes en l'air qu'il avait eu cette nuit avec sa femme n'y était pas pour quelque chose et ne l'avait pas transformé en homme d'action, bref, en homme sûr de sa virilité. Pendant une fraction de secondes, il faillit en rire; mais cette fois-ci, il se retint vu qu'il avait beaucoup de travail sur la planche ou plutôt une véritable campagne militaire à mener, pensa-t-il en décapuchonnant son stylo à plume où la pointe brillait comme une épée.

La guerre de Crimée, petit rappel historique.

Une querelle de moines au Saint-Sépulcre, à Jerusalem, fut à l'origine de la guerre de Crimée. Car à cette époque, Jerusalem attirait un nombre de plus en plus important de moines chrétiens orthodoxes( on en dénombrait 15000 par an) qui allaient d'une certaine façon concurrencer les moines chrétiens catholiques, qui officiellement étaient les gardiens du tombeau du Christ pour être exact. Et des accords de longue date avaient été signés entre le Vatican et la France pour as-surer sa protection par des moyens militaires. En fait, tout ceci était accepté par tout le monde, vu que les Français, par les croisades entreprises par Godefroy de bouillon, Saint-Louis et bien d'autres, avait repris la ville de Jerusalem aux musulmans d'une manière durable. Même le tsar de Russie, Nicolas 1, ne s'était jamais opposé que Jerusalem fut sous le protectorat Français et pour qu'il n'y eut point de doute à ce sujet, il fit envoyer un courrier à Napoleon 3 alors "Em-pereur des Français" pour le confirmer. Mais un titre que Nicolas 1 ne lui reconnaissait pas. Car depuis Napoleon Bonaparte et la très célèbre bataille de la Moscova( où Napoleon avait forcé les Russes à brûler la ville de Moscou), les relations entre la France et la Russie étaient en froid où chacun héritait de la situation pour ainsi dire. Et dans ce contexte politique et historique bien particulier, les moines orthodoxes avaient eux aussi des ambitions principalement religieuses. Mais n'avaient jamais exprimé d'une façon officielle que le Saint Sépulcre pût être aussi placé "sous le protectorat de l'Église orthodoxe" Car celle-ci savait très bien que le nombre des moi-nes catholiques, les franciscains, à Jerusalem était majoritaire. Et pour ambitionner ce possible changement (de se saisir enfin du tombeau du Christ), elle dut attendre plusieurs décennies et surtout l'effet de cette forte immigration des moines orthodoxes à Jerusalem. Et quand ils furent assez nombreux des querelles s'ensuivirent pour prendre le pouvoir. Au cours de ces querelles, un vendredi saint du 10 Avril 1846, on dénombra une quarantaine de morts! Ce qui fut assez surprenant de la part de moines, n'est-ce pas?

A la suite de cela, les autorités calmèrent la situation en convoquant les parties concernées et leur demandèrent des explications. Mais chacune campant sur ses positions, ils durent envoyer des lettres au Vatican et à la cour de Russie pour leur exposer le problème et surtout trouver une solution. La France et l'Eglise du Vatican étant légitimes depuis des lustres pour garder le Saint Sépulcre, la Russie ne s'y opposa pas, car elle ne voulait pas entrer sur ce terrain où une simple querelle de moines pouvait dégénérer en guerre de religion, ce que le tsar de Russie ne désirait pas. Mais pour l'instant ce qui l'intéressait, c'était de moderniser son armée et les voies de communications aussi bien sur terre que sur mer. Le chemin de fer était alors une invention d'une grande modernité de même que les navires de guerre pouvaient enfin utiliser la vapeur pour traverser les mers et les oceans..de quoi acheminer des troupes là où on le souhaitait! pen-sait-il plein d'ambitions démesurées.

Londres le 18 Juillet 1853

L'amiral Brestjone, avant d'aller au ministère de la guerre, était allé au palais de Buckingham pour informer la reine de son arrivée. Et dans la tradition aristocratique anglaise, c'eut été com- me une impolitesse de sa part de ne pas lui rendre visite et de lui témoigner sa totale soumission. Après le baise main très officiel, celle-ci l'entraîna dans ses cabinets privées afin de parler un peu plus intimement.

-Alors, mon cher Moriss, comment vous portez-vous?

-Majesté, je me porte à merveille!

-Et votre voyage s'est-il bien passé?

-Pour ne rien vous cacher, majesté, je suis parti dans des conditions météorologiques effroyabl-es, mais heureusement que la pluie s'est calmée en chemin.

La reine, qui semblait avoir un peu de mal à garder la position debout, dit à Moriss : Asseyons- nous, vous le voulez bien? Majesté, je suis à vos ordres! lui répondit-il, ce qui faillit déclencher chez Victoria, un petit rire.

-Allons Moriss, nous sommes entre nous! et ne gâchons pas ces moments par des convenances inutiles. Vous savez bien que je vous estime beaucoup et particulièrement pour vos remarques toujours pertinentes sur la politique que je dois mener pour mon pays.

-Majesté, je vous remercie beaucoup et j'espère ne pas vous décevoir dans ce conflit avec le tsar de Russie, Nicolas 1.

-Vous voulez parler de ce fou?

-De ce fou, majesté?

-Oui, de ce fou! Car son père Paul 1 avait une haine maladive contre sa mère (Catherine 2) qui soi-disant avait tenté de l'assassiner pour mettre a la place sur le trône, son petit fils, Alexandre qu'elle adorait. A la mort de sa mère, Paul, très intelligemment, brûla tous les papiers concern- ant la succession qu'elle avait planifiée et c'est ainsi qu'il accéda au trône. Ce fou de Paul remit même en usage, une vieille tradition moyen-âgeuse, comme les châtiments corporels à l'egad des nobles qui ne lui obéissaient pas!

-Majesté,  comme vous le disiez, il y a de forte chance que ce dernier ait hérité des mêmes tares que son père!

-Ah! Ah! Ah! ria la reine.

-Ah! Ah Ah! ria Moriss qui souhaitait participer au cynisme de la reine.

-Et votre femme, comment va-t-elle?

-Oh ne m'en parlez pas! Elle en fait toujours des siennes. La dernière fois, où nos étions avec des amis, Madame a demandé à boire du café. Je vous dis pas le scandale qu'elle a provoqué aut- our de nous qui tenons tant à la tradition du tea-break!

-Elle a osé faire vous faire ça?

-Oui, majesté. Et j'ai aussitôt donné l'ordre a ma gouvernante, miss Beldon, qu'à partir de ce jour il ne rentrerait au château plus le moindre grain de café!

-Et comment l'a-telle pris, votre femme?

-Oh, elle est partie en furie en me disant qu'elle le boirait désormais dans sa chambre! Mais je crois que c'est une de nos servantes qui lui ramène en cachette. Des jours, je vais a la chasse au pot de café en fouillant partout jusque dans ses affaires. Mais elle le cache si bien que je ne le trouve jamais. Peut-être le cache t-elle dans un trou dans le mur, je ne sais pas?

-Votre femme a des origines françaises, ne l'oubliez pas, mon cher Moriss!

-Oui je le sais, mais je n'y peux rien..

-Les français par nature sont insolents et votre femme a malheureusement hérité de toutes ces tares. Les Français ne respectent rien. Regardez avec la revolution de 1789, comment ils ont gu-illotiné leur Roi et tout ça pourquoi?

-Pour en revenir au même point de départ! coupa Moriss.

-Oui parfaitement. Et maintenant qu'ils ont nommé un pseudo empereur, Napoleon 3, ils comm- encent à comprendre enfin que l'aristocratie a des avantages que la democratie ou la republique n'a pas, comme le pouvoir fort et surtout un pouvoir humain et non système ou une machine inventé par des intellectuels!

Moriss, surpris par les remarques pertinentes de Victoria, était aux anges et la regardait comme une idole. Ma reine est un génie et elle ne le sait même pas! pensa-t-il fièrement.

-La révolution a appauvrit la France, c'est un fait indéniable. Mais qui nous arrangeait bien, à vrai dire.

-Oui, c'est parfaitement exact, majesté!

-Mais je remarque aussi, avec le retour d'une certaine aristocratie, que les français se lançent à nouveaux dans les affaires avec les colonies.

-Oui je sais..mais je pense que c'est le moindre mal, n'est-ce pas?

-Pas vraiment, car ils nous font une lourde concurrence.

-Mais nous essayons de les contrer, grâce aux navires de sa royale majesté qui font un travail remarquable pour leur reprendre nos anciennes possessions. Les Français sont tellement maladr- oits dans leurs colonies qu'ils font plus de la repression qu'une veritable politique commerciale. Et je pense qu'à l'avenir, ça leur jouera des tours, c'est là mon sentiment.

-Et nous, comment nous traitons nos indigènes? demanda subitement Victoria.

-Heu..je ne vous cacherai pas la vérité, majesté, mais nous constatons certains abus de la part de nos gouverneurs.

-Ah oui?

-Oui, majesté.

-Et je pense qu'on devrait leur envoyer une circulaire afin de les calmer un peu et surtout leur faire comprendre que les actes de barbaries ne sont pas bons pour le commerce!

-Vous avez entièrement raison, Moriss, et je demanderai au parlement qu'on prenne cette deci- sion.

-Majesté, je veux vous rassurer, mais nous ne sommes pas les seuls dans ces problèmes d'actes de torture; les français font de même avec leurs indigènes en Afrique.

-Sommes-nous obligés d'être si cruel envers ces gens? demanda Victoria prise soudainement de pitié.

-Oui, dans certains cas, majesté. Car il subsiste toujours de la resistance de la part des plus extr- êmistes qui fomentent des révoltes, afin que les esclaves désertent les champs de cultures et les mines.

-C'est vraiment un grand préjudice pour nous?

-Oh oui, des millions de livres sterling par an! 

Chez les Français, les indigènes fuient les plantations pour se cacher au fond de la jungle et il en sont rendus à faire des battues pour les retrouver. Et s'ils ne veulent pas se rendre, excusez-moi, d'être cru, Majesté, mais ils les abattent comme des sangliers!

-Bon, s'ils ne veulent pas se rendre, c'est de leur entière responsabilité, n'est-ce pas?

-Oui, parfaitement, Majesté! Et la couronne britannique est malheureusement obligée d'être intr- ansigeante envers ces personnes qui voudraient s'opposer a ses intérêts ou à son expansion tout a fait légitime. Car nous apportons à ces populations, souvent inalphabêtes, le progrés, bref, la modernité!

-Mon cher Moriss, vous avez entièrement raison; on ne pas vivre toute sa vie dans l'ignorance et cacher au fond de sa jungle, peuff..

-Majesté, je ne peux que louer votre bon sens et votre clairvoyance.

-Oui, clairvoyance, mais il est vrai, obtenue grâce à vous.

-Oh c'est trop Majesté!

-Non, non, ne soyez pas modeste, Moriss. Car je dois reconnaître que le talent et l'objectivité que vous mettez dans nos discutions est d'un grand secours pour moi, la reine d'Angleterre, a qui personne ne veut confier ses états d'âmes ni ses visions d'avenir par crainte d'être enfermé a la tour de Londres.

Moriss, entendant cela, faillit lâcher un rire, mais se retint en se disant : Mon dieu, ma reine a vraiment le sens de l' humour et c'est pour cela que je l'aime.

-Reconnaissez, mon cher ami, que c'est un vrai handicap pour moi de mener une vraie politique dans mon propre pays. Car comment faire confiance au premier venu qui voudrait soi-disant être mon confident? Pas facile, n'est-ce pas?

-Oui, majesté et je peux comprendre entièrement vos doutes sur ces questions. Mais je suis là pour vous aider, ma chère Victoria, et personne ne pourra détruire notre amitié et cette confiance mutuelle que nous mettons à toutes nos conversations. Victoria, vous être une femme très intell- igente et je doute fort qu'on puisse vous trahir par ignorance!

-Et votre femme par rapport à moi qu'elle est-elle? lança-t-elle soudainement à Moriss qui se sentit aussitôt transporté par la passion de son idole, sa reine.

-Rien, pour vous dire la vérité, Majesté! répondit-il en se mettant à genoux devant sa reine com- me pour l'implorer.

Oh ma chère Victoria! dit-il en se saisissant de ses mains brûlantes de désirs, je veux vous aimer toute ma vie. Aimez-moi comme je vous aime, je vous en supplie!

Victoria, aucunement gènée par l'ardeur de Moriss, ne lâcha point ses mains des siennes, mais les lui laissa afin que ce dernier les baigne de ses pleurs. Ainsi idolatrée, elle se sentit comme bé- nie des dieux et se disait, je peux mettre à mes genoux tous les hommes de la terre si je le veux! Puis stoïque, elle retira ses mains de celles de Moriss et les lui posa sur la tête comme une mère aime tant passer sa main dans les cheveux de son enfant. Moriss, dit-elle en lui chuchotant à l'or- eille, je vous aime, mais gardez-le pour vous!

Moriss, transporté de reconnaissance, leva les yeux et lui posa un baiser sur le front. Son cœur et son âme en fusion, il avait le vif sentiment d'avoir accompli une grande chose ce jour-là, celui d'avoir conquis le coeur de son idole. Puis se relevant dignement, il réajusta ses décorations sur sa poitrine et attendit que la reine lui dise de partir. Et comme la tradition royale l'exigeait, on ne devait jamais tourner le dos à sa majesté d'une façon impromptue, mais attendre son signal.

-Avant de vous abandonner, mon cher ami, dit la reine, jeudi prochain je serai au parlement afin de faire voter le budget pour la guerre que nous allons mener contre les Russes et j'espère bien vous y retrouver...

Majesté, en tant que Lord, ma place a toujours été auprès de mes amis les plus sincères! dit Mo- riss un peu pompeusement.

Que dire de cette étrange relation que l'amiral Bretjones entretenait avec la reine Victoria? se demandait Alfred en reposant son stylo sur sa feuille. Sur cette question, il semblait dubitatif; mais les doutes s'envolèrent quant il comprit que cet amour hors catégorie ne pouvait qu'enge-ndrer chez sa femme, Josepha, une terrible jalousie qui la mettait dans une totale situation d'im-puissance (vu qu'elle ne pouvait se venger sans toucher indirectement à la reine) en la faisant ho-rriblement souffrir. Avec le réel sentiment que son mariage était un fiasco en se demandant pou-rquoi elle s'était mariée avec cet homme vaniteux? Pour elle, c'était la grande question que tou-tes les femmes devaient se poser après les premières années de mariage avec un homme qu'elles commençaient véritablement à connaître. La vie de couple allait leur apprendre ce qu'ils étaient réellement l'un pour l'autre où certaines avaient eu la chance de tomber sur des hommes mervei-lleux, alors que d'autres sur des salopards et s'en rendaient compte que maintenant! pensa-t-elle écoeurée. Moi, je suis tombé sur un monstre qui n'aime que la mort et la gloire où parler d'am-our le fait rire et c'est pour cette raison que je m'intéresse de plus en plus à la politique. Car l'a-mour, vu sous un angle politique, est une chose très intéressante à envisager où on s'arme d'arg-uments pour avoir raison et son adversaire mis à terre ne peut alors que vous admirer ou vous hair, mais c'est le risque à prendre. De là à dire que c'est de l'amour, on en est très loin, mais on s'y rapprocherait tout de même. La dernière fois, face à mon mari, j'avais tellement bien argum-enté sur le sujet de nos colonies, où j'étais contre, que la nuit suivante il m'a fait l'amour comme un dieu, comme pour me prouver que c'est lui qui voulait avoir le dernier mot. Les hommes sont assez étranges, ne trouvez-vous pas? Voyant ces résultats concrets, je me suis abonné au "Times" et au "Punch" pour me tenir au courant de l'actualité.

Mais je crois que ça le barbe de savoir que j'en sais plus que lui et il commence a me délaisser par simple stratégie. Car je n'oublie en rien qu'il est un militaire et que l'amour pour lui n'est qu' une futilité. La dernière fois, ma cousine, miss Chalson, m'a apprise que ces messieux, quand ils faisaient la guerre dans les Caraïbes, ne se gênaient pas pour faire monter des femmes à bord. Je pense que mon mari doit faire de même avec ces filles qui, parait-il, sont très belles et surtout ont des moeurs d'une très grande légèreté. Peut-être n'aime t-il que les filles faciles et que les fe-mmes blanches très cultivées le dégoûtent, au point d'avoir l'impression de faire l'amour avec un cerveau et non avec une femme?

Toutes ces interrogations, parfaitement justifiées, tournaient dans la tête de Josepha qui, malgré ses bonnes intentions, ne pouvait apaiser son instinct de femme qui souhaitait se venger de cette humiliation. Même si dans cette histoire, vieille comme le monde, les hommes avaient toujours eu le beau rôle en sachant que les femmes cherchaient toutes a se marier et donc faisaient le mi-nimum pour les séduire, bref, en bâclant souvent le travail, si l'on peut dire. Et son instinct de femme ne s'était pas trompé sur cette étrange relation qu'elle avait avec cet amiral de sa royale majesté qui entretenait en cachette une relation epistolère avec la reine. Avec cette certitude que l'amour qu'il lui vouait était plus fort que celui qu'il voulait bien lui accorder en ne pouvant plus le supporter. Pour elle, cela ressemblait à une relation homosexuelle ou sado-masochiste. Peut-être qu'un jour ils passeront à l'acte? se demandait-elle orageusement.

Alfred, réfléchissant à tout cela, reprit la plume et retourna à Londres, où l'amiral Bretjones était attendu au ministère de la guerre par ses collègues. 

Mais avant de retourner dans ce lieu prestigieux dont les Etats accordaient étrangement des cré-dits illimités, alors qu'il était le ministère de la mort et non celui de la vie! Mon cher lecteur, fai-sons un petit tour d'Europe et d'Orient afin de nous faire une idée sur la situation politique, éco-nomique, technique et artistique en ce mois d'Octobre 1853, si vous le voulez bien.

En France, Napoléon 3, neveu de Napoleon 1 que sa mère Hortense de Bauharnais appelait oui- oui pour son caractère aimable et docile, accéda au pouvoir, à la présidence de la république, le 10 décembre 1848 grâce à ses amis les notables, mais aussi grâce à l'engouement du peuple qui voyait en lui le sauveur de la France qui économiquement déclinait depuis la chute de Napoleon Bonaparte. Se voyant ainsi le digne succésseur de Bonaparte, ses ambitions de grandeurs prirent le dessus et l'entraina à faire un coup d'Etat le 2 decembre 1851 avec ses amis du parti de l'Ordre pour ensuite se faire couronner empereur des Français le 14 janvier 1852 comme son oncle. Ai-nsi naquit le second Empire Français tout en soulignant au passage, au lecteur curieux d'anec-dotes, que le 2 décembre 1851 était la date d'anniversaire du sacre de Napoleon et de Joséphine! Bref, tout ça pour dire que la France avait besoin à ce moment de redorer son blason qui, depuis les defaites de la grande armée, avait bien ternis. Ce que Napoleon 3 en fin politique avait très bien compris en allant dans le même sens que l'opinion du peuple en lui proposant le suffrage universel masculin. Victor Hugo, qui avait alors un égo aussi gros que la colline de Montmartre et se prenant pour l'educateur du peuple, ne le supporta pas et le traita de "Napoleon le petit" de même écrira les châtiments, un livre de poésies satiriques pour se venger. Ce qui provoqua dans l'opinion publique une veritable fracture avec ses soi-disant idées progressistes, car ce dernier n' arrivait pas à comprendre que le peuple avait besoin de rêver lui aussi à quelque chose de grand, comme à la gloire passée de la France! Il y eut bien un debut d'insurrection à Paris, mais celle-ci ne fut pas suivi par l'ensemble des parisiens qui soutenait alors Napoleon 3 et fut écrasée par l' armée en quelques jours. On denombra une centaine de morts du côté des insurgés et près de 20 000 arrestations selon la police. Mon cher lecteur, afin d'expliquer cette haine vindicative que Victor Hugo portait à Napoleon 3, il est important de se rappeler que notre grand poète en 1848 était maire à Paris du 8 ème arrondissement et que pour faire son job, comme on dit, il avait dû envoyer les forces de l'ordre pour réprimer les insurgés, ce qui lui restera toujours au travers de la gorge, lui qui rêvait un jour de devenir une popstar de la bonne conscience populaire, mais dont le rêve fut anéanti par Napoleon 3, l'homme qui le força a agir contre sa conscience politiq-ue. Bref, afin d'éviter la vindicte populaire et la manu-militarie d'Etat, il dût s'exiler à Bruxelles, puis sur l'ile de Jersey où là-bas, il n'eut aucun problème pour se loger dans une belle propriété grâce à sa fortune personnelle : fortune que son père, général d'empire, lui avait laissé comme héritage.

Ne nous le cachons pas, mais Victor Hugo était un homme très triche en son temps, comme Vol-taire, ce qui leur permettait des libertés hors du commun et de faire entendre leur mot à eux, bref, leur génie qui sans l'argent n'aurait jamais existé! Mais ne disons pas de mal de nos grands hommes d'esprits, car ces derniers étant morts, cela est bien trop facile pour nous maintenant, co-mme vous le conviendrez. De toute façon, Victor Hugo, malgré son éloignement avec la France, arrivait toujours à occuper ses journées et justement avait commencé à jeter sur le papier ses pr-emières idées pour un futur grand roman historique où la France serait le héros principal et la ré-volution la toile de fond. Le titre étant tout trouvé "Les misères" mais qu'il changera définitive-ment par "Les misérables" vu sa situation où il se sentait tout particulièrement concerné, alors que ce n'était pas le cas. Mon bon, le malheur des grands hommes a si peu de ressemblance avec le malheur des petites gens qu'il nous faut aussi leur accorder cette petite jouissance, n'est-ce pas? Ah!Ah!Ah! Et quand notre grand homme d'esprit avait un peu marre d'écrire debout face au spectacle grandiose de la mer, il organisait avec ses amis des séances de spiritisme où ensemble ils arrivaient à faire parler les morts ainsi qu'à faire tourner les tables! Oh mon pauvre Victor, l' ami de Voltaire et de la Raison, était tombé en quelques semaines dans la sorcellerie, bref, dans l' obscurantisme! Il ne faisait aucun doute que son éloignement de Paris et des lieux du pouvoir n'avaient fait qu'attiser sa haine et sa jalousie envers Napoleon 3, mais aussi envers la reine Vict-oria qu'il critiqua ouvertement un jour aux gens de l'île. La réponse fut alors immédiate et, une seconde fois, notre grand homme fut expulsé et dût partir sur l'ile voisine de Guernesey. Mais grâce à sa fortune, il n'eut aucun problème pour se reloger confortablement dans une très belle proprièté qu'il possédait à laquelle il avait donné le nom d'Houseville.

Mais pour en revenir à notre cher Napoleon 3, tout son entourage consentait qu'il était un piètre militaire ou homme de guerre, mais reconnaissait en lui un homme intelligent fait pour la recon-ciliation nationale. N'allons pas dire populaire, car le petit peuple avait toujours du mal à se nou-rrir correctement et à trouver du travail. Et Paris était décrite à l'époque comme une ville sordide et très sale où s'entassait le petit peuple dans des baraquements datant quasi du moyen-âge où l' épidémie de Cholera, qui eut lieu en 1832, fera plus 32000 victimes! Sans oublier, mon cher lec-teur, les poèmes de Baudelaire où vous sentirez toute la noirceur de Paris avec ses prostituées qui vous aguichaient en retroussant leurs jupes à votre passage ainsi que tous ces mendiants cra-sseux qui vous demandaient une pièce à chaque coin de rue!

N'excluons même pas"la bourse ou la vie" si vous vous etiez perdu durant la nuit dans les rues de Paris! Tout ceci avait fini par rendre malade notre poète romantique au point de décrire son mal comme une maladie des temps modernes qu'il appellera le spleen. Mot d'origine anglaise, mais sans équivalence en français, signifiant pour lui, non plus la mélancolie connue de tous les rom-antiques, mais plutôt une grosse fatigue ou désoeuvrement issu, il faut le dire, de cette noirceur urbaine. Pour oublier son mal, Baudelaire, comme un fou, se jetait corps et âme dans les paradis artificiels : jeux, alcool, prostituées et opium. Opium qu'il prenait en toute légalité (car non con-sidéré à l'époque comme un stupéfiant pouvant nuire à la santé de la population) et ceci dans un club qui avait pignon sur rue qui s'appelait les club des hashichins. Victor Hugo avoua un jour, en lisant les poèmes de Baudelaire, y sentir comme un nouveau frisson, mais refusa d'y adherer en y préssentant comme la perdition de l'homme moderne: lui l'educateur du peuple et le notable qu'il était devenu. Et si je vous ai parlé de Charles Baudelaie, croyez le bien, ce n'était pas du tout anodin. Car son beau père, le général Aupick, était au parti de l'Ordre qui avait organisé le coup d'Etat du 2 decembre 1851 pour installer Napoleon 3 au pouvoir. N'allons pas dire que sa haine venait de là, mais plutôt de sa mise sous tutelle par sa mère et par son beau père : tutelle qu'il se-ntit très tôt comme un obstacle à sa vocation de poète épris de libertés et d'experiences borderli-nes menant, n'ayons pas peur de le dire, jusqu'au sordide. Sa mère et son beau père, connaissant les frasques du jeune homme, voulait, en fait, le protéger contre sa nature phantasque de poète qui l'entrainait souvent à faire de mauvaises rencontres qui sans états d'âmes l'auraient bien dép-ouiller de la fortune qu'il avait hérité de son père Joseph-François Baudelaire, ancien prêtre défr-oqué( pour la petite anecdote). Mais visiblement, une incomprehension totale entre une mère et son fils qui avait oublié l'époque dans laquelle il vivait où l'ordre était le nouveau diktat!

Moi même, je suis frappé par l'ignorance de Charles Baudelaire en matières politiques. Etait-il vraiment si bête que cela pour vouloir ignorer les souffrances du peuple et le destin d'un pays qu' était la France ou bien haïssait-il tout simplement le monde social, lui, le dandit, le grand égoïste aimant jouir à tout prix? Mon cher lecteur, je vous laisse méditer sur cette dernière question qui, somme toute, est cruciale pour comprendre la nature humaine où le destin collectif se mêle tragiquement aux destins individuels, n'est-ce pas?

Mais éloignons-nous, vous le voulez bien, de ce monde plein de noirceurs et allons plutôt du cô-té de la lumière vers notre cher Napoleon 3 qui, Empereur de tous les Français depuis le 2 déc-embre 18 52, voulait redonner à la France tout son prestige et son honneur, ce que les Français désiraient tous au fond de leur cœur malgré une misère persistante. Et les projets ne manquaient pas et étaient immenses pour le nouvel Empire, qui souhaitait augmenter ses richesses en annex-ant de nouvelles colonies en Afrique sud-saharienne, en oceanie, aux Caraibes ainsi qu'en Indo-chine. Et la chance semblait lui sourire, puisque la Nouvelle-Caledonie venait tout juste d'être proclamée nouvelle colonie pour le bonheur de l'Empereur qui rêvait de rebâtir entièrement la ville de Paris dont les promenades avec ses amis de la "haute" lui donnaient souvent la nausée. Et c'est durant l'un de ces pénibles marathons, où souvent il se pinçait le nez pour ne pas mourir as-phyxié, qu'il eut l'idée d'assainir cette ville en sachant que l'insalubrité causait beaucoup d'epidé- mies comme je vous le mentionnais précédemment. Bref, redonner de l'air pur à la ville de Paris, de la lumière et de la sécurité pour ses habitants et le pouvoir en place : où l'armée pourra, en cas d'emeute, charger la foule sur les grandes avenues et lui tirer des boulets de canon, si cela était né-cessaire. Sans oublier le tout habillé d'un bel écrin fait d'immeubles bourgeois pour redonner à Paris tout son prestige. Voilà à quoi Napoleon 3 rêvait en ce moment dont la voix ne fut pas longue à être entendue parmi ces nouveaux ambitieux qui voulaient se faire un nom dans ce nou-vel Empire.

Georges Heugène Haussman, le futur baron Haussman, architecte de profession connu pour ses vues très modernes sur l'urbanisme, profita de l'occasion pour lui presenter ses plans mégaloma-niaques où, il faut le dire, il n'y allait pas de main morte. Puisqu'il voulait démollir la moitié de Paris pour tout reconstrure afin d'en faire une ville digne de ce nom. Etrangement Napoléon 3, qui était fasciné par cette idée de tout démolir pour tout reconstruire selon ses plans (gloriole tout à fait française!) s'enthousiasma aussitôt pour ce projet pharaonique et accepta l'offre d'Eu-gène Haussman. Bref, reconfiguer Paris par de grands avenues et boulevards telle était la grande idée d'Haussman pour résoudre le grand problème des villes où la surpopulation était synonyme d'insécurité, d'insalubrité et d'épidémies. Et pour rester humain, on aménagerait des parcs pour la santé des parisiens en renouvelant l'air de leurs poumons (Vincennes, boulogne). Mais on constr-uirait aussi des églises pour amoindrir les effets de l'industralisation sur l'âme des gens etc. Bref, en ce moment, on ne pouvait pas être plus clair avec lui! pensait Napoleon 3 où Paris serait saig-née par de grosses artères pour enfin la guérir de son mal en étant prêt à sacrifier la moitié de la population en l'envoyant dans les banlieues. Voilà donc où se trouvait l'injustice qu'il allait com-mêtre sur ces pauvres parisiens et sur ces nouveaux expropriés au point d'appeler désormais le baron Haussman "Attila" ou en langage moderne le buldozer. Mais Napoleon 3, en fin politique, savait qu'en donnant du travail par ce vaste chantier aux parisiens qu'il allait se faire aimer par ces derniers et il ne se trompa point. On avait estimé le projet à 500 millions de francs or et, l' empereur aimant la dépense et le luxe, engagea son gouvernement à souscrire cet emprunt auprès des banques d'affaires où la speculation immobilière devien-drait le nouvel Eldo-rado!

Comme vous le voyez, mon cher lecteur, cette transition tombe à pic pour parler de la littérature qui n'est pas pour moi un art, mais fait partie de la politique et de la spéculation pour être clair avec vous. Et je m'excuse auprès de ceux qui pourraient croire le contraire, mais je suis perso-nnellement convaincu qu'on écrit par réaction contre la sociète et non pour la sublimer.

Et que ceux qui la subliment ne sont sûrement pas de vrais écrivains, mais plutôt de fins politol-ogues ou hommes d'affaires; la frontière étant proche comme vous le conviendrez. Je dis cela, car beaucoup de gens font l'amalgame entre l'art, qui n'a de but que lui même, et l'art marchand dont la littérature fait partie malheureusement. Je ne nierai pas que certains ouvrages ressemble à s'y m'éprendre à des chefs-d'oeuvre, je veux bien vous le concéder. Mais ceci n'est qu'un trompe l'oeil en comparaison avec les oeuvres produites par la sculpture et la musique où l'on ne peut pas mentir sur ses sentiments et sur ses idées. Regardez de près ces chefs-d'oeuvre littéraires et vous y verrez tout un foisement de materiaux fait de spéculations politiques, économiques, intel-lectuelles, sociales, philosophiques dont le seul but est de vous séduire afin de vous faire acheter le livre et enrichir au passage les maisons d'éditions, Ah!Ah!Ah! Personnellement, je n'ai rien co-ntre le commerce ou l'activité economique qui est vitale pour un pays et le bonheur de ses habit-ants. Mais ce que je voudrais dire ici, c'est seulement rectifier la vérité et remettre les choses à leur place et ne pas faire de ces grands écrivains les sauveurs de la culture ou de la nation, car le-urs oeuvres sont truffées de mensonges et d'erreurs! Bref, des mensonges en vu de tirer la couve-rture vers soi par des propos demagogiques ou populistes pour induire en erreur le peuple et l' entrainer vers sa perte. Vous constaterez par vous même combien de petits livres sont truffés d' erreurs intellectuelles et philosophiques, comme le contrat social de Jean-Jacques Rousseau, le capital de Karl Marx et le petit livre rouge de Mao etc qui on entrainé des millions de morts par-mi la population! Alfred Swan, qui semblait méditer sur ce grand gâchis humain, reposa sa plu-me sur sa page d'écriture et mit sa tête entre ses mains, comme si cette plongée dans le passé l' avait mis en fureur contre cette humanité si bête qui était prête à croire au premier venu qui lui promettait le bonheur! Dégoûté, il faillit vomir et partit dans la cuisine boire un verre d'eau fraî-che, mais surtout revoir la lumère du jour qui ne trichait avec personne en symbolisant pour lui la vérité de se savoir toujours en vie!

Le reste pour lui, c'était de la littérature et du mensonge de masse, mais il est vrai parfaitement humain puisque en adéquation avec l'état de nos moeurs, n'est-ce pas? Alfred, prenant conscien-ce qu'il faisait partie lui aussi de ce grand mensonge orchestré par la vie, repartit dans son bureau se replonger dans son roman où mensonges et vérités s'affrontaient avec violence. Comprenez bi-en, mon cher lecteur, que mon but n'était pas de démollir la littérature, mais seulement l'idée qu' on s'en faisait en France où on la plaçait au dessus des nuages comme une divinité! Moi, je la placerai bien en dessous de la musique et de la sculpture. Quant à la peinture moderne ou classi-que n'en parlons pas, car elle était devenue de la pure spéculation économique! Les oeuvres du passé étant désormais pour nous de pures fictions, puisque complètement dépassées par notre ré-alité d'aujourd'hui, je les considère comme des objets morts qui ont été vendus, puis digérés par des hommes et des femmes qui ne sont plus de ce monde. Ceci est, je crois, très important à sou-ligner afin de se donner une idée de ce qui cogite dans la tête d'un écrivain où la réussite sociale est son grand souci. Comme Emile Zola qui se prenait en son temps pour le porte parole de la bonne conscience populaire, Ah!Ah!Ah! Mon dieu, encore une de leurs extravagances à nos chers écrivains! Visiblement, il était très facile de faire rêver les pauvres, n'est-ce pas?

Mais en cette année 1853, Emile Zola était bien trop jeune pour pouvoir dire son mot contre Na-poléon 3( qu'il aurait bien volontier assassiné avec des mots s'il avait été connu à ce moment là). Mais par chance pour la socièté française, Emile n'avait alors que 13 ans et son père, d'origine Italienne et ingenieur de profession, était mort d'une pneumonie en 1847 après avoir travaillé co-mme responsable à la constuction du barrage de Zola à Aix-en-Provence : chantier dont il avait obtenu la concession grâce à la socièté qu'il avait crée avec ses partenaires : la Socièté du canal Zola. A la suite de ce déces et la faillite de sa socièté, ce fut une longue descente aux enfers pour la famille Zola dont Emile, l'enfant unique et tres choyé par sa mère, allait s'en souvenir toute sa vie au point de vouloir un jour se venger contre la socièté capitaliste(qu'il haissait de tout son coeur!) quand il sera célèbre. Ayant vécu pauvrement pendant son adolescence et sa vie de jeune homme, on pouvait bien évidemment le comprendre!

Mais le comble en ce moment, c'est que tout allait mal pour lui par le fait que ses professeurs ne le trouvaient pas très intelligent et peu doué pour les études, mais avait une tenacité digne d'un fils d'immigré iltalien, comme celle de son père. Le jeune Emile, se sachant peu doué de capaci-tés intellectuelles, échoua par deux fois au baccalaureat! Bref, broyant du noir, il ne voyait pas comment s'en sortir. Mais étrangement, un livre allait l'aider à sortir de ce tunnel bien noir, com-me vous le conviendrez, mon cher lecteur. Honoré de Balzac en 1831 avait publié un conte fant-astique intitulé "La peau de chagrin" qui faisait partie de ses etudes philosophiques et n'aurait ja-mais pensé que ce petit livre allait sauver notre pauvre Emile de la misère, mais surtout de ce marasme ambiant où l'avait plongé ses faibles capacités intellecuelles, mais toute fois armées d' une tenacité hors du commun. Ce conte racontait l'histoire d'un jeune écrivain raté qui, ayant perdu son dernier sous au jeu, comptait se jeter dans la Seine pour en finir avec cette vie qui n'en valait plus la peine. Mais poussé pour une raison inconnue par son bon ou mauvais génie, il en-tra chez un antiquaire comme pour se distraire une dernière fois. Et là étrangement, le proprié-taire des lieux, sentant le desespoir du jeune homme, lui proposa une peau de chagrin qui lui permettrait de réaliser tout ses rêves, mais avec la contrepartie de vieillir prématurement vu que la peau se réduirait au fur et à mesure que tous ses desirs seraient exhaussés. Le jeune homme, vu sa situation proche du suicide, se jeta sans hésiter sur l'occasion pour sortir de la misère et l' emporta avec lui, le coeur léger, cela s'entend. La suite semble comme un rêve pour le jeune ho-mme qui avait écrit au temps de ses vaches maigres, un livre sur la théorie de la volonté, mais refusé par toutes les maisons d'éditions pour des raisons d'argent et de relations. Bref, la peau de chagrin lui permettra de le faire publier et d'en faire un succés planétaire. Mon dieu, comme c'est beau la magie de l'argent, non?

Vous avez certainement compris, mon cher lecteur, que ce qui captiva notre cher Emile, ce ne fut point le côté fantastique de ce conte, mais plutôt la partie concrête symbolisée pour lui par la théorie de la volonté : théorie qui allait appliquer à sa vie afin d'écrire son oeuvre litteraire bâtie sur l'histoire des Rougon-Macquart: fresque romanesque d'une famille sous le second empire où le génie bien evidemment n'entrerait pas en jeu vu que la volonté était synonyme d'un long trava-il harassant et non de dons exceptionnels que vous avait donné gratuitement la nature, mais que malheureusement Emile Zola n'avait pas hérité. Bref, c'était tout à fait son cas et ne se le cachait pas. Et puis rappelons, à notre cher lecteur, que nous vivions alors au siècle du travail que Rim-baud, le poète maudit, jugera sévèrement comme un siècle à bras! Alfred, qui méditait sur cette question du génie, se mordait un peu les doigts en ce moment, car qu'était le genie sans le travail ou le génie à l'état pur? Lui même en ce moment n'était-il pas en train de se contredire en écri-vant son roman en luttant contre la pesanteur de son esprit? Peut-être bien que oui ou peut-être que non? se demandait-il au fond de son âme. Car pour le flambeur des salles de casinos qu'il était, le génie n'était en aucune façon le fruit d'un long travail dur et harassant, mais avait l'éclat d'un coup de dés sur le tapis vert où l'on mettait sa vie et son destin en jeu. Voilà ce qu'était pour lui le génie, une idée fulgurante suivie d'un geste admirable et non véritablement réfléchi. En resumé, une idée géniale suivie d'une action dont l'ensemble formait un tout d'une grande pu-reté où fond et forme ne faisait qu'un. Bref, un métal d'une grande pureté ou si vous voulez une véritable oeuvre d'art en comparaison avec ces oeuvres littéraires faits de materiaux impurs. Alfred s'est toujours senti aristocrate au fond de son coeur et non monarchiste, comme on aurait pu le croire. En fait, ce qu'il admirait chez les aristocrates, c'était leur goût de donner aux autres l'envie de se depasser, bref, de dépasser cette triste réalité où il n'y avait rien à attendre afin de créer du beau dans la vie. Et que cet autre soit riche ou non, là n'était véritablement pas la ques-tion!

Mais étrangement, cette grande idée aristocratique fut très mal comprise par le peuple français qui par un manque évident de finesse ou d'éducation la confonda avec la domesticité! Bien évid-emment, tout cela ne pouvait en fin de compte que mal se terminer, comme vous le conviendrez, mon cher lecteur. Mais revenons à nos moulins et explorons à nouveau ce vaste monde que nous offre la littérature pour comprendre qu'elle est nullement un art, mais de la pure spéculation po-litique, intellectuelle et économique afin d'agiter le monde par ses côtés les moins nobles. Puis-que réalisée à l'ombre du danger, il faut s'attendre qu'elle vous terrasse par derrière et non par de-vant comme le génie le ferait afin de vous donner une chance de vous defendre, n'est-ce pas? En fait, je crois que c'est là où se tenaient les véritables tensions entre la droite et la gauche où la droite est issue, on peut le dire, des idées aristocratiques et malgré qu'elle clame avoir la notion la plus républicaine de l'Etat. Alors que la gauche est issue d'un extraordinaire malentendu entre le peuple et les idées du depassement de soi pour atteindre la beauté! A ce sujet, Baudelaire ne s' était guère trompé en se moquant des idées socialistes ainsi que Chateaubriand qui le premier parla des communistes comme des gens qu'il n'arrivait pas à comprendre où l'individu n'avait pl-us de poids dans la socièté, mais seulement la masse! Bref, la théorie du socialisme. Etrangem-ent, Victor Hugo qui était intelligent et très riche connaissait parfaitement toutes ces nuances, mais restait à l'ecart de tous ces mouvements socialistes qui secouaient alors le monde et la soci-èté française, non par mépris, mais parce qu'il se sentait avant tout Français et non internationa-liste comme l'entendait le socialisme. Car au fond de son âme, il rêvait de devenir l'éducateur du peuple français, comme Rousseau, afin qu'il ne se perde pas dans de fausses idées où le bonheur leur serait soi-disant promis. Ne nous ne le cachons pas, mais Victor Hugo etait un homme de droite ainsi que Baudelaire et Balzac, alors qu'Emile Zola, malheureusement, un homme de gau-che!

En ecrivant ceci, Alfred avait le sentiment de se trahir sur ses idées politiques et devoiler son av-ersion pour le socialisme qui, selon lui, nivelait tout par le bas en interdisant aux vrais génies d' emerger afin de redonner à la France sa grandeur et sa vocation de mener le monde. Subitement, il se souvint de son adolescence où sa mère, ouvrière dans le textile, dévorait devant lui avec avi-dité toute l'oeuvre des Rougeon-Macquart, alors que lui n'arrivait même pas à en lire une ou de-ux pages sans qu'il ressente un profond dégoût, Ah!Ah!Ah! En fait, à son âge, il ne comprenait pas très bien pourquoi et était souvent chagriné en ne connaissant pas encore sa vraie nature qui était tournée vers la vie, vers le jeu et un génie qui ne demandait qu'à surgir hors de lui, mais que l'école republicaine allait lui ôter à cause d'un tyran qu'on appelle l'Egalité et qu'il s'en morderait les doigts toute sa vie! C'est pour cette raison qu'il s'était jeté dans le jeu d'argent afin de retrouv-ver cette étincelle de génie qui sommellait en lui. Car pour lui, seul le jeu avait encore les attrib-uts du génie avec comme livre préferé durant son adolescence, le joueur de Dostoievsky. Balzac faisait partie aussi de ses auteurs favoris avec sa comédie humaine qui l'avait bien amusé au temps de sa jeunesse extravagante et pleine de folies. Tandis qu'avec Emile Zola, c'était la grande déprime ou la grande descente vers le misérabilisme et l'apitoyement sur le petit peuple. C'était Victor Hugo puissance 4, bref, tout ce qui lui faisait horreur, non par mépris, mais parce qu'il avait senti derrière la facade de cet homme, le rêve du petit bourgeois, comme l'était celui de to-us ces ouvriers acculés au travail. Bref, rien de remarquable et d'extraordinaire, n'est-ce pas? A propos de Balzac, dans sa peau de chagrin, on peut y lire entre les lignes comme un résumé de sa vie où cet homme se ruinant au jeu, involontairement ou volontairement, on ne le saura jamais, remettait en jeu sa vie en se jetant comme un acharné sur sa table de travail afin de continuer son oeuvre, la comédie humaine.

N'ayons pas peur de le dire, mais Balzac n'avait en rien la mentalité d'un petit bourgeois, comme Emile Zola qui tresorisait son argent comme un écureuil. Le point commun qu'ils avaient tous les deux, c'était leur force de travail, mais avec des buts diamétralement opposés, comme vous l' auriez compris. Car Emile Zola, fils d'immigré italien, voulait reussir socialement alors que Ba-lzac voulait devenir un génie, bref, un continent entre les deux! Et étrangement cette prophétie s' est réalisée puisque aujourd'hui Zola est plus connu pour l'affaire Dreyfus que pour ses livres que plus personne ne lit, sauf si on lui donne gratuitement. Et la goutte d'eau qui fit déborder le vase pour Alfred Swan fut le "J'accuse" de Zola qui eut la lourde conséquence de faire passer le peuple français pour des antisémites! Voilà ce à quoi notre cher Emile était arrivé à faire contre son pays, la France, bref, une chose indigne qu'Alfred ne supportait plus à travers l'Histoire! Car ayant beaucoup d'amis juifs et non juifs, il ne décela jamais chez ces derniers un relent d'antise-mitisme ou de racisme. En fait, tout ceci démontrait qu'Emile Zola n'aimait pas beaucoup la Fr-ance, bref, comme tous les socialistes qui étaient portés sur l'internationalisme des idées. Et si l' affaire du capitaine Dreyfus (juif alsacien condamné par l'armée française pour espionnage age en vu d'aider l'ennemi, l'empire allemand, fut exploitée politiquement par les socialistes), cela montrait parfaitement les manoeuvres des socialistes qui, par manque de génie politique, étaient obligés d'inventer des scandales ou racisme et antisemitisme auraient été décelés chez les Franç-ais, afin bien évidemment de se donner le beau rôle et de s'accaprer la bonne conscience. Les soc-ialistes disent aux gens de droite : Vous n'êtes qu'une bande de voyous, alors que nous sommes des gens biens parce que nous aimons le peuple!

Alfred Swan soudainement éclata de rire devant sa table de travail, comme si cette phrase illustr-ait à merveille le drame de la socièté française où l'on prenait les gens pour des cons! En prenant conscience qu'il pourrait être pris pour un révisionniste, alors que ce n'était pas le cas. En fait, il voulait seulement mettre les choses au clair dans son esprit, mais aussi dans celui des autres qui liront ce livre. Mais intuitivement, il sentit que sa femme Clotilde ne lui permettrait pas et lui demanderait de couper ces pages afin de ne pas effrayer les lectrices qui d'instinct détestaient les choses serieuses et preféraient de loin les histoires d'amour, bref, leur grande affaire. Mais qu' importe! s'écria-t-il avec véhémence, ces pages je les incorporerai plus tard dans un autre livre quitte à inventer un nouvel auteur derrière lequel je pourrai me cacher. Sans conteste, Alfred Swan ne manquait pas d'imagination en vu de se faire entendre. Mais n'était-ce pas le point fort de tout romancier?

Mais continuons, mon cher lecteur, d'explorer cette socièté française du debut de second empire où les auteurs de romans ne manquaient pas. A titre d'information, le prix des livres de fictions en l'année 1853 avait été fixé à un franc afin que tout le monde puisse s'instruire sans se ruiner. Bien evidemment, nous ne pouvions pas passer à côté de notre cher Chateaubriand qui mort à Paris le 4 juiller 1848 avait lui même fermé le couvercle de son cercueil avec ses mémoires d' outre-tombe, Ah!Ah!Ah! Bon debarras! s'éxclamaient avec soulagement les gens qui avaient dû supporter, depuis le debut de la révolution française, les impétuosités de notre grand historien et surtout d'avoir réecrit l'Histoire à sa convenance où François René de Chateaubriand, au milieu de la tempète, se prit pour l'égal d'un Napoleon Bonaparte, même taille, je cois, 1m60, Ah!Ah!Ah! Georges Sand, qui était l'ennemi juré de Baudelaire( à cause de ses idées socialistes et de son féminisme de bonnes femmes ainsi qu'Alexandre Dumas à qui il reprochait son succés facile av-ec ses romans de capes et d'épées et surtout d'utiliser des négres pour les ecrire, bref, l'un des pr-emiers Sulitzer de la litterature) nous plongeait directement dans cette ambiance pesante de l'ép-oque où le socialisme faisait de plus en plus d'adeptes parmi les écrivains et intellectuels pour des raisons evidentes de justice sociale, mais aussi, pour des idées à la mode et populaires. 

Et pour beaucoup le socialisme était l'avenir du monde et pour les écrivains en mal d'inspiration, une vague terriblement romantique, alors que ce n'était pas le cas. Mais bon, l'erreur est humai-ne, n'est-ce pas? Alfred de Musset en mars 1853 était bibliothécaire au ministère de l'instruction publique en traînant derrière lui une réputation sulfureuse de débauché et d'alcoolique notoire comme Baudelaire. Et si je vous parlais de lui de cette façon, ce n'était pas pour assassiner post-mortem notre grand poète, mais plutôt pour se rapprocher de cette époque trouble où les maladi-es de l'âme étaient en expansion, si vous me permettez cette expression. Alfred de Musset se sen-tit très jeune atteint de la même maladie que Baudelaire caractérisée par un monstrueux désoeu-vrement qui le jetait alors dans la débauche et la dépense. Lisez les confessions d'un jeune hom-me de ce siècle et vous comprendrez de quoi je veux parler. Cette dégénérescence de l'âme, si bien décrite par ce dernier, touchait particulièrement les gens sensibles tels que les poètes et les philosophes dont la nature était de chercher la vérité, la quintessence des choses, la beauté, la pu-reté, mais semblait épargner (d'après les rapports de l'époque) les écrivains à succès, les journali-stes et les medecins dont la profession était de faire feu de tout bois. Ajoutons à ceci, les ouv-riers assommés par le travail qui avaient perdu toute sensibilité face à la beauté du monde, bref, on sentait la décadence arriver de loin et la folie aussi. En Allemagne, Nietzsche le philosophe qui se débattait avec ses déceptions amoureuses, car il était laid comme un crapaud à cause de sa grosse moustache, criait son désespoir en se disant malade de l'homme. Humain, trop humain! criait-il en sombrant dans la folie dont les livres allaient décrire tous les symptômes de ce siècle en déclin qui, selon lui, vous enlevait tout appétit de vivre comme s'il vous suçait la moelle de vos os afin de vous retirer toutes forces vitales où la débauche fut comme le médicament mi-racle! Son " Au delà du bien et du mal" était bien évidemment un appel à l'aide et une réponse à cette dégénéréscence de l'homme, bref, un combat pour la vie afin de redonner à l'homme sa tou-te puissance dont la nature l'avait dotée à l'origine!

Bien sûr, il ne faut pas exclure, dans ce déclin ressenti par toute une génération, le poids de la re-ligion chrétienne qui voulait imposer "le  bien" partout et à toutes les sauces à tous les hommes et femmes en les culpabilisant dans les moindres actes de leurs vies. Nietzsche, qui était un grand consommateur de prostituées, n'en pouvait plus et était prêt à joindre le diable pour ressentir à nouveau la vie couler dans ses veines. Mais mon cher lecteur, n'allons pas trop loin et retournons chez George Sand, au château de Nohant, où entourée de ses amis artistes, il y règnait encore une certaine joie de vivre, sauf pour Chopin qui faisait des crises quand Aurore (le petit nom intime de Georges Sand) l'abandonnait tout seul devant son piano pendant que celle-ci allait fleureter avec ces nouveaux artistes à la mode, comme Gustave Flaubert, Honoré de Balzac, Alfred de Musset, Eugène Delacroix, Frantz litz, etc. Bref, une vraie éffervescence artitistique et intellectu-elle qu'elle souhaitait absolument entretenir pour s'inspirer tout simplement de tous ces gènies, mais aussi, les convaincre de se ranger du côté du peuple et du feminisme, qui pour elle était l' avenir du monde et malgré qu'elle eut une vie amoureuse très agitée, voire débridée. Mais bon, telles sont les femmes souvent maladroites en politique et prêtes à changer d'opinion politique au prochain amant qu'elle aura, Ah!Ah!Ah! L'amour et l'argent passant, bien évidemment, avant la politique! pensait Alfred en se rappelant un fait inouï à propos de sa femme Clotilde, qui souvent lui volait de l'argenr dans ses poches, parce que soi-disant elle n'avait pas assez de monnaie pour acheter du pain ou un litre de lait! Mais quand on vous empruntait 20 euros pour un litre de lait et qu'on ne vous rendait pas la monnaie, n'était-ce point du vol? se demandait-il surpris d'en vou-loir subitement à sa femme. Mais à chaque fois, Alfred ne disait rien et cachait son embarras sur-tout quand, après avoir fait les courses, elle lui disait: Chéri, ce soir, je vais te faire du bon riz au lait! Mais quel homme pourrait, mon cher lecteur, reprocher à sa femme de lui avoir volé de l'ar-gent après cette attention tout particulièrement touchante? Pas grand monde, n'est-ce pas? Alors Alfred abdiquait et se disait : Esperons que ce riz au lait sera bon vu le prix qu'il m'a coûté!

Riz au lait, soupe au lait, mais n'était-ce point le programme amoureux que Geogre Sand avait proposé à Chopin, atteint de tuberculose et bourré d'opium, pour le seduire? Oui, sans conteste. Et puis entre nous qui pouvait aimer cette femme qui portait des pantalons et avait masculinisé son prènom, sinom un homosexuel? Mais pour ma part, je ne pense pas que Chopin fut homose-xuel, mais qu'il avait très certainement besoin d'une mère pour épancher sa tendresse où la musi-que n'était là que pour exprimer sa solitude où ses valses avait le parfum des fleurs fanées, bref, dédiées à une muse imaginaire. Quant aux autres oeuvres au piano, elles étaient d'une autre fact-ure et exprimaient bien les tourments de son époque, où le modernisme et l'industrialisation de la socièté entraînaient des mutations violentes chez les hommes, comme des douches froides sur les membres. Si vous êtes sensible à la musique, vous observerez ces mutations violentes dans ses oeuvres où il abandonne soudainement la tonalité avec une accélération du tempo pour s'aven-turer sur ces terrains chaotiques. Mais comme il est artiste, le retour à la tonalité normale du mo-rceau devient necessaire, afin ne pas perdre l'auditeur qui a besoin d'être rassuré en terme mélo-dique. Dans le grand salon, Delacroix expliquait à ses amis que l'art du dessin et de la peinture consistait à saisir à la dixieme de seconde, la chute d'un homme qui tombait, par exemple, de la tour de notre Dame de Paris! Ses amis impressionnés lui disaient : Mais moi, si je voyais un ho-mme me tomber dessus, immédiatement je me pousserais de peur qu'il m'écrase! Aussitôt de gr-ands éclats de rires surgissaient dans le salon où Georges Sand savourait avec délectation son plaisir et surtout sa reussite d'avoir pu reuni autour d'elle, à Nohant, autant de talents et de pers-onnalités si pleines d'humour et d'intelligences. Son grand regret, c'était Victor Hugo qui avait décliné toutes ses invitations, lui, le grand homme, le poète seul au milieu de la tempête n'aurait certainement pas supporté un seul instant la conversation sucrée de ces salons, comme vous l'au-riez facilement compris, mon cher lecteur. Georges Sand se demandait, en regardant Gustave Fla-ubert, si madame Bovary ce n'était pas elle?

Elle, la femme emancipée qui portait des pantalons et choisissait de donner son corps à qui elle voulait en ce siècle si patriarcal et guindé? Gustave flaubert lui souriait et semblait lui dire: Mais non, vous n'etes pas ma Bovary à moi, car vous n'êtes pas si libérée que cela depuis que vous av-ez choisi de vous appitoyer sur le sort du petit peuple qui souffre votre fortune faite. Non, ma-dame Bovary était d'une autre trempe et d'un romantisme dont vous semblez ignorer les folles conséquences, puisqu'elle se suicidera après avoir mis en dessus-desous tout le monde des hom-mes, bref, celui des mâles dominants! Georges Sand aurait pu être pour lui cette madame Bovary peut-être au debut, mais avec le revirement politique de celle-ci vers les idées socialistes, cela l' en excluait totalement. Pour Alfred Swan, les vrais romantiques ne s'abandonnaient jamais à ce genre d'écueil et à ces idées de masse nivelant tout par le bas, car pour eux seule la liberté com-ptait. En sachant pertinement que la liberté n'était pas une chose qu'on partageait avec les autres, ce qui était une evidence! Et puis regardez autour de vous et vous verrez que ceux qui travaill-aient tout le temps n'étaient pas ceux qui changeaient le monde ou devenaient libres, mais le sub-issaient, n'est-ce pas? Pendant que Gusave flaubert disait "non" du bout des lèvres à Georges Sa-nd, Chopin qui pianotait était intrigué par une fuite d'eau au dessus de son piano qui faisait une sorte de Tac-tac deplaisant. Celui-ci, fasciné par le rythme régulier de l'eau qui tombait sur la marquetterie de son piano, commença à faire jouer ses doigts sur les touches en suivant ce ryth-me, mais aussi en essayant de copier le bruit de l'eau. Ca y'est, j'ai trouvé! dit-il soudainement ap-rès avoir trouvé la mélodie de l'eau. Ainsi, il comprosera le prélude numero 15 que tout le mon-de connait, je crois. Si vous êtes sensible à la musique, vous entendrez vers les trois quarts du morceau, la mort arriver avec ses accords dissonnants ressemblant etrangement à l'ouverture d' une grille en fer rouillée peut-être d'une crypte ou d'un cimetière. Chopin y voyait alors comme sa mort arriver, mais le cachait à ses amis, qui savaient qu'il en avait plus pour longtemps puis-qu'il était atteint de tuberculose! 

Mais continuons, si vous le voulez bien, notre petit tour d'Europe et dirigeons nous vers cette pauvre Italie qui, après avoir été envahie par les Français, par les troupes de Napoleon, se trouva-it désormais occupée par les Autrichiens. Et si Venise n'était plus la ville romantique si bien dé-crite par le seducteur Jerome Casanova, elle était devenue une caserne où le couvre feu à partir de la nuit tombée jetait tous les Vénitiens dans un sombre cauchemar. Ne nous le cachons pas, mais une partie de la population vénitienne quelques années plus tôt avait été très heureuse de la victoire de Napoleon qui avait rétabli les droits civiques, mais aussi permis aux juifs de sortir de leur guetto où la noblesse vénitienne les avaient enfermé pour des raisons de concurrences com-merciales. Lisez Casanova et vous apprendrez que pour se procurer de l'argent, il était obliger de s'aventurer dans des quartiers jugés infréquentables de Venise pour aller chez les pretteurs sur gage dont les juifs avaient la spécificité ou le monopole. Ainsi vous apprendrez que Casnova y allait avec toute la prudence du monde afin de ne pas être aperçu par des espions qui travaillaient pour la police d'Etat : police d'Etat mise en place par le conseil des dix où un conseil inquisition-nel veillait aux bonnes moeurs ainsi qu'à protéger Venise contre ces espions étrangers qui voula-ient lui voler les secrets de sa reussite économique. Mais comme tout cela nous semblait bien lointain après ce congres de Vienne de 1815 qui avait accordé à l'Autriche : la Dalmatie, la Lom-bardie et la Vénitie dont Venise faisait partie. Quant à la France, qui avait été battue à Waterloo par la coalition du Royaume-Uni, de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie, elle avait retrouvé ses frontières de 1791 malgré le grand talent de négociateur de Talleyrand qui avait permis à la France de garder l'Alsace et la Lorraine, région considérée comme stratégique pour ses mines de fer et de charbon. Quant aux Anglais, il n'avait rien exigé en Europe, vu que leur puissance nava-le leur permettait désormais d'accéder a de nouvelles richesses dans les colonies. Mais ce qu'on retiendra de ce congrès de Vienne, c'est l'apparition de nouveaux conflits d'intêrets entre ces nou-veaux Empires où l'Angleterre se trouvait soudainement l'ennemi de la Russie ainsi que la Prus-se de l'Autriche! Ceci n'est pas inutile à signaler au lecteur, afin qu'il puisse comprendre les rais-ons de ce conflit sur la guerre de Crimée, comme vous le conviendrez. 

Quant à cette pauvre Italie, morcelée en de multiples petits états suite à cette reconfiguration de l'Europe, l'insurrection de Milan du 6 fevrier 1853 fut malheureusement un échec cuisant pour tous les protagonistes d'une Italie libérée et réunifiée. Mais revenons sur les raisons de cet echec, si vous le voulez bien, mon cher lecteur. D'après les rapporteurs de l'époque, cette insurrection fut une totale improvisation de la part des nationalistes Italiens où la précipitation en est la prin-cipale raison. L'idée de depart était d'empoisonner tous les chefs militaires Autrichiens qui allaie-nt être reunis au Palazzo Marino le 31 janvier le soir du grand bal. Pendant ce temps là, les patri-otes aidés par la population fonderaient sur les casernes qui, desorganisées, seraient prises en un rien de temps! Etrange lubie, ne trouvez-vous pas de vouloir empoisonner une poignée d'homm-es parmi tous les convives? Et l'idée de mettre du poison dans les verres, mais dans quels verres exactement, si ce n'est le risque d'empoisonner tout le monde? Mais qui le fera sans être reconnu, un domestique? Mais la table, où mangerons les hauts gradés, sera forcément surveillee par des gardes, non? Bref, c'est dans ce triste exemple que nous apparait le drame de l'Italie qui, par man-que de moyens, était obligée d'inventer des sernarios digne de la Comédia Del Arte pour garder l'espoir. Serait-ce là le grand problème de l'Italie, même aujourd'hui? Une grande farce dont elle n'arrivait pas à se defaire? Un pays de cocagne où il fait toujours beau (d'après les européens) où l'on rit tout le temps. Mon dieu, mais comment peut-on imaginer cette ignoble chose qui est de croire qu'en Italie il n'y a pas de malheureux? Les chefs de l'insurrection, qui avaient tout de mê-me un peu de sens pratique, déclinèrent ce senario abracadabrantesque pour une révolte armée jouant sur l'effet de surprise plus apte à leur assurer une victoire éclatante sur l'ennemi. Malheu-reusement, les fusils qui devaient leur parvenir de la Suisse ne leur parvinrent pas et durent impr-oviser une révolte qui se solda par un échec cuisant. Quant au bilan de celle-ci, on dénombra une dizaine de morts chez les Autrichiens, 895 arrestations chez les insurgés et on pendit les 10 chefs présumés de l'insurrection. Parmi cette liste de présumés chefs, on dénombra un nombre impo-rtant de célibataires dont les professions allaient du simple garçon de café au cordonnier, bref, de jeunes hommes qui ne s'étaient pas mariés certainement à cause de la misère, mais qui avaient donné leur vie pour un idéal, pour une Italie libre! Existaient-ils encore aujourd' hui des hommes de cette trempe? se demandait étrangement Alfred en pensant au plus célèbre des Italiens dénom-mé Casanova : un homme qui ne s'était jamais marié afin de fuir toutes ses responsabilitès pour s'adonner à ses seuls plaisirs, la dolce vita? En pensant à tout cela, il dût s'avouer que ces gens de cette trempe avaient complètement disparu de la surface de la terre! Même en regardant autour de lui, dans cette socièté française, il ne vit que des opurtunistes prêts à tout pour l'argent et la glo-riole. Mon dieu, quel désastre la France d'aujourd'hui! s'écria-t-il en levant les yeux presque au ciel.

En passant par cette Italie si touchante, Alfred Swan avait comme une envie irresistible de parler de Casanova, de ce seducteur qu'il avait pris malheureusement comme modèle durant sa folle jeunesse; mais sentant la fatigue l'envahir et l'heure tardive arriver où il était 1 heure du matin, il reposa son stylo et remit son manuscrit dans son tiroir qu'il ferma aussitôt à clef.

Avant d'aller se coucher, il partit dans la cuisine boire un gtand verre de lait afin d'extraire de sa mémoire tous les poisons que le passé et la littérature avaient distillé au fond de son cerveau. Pour lui, c'était un rituel auquel il ne fallait pas deroger, car il tenait beaucoup à sa santé menta- le. Bref, une santé qui était absolument indispensable à tout romancier se proposant de revisiter le monde par ses côtés les moins glorieux et surtout éffrayants. Bon, allons nous coucher! dit-il à voix haute sentant ses jambes se plier malgré elles. En entrant dans sa chambre, il vit que sa fem-me était dèjà couchée et ronflait presque, entendait-il en enfilant son pyjama. En se glissant sous les draps, il sentit sa femme à des millions de kilomètres de lui, ce qui l'arangeait bien, n'ayons pas peur de le dire. Hum, comme c'est bon de ne pas être emmerdé avant d'aller se coucher! mu-rmura-t-il du bout des lèvres en sachant très bien que demain serait un autre jour.

7 H du matin

Alfred Swan crut un instant être sur un bâteau ivre, quand il se sentit tout à coup baloter de gauc-he à droite par des mains invisibles, comme si on essayait de le réveiller mais sans savoir pour quelles raisons, alors que son corps demandait un repos bien mérité. Ohé, Alfred! Ohé, Alfred, ré-veilles-toi! Il est 7 heures! Allez, reveilles-toi, gros fainéant! lui criait injustement sa femme Clo-tilde. Alfred se reveillant en sursaut lui disait: Mais quoi, il est déjà 7 heures du soir! Mais non, vieux bouc! Il est 7 heures du matin, j'ai dit! Ah bon, alors, il n'est vraiment pas tard! lui balanç-ait-il en se replongeant sous les draps.

Mais vas-tu te? lui cria-t-elle soudainement avec furie. Alfred sous ses draps se sentit tout à coup redevenir un enfant qu'on grondait après qu'il ait fait une bêtise, comme un enfant qui ne voulait pas aller à l'ecole ce jour là et sentit sa haine monter en lui, mais n'osait toujours pas se retourner pour lui montrer son visage plein de haine. Un long silence se fit sentir dans la chambre. Puis sa-chant que c'était le prix à payer pour avoir une vie de couple, il accepta cet étrange duel où la tête, posée sur l'oreiller, il se mit à regarder sa femme qui semblait pleine de pitié pour lui. Un instant, il fallit se lever pour aller l'étrangler, mais se retint en se disant qu'il était un peu tôt pour cette besogne. Alors, mon cher Alfred où en êtes-vous avec mon roman? lui demanda-t-elle subi-tement. Avec votre roman? répliqua-t-il avec stupeur. Oui, bien sûr, avec mon roman, car n'oubl-iez pas, mon ami, que je connais mieux les lectrices que vous, n'est-ce pas? Alfred, sentant une nouvelle fois les griffes de sa femme sur ses livres, semblait attendre le couperet lui tomber dess-us et surtout sur ce qu'il avait écrit la veille. Oh chèrie, mais ne vous inquiétez pas outre mesure, votre roman avance bien! Mais la partie que je traite en ce moment ne vous intéressera certaine-ment pas beaucoup. Ah bon et pourquoi donc? lui demanda-t-elle d'un air étonné. Euh, oui, parce que j'en suis à la partie historique de la guerre de Crimée qui est necessaire d'ecrire, sinon vos lectrices n'y comprendraient rien, c'est mon avis. Oui, elle est nécessaire, mais ne la faite pas trop durer, car mes lectrices veulent de l'action, du sang et surtout de l'amour, bref, un beau ruban au-tour d'un joli cadeau! dit-elle avec l'air d'une poupée barbie. Oui, oui, bien sûr, Clotilde! lança Alfred qui sensiblement s'était enfoncé un peu plus sous ses draps comme pour fuir le venin de sa femme et surtout la dictature des femmes dont le beau et la selection naturelle en faisait des mo-nstres prêts à faire vivre aux hommes un véritable enfer, au point que ces derniers préférassent le célibat ou le carnage que la petite vie de famille, Ah!Ah!Ah! Bon, tu peux te recoucher! dit-elle d'un ton dictatorial. Replongeant sa tête sous les couvertures, il était étonné qu'on lui parlât de cette façon si méprisante de si bonne heure tout en s'interrogeant sur le côté surrealiste de la sit-uation. Quelques instants plus tard, il entendit sa femme lui dire : Bon, je te reveillerai à 8H! Mais celui-ci ne l'écoutait dèjà plus et se rendormit avec des rêves bien étranges. 

MIDI

Alfred, les yeux encore engourdis par la fatigue, jeta un coup d'oeil sur son reveil et vit qu'il était midi pile! En repositionnant la tête d'oreiller sous sa nuque, il se posait d'étranges questions : mais ne devait-elle pas me reveiller à 8H, Clotilde? se demandait-il complètement désabusé par cet-te dernière. A côté de lui, la place où elle dormait était vide et sur la table de chevet, elle avait re-pris sa montre et son portable. Pour lui, elle était sortie de bonne heure s'occuper de ses petites affaires, allez voir son frère, je crois, m'avait-elle dit, il y a quelques jours de cela. Mais bon, c'est quant même étrange qu'elle m'ait parlé de cette façon si odieuse! semblait-il s'offusquer en se demandant soudainement s'il n'avait pas rêvé ou fait un cauchemar? Et comme tout romancier, il savait très bien que la chose ne fut pas impossible, quand on sait que de rester enfermer toute la journée avec des morts-vivants, ça devait forcement vous jouer des tours à vos neuronnes et à votre psychisme, pensa-t-il avec raison. Mais n'était-ce pas le prix à payer pour pénétrer chez les morts et leur faire avouer leurs crimes passés ainsi que leurs souffrances? A ce sujet, il pensa au-ssitôt à ce qu'il avait commencé à ecrire la veille sur Casanova et sur cette Italie empétrée dans sa Comédia Del Arte avec sa Dolce Vita à Rome, à Venise, à Vienne, à Paris en compagnie de ces jolies femmes aux yeux noirs que Casanova aimait par dessus tout au point de leur demander si ces yeux étaient leurs vrais yeux ou seulement des yeux maquillés? La jeune fille, offusquée, qu' on lui posât ce genre de question, lui retorquait : Mais bien sûr que ce sont là mes vrais yeux, mon cher monsieur! Casanova, emporté par cette réponse si ingénue, en devenait aussitôt amour-eux et était prêt à l'enlever! Mais de quelle manière va-t-il s'y prendre sans éveiller en elle le moi-ndre soupçon? Voilà où se trouvait sa perversité ou sa vie en resumé. Chez lui tout se mélange-ait aussi bien la vie que le théatre. Mais y'avait-il vraiment une difference entre ces deux scènes où se jouait le destin des hommes? Un mauvais rôle dans une pièce de théatre ne jetait-il pas au-tomatiquement le comédien dans la disgrâce?

Et dans la vie n'était-ce point la même chose? Alors choisissons le plus beau rôle grâce à l'argent pour avoir de son côté tous les applaudissements du public! jubilait-il emporté par sa trouvaille. J'ai parfois l'impression que le théatre est plus fort que la vie qui sans les beaux parleurs et les charlatans serait bien triste! pensait souvent notre grand séducteur. Et s'il avait abandonné sa lan-gue natale pour adopter la langue française pour ecrire ses confessions, c'est parce qu'il sentit très tôt cette langue italienne impuissante, voir ridicule, à traiter de choses sérieuses comme la littéra-ture et l'Histoire. Et si Jules Cesar avait écrit sa campagne des trois gaules en latin, ce ne fut poi-nt par hasard, mais parce que le latin symbolisait pour lui une langue à la hauteur pour raconter de grands évenements. Mais avec la langue italienne, aïe, aïe, aïe, où tout chante, caresse, rayonne harmonieusement, comment lui faire dire des choses sérieuses? se lamentait avec raison notre ch-er Casanova. Pour dire la verité, je pense que Casanova était dèjà conscient à son époque du dra-me de l'Italie qui ferait de sa vie une chose très mouvementé, ce qui allait de soi. En se relevant de son lit, Alfred pensant à ce rêve étrange se disait : il faudrait que j'en parle un jour à Clothilde pour y voir plus clair, hum? Puis glissant ses pieds dans ses pantoufles, il partit vers la cuisine se préparer son petit-dejeuner. Pour lui, le rituel du petit-dejeuner était primordial pour commencer une bonne journée malgré la vaisselle à sortir, puis à nettoyer. Mais cela, il le faisait de bon coeur sachant qu'il allait boire son café au lait avec ses tartines beurrées sur la terrasse en regardant la baie de Menton où les rayons du soleil scintilleraient sur la surface bleuté de la mer et qu'il en serait ravi. Après avoir jeté deux cuillérées à café dans son bol, il l'inonda avec du lait bien chaud jusqu'à ras bord, puis se prépara avec gourmandise deux tartines beurrées nappées de confiture à la fraise qu'il emporta avec prudence sur la terrasse pour voir ce que son imagination lui avait promis. Face à la clarté du ciel, il comprit aussitôt de quoi était fait le bonheur, d'un grand bol de café au lait, d'une bonne santé et d'un paysage superbe qui s'offrait à vous comme pour la premiè-re fois. Bref, c'était comme retrouver les premères sensations de son adolescence ou de son pre-mier amour! s'émerveillait-il avec une grande émotion.

Aujourd'hui, il savourait avec delectation ce plaisir en apercevant à la surface de la mer, l'agitati-on de la houle où des vagues d'écumes semblaient sourire aux gens heureux. Tout en se disant qu'il fallait sacrément avoir une bonne vue pour voir la beauté du monde, sinon tout cela restait très evasif pour ceux qui étaient aveugles de naisssance, volontairement ou involontairement. Mais bon, pour lui, ce n'était pas le cas et se demandait bizarrement comment il fallait remercier ces instants de grâce, sinon dire merci à la nuit qu'il venait de passer qui avait comme effacé de sa mémoire la laideur du monde( malgré le cauchemar de 7 H du mat qui l'avait plongé dans un so-mmeil profond, proche de la mort cérébrale!). Bref, une sorte de lavage de cerveau qui donnerait enfin à tous les hommes le temps du bonheur! pensait-il comme un homme qui avait atteint la sa-gesse. Il est possible qu'un jour les savants inventeront une machine capable d'effacer leur mem-oire, afin qu'ils puissent recommencer une nouvelle vie et creer un nouveau monde ou une nou-velle civilisation? réitira-t-il en étant pris de visions futuristes. Puis revenant soudainement à la réalité, il pensait que son plus grand regret, s'il devait mourir pendant la nuit, ce serait de manqu-er son cher petit-dejeuner, Ah!Ah!Ah! Car partir le ventre vide serait forcément pour lui un mau-vais signe, comme vous le conviendrez, mon cher lecteur. Alfred Swan, étrangement, semblait établir dans sa tête une liste morbide : sentait-il la mort arriver après tout ce bonheur qui lui était tombé dessus comme un gros tas de crème chantilly ou bien établissait-il inconsciemment son testament post-mortem? Mon deuxième grand regret, continua-t-il, en exprimant une grande am-ertume, ce serait de laisser dérrière moi tout mon argent sans en avoir profité jusqu'aux derniers centimes! Oh oui, ce serait sûrement là, mon plus gros regret! pensa-t-il en imaginant sa femme et son fils se jeter sur son compte bancaire comme des requins! (Alfred Swan serait-il un sale égoïste ou bien un être cynique, je me demandais?). Mais je vous laisse répondre par vous même à cette question, mon cher lecteur.

Moi, si je connaissais l'heure de ma mort, dit-il d'une manière enfièvrée, j'irais la veille tout claq-uer mon argent au casino et faire la fête jusu'au bout de la nuit où je disparaitrais avec le sentim-ent d'avoir tout vécu le dernier jour! Phantasme du joueur ou bien projet macabre d'un névrosé qui, après avoir tout perdu, se suiciderait dans les toilettes d'un grand casino. Celui de Deauville ou bien de Monte-Carlo? se demandait-il étrangement en établissant sa liste morbide d'actions pour le dernier jour sur Terre. Monte-Carlo, bien évidemment! lâcha-t-il, car n'est-il pas le plus prestigieux de la planète, hum? Mais pourquoi dans les chiottes, alors qu'une balle dans la tête au dessus de la roulette ferait un spectacle grandiose, non? se demandait-il comme s'il voulait finir sa vie en apothéose. Maintenant, il se voyait le corps étendu sur le tapis vert, un trou dans le crane où s'écoulait un petit torrent de sang qui commençait à innonder le velour quadrillé de la roule-tte. Alfred Swan, avant de mourir, entendrait : Rien ne va plus, rouge paire et gagne! C'est la vie! lâcha-il soudainement en se mettant la tête entre les mains. Mon dieu, je suis un être perdu pour les miens et pour la socièté toute entière! criait-il au fond de son âme en pensant à tous ces rêves morbides. Mais il n'y pouvait rien, car c'était sa nature qui venait de s'exprimer dont il ne pouvait contrecarrer le destin, bref, le suicide programmé! Puis reprenant la liste morbide de ses regrets, il saisit que son troisième grand regret serait de perdre sa femme Clotilde et son fils Aurélien en étant très ému. Enfin, je ne suis pas un monstre! lâcha-t-il du bout des lèvrres. Et comme tout ro-mantique qui refusait de le reconnaitre(car il était prêt à tout instant à remettre sa vie en jeu sur un simple coup de dès ou coup de tête), il comprit qu'en passant dans l'autre monde, il perdrait ces deux êtres aimés et malgré le défaut de sa femme qui ne pensait qu'à l'argent et à son fils qui venait le voir, non pas pour lui demander de ses nouvelles, mais uniquement pour qu'il lui paie ses dettes de jeu!

Mon dieu, mon dieu! dit-il comme à regrets, non sans colère, gain ou perte serait-ce le principe même de la vie telle que l'affirmait la bible à tous les hommes damnés : Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front? Pour Alfred, bien evidemment, cette maxime était fausse vu qu'il ne croyait qu'en une seule vérité qui lui disait : Gagne et tu auras raison! Le reste pour lui n'avait aucune importance, puisque tout découlait de ce petit énoncé qu'aucun grand philosophe n'avait osé éc-rire ou graver dans le grand livre de la vie, de peur d'être lapidé par l'ensemble de la population qui, il faut dire, a toujours fait partie des grands perdants. Mais n'était-ce point la vérité que tout le monde connaissait? Alors pourquoi ce peuple de boeufs continuait-il à aller voter en sachant très bien que ses promesses ne seraient jamais tenues, si ce n'est comprendre que ce peuple de bo-eufs était réellement bête? Alfred, qui était un fin politologue, savait intuitivement que ce qui motivait ce peuple de boeufs d'aller voter contre le bon sens, c'était la peur de l'inconnu et non forcement la preuve qu'il était idiot. Et les hommes politiques connaissant parfaitement cette vé-rité, non écrite, allaient en profiter et se prendre pour les bergers du troupeau où la peur de l'inco-nnu ou du loup le faisait trembler. Pourvu que ce soir, on rentre à la bergerie sains et saufs! dis-aient les bêtes apeurées. En ecrivant ceci, il ne voulait pas se moquer du troupeau (car la vérité collective n'est pas la vérité individuelle), mais uniquement dire que ce qu'il manquait à ce trou-peau, c'était malheureusement le courage : courage qui forcément lui manquerait pour assurer à son pays un grand destin! Mais telle est la dure loi des moeurs! pensait Alfred qui n'avait jusque là jamais manqué de courage sur les tables de jeu où sa sueur ne venait pas de ses efforts physi-ques, mais seulement de sa soif de faire partie des gagnants! 

Mais était-ce du courage pour autant? se demandait-il parfois. Oui, du moins ça en avait l'air ou toutes les apparences, comme Bonaparte sur le pont d'Arcole qui, voyant ses troupes reculées de-vant l'ennemi, s'y engagea tout seul pour défier le destin. Pour Alfred, nul doute qu'il s'agissait là d'un coup de dés magnifique de Bonaparte face au destin de la France, ce que personne ne déme-ntira, n'est-ce pas? Etant lucide comme un Bonaparte, il savait très bien que mourir était une per-te pour les deux parties, mais qu'elle serait plus importante du côté du mort vu que celui-ci allait tout perdre en passant dans l'autre monde : son argent, ses amis, ses plaisirs, etc, bref, la vie. Alo-rs que sa femme et son fils allaient perdre seulement un être délicieux et délicat( c'est ainsi qu'il se voyait) et empôcheraient au passage son magot. Pour lui, il n'y avait pas photo et perdre la vie était bien tout perdre. Le seul point positif qu'il voulut bien accorder à la mort, ce fut la perte de toutes ses emmerdes. Mais valait-il mieux vivre avec ses emmerdes, qui somme toute faisaient partie de l'existence, que de plus rien ressentir du tout? se demandait-il d'une manière lucide. Po-ur lui, une nouvelle fois, il n'y avait pas photo. La seule chose à laquelle il semblait s'interesser maintenant, c'était de croire, avant de mourrir, qu'on penserait à lui quand il sera parti dans l'autre monde. Peut-être serait-ce là ma dernière grande jouissance? pensa-t-il touché jusqu' aux larmes. Sans conteste, Alfred resterait un joueur jusqu'à son dernier souffle. Et que peut-être avant de mourir, il accepterait de faire une partie de pocker avec le diable, qui sait?

Après avoir lavé son bol et néttoyé la table méticuleusement, il partit faire un brin de toilette où sa femme n'étant pas là, il pouvait se permettre de se négliger un peu. Ah ça fait tellement de bien de se sentir libre! s'écria-t-il intérieurement. Ainsi bien disposé, il ne se changea point, mais resta en pyjama, puis regagna son bureau afin de poursuivre son récit sur la guerre de Crimée. Mais étrangement, il se sentait très loin de tout cela, comme si la vie voulait le happer et lui faire vivre de vraies émotions et non ces spéculations sur la littérature et le passé qui, somme toute lui sem-blaient mortifères, voir recouvertes d'une épaisse couche de poussière. L'envie de se dépoussièrer lui vint soudainement à l'esprit, quand il sentit sur lui une gène ou un élément étranger voulant nuir à sa liberté d'agir. Mais au juste, ne sommes nous pas, nous même, victime de cet empoussi-èrage du temps au point de nous voir vieillir sur place? se demanda-t-il d'une manière presque agacée. Alfred avait remarqué que la poussière du temps ressemblait étrangement à du plâtre, mais que personne ne voyait réellement sur son visage s'il ne se débarbouillait entièrement. Pour illuster cette étrange chose, une image lui vint à l'esprit où il s'agissait de ces plâtriers-peintres qu'il avait employé un jour pour rénover sa villa à Menton dont il n'arrivait plus à distinguer les visages, bref, où le plâtre avait crée une sorte de masque blanc proche de l'art statuaire. Alfred av-ait cru, le temps de ce chantier, parler à des fantômes et non plus à des hommes et cela l'avait be-aucoup éffrayé. Au point de se dire que ces hommes, le jour du grand débarbouillage, le jour de leur retraite, verraient enfin leur vrai visage qui serait un visage de vieux! Le plâtre ayant ni plus ni moins caché les traces du temps, le temps de leur jeunesse. Peut-être s'en suicideront-ils ou peut-être maquilleront-il leurs vieux jours de nostalgies blanches? Pour ma part, je ne vieillirai jamais de cette façon! pensa-t-il d'une manière emportée. Et puis, je vous avouerai que j'ai encore la chance de faire jeune auprès de mes amis, mais aussi, auprès des autres. Commes des gens dans la rue qui m'interpellent en me disant : Ohé, jeune homme! Je ne vous cacherai pas alors mon état de grâce ou je jouis comme une femme de me savoir épargné par le temps!

C'est peut-être ça, le secret de la jeunesse éternelle, non? se demandait-il en se passant la main da-ns les cheveux comme pour mieux ressentir sa puissance dionysiaque. Il faut dire aussi que ma profession de joueur y est aussi pour beaucoup sur ce secret, je ne peux pas le nier. Car jouer per-met à l'homme de ne pas s'ennuyer dans la vie, ce qui est à mon sens la définition même de l'ho-mme intelligent qui veille aussi bien sur son apparence que sur ses artères. Pour moi, un homme ou une femme qui s'ennuie, c'est un imbécile, c'est un obése en puissance, un homme qui cultivra son ventre au detriment de son cerveau et ce n'est pas mon cas! pensait fièrement Alfred en rega-rdant son ventre plat et musclé. Mais en ce moment ce qui le turlipinait beaucoup, c'était le senti-ment de ne pas vivre de vraies émotions, mais plutôt de prendre racine au pied de son bureau tel un caoutchouc! Et à force d'immoblismes, ses pieds semblaient s'être comme enfoncés dans le sol et ses mains comme nouées à sa table de travail. Bref, un emprisonnement auquel il n'arrivait pl-us à s'arracher, au point d'imaginer un jour sa femme le découvrir mort au pied de son bureau, telle une veille racine dessechée, Ah!Ah!Ah! Oh mon pauvre Alfred, mais que s'est-il passé! Mais qu'a tu fait de mal pour ressembler à cette horrible chose? Je suis désolé pour toi, mais tu es bon maintenant à jeter à la poubelle! lui dirait alors sa femme Clotilde et, disons-le franchement, la plus part des femmes qui n'aimaient pas leur petit mari parce qu'il avait un petit zizi( ce qui n' était pas le cas d'Alfred Swan). En général, une bonne femme d'intérieur savait comment éviter ce genre d'écueil et s'armait souvent d'un bon sécateur et d'une éponge afin de soigner ses caoutcho-ucs. Mais en ce moment, Clotilde semblait complèment indifférente à ses états d'âmes et plutôt préocupée par d'autres choses, comme par des histoires de famille. Et l'idée de faire une pause lui vint aussitôt à l'esprit afin de reprendre goût à la vie qui, il faut dire, sans elle la litterature ne saurait exister!

Alfred, n'ayant plus aucun goût pour le travail, se mit étrangement à regarder sa petite pendule sur son bureau, comme s'il s'agissait d'un objet hypnotique. Celle-ci indiquait 15H30 et le posit-ionnement des aiguilles sur le cadran semblait lui indiquer un ordre magique ou un nombre d'or. En fait, il ne savait pas exactement si c'était le temps qui l'hypnotisait ou bien sa vision materia-lisée par ses aiguilles fluorescentes. Envouté, il resta dix minutes dans cet état quasi végétatif en n'essayant même pas de se faire violence pour en sortir. Ces heures semblaient pour lui comme un grand mystère. L'aiguille des minutes était pointée sur le centre de la terre, alors que celle des heures pointées sur l'horizontalité des choses, l'avenir ou le voyage. Une forme d'anachronisme qu'il ressentait au fond de lui même tel un chaos où le temps s'abolissait de lui même, comme un monde devenu immobile afin qu'on le voit mieux pour le photographier avec précision, pensa-t-il ému de savoir maintenant que le monde ne fut qu'une chimère, qu'un rêve éveillé! Ainsi, il conçu que le succès autant que l'insuccés faisait partie eux aussi de ce rêve éveillé. Où pour certains, les veinards, ce rêve était fait de pailletttes, alors que pour les autres, les maudits, un véritable cauch-emar! Mais l'important pour chacun était de continuer son rêve. Car grâce à ce continuum pers-onne n'allait s'apercevoir qu'il allait mourir où le riche, dans sa vie dans l'au-delà, allait continuer à croire qu'il était riche et avoir toujours du succés( alors qu'il avait tout perdu en mourant) et le pauvre allait avoir la surprise de ne plus souffrir de la faim et de la soif et du mépris de ses conte-mporains! Bref, pour Alfred, c'était la preuve incontestable que la vie était un rêve éveillé et que le joueur qu'il était ne pouvait pas se tromper sur ce genre de chose où l'accuité de l'instant était exacerbé à son comble. Pour lui, la nature était une grande machine à calculer qui savait exacte-ment ou placer les pertes et profits. Pour certains, c'était la marque de la justice divine, alors que pour d'autres, une simple opération arytmétique!

Mais pour le flambeur de casinos qu'il était, cela signifiait beaucoup plus que ça, disons, la poss-ibilité de faire un pari extraordinaire sur la vie dans l'au-delà! Et pourquoi pas s'imaginer, juste avant de mourir, être l'égal d'un dieu afin de festoyer à leur banquet, hum? se demandait-il étran-gement comme s'il commencait à délirer. Attendant une réponse qui ne venait pas, il lâcha des yeux sa pendule pour ouvrir un des tiroirs de son bureau et y chercher quelque chose qu'il ne sav-ait pas lui même. En l'ouvrant, une bonne odeur de tabac monta aussitôt vers lui comme pour lui rappeler de merveilleux souvenirs( car cela faisait deux anx qu'il avait arrêté de fumer) et de re-trouver l'odeur de son paquet de cigarettes préféré (des camel) le fit sourire et le mit de bonne humeur pendant un instant. Celui-ci n'étant pas visible, il plongea sa main sous une pile de papier et le decouvrit, certes, un peu écrasé, mais encore utilisable, jugea-t-il emporté par sa découverte. Il remarquait que le paquet était déjà ouvert et c'est pour cela que le tabac avait embaumé tout l'espace du tiroir durant des années. Pour lui, c'était comme une récompense liée au temps, mais aussi à ses efforts qu'il avait fourni pour ne plus toucher à une seule cigarette. Et pourtant dans ces casinos, ô combien enfumés, combien de fois ne s'était il pas pressé autour de ces tables de jeu pour pouvoir s'enniver de la fumée des autres? s'avouait-il l'air surpris et remplis de nosta-lgies. Bah! lâcha-t-il en sortant une cigarette du paquet et en la plantant au milieu de ses lévres qui désiraient jouer avec le feu ou la mort. Plongeant à nouveau sa main dans le tiroir et triffo-uillant à l'intérieur, il trouva une pochette d'allumettes qui portait la publicité d'un casino de la côte d'azur, mais ne lui rappelait aucun souvenir tellement il y en avait sur les bords de mer. Puis grattant l'allumette sur le grattoir, il fut subjugué par la magie de cet instant où un geste si banal pouvait mettre le feu à sa cervelle et à bien d'autres choses! pensa-t-il. Puis approchant la flamme de l'extrémité de sa cigarette, il l'embrasa dans une sorte de fracas et de gresillements en tirant une bouffée dessus. 

Youhaa, mon dieu, comme ça fait du bien de sentir cette fumée pénétrer ses poumons ainsi que tout son être! dit-il emporté par l'émotion. Alfred avait alors l'impression de renouer avec un vie-ux rêve prehistorique où l'homme des cavernes découvrait pour la première fois, grâce au tabac et la fumée, l'extase religieuse qui lui permettait d'entrapercevoir le monde des morts. Où super-stition et religion ne furent point incompatibles pour acceder à ce royaume! pensa-t-il surpris par nos religions d'aujourd'hui qui, pour la plupart monothéistes ne nous faisaient plus rêver, mais plutôt cauchemarder. Peut-être que la vraie religion était morte depuis bien longtemps et que no-us pratiquions aujourd'hui à un vieux fossile de religion où les adeptes n'étaient peut-être que des fossoyeurs ou des archélologues de l'âme? se demandait-il surpris par une vérité qui semblait lui parvenir du tréfond des âges. Bah, j'ai horreur de ces gens! pensa-t-il en tirant longuement sur sa cigarette, puis en expulsant de sa bouche un nuage de fumée qui ressemblait étrangement à un ch-âteau en Espagne. Tiens, dit-il, je n'aurai pas cru qu'on pouvait avec une simple cigarette créer de si belles choses! C'est peut-être ça, la vraie religion, une magie à laquelle on accordait tous les pouvoirs afin que l'homme puisse être à nouveau heureux? se questionnait-il à nouveau d'une manière naturelle. En fait, Alfred ne se rendait pas bien compte, mais il venait sans le savoir d'in-venter ou de redecouvrir la vraie religion où l'au-dela n'était pas fait d'un enfer et d'un paradis, mais d'une continuation de ce rêve éveillé qu'était la vie : où le riche vivait eternellement riche et le pauvre vivait enfin libéré de toutes ses souffrances, bref, un monde rétablissant l'ordre cosmi-que où la culpabilité n'avait jamais existé. Sans nul doute, il avait du génie ou pour certains seu-lement beaucoup d'imagination. Mais entre nous qui pouvait nous interdire de croire que ce qu'il venait de dire n'était pas vrai ou possible? Et que dans cette nouvelle optique ou vision revoluti-onnaire de voir la religion, il était fort possible que les hommes d'Eglises (ceux que nous connai-ssions) ne fussent en vérité que des fossoyeurs des âmes! En fait, ce qu'il manquait aux hommes pour être heureux, c'était tout bêtement de l'imagination. Imaginez, mon cher lecteur, un jour cet-te chose possible où les voyous ne seront plus chatiés dans l'autre monde, mais deviendront les meilleurs amis de leurs victimes, au point de les aimer? 

Alfred, pensant à tout cela, semblait très ému de pouvoir remettre en question ces grandes reli-gions qui faisaient ni plus ni moins du chantage avec nos âmes. En nous disant avec arrogance: C' est nous qui détenons le secret de la vie dans l'au-delà et si vous ne suivez pas nos règles sur la Terre, vous irez tout droit en enfer! En termes politiques, cela signifait pour lui que celui qui detiendra nos rêves aura alors tous les pouvoirs! Bref, l'argent, le succés, la beauté, la santé, la vie dans l'au-delà etc où les exemples ne manquaient pas, comme vous le conviendrez, mon cher lecteur. Dans son cas, c'était bien évidemment l'argent et le succés qui étaient ses points faibles, bref, ses apparences! comme il disait. Mais bon, si je veux continuer ma vie dans l'au-delà à rou-ler en Maserati, il me faudra bien ici être riche, sinon mon rêve risque de casser la gueule! pensa-t-il d'une façon pitoyable. Parfois, il avait ce genre d'expression qui le discréditait totalement à nos yeux. Mais bon, il était égoïste et ne s'en rendait pas bien compte. La seule chose qu'on ne pouvait pas lui reprocher, c'était sa lucidité en tant que joueur. Car il savait parfaitement qui dét-enait ses rêves, alors que la majorité des gens ignorait qui les maintenaient en captivité. En vivant dans une sorte de flou philosophique, intellectuel et religieux qui les faisait agir dans tous les se-ns, comme des girouettes que les médias et les institutions manipuleraient pour faire tourner leur business économique et  idéologique où ils allaient être pris en otage et perdre leur âme pour ne pas être grossier. Comme par exemple, passer à la télé, semblait être le grand rêve que leur prom-ettait les médias! Mon dieu, mon dieu, quel triste rêve, alors qu'avec un peu d'imagination, on pouvait voir la vie bien autrement avec ses nuits sans fins passées aux bras des filles au casino et découvrir au petit matin plein de charme, ses pôches pleines d'argent! Voilà ce qu'était pour moi la vraie vie! lança soudainement Alfred en tapant presque du poing sur la table.

Et remplir sa vie de bonnes et de mauvaises choses, cela s'appelait tout bêtement l'existence! dit-il avec fougue, en remarquant à maintes reprises que le bonheur venait souvent sans prévenir, co-mme un jeton jeté par hasard sur la table de la roulette et qui vous rapportait une grosse somme sans éffort! Sans nul doute, pour Alfred la vie continuerait d'être un jeu. Mais personnellement qui de nous pouvait lui reprocher cette légerté dans la vie, alors que nous même étions devenus des mort-vivants?

Après avoir fumé la moitié de sa cigarette, il partit ouvrir la fenêtre pour l'écraser sur le rebord, puis souffla sur les cendres afin de les dissiper dans l'air. Ce geste, qui aurait pu être anodin pour la plupart des gens ou des fumeurs( qui était d'écraser les choses, puis de les disperser pour ne plus les voir) ne l'était pas en vérité pour Alfred, qui savait pertinement que c'était sa façon à lui de cacher ses problèmes existentiels aux autres. Sa déprime, c'était bien évidemment son affaire à lui et en tant que maître de l'illusion, il ne devait jamais la montrer aux autres ni à sa femme, pen-sait-il en ventilant la pièce où l'odeur de la cigarette avait du mal à partir. A force de jouer au jeu d'argent et de côtoyer ces escrocs à la bonne mine, il avait fini par créer en lui une sorte de mons-tre jovial ressemblant étrangement à un bouffon( mais qu'il ne devait jamais montrer à personne de peur de se rendre ridicule à ses propres yeux!). Alfred Swan, le dandit léttré, n'était peut-être en vérité qu'un bouffon? se demandait-il pris subitement par un vertige affolant en refernant précipi-temment la fenêtre.

Agacé par tout ce qu'il venait de ressentir sur lui même, il partit aussitôt dans la salle de bain po-ur se regarder dans le miroir et se poser cette étrange question : Est-ce que je ressemble vraiment à un bouffon? Etrangement, le miroir lui renvoya une image sur laquelle il n' arrivait pas à faire la mise au point, comme si un flou préexistait malgré tous les bons réglages du photographe. Al-fred, ennuyé par cette image indéfinie de lui même et ne le supportant pas, se mit soudainement à faire des grimaces devant la glace, comme à la recherche de son véritable visage, tel un peintre ayant dans sa palette toute une galerie de portraits à sa disposition.

Après quelques essais de grande plasticité, il s'arrêta sur un visage qu'il semblait connaître et qui lui parut fort sympathique et lâcha un soudain éclat de rire, Ah!Ah!Ah! Je te tiens! Je le tiens en-fin! s'écria-t-il en se pointant du doigt à travers le miroir. Alfred reconnut en cet instant qu'il était bien un bouffon, mais un bouffon de grande classe avec un charme exquis ne faisant aucunement partie de ces bouffons du roi, petits et gros, qui étaient nourris et logés pour faire rire la masse ou les grands hommes d'Etat. Non, lui, son bouffon interieur ressemblait étrangement à l'image énigmatique du joker tel qu'on pouvait les voir sur les cartes à jouer. En apparence, pour beauco-up de gens, il y avait peu de différence entre les deux. Mais pour Alfred, une différence enorme les separait, c'était dans la façon de concevoir la liberté. Car le bouffon du roi, qui était né petit et gros( même dans sa tête) n'avait pas trop le choix et faire rire les autres était pour lui une questi-on de survie. Alors que le joker lui ne se dévoilait jamais, sauf quand on ne l'attendait pas! Mais qui était-il exactement? Personne ne le savait véritablement. Etait-il un monstre prêt à abattre ses ennemis par derrière ou bien était-il une bonne personne prête à faite le bien sans qu'on le lui de-mande? Pour Alfred, il n'y avait pas photo et c'était bien cette dernière proposition qui était la bonne. En étant à l'image de ce joker qui ne riait pas par moquerie, mais pour cacher aux autres ses propres angoisses, en leur faisant croire qu'il était un homme heureux parce qu'il avait gagné au jeu. Le joker, pour beaucoup de joueurs, c'était la carte de la dernière chance à abattre quand on avait plus un rond à mettre sur la table de jeu. Pour Alfred, c'était la même chose, sauf que chez lui ce drame se jouait dans la vie de tous les jours. Où gagner au jeu et gagner dans la vie ne fut pas la même chose! pensa-t-il en se regardant une nouvelle fois dans le miroir l'air pensif. Car gagner dans la vie, c'était gagner l'estime des autres pour avoir de vrais amis. Alors que dans le jeu, c'était créer une image factice de soi qu'on voulait renvoyer aux autres, tel un homme ou une femme qui serait comme épargné par la malchance ou la malédiction humaine. Mais cette activité des plus solitaires et égoïstes qui soit, vous entraînait malheureusement vers la plus profonde des solitudes à la fin de votre vie. Et heureusement grâce à ma chance, j'avais réussi à sauver les apparences! dit-il en s'envoyant un large sourire à travers le miroir.

Rassuré par tous ses dons de grande plasticité aussi bien intellectuels que physiques, il fallit tom-ber amoureux de lui même en s'approchant un peu trop près du miroir. Alfred Swan en pygama et pantoufles aurait pu faire tomber plus d'un top model à ses genoux! pensa-t-il en collant sa bou- che contre la vitre du miroir. Lui devenu amoureux de lui même? Pouvions nous le concevoir, mon cher lecteur? Mais au juste, le joker n'était-il pas ce personnage enigmatique qui pouvait créer la surprise quand il le voulait?

Après ces hauts moments d'intimités entre Alfred Swan et son moi intèrieur, il repartit dans sa ch-ambre pour s'habiller; mais en passant par le couloir, il entendit soudainement la porte d'entrée s' ouvrir! Curieusement, il ne s'y précipita pas, mais resta dans l'ombre du couloir comme pour mi- eux écouter. Quelques instant plus tard, il entendit des voix plaintives resonner dans le salon. Mais qu'est-ce qui se passe? se demandait-il intrigué. Alfred, qui semblait très embarrassé de se montrer en pyjama, préfera plutôt écouter de loin ce qui se disait. Allez, ma p'tite Charlotte, ne pleure pas. Viens, assieds-toi sur le canapé, je vais te preparer une tasse de thé. Oh merci, Cloti-lde, sniff..sniff. Et toi, Leslie, tu veux quoi? Moi je veux rien! répondit séchement une petite fille qui semblait désemparée. Charlotte, Leslie, mais que font-elles ici? se demanda-il l'air affolé en les connaissant parfaitement. Charlotte était la femme de son meilleur ami, Jean-René, et Leslie l' enfant du couple. Mais ne pouvant plus contenir son embarras, il se decida à sortir et vit soudain-ement apparaitre devant lui, assises sur le canapé, Charlotte avec un gros oeil au beurre noir et Leslie qui lui tenait la main! Mais qu'est-ce qui se passe, ici, non de dieu? lança-t-il avec véhem-ence dans le salon tout en essayant de trouver sa femme, Clotilde. Mais ne la trouvant pas (car celle-ci était partie dans la cuisine preparer du thé), il se mit à fixer soudainement avec des yeux plein de pitié ces deux êtres assis sur le canapé, puis s'adressant à Charlotte lui dit : Alors qu'est-ce qui s'est passé?

Sniff...Sniff, c'est Jean-René qui nous a mises à la porte! lui répondit-elle dont le visage amoché était rempli de larmes. Comment? Comment il vous à mises à la porte? leur expédia-t-il l'air ind-igné. Oui, il nous a mises à la porte parce que..Parce qu'il voulait plus nous voir! lança furieuse-ment Leslie qui souhaitait finir les mots de sa mère, mais aussi dans ses bras. Non, ma petite, ne pleure pas! C'est un salaud, rien qu'un salaud! Comme tous les hommes! lança-t-elle la bouche pleine de venin. Au même instant, sa femme Clotilde sortit de la cuisine avec un plateau entre les mains et lui dit : Oh toi, ici, Alfred? Comment, moi ici, Alfred? lui retorqua-t-il en ne comprena-nt pas très bien son expression. A cet instant, il comprit qu'il était de trop dans cette scene, où ces trois femmes le regardaient maintenant avec des yeux plein de reproches, comme celui d'être un homme, bref, d'être un salaud! Soudainement, il sentit ce poids insupportable lui peser sur les ép-aules et partit du salon presque en fuyant. Bon, je vais me changer! dit-il comme pour se justifier.

Au lieu d'aller se changer dans sa chambre, Alfred partit s'enfermer dans son bureau pour y retro- uver un peu de sérénité. Les coudes appuyés sur la table et se tenant la tête entre les mains, il ne comprenait plus rien à ce qui se passait. Apparemment, son ami, Jean-René, avait pété les plom-bs! pensa-t-il en se remémorant ces soirées inoubliables qu'il avait passé avec lui dans les plus grands casino de la planète pendant sa folle jeunesse. Rouge de colère contre lui même et contre ses amitiés pour lesquelles il n'y pouvait rien, ses yeux se remplirent aussitôt de larmes qu'il n'e-ssaya même pas d'arrêter le flot en inondant son bureau telle une petite mare où, à travers le refl-et, il aperçut son propre visage et son désespoir pour lequel il eut soudainement pitié.

Ce visage n'était pas seulement le sien, mais aussi de son ami pour lequel il avait une amitié sans bornes, jusqu'à la mort! lança-t-il les yeux plein de larmes. Mais comment est-ce possible, mon dieu? se demanda-t-il en s'imaginant tous les scénarios possibles pour celui-ci. Avait-il repris le jeu et perdu une grosse somme d'argent pour mettre sa famille dans une telle situation ou bien était-il devenu fou au point d'être enfermé dans un asile? Un instant, il voulut l'appeler au téléph-one pour lui demander de ses nouvelles ou plutôt des explications. Mais voyant la chose mala-droite, il y renonça en pensant que ce n'était pas a lui, son meilleur ami, de lui faire la morale. Désespéré de constater les désastres du jeu dans la vie des hommes, mais que lui même avait su déjouer en trouvant l'amour auprès de sa femme, il semblait chercher dans sa tête une solution pour sortir son ami de ce gros merdier, si l'on peut dire. Attendons quelques jours! dit-il en vou-lant jouer le jeu pour lequel il était destiné, bref, le joker. Apaisé, Alfred, sécha ses larmes avec un mouchoir Kleenex qu'il trouva dans son tiroir, puis épongea la petite mare qui se trouvait sur son bureau. Mais ne voulant pas sortir de son bureau, où il se sentait protégé de tous les mots et les maux des hommes, il partit s'allonger sur le canapé qui s'y trouvait, puis s'endormit.

1 heure plus tard à la porte de son bureau.

-Toc! Toc! Alfred? Alfred, tu veux ouvrir?

Aucune réponse.

Toc! Toc! Oh tu m'entends, Alfred? Veux-tu m'ouvrir?

Alfred se réveillant en sursaut( mais ne voulant pas ouvrir à sa femme) se campa au bord du can-apé pour lui adresser la parole à travers la porte.

-Oui, qu'est-ce que tu veux? lui demanda-t-il avec une voix étrange.

-Oh ça va bien, chéri?

-Mais oui, je vais bien...mais qu'est ce que tu veux au juste?

-Tu ne veux toujours pas m'ouvrir, Alfred?

-Non, j't'ai dit.

-Allez, arrête de faire ton sale caractère de cochon et ouvre-moi! lui balança-t-elle en ne sachant pas mieux s'y prendre pour l'énerver encore plus.

-Quoi, tu oses m'insulter maintenant? lui expédia-t-il en sentant la colère lui monter à la tête.

-Allez, ne fait pas l'enfant..et je pense que tu est assez grand  pour agir comme un adulte, hein?

Aucune réponse.

Alfred, désabusé par les propos mesquins de sa femme, se rallongea sur le canapé en se mettant les mains sous la tête.

-Tu disais quoi au juste? lui demanda-t-il en prenant maintenant les choses avec philosophie

-Allez, ne fais pas l'entêté et ouvre-moi maintenant!

-Chérie, je suis désolé, mais qui m'obligerait à t'ouvrir?

-Rhaaa! entendait-on derrière la porte où sa femme était au bord de la crise de nerfs.

Soudainement, on entendit des coups de pieds sur la porte : Bang! Bang! Apparemment celle-ci n' était pas de son avis et voulait le lui montrer (elle qui l'avait toujours mené par le bout du nez!). A ce instant, elle sentit son mari lui échapper, bref, échapper à ses tentacules, une chose qu'elle trouvait insupportable.

Bang! Bang! entendait-on de nouveau dérrière la porte.

-Oh chérie, je ne pense pas que tu veuilles casser la porte de mon bureau? Et je te rappellerais que c'est interdit par la convention de Genève et des droits de l'homme! lui dit-il en homme civi- lisé.

Gros silence

-Bon, d'accord, tu as gagné, lui dit-elle épuisée par ce combat qui semblait inégal.

Alfred, entendant sa femme abdiquer, se leva du canapé, mais n'alla pas pour autant lui ouvrir, mais lui dit : Bon d'accord, j'ai gagné! Mais alors qu'est-ce tu voulais exaxctement?

-Oui, chéri, je voulais te demander si Charlotte et Leslie pouvaient rester ici à la maison pendant quelques jours, le temps que les choses s'arrangent?                                                    

-Mais y'a aucun problème! Installe-les dans la chambre d'amis où il y a deux lits, dit-il sèchement.

-Bon d'accord, dit-elle d'une manière apaisée. Mais avant de s'éloigner de la porte, elle lui dit d' une voix douce : on se revoit tout à l'heure pour le repas, hum?

-On verra, on verra! expédia Alfred qui voulait couper court à cette discution en sachant bien qu' il n'aurait pas le courage d'affronter, pendant le repas de midi, le regard de ces trois femmes posé sur lui comme des yeux inquisiteurs.

En tournant les yeux vers son bureau, il vit que sa petite pendule marquait 11H30. Mon dieu, bientôt midi et il faudrait que je sois parti avant, dit-il effrayé par cette pensée de devoir déjeuner avec Charlotte, Leslie et sa femme( chose que tout homme pourrait comprendre après tout ce qui s'était passé chez lui).

Alfred prudemment se dirigea vers la porte et posa son oreille contre pour voir si sa femme n' était pas toujours cachée derrière. Attentif au moindre bruit et à la moindre parole, il essayait de capter tout ce qui pouvait bien se passer derrière où apparemment sa femme n'y était plus et un calme semblait régner de nouveau chez lui où de temps en temps, il entendait les talons de celle-ci parcourir le couloir. J'espère qu'elle va sortir! dit-il le souffle coupé par l'émotion et dans l' espoir de pouvoir sortir de son bureau sans devoir la croiser.

Au bout de plusieurs minutes, qui lui parurent durer une éternité, il entendit des voix venir appa- remment du salon; Alfred, ne voulant pas en lâcher une seule bride, se colla plus près de la porte pour mieux entendre où son corps faisant office de boite de résonance : Charlotte, ne t'inquiète pas, je serai de retour dans une petite demi-heure, le temps d'aller faire les courses au supermarc-hé! entendit-il prononcer. Heureux de ce denouement, il esquissa un large sourire et attendit que sa femme claque la porte. Puis entendant enfin le bruit de la porte claquer ainsi que Charlotte et Leslie partirent dans leur chambre, il se décida à sortir de son bureau en prenant soin d'enlever ses pantoufles pour ne pas faire de bruit, puis se glissa à travers la porte pour se diriger vers sa chambre où il se changea rapidement. Avant de sortir, se sentant un peu lâche de laisser sa femme dans une telle situation, il alla dans la cuisine pour lui laisser un message sur un postit qu'il colla sur la porte du frigo : Chérie, je suis désolé, mais ne m'attends pas pour déjeuner. J'ai des choses ultra-urgentes à faire cet après-midi. Allez bye!

Arrivé dans le garage de la propriété, il vit que la voiture de sa femme n'était plus là, ce qui le ra-ssura. C'était une smart de couleur noire, bref, une voiture miniature dont les femmes raffolaient pour leur côté pratique aussi bien pour se garer en ville que pour se frayer un passage au milieu de la circulation. Puis il se dirigea vers sa grosse voiture, une Maserati de couleur blanche dont il était amoureux fou. Il se souvenait très bien qu'il avait acquise, non à la sueur de son front, com-me la plupart des travailleurs, mais d'une manière extraordinaire au cours d'une soirée à la roul-ette au casino de Monte-Carlo: où son propriétaire, ayant tout perdu et voulant se refaire, lui pro-posa pour la modique somme de 10000 euros, bref, une occasion inespérée qu'Alfred ne pouvait pas laisser passer lui qui rêvait depuis sa prime jeunesse d'en posséder une. Chose extraordinaire, la transaction se fit sans fioritures sur un coin de table à quelques mètres de la roulette où le pro-priétaire, un homme d'une trentaine d'années, mal rasé et visiblement au bout du rouleau, lui pré-senta les papiers du véhicule ainsi que les clefs accompagnées du célèbre trident qui ne pouvait tromper personne. Alfred voulut le payer en chèque, mais celui-ci refusa pour du liquide!

Tenant enfin son rêve au bout des doigts, mais étant d'une lucidité à toute épreuve, il exigea un papier de vente pour qu'il n'y eut aucune entourloupe où la signature ferait usage de bonne foi, lui avait-il dit. Le propriètaire, surprenamment, sortit de sa poche intérieure une feuille de papier pliée en quatre sur laquelle tout était écrit : l'espace libre pour qu'Alfred y inscrive son nom et le signe. Le propriétaire avait semble-t-il tout prévu en cas de perte! pensa-t-il en étant comme en admiration devant ce joueur très organisé ou précautionneux. Si vous voulez la voir, elle est à l' entrée du parking et de couleur blanche! lui dit-il l'air pressé de toucher son argent. En allant ch-ercher l'argent à la banque, il ne put s'empêcher d'aller la voir où, bien éffectivement, il vit sur le parking du casino un vrai petit bijou qu'il allait pouvoir piloter dans peu de temps. Une demi-heure plus tard, il remonta au casino et paya la somme convenue au propriétaire qui lui remit en mains propres les clefs du véhicule ainsi que tous les papiers. Il se souvenait très bien ce soir là, qu'il avait peut-être perdu 10000 euros au casino, mais en avait toujours la jouissance grâce au véhicule, ce qui pour lui était une partie gagnante, n'est-ce pas? Le retour à son domicile fut co-mme dans un rêve où, au volant de sa Maserati, il n'hésita pas à faire un long détour par le front de mer jusqu'à la tombée de la nuit où la promenade des Anglais et la Croisette lui parurent briller de mille feux. Ce soir là, le plaisir et le spectacle furent à la hauteur de cette journée pleine de surprises où, au volant de son nouveau bolide, il se crut tel un empereur romain tenir entre ses mains les clefs de la ville!

Vite dépêchons-nous! dit Alfred en prenant conscience que le temps passait.

Montant dans sa Maserati, il s'asseya au volant et sentit avec volupté l'odeur du cuir envahir agré- ablement ses narines et lui communiquer une fièvre étrange. Et un désir de puissance et d'indes-tructabilité s'empara aussitôt de tous ses sens, quand il empoigna le volant comme on empoigne une machine de guerre. Après avoir refermé la porte, puis mis le contact, il entendit soudainem-ment sortir de son capot, comme le rugissement d'un tigre qui exacerbait en lui ce sentiment de toute puissance. Hou! Hou! lâcha-t-il en s'admirant à travers la glace intérieure du véhicule où, se passant la main dans les cheveux, il se vit comme un être dionysaque et très féroce. Après avo-ir fait rugir sauvagement son moteur, il passa la première et se glissa hors du garage avec l'agilité d'une panthère, puis disparut dans cette jungle humaine qu'on appelle la ville, et plus précisem-ent, la ville de Menton. Mon cher lecteur, profitons qu'Alfred soit sorti pour découvrir cette ville méditérranéenne aux fantastiques contrastes aussi bien culturels que géologiques. Bref, un para-dis sur Terre, n'est-ce pas?

 

Et si Alfred et sa femme Clotilde s'étaient installés dans ces lieux idylliques, ce n'était pas du tout par hasard, comme vous le conviendrez, mon cher lecteur. Imaginez maintenant, notre cher Alfr-ed, au volant d'une éclatante Maserati de couleur blanche, descendre ces côtes escarpées puis pa-sser par le vieux port pour suivre le front de mer jusqu'a Cannes où il comptait faire une bonne surprise à son ami Jean-René! Apparemment, le joker, c'était lui, l'homme imprévisible qui était prêt à chambouler tous ses plans pour assouvir sa soif insatiable de jeux et de fêtes qui faisait le fondement de sa vie! s'avouait-il en passant au ralenti sur le vieux port comme pour se faire adm-irer par les touristes. Bizarrement, en lui, s'entremêlaient d'étranges paradoxes, comme la vanité avec ce désir de plaire au public et de tout partager avec lui! Bref, une très grande générosité so-uvent en opposition avec sa course folle après le gain sans parler de son amour pour la solitude et en même temps de son envie irrésistible d'être mis sous les projecteurs. Bref, Alfred, malgré tou-tes les apparences qu'il voulût bien se donner, était une sorte de bouffon bariolés et pour être plus juste, un homme orchestre sachant jouer un peu près de tous les instruments, mais sans pouvoir en jouer un seul parfaitement! Croyez-bien, mon cher lecteur, qu'il n'était pas en conflit avec lui même, comme pourrait le croire les psychanalystes ou autres psychologues qu déliraient sur tout et n'importe quoi pour se mettre quelque chose sous la dent! Parce qu'il était l'homme paradoxal qui visiblement avait su déjouer toutes les analyses de ces experts à l'esprit scientifique et carté-sien. Visiblement, l'Occident avait encore du mal à se défaire de ses préjugés issus de sa sainte raison, n'est-ce pas? Car pensiez-vous vraiment qu'il était sain pour l'humanité d'anéantir toutes ses contradictions ou paradoxes en sachant que l'humeur des hommes variait souvent d'un jour à l'autre où un jour, elle était généreuse, puis le lendemain, féroce, puis égoïste ainsi de suite? Dit d'une autre façon, n'avions-nous pas fabriqué, par la Raison, des hommes et des femmes dépouil-lés de leur véritable nature? Et si au bout du compte, nos anciens philosophes( épris de raison et de sagesse) s'étaient trompés sur nous, pourrions-nous alors revenir en arrière afin de retrouver cette faculté d'être à nouveau heureux et faire de nos vies, une joyeuse fête? Et entre nous pourr-iez-vous croire un seul instant, mon cher lecteur, que la vie pût être une chose sérieuse? En cro-yant bêtement que l'homme sans richesse allait rester enfermer dans sa chambre comme un mort-vivant pour faire plaisir à notre grand philosophe Pascal? C'était bien évidemment se bercer de grandes illusions! Bien que nos chers philosophes aient eu pour les hommes de grandes ambitio-ns de sagesse, malheureusement rien ne les interdisait d'agir en mal à moins qu'ils ne soient inter-pellés au moment de leurs méfaits, n'est-ce pas? Bref, la liberté, qu'on a souvent voulu enfermer dans le cadre de la loi a finalement beaucoup d'imagination pour ne pas se laisser enfermer là où on le voudrait, n'est-ce pas? C'était semble-t-il la grande leçon de la vie! à laquelle pensait Alfred en sortant du port de Menton.

Mais pour l'instant, mon cher lecteur, laissons Alfred divaguer dans sa superbe Maserati sur le fr-ont de mer pour nous plonger dans l'Histoire de cette ville de Menton où les contrastes géologiq-ues et culturels sont particulièrement saisissants à nos yeux, comme vous l'avez remarqué sur les photos. Beaucoup de gens pourraient penser, par le nom même de Menton, qu'il pourrait s'agir d' une caractéristique physique d'un grand personnage historique ayant vécu sur les lieux dont le me-nton prohéminant aurait pu laisser quelques traces dans le nom de la ville, tel que l'empereur Oth-on par exemple. Mais comme nous avons aucun portrait de lui ni aucune statue, nous ne pouvons pas en apporter la preuve, malheureusement. Ce nom de Menton pourrait aussi évoquer la forme d'un menton caractérisée par la côte mentonasque ou bien par ses côtes escapées qu'il fallait grim-per où monter pour admirer le superbe littoral où le mot de "montons" serait comme un résumé du nom de Menton ou Mentan, disons, plus sonnant pour la langue locale de type occitanne. Tout ceci reste toujours possible, mon cher lecteur, ne nous le cachons pas, même si des experts en lan-gues anciennes pencheraient plutôt sur une origine Ligure de ce nom où cette civilisation régna dès le 8 ème siècle avant J-C sur les Aples en Haute-Savoie d'ou la ville de Menthon, puis descen-dit sur les côtes méditerranéennes du côté Gênois ou Italien. Ainsi de fil en aiguille, Menton dev-iendra une possession Gênoise sous l'impulsion du comte de Vintimille qui fit construire dès le 13 ème siècle un chateau fort ou bastion sur la colline de Pépin pour défendre la ville des env-ahisseurs et, en particulier, de ces aventuriers ou roturiers comme la famille des Grimaldi (future fondatrice de la principauté de Monaco) qui visera toujours a agrandir son petit royaume. Mais un premier accord de paix eut lieu le 21 Juillet 1262 entre le roi Charles d'Anjou( roi de Naples et de sicile) et la république de Gênes qui lui assurera une certaine stabilité politique en vu de son en-richissement. Et justement, le rocher de Monaco, minuscule promontoire situé non loin, sera em-paré par Franç-ois Grimaldi, l'ancêtre d'Albert de Monaco, le 9 Janvier 1297! Bref, une ville qui sera toujours convoitée par tous ces princes ambitieux, non pas seulement pour ses citrons qui en faisait sa principale richesse, mais surtout pour ses ouvertures vers l'ouest et la France.

Ainsi Menton sera acquise en monnaie sonnante et trébuchante en 1346 par Charles Grimaldi et restera en possession des princes monégasques durant 5 siècles, ce que les mentonnasques n'appr-écieront guère vu le prélèvement d'une taxe sur leurs citrons par la principauté de Monaco. La ru-pture pour ainsi dire n'était pas loin, n'est-ce pas, mon cher lecteur? Mais ne nous attardons pas trop sur l'Histoire et rejoignons notre ami Alfred à bord de sa Maserati qui semblait impatient d' arriver à Cannes, la ville des stars! Vitres ouvertes et cheveux au vent, il ouvrit la boite à gants pour se saisir d'une paire de lunettes noires qu'il ajusta sur son visage afin de paraître plus féroce et mystérieux. Dans sa tête des milliers de pensées se bousculaient, comme cette lâcheté qu'il ve-nait d'exprimer envers ces trois femmes, Clotilde, Charlotte et Leslie, dont il n'était pas prêt à ent-endre les sévères critiques sur son meilleur ami, Jean-René, pour lequel il avait une amitié indéfe-ctible. Mais une lâcheté qu'il assumait entièrement, ce que tous les hommes comprendront, je pe-nse!. Car Jean-René représentait pour lui sa folle jeunesse où ensemble ils avaient fait tous les ca-sinos de la planète ainsi que tous les bordels, ne nous le cachons pas, Ah!Ah!Ah! Aussitôt, il esq-uissa un sourire sur sa bouche en se remémorant ces merveilleux souvenirs lorsqu'il était encore célibataire et en état de bonheur permanent! Bien qu'il aimât sa femme Clotilde, celle-ci, malheu-reusement, ne pouvait pas lui procurer ce sentiment intense de liberté qui avait fait les joies de sa jeunesse et disons même ses jouissances extrèmes! En se regardant d'une manière féroce à travers la glace intérieure du véhicule, il semblait comme regretter cet âge d'or en étant désormais marié à Clotilde, qui n'était pas une vilaine fille, mais qui demandait quotidienne des marques d'amour qui à la longue l'emmerdaient terriblement, n'ayons pas peur de le dire, Ah!Ah!Ah! En fait, ce qu' Alfred avait remarqué à propos des femmes, quand elles étaient ensemble comme par exemple pendant un repas, c'était leur transformation immédiate en d'abominables créatures qui démoliss-aient avec un grand plaisir leurs petits amis ou leurs maris! En établissant pour chacun d'eux une note de 1 à 10 quant à leurs performances au lit ainsi que sur leur qualité d'être facile ou non à vivre où certaines se plaignaient que leur petit ami avait une trop grosse bite, alors que d'autres une trop petite! Décidément, les femmes resteraient des éternelles insatisfaites, n'est-ce pas, mon cher lecteur? Ah!Ah!Ah! Bien évidemment, en tant que romancier où la morale était extensible comme du caoutchouc, il aurait aimé écouter le venin sortir de la bouche de ces trois femmes afin d'enrichir ses histoires où les femmes étaient désormais les dominatrices. Mais sachant que c'était du réel et non de la fiction, il était exclu pour lui d'y participer où, prenant forcément la défense de son vieil ami, il aurait été mis en pièces par ces femmes dont le nombre était majoritaire, Ah!Ah!Ah! Toujours à propos des femmes, quand le jeune Alfred allait voir les prostituées pour mul-tiplier ses expériences en matière de jouissances, il demanda un jour à l'une d'elle pourquoi les femmes aimaient faire l'amour? Bien évidemment, Alfred qui était bien jeune pour saisir la très grande naiveté de sa question, provoqua un grand éclat de rire de la prostituée qui lui dit sur l'or-eiller : Jeune homme, si les femmes aimaient faire l'amour, c'est parce qu'elles aimaient s'amuser, Ah!Ah!Ah! Ce qui ne le choqua point en se trouvant bizarrement des points communs avec la pro-stituée, car qu' est-ce qu'un joueur sinon un jouisseur en puissance, n'est-ce pas?

Ce qui l'avait entrainé à se poser des questions philosophiques sur l'utilité ou non de fonder une famille qui tout compte fait était les conséquences d'une bagatelle qu'on appelait une partie de ja-mbes en l'air, Ah!Ah!Ah! Malgré qu'il en voulut parfois à sa femme de ne plus avoir accés à cette liberté totale qu'il chérissait, il admettait en toute honnêteté qu'elle était pour lui, pour l'homme sans limites, un véritable garde fou! Mais comme le disait très justement Jean-Jacques Rousseau, le philosophe Suisse, la prévoyance gâchait souvent nos plaisirs, malheureusement! Tout en reco-nnaissant avec honnêteté, en tant que romancier de ces dames, que l'amour était un sujet inépuisa-ble aussi bien pour les auteurs que pour les lectrices dont la maladie s'appelait l'Amour! Mais que le mot Amour par lui même n'avait aucune signification s'il n'était pas employé dans un contexte bien précis, comme par exemple, quand votre femme vous demandait le soir de vider la poubelle, c'était bien évidemment sa façon à elle de vous dire qu'elle vous aimait ou de rallumer la flamme passionnelle qui était en vous, Ah!Ah!Ah! De même quand Clotilde lui volait un billet de 20 eu-ros dans ses poches( parce que soi-disant elle n'avait pas la monnaie pour acheter un litre de lait, mais sans jamais lui rendre la monnaie!), c'était aussi sa façon de lui dire "Je t'aime", mais exp-rimé, il faut le dire, de la façon la plus maladroite au monde, Ah!Ah!Ah! Mais en tant que fin po-litologue et amant redoutable, il n'essaya jamais de comprendre les femmes dont les bourdes à ré-pétitions n'avaient qu'un seul but : provoquer l'Amour! En reconnaissant avec franchise que tous ses romans étaient traversés par un fil rouge qui liait toutes les intrigues entre elles qui s'appelait la maladresse des femmes, Ah!Ah!Ah! C'est dire tout le potentiel en matière de suspens et de faire rebondir une histoire vers le rêve ou bien vers la catastrophe par ces grandes hystériques, n'est-ce pas? Bref, si l'Amour était difficile à définir sans contexte réel, il restait néanmoins pour les fem-mes un sujet inépuisable ou elles dialoguaient en permanence avec leur côté opposé qui s'appelait le masculin! Sans aucun doute, il s'agissait là d'un dialogue vieux comme le monde où le fémin-in et le masculin s'entretenaient pour essayer de se comprendre, mais sans véritablement y arriver, n'est-ce pas? Pour Alfred, en tant que mâle dominant et romancier, il était évident, lorsque le fém-inin et le masculin se comprendront que ce sera la fin du monde, mais aussi celui du Roman! Bref, la victoire triomphante du roman de science-fiction et du polar où l'on parlait peu d'amour, sauf pour sauver l'humanité ou bien pour arrêter un dangereux psychopathe qui confondait mal-heureusement l'amour et la haine, Ah!Ah!Ah! Toujours à propos d'amour et de sexe, les femmes savaient instinctivement qu'un homme gentil faisait rarement un bon amant! Car pour provoquer l'amour et la bestialité chez un homme, il fallait qu'il soit impulsif afin qu'il satisfasse tous ses phantasmes inavouables, bien évidemment! En fait, pour dire la vérité à notre cher lecteur, les fe-mmes rêvaient d'avoir deux hommes dans leurs vies. Cest à dire un homme gentil à la maison pour s'occuper des enfants et du ménage et un homme méchant à mettre dans son lit, Ah!Ah!Ah! Mais il est vrai, un rêve difficilement réalisable par ces dames, n'est-ce pas? C'était apparem-ment pour cette raison que les femmes resteraient des éternelles insatisfaites en voulant, sans être grossier, le beurre et l'argent du beurre, Ah!Ah!Ah! Ce qui n'était pas possible à moins qu'elles aient perdu la raison, n'est-ce pas?

Mais pour Alfred, les femmes n'étaient pas des êtres de raison où dans ses romans, il leur laissait une totale liberté afin d'étourdir le lecteur ou la lectrice en termes d'émotions. Car lui même en tant que joueur et jouisseur, il arrivait sans difficulté à se mettre à la place des femmes qui étaient prêtes à déclencher la 3 ème guerre mondiale pour une histoire de sexe, Ah!Ah!Ah! En fait, le ro-mancier pour rendre crédible ses romans auprès de la gente féminine devait développer en lui sa partie féminine. C'est à dire la partie la plus folle de son imagination, mais sans pour autant anéa-ntir son être masculin ou sa virilité. Ce qui était, il est vrai, un jeux assez dangereux pour n'imp-orte quel auteur homme par la crainte qu'il se transforme en femme, n'est-ce pas? Mais sans véri-table danger pour Alfred qui était un joueur né avec cette capacité extraordinaire de perdre la rai-son volontairement, comme autour d'une table de jeux au casino ou bien dans ses romans, puis de la retrouver afin de retrouver le calme et la sérénité! Apparemment, un jeu très subtil où le fémi-nin et le masculin s'affrontaient avec des armes totalement différentes où dans un roman l'absence de virilité ne serait qu'un fantasme d'écriture et non une histoire avec des actes réels! Et que de-mandaient d'autres nos chères lectrices, sinon des sensations fortes pour se sentir vivre et exister? En roulant à vivre allure en direction de Cannes, Alfred avait le sentiment de remonter le temps avec cette horrible crainte que son meilleur ami se soit suicidé après qu'il ait subi de lourdes per-tes au jeu! Car lui même, avant de rencontrer Clotilde, combien de fois n'avait-il pas été éffleuré par cettte idée d'en finir avec la vie en sortant du casino au petit matin sans plus aucun rond en po-che, sinon avec 1 euros 50 pour se payer un café? se demandait-il envahi par un mauvais pressent-iment. Merde, j'espère qu'il n'a pas fait cette grosse connerie! lâcha-t-il pris d'une rage folle contre lui même et contre ses amitiés auxquelles il ne pouvait rien changer. Transporté par sa féroce im-agination, il se voyait arriver malheureusement trop tard au domicile de son ami où il le décou-vrait pendu aux rideaux de sa salle de bain! Pénétré par une immense douleur, il se voyait soulev-er le corps inerte de son meilleur ami pour le décrocher de son gibet de fortune, puis le prendre dans ses bras et le bercer comme un petit enfant jusqu'à la nuit tombée! Aussitôt des larmes inco-nsolables inondèrent les yeux d'Alfred qui, pris par une immense émotion, arrêta son véhicule au bord de la route pour ne pas finir dans un ravin! En retirant ses lunettes noires, il remarqua en se regardant dans la glace intérieure du véhicule que son regard avait change et qu'il ressemblait désormais à celui d'un enfant qui avait perdu son meilleur camarade de jeu qui s'appelait Jean-Ré pour les intimes! Car les jeunes gens ignoraient souvent qu'à un âge avancé, il leur serait impos-sible de se crèer de nouvelles amitiès en constatant amèrement que leurs derniers amis seraient leurs derniers amis pour la vie! Et Alfred, qui avait fréquenté toute sa vie les salles de casino, en savait beaucoup sur cette solitude qui guettait, non pas seulement le joueur professionnel, mais aussi chacun d'entre nous à la fin de sa vie! Et s'il ne s'était pas créé des amis entre temps, il allait tout droit vers le suicide en pensant subitement à son meilleur ami qui semble-t-il avait oublié le-ur indéfectible amitié. Mais pourquoi ne m'a-t-il pas appelé pour me demander de l'aide? s'interr-ogeait-il avec inquiètude en pensant au pire pour son ami. Dans sa tête semblait surgir un imm-ense incendie en ne sachant plus comment l'éteindre, sinon que par ses propres larmes!

Affalé sur le siège de son véhicule, Alfred tomba dans un curieux sommeil afin de taire le chaos qu'il y avait dans sa tête avec cette possibilité infime de sauver son meilleur ami d'une mort certa-ine! A propos de suicide, beaucoup de gens pensaient qu'il était un acte irréfléchi de la part d'un homme désespéré, alors qu'Alfred pensait tout au contraire qu'il était un acte mûrement réfléchi et longuement médité par un homme parfaitement lucide! Bien sûr, tout cela pouvait choquer la plupart d'entre nous qui vivions dans un confort intellectuel qu'on appelle nos préjugés! Mais Al-fred n'était-il pas l'homme sans limites que nous connaissions et qui savait de quoi il parlait, mon cher lecteur? Car à force de cotoyer les bas fonds de la nature humaine et tout particulièrement ces escrocs à la bonne mine, il avait remarqué que l'homme était constitué de plusieurs individus ou personnalités qui n'étaient pas forcément d'accord entre elles lorsqu'il fallait prendre une décis-ion importante, n'est-ce pas, mon cher lecteur? Bref, ça ressemblait beaucoup au personnage de Gollum dans les seigneurs des anneaux dont la double personnalité le torturait à chaque fois qu'il devait prendre une decision et tout particulièrement la bonne decision. Mais sans bien comprendre pourquoi surgissait aussitôt de lui un personnage sournois qui l'inclinait à faire le mal envers ses amis! Pour Alfred, il était évident que la personnalité la plus mauvaise en nous prenait souvent le pouvoir où le rôle des autres personnalités servaient uniquement de modérateur pour éviter le pi-re, bien évidemment. Et si Jésus-Christ encourageait individuellement les hommes à s'aimer, ce n' était pas anodin, mais seulement pour développer en eux la meilleur personne au monde! Et que finalement vouloir mettre fin à ses jours, c'était uniquement vouloir assassiner cet être ignoble qui avait pris possession de notre âme! comme le pensait avec sincèrité Alfred qui plusieurs fois fut confronté au suicide. Visiblement, il semblait avoir peu de différence entre un suicide et un crime où tuer un autre ou soi-même revenait au même, n'est-ce pas, mon cher lecteur? Oui, je sais, une conception totalement révolutionnaire de voir l'humanité qui pourrait alors chambouler toutes les lois humaines en matière de justice, n'est-ce pas? Mais au juste, Alfred n'était-il pas un génie quand il poussait ses réflexions jusqu'aux limites de la pensée humaine? Mais à vrai dire, un génie qui ne l'intéressait guère, car il n'était pas un intellectuel, mais un joueur dont la seule mo-tivation était de jouir d'une manière ou d'une autre! Je le répète une nouvelle fois à mon cher lec-teur, Alfred Swan n'était pas en conflit avec lui même. Car il avait réussi économiquement dans la vie, mais aussi réussi à réunifier toutes ses personnalités intéieures grâce à l'homme orchestre qu' il y avait en lui! Sans pour le moins être préoccupé en ce moment par son roman sur la guerre de Crimée qu'il avait mis en stand by pour aller sauver son meilleur ami d'une mort certaine! Un ro-man historique qui n'avait pas encore de titre pour l'instant, mais qu'il comptait appeler "Victor-ia" afin de plaire à la gente féminine, mais surtout à sa femme Clotilde qui sera chargée de faire sa promotion en ne cachant pas son côté buisness-féminisme, Ah!Ah!Ah! Curieusement, il se deman-dait ce que pouvait bien faire en ce moment la reine Victoira qui venait de quitter l'amiral Bretj-ones au palais de Buckingham? Allait-elle s'empiffrer de cotelettes d'agneaux et de patisseries à la crème pour occuper son ennui ou bien allait-elle s'emparer de ce conflit sur la guerre de Crimée pour exprimer sa personnalité guerrière?

C'est ce qu'il se demandait avec raison dont le roman semblait se continuer tout seul en lui. Et Jo-sépha que devait-elle faire en ce moment dans son chateau de Watergrown avec ses idées de me-urtre à l'égard de son mari, l'amiral Bretjones? se demandait-il pris de passion par cette histoire où un futur empoisonnement se profilait à l'horizon si l'amiral revenait vivant de la guerre! Assai-lli par toutes ces questions qui semblaient l'éloigner de la réalité, Alfred se saisit aussitôt de son portable pour téléphoner à son ami, Jean-René. La gorge nouée par l'émotion pendant un instant, il tomba malheureusement sur son répondeur où la voix de ce dernier le mit en émoi : Vous êtes bien chez Monsieur Jean-René Lastier et je suis absent en ce moment. Si c'est pour une raison importante, vous pouvez me laisser un message. Merci bonne journée! Après le bip sonore, Alfr-ed, ne pouvant garder le silence une seconde de plus laissa son message : Oui, c'est moi Alfred et je voudrais savoir si cet après-midi on pouvait se voir au Petit Canet pour se rappeler de bons souvenirs, Ah!Ah!Ah! En ce moment, je suis sur la route en direction de Cannes et j'arriverai dans une demi-heure ou au maximum dans trois quart d'heure. Allez à tout à l'heure, mon ami! Le Petit Canet dont il faisait référence était un café-restaurant situé sur la croisette où il connaissait perso-nnellement le patron qui, passionné de cinéma, avait recouvert tous les murs de son établissem-ent par des milliers de photos de stars relatant l'histoire du festival de Cannes! Ainsi régnait à l'in-térieur de l'établissement une ambiance mythique qui ne laissait jamais indifférent ni les habitués ni la jeune clientèle alors pleine de projets ambitieux! En raccrochant, Alfred se demandait avec inquiètude s'il n'était désormais pas trop tard pour sauver son meilleur ami? Avec ce grand espoir qu'en cours de route, celui-ci l'appelle et lui dise: Mon cher Alfred, comme d'habitude, je t'attend-rai à la table numéro 9 du Petit Canet qui nous avait tant porté chance, Ah!Ah!Ah! Cette table po-rtant le numéro 9 était pour eux comme leur point de ralliement qu'ils considéraient comme une table porte-bonheur quand ils allaient flamber dans les casinos de la Côte d'Azur où souvent ils sortaient gagnants. Au point d'avoir collé au centre, avec l'accord du patron, un jeton de casino tel un talisman! Tous ces souvenirs jouissifs semblaient lui revenir à la mémoire tel un tsunami au point qu'il faillit pleurer une nouvelle fois au volant de son bolide!

Voici quelques photos du festival de Cannes affichées au Petit Canet.

 

 

 

 

La Croisette

 

Trajet entre Menton et Cannes effectué par Alfred à bord de sa Maserati

Avant de reprendre la route, il repositionna son portable en kit mains libres sur le tableau de bord de sa Maserati afin de ne pas devoir s'arrêter une seconde fois. Pendant que se déroulait ce drame dans sa tête, il faisait un temps magnifique sur le front de mer avec toutes ces odeurs sucrées de pins méditérranéens et le chant des cigales qui semblait s'élever de la Terre comme une promesse d'amour! A l'horizon s'étendait à perte de vue la mer éternellement bleue où brillait à l'intérieur des étoiles d'or et d'argent qui éblouissaient nos imaginations depuis la création du monde! Instin-ctivement, Alfred remit ses lunettes noires afin de ne pas être ébloui par cette inépuisable beauté qui s'offrait à lui et à tous ceux qui avait encore leur capacité à s'émouvoir! Aussitôt un sentiment d'amour s'empara de lui en pensant à son meilleur ami dont il avait entendu l'appel au secours et appuya instantanément sur l'accélérateur! En ce début de l'été et de l'ouverture prochaine du festi-val de Cannes, la Terre semblait amoureuse comme une petite Lolita en communiquant sans auc-une pudeur tous ses désirs aux créatures vivantes dont le coeur d'Alfred n'était pas insensible. Mais sans pour autant croire un seul instant qu'Alfred eut le coeur d'une midinette avec parfois cet étrange sentiment de redevenir une petite fille, comme tous les garçons dont l'enfance fut sans sexualté! A ce propos, il se souvenait sans aucune honte de sa soeur qui parfois lui peignait les cheveux comme ceux d'une poupée en lui faisant un chignon, Ah!Ah!Ah! Apparemment, il avait goûté en ces temps bien innocents à une jouissance toute féminime, mais qui pour autant ne l' avait pas transformé en homosexuel, car il se sentait avant tout un garçon avec des attributs ma-sculins, Ah!Ah!Ah! En roulant avec prudence sur les pentes escarpées du rocher de Monaco, il av-ait l'impression de se retrouver dans un film d'Alfred Hitchcock, comme dans " La main au collet" dont les scènes avaient été filmées en grande partie sur le rocher de Monaco et sur la Côte d'Azur qu'on appelait autrefois la Riviera! En se rappelant avec bonheur et tristesse à la fois, la scène où Cary Grant et Grace Kelly mangeaient du poulet froid à bord de leur décapotable Sunbeam Alpine au bord d'un ravin surplombant la Principauté! Le lieu même où Grace Kelly perdra la vie le 13 Septembre 1982! Dans ce film plein de suspens, Grace jouait le rôle d'une voleuse de haute volti-ge qui écumait tous les hôtels de luxe de la Riviera et Cary Grant était la victime qu'on soupçon-nait injustement à cause de son passé de cambrioleur connu par l'inspecteur qui menait l'enquête. Le suspens du film consistait à Cary Grant a prendre en flagrant délit la voleuse dont il allait bien évidemment tomber amoureux tellement elle était sublime! Mais étrangement, Alfred avait en ce moment un mauvais pressentiment en pensant au film et à la situation désespérée de son meilleur ami où "la main au collet" semblait résonner dans sa tête d'une manière macabre! Et qu'au bout du compte, il était peut-être déjà trop tard pour le sauver avec cette terrible possibilité de le découvr-ir mort chez lui pendu aux rideaux de sa salle de bain à cause de lourdes pertes au jeu ou peut-être à des dettes de jeu qu'ils ne pouvaient plus honnorer? se demandait-il avec inquiètude en regarda-nt avec obstination son portable qui restait désespérement muet!

Il avait le sentiment d'être poursuivi sans relâche par les fims pervers d'Alfred Hitchcock, alors qu' il faisait un temps merveilleux sur le front de mer où la psychose semblait s'emparer de lui en im-aginant la scène du crime constituée d'une salle de bain et d'un rideau maculé de sang, comme dans Psychose où Marion Crane( Janet Leigt) était sauvagement assassinée dans sa salle de bain par un psychopathe dénommé, Norman Bates (Anthony Perkins). Aussitôt une peur irrationnelle s' empara de lui avec le sentiment d'avoir comme la mort à ses trousses en pensant à son ami! Mais pour une raison inconnue ou peut-être pour fuir, il s'engagea sur la départementale 37 qui menait sur les lieux où Grace kelly avait perdu la vie! Puis pour se changer les idées, il alluma la radio et tomba par hasard sur RMC( Radio Monte Carlo) qui diffusait "Comme un ouragan", une chans-on interprétée par Stéphanie de Monaco, la fille de Grace Kelly. Décidément, il n'y avait pas de ha-sard! lâcha-t-il du bout des lèvres en étant très perturbé par tous ces évènements qui étrangement semblaient coincider avec ce qu'il vivait en ce moment. En écoutant avec attention les paroles de la chanson qui disaient " Comme un ouragan, la tempête en moi a balayé le passé, allumé ma vie, c'est un incendie qu'on ne peut plus arrêter", Alfred sembla bouleversé au volant de sa Maserati avec ce sentiment intense de retrouver sa jeunesse qui fut caractérisée par une folle insouciance! Avec cette douce sensation de retrouver une virginité dans le luxe de son bolide en pensant ironi-quement aux vieux riches qui donneraient toute leur fortune pour retrouver cet état de grâce qu' on appelle la jeunesse, Ah!Ah!Ah! Visiblement, Alfred par son insolence retrouvée semblait nous montrer qu'il était habité par une jeunesse éternelle grâce à son esprit de joueur et de jouisseur, n'est-ce pas, mon cher lecteur? Pendant que la chanson " Comme un ouragan" dévastait la mém-oire d'Alfred, il sembla ressentir une grande haine( longuement refoulée) envers sa femme qui le faisait travailler comme un nègre sur ses romans, mais aussi parce qu'elle était une voleuse com-me toute les femmes, entre autre, pensait-il vraiment, Ah!Ah!Ah! En la comparant presque à Gra-ce Kelly qui dans la main au collet jouait le rôle d'une voleuse de grand luxe! Car il savait en tant que romancier de ces dames qu'il sommeillait en chaque femme, une voleuse, comme il sommeil-lait en chaque homme, un porc, Ah!Ah!Ah! A ce propos, il se souvenait un jour de la disparition d' un objet fétiche qu'il avait acheté au cours d'un voyage en Thailande qui représentait une petite grenouille incrustée de diamants! Emporté par la colère, il accusa aussitôt sa femme d'etre l'aute-ure du vol sachant qu'elle avait l'habitude de lui voler de l'argent dans les poches! lui balança-t-il à la figure sans aucun ménagement. Mais Clotilde se sentant totalement innocente( comme toute les femmes!) lui répliqua : Mais chéri, pourquoi voudrais-tu que je te vole ta petite grenouille sa-chant que je pouvais l'admirer gratuitement pendant toute la journée? Alfred, interloqué pendant un instant par la remarque très judicieuse de sa femme, lui demanda ce qu'elle voulait dire au juste? Aussitôt Clotilde lui dit : Mon cher Alfred, tu devrais plutôt demander à ta soeur pourquoi il manque toujours quelque chose à la maison après qu'on l'ait invité à dîner?

Mais c'est vrai! lâcha brutalement Alfred qui fut ébranlé une nouvelle fois par les intuitions de sa femme qu'il accusait injustement à chaque fois qu'il disparaissait un bibelot dans le salon. Bien, bien! dit-il en prenant conscience soudainement que c'était sa soeur qui le volait, mais sans pour autant disculper sa femme qui jusque avait gardé le secret! Par ces faits évidents, il comprit auss-itôt qu'il y existait une solidarité entre les femmes qui visiblement refusaient de s'accuser de vols parce qu'elles étaient toutes des voleuses, Ah!Ah!Ah! Et si Clotilde avait gardé le silence jusque là, c'était pour elle toute à fait légitime, afin d'éviter de causer de la peine à son mari qui aurait été dévasté d'apprendre que sa propre soeur le volait! A partir de ce jour, Alfred, qui ne voulait pas rompre avec les derniers vestiges de sa famille, prit la décision d'inviter sa soeur uniquement au restaurant, Ah!Ah!Ah!