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Le Testament d'un jeune homme

 

Fabien était dans son salon, assis sur son canapé, quand il se demanda bizarement: Mais pourq- uoi lui, il n'avait pas réussi dans la vie? Cette question si étrange soit-elle lui tombait dessus brutalement et ne savait pas bien évidemment comment y répondre. Aussitôt, l'envie de se lever et de sortir dehors, afin d'éluder la question, ne lui manqua point alors. Mais étrangement, il re-sta assis comme pour mesurer son courage: celui du petit enfant qui n'avait jamais voulu gran-dir comme les autres! N'allons pas dire qu'il était sur le point de s'évanouir, oh non, car ce serait un peu trop fort. Mais bon, il est vrai qu'il n'avait jamais voulu voir les choses en face lui l'en-fant égoïste habitué à l'insouciance des jours. Depuis quelques jours, il avait le sentiment que quelque chose en lui s'était détraqué, comme si la roue du destin s'était mise à tourner dans le mauvais sens! se disait-il comme égaré sur une autre planète. Il pressentait au fond de lui même comme un grand malheur qui n'attendait qu'un signe pour surgir hors de lui et l'entraîner vers sa perte. Mais contre toute attente, Fabien garda son calme et respira profondément afin de contrô-ler son souffle intérieur, puis chercha du regard l'endroit où il avait posé son paquet de cigarett-es. En fait, il n'avait qu'à tendre la main pour le saisir sachant qu'il le posait toujours au même endroit sur son canapé juste à sa droite à même le tissu où un cendrier en verre translucide était rempli de cendres froides. Il débordait tellement ce cendrier que le tissu avait noirci et même brûlé à certains endroits où les motifs indiens dont il était couvert avaient complétement disp-aru! Pourtant il faisait bien attention. Mais quand il était parti dans ses rêveries, ses gestes deve-naient alors imprécis et le tissu en prenait plein la gueule, comme il disait. Demain, il faudra le vider! pensa-t-il.

Mais pour l'instant, c'était au dessus de ses forces, estimait-il. Puis posant lourdement sa main sur son paquet, ses doigts encore agiles n'eurent aucun mal à trouver l'ouverture où il tira un long tube blanc gorgé de tabac qu'il planta au milieu de ses lèvres. Aussitôt, le goût du papier et du tabac lui redonnait comme un semblant de plaisir. Puis se saisissant de son briquet, il l'allu-ma sans trembler et tira une bouffée dessus où le bout devint incandescent en le faisant comme renaître à la vie. Puis la fumée remplissant ses poumons et ses narines, il se disait que seule la fumée avait ce pouvoir unique de nous enivrer au milieu d'un épais brouillard où l'on perdait enfin son identification sociale et économique. Les idées semblaient revenir dans la tête de Fa-bien et malgré ses interrogations existentielles. C'est peut-être pour cela que les gens se drogu-ent, hum, pour oublier leurs propres échecs dans la vie? se demandait-il avec raison. He oui, c' est pas con ce que je dis là! affirma-t-il en regardant autour de lui comme s'il attendait une ré-ponse. Malheureusement aucune réponse ne vint perturber le silence qu'il y avait au milieu de ce salon où il était seul, vivait seul et sans la moindre présence d'un animal domestique qui au-rait pu lui tenir compagnie. Mais non, il n'en voulait pas, car il détestait les animaux! Quant à ses amis, cela faisait une éternité qu'il ne les avait pas revu. Pour quelles raisons? Personne ne le savait exactement. La seule chose que l'on sut, c'est que tous ses amis d'enfances s'étaient mariés et l'avaient donc complètement oublié! Parfois, il pensait que c'était à cause de leurs fe-mmes qui les en empêchaient. Car, disait-il, elles m'ont toujours détesté et tout particulièrement le célibataire que je pouvais représenter à leur yeux, c'est à dire un vieux garçon qui était de surcroît pauvre et laid, comme je le suis réellement. Même un jour, il entendit une terrible con-fession le concernant où l'on disait de lui qu'il était bien gentil, mais pas marrant du tout!

Tous des connasses, ces chiennes! lâcha-t-il pris dans un excès de colère contre les femmes. Il est vrai aussi que si j'avais été riche, les choses se seraient passées pour moi très différemment. Ca, c'est une certitude!

Mais est-ce de ma faute si je n'ai pas de talents, ni de personnalité qui pourrait marquer mes contemporains afin qu'ils m'aiment? se demanda-t-il d'une façon poignante. Mais le silence aussitôt reprit sa place au milieu du salon où seul le tic tac d'un réveil posé sur la console de la cheminée semblait vouloir lui apporter une réponse: le temps qui passe. Il tira une nouvelle fois sur sa cigarette et sans l'avoir terminé l'a planta toute droite dans le cendrier où celle-ci empris-onnée dans la cendre fumait par le haut et ressemblait étrangement à la cheminée d'un navire, pensa-t-il ému par le spectacle qu'il avait lui même mis en scène. Emporté par son imagination, le tissu du canapé se transforma aussitôt en océan et les symbôles indiens en continents inexplo-rés. Lui, assis au bord de son cendrier, il surveillait l'horizon tel un marin expérimenté. Merde toujours rien à l'horizon! déplorait-il comme pour montrer son impatience à toucher terre et surtout une terre habitée par de vrais êtres humains qui n'auraient point oublié leur sens de l' hospitalité. Voilà à quoi je rêve à bord de mon rafiot! s'écria-t-il emporté par l'émotion. Mais tout à coup, la cigarette bascula vers l'arrière et se coucha dans la cendre toute chaude où elle se consuma en quelques secondes! Voyant la cheminée du bateau disparaître sous ses yeux, il fit une grimace et dit d'une façon navrée : Adieu bateau, adieu mes rêves! C'est dingue, mais à cha-que fois que j'essaye de faire quelque chose, ça rate! Suis-je un loser, comme disent les améri-cains ou un raté pour les français? C'est fort possible. Mais en vérité, je n'en sais rien du tout, car il faudrait que les gens me le disent en face pour le savoir vraiment. Et pour l'instant pers-onne me l'a dit. C'est étrange, non? Hier soir, j'ai vu à la télé qu'au Japon, il existait des quarti-ers qui étaient uniquement réservés aux gens qui avaient raté leur vie! Pouhha..les japonais, c'est vachement organisés! Un élu politique de la ville de Tokyo avait même dit dans l'interview qu'ils y vivaient heureux, car tous dans la même situation! Ca m'a quant même choqué d' enten-dre ça. Mais les nippons, c'est spéciaux, non?

Le plus dure quand on a pas fait sa vie, se disait Fabien, c'est de remplir le vide, celui de son inexistence. Car malheureusement, on ne peut pas s'inventer des souvenirs qui n'ont jamais eu lieu, ni des amours qui n'ont jamais existé! Parfois, j'envie le sort des romanciers qui grâce à leur imagination fabuleuse s'inventent une nouvelle vie en créant de nouveaux personnages. Mon dieu, comme ça doit être merveilleux de se fondre dans la peau d'un autre et de lui faire vivre des aventures hors du commun où un jour, il est un richissime homme d'affaire et le len-demain, un vulgaire voleur de rue dans la misérable ville de Sao Paulo! Hum..quelle chance, il a lui de pouvoir changer d'identité quand il le veut! Moi, malheureusement, je n'ai pas ce talent, ni dans l'imagination ni dans l'écriture et c'est bien dommage. C'est bizarre à dire, mais je n'arrive pas à m'identifier à quelqu'un d'autre. Peut-être est-ce dû à ma laideur? Oui, c'est fort possible, en conclua-t-il après avoir fait cet examen de conscience très poussé sur lui même.

En parlant de cette vie foutue en l'air, je me suis toujours demandé, c'était quoi l' amour? Bien sûr, j'ai comme tout le monde lu des romans d'amour et vu des films traitant de ce sujet là, mais réellement je ne sais pas ce que c'est. Car je vous avouerai que je ne suis jamais tombé amou-reux d'une fille ni d'un garçon non plus soit dit en passant. C'est étrange, non? Pourtant, j'ai éssayé comme tout le monde, mais je n'y suis jamais arrivé. A chaque fois, ça été le fiasco pour moi, non au plan sexuel( car malheureusement mes rencontres n'ont pas été jusque là), mais sur l'échange de mes sentiments avec le sexe opposé. C'est bizarre à dire, mais à chaque fois que j'ai éssayé de parler sentiments avec une femme, celle-ci s'enfuyait aussitôt en courant comme si j' étais un monstre. Les femmes seraient-elles des êtres exclusivement physiques, me demandai-je alors? Question que je me pose encore aujourd'hui. Avec les années, j'ai compris que si les fem-mes ne voulaient pas me parler de sentiments, c'est qu'elles voulaient tout simplement pas me parler du tout. Et pour la simple raison que je suis laid, telle est ma cruelle conclusion. Un jour j'ai demandé à mes amis, qui sont tous des beaux gosses, s'ils arrivaient à parler à leurs femmes, car avec moi elles semblaient muettes. Ils se sont mis alors tous à éclater de rire et, changeant aussitôt de mines, ils m'ont dit amèrement que leur plus gros défaut était d'être trop bavardes et donc trop chiantes pour ces raisons là. Aussitôt, je tombais sur le cul et changeais de sujet afin de ne pas enfoncer le clou trop loin. Serais-je inapte à ce qu'on appelle l'amour? me demandai-je bien cruellement?

Parfois, j'ai l'impression que la nature m'a fabriqué uniquement pour être le spectateur du bo-nheur des autres et surtout de leur bonheur d'être deux. Moi, je n'ai jamais ressenti ce bonheur de tenir par la main une jeune fille en fleur et c'est l' un de mes plus grands regrets. Dommage, je vais mourir en ne sachant rien de l'amour! Mon dieu quelle désolation! Ma vie ressemble à un champs de ruines où les maisons détruites n'ont jamais été habitées où les arbres desséchés n'ont jamais porté de fruits où le ciel est toujours resté gris. Dois-je pour autant en finir avec la vie au point de me suicider? En fait, c'est une question qui ne se pose pas réellement pour moi, je vous avouerai. Car si la vie a voulu que je sois laid comme un babouin, c'est qu'elle a bien évidemment ses raisons que je dois ignorer pour ne pas devenir fou, telle est ma profonde con-viction. La vie m'a donné la vie. Hé ben, allons jusqu' au bout où mes limites le permettrons, n'est-ce pas?

La nuit dernière, j'ai fait un mauvais rêve où j'étais dans les bras d'une guenon qui me couvrait de bisous.Vous dire l'effroi que je viviais alors, moi qui deteste tant les animaux! Fabien, fa-tigué par toutes ses pensées existentielles, se rassoupit à nouveau et ferrma les yeux quelques instants. On aurait pu croire en le voyant ainsi qu'il était en train de prier un dieu ou un divinité. Mais non, car Fabien ne croyait pas en dieu. Mais en quoi croyait-il au juste, me demanderiez vous? Mais en rien, voilà où se trouvait le problème, son problème!

Pourtant, comme j'aurais souhaité croire en quelque chose! se lamentait-il pris par le remords. Au moins, je n'aurais point été seul dans la vie, mais entouré de gens merveilleux qui m'au-raient soutenu durant les moments difficiles en me montrant que j'étais un des leurs ou faisant partie de leur famille. Oh comme j'aurais souhaité être comme tout le monde, c'est à dire avec des craintes et des peurs d'être envoyé en enfer par le grand Rabin ou par le grand Imam de la mosquée de Paris ou autre! commençait-il à délirer sur sa situation d'homme moderne et parad-oxalement enviée par le tiers-monde. C'est peut-être cela le prix de la liberté : la solitude, non? S'il existait une religion à laquelle il aurait pu croire, ce fut très certainement celle de l'huma-nisme. Mais les Hommes l'en avaient si bien découragé par toutes sortes d'humiliations qu'ils ne pouvaient plus y croire véritablement. Ma laideur et ma pauvreté pécunière en sont très cer-tainement la raison. Mais une chose que je n'arrive à comprendre, c'est leur grande méchanceté envers les gens comme moi qui n'ont jamais été gâté par la vie. Car naître laid, c'est déjà pas un cadeau! Mais si les Hommes s'en mêlent et vous empêchent de vivre normalement, on pourrait bien se croire comme frappé par la malédiction! s'insurgeait-il contre le mauvais sort. Ses yeux semblaient alors s'enfoncer dans ses orbites et son corps perdre pied. Il avait l'impression, une fois de plus, de s'enfoncer dans son canapé, puis de disparaître englouti tel un naufragé que l' humanité avait oublié de secourir par négligence ou peut-être par une totale indifférence? Bref, pour ne pas sombrer, il prit sa canne près du canapé pour se diriger vers la fenêtre où la lumière semblait l'hypnotiser, regarda à travers la vitre crasseuse la rue en contre bas qui était déserte et le ciel qui était encombré de gros nuages gris. Pouhha, quel temps de merde! lachâ-t-il collé co-ntre la vitre où la buée s'était formée à son contact. Etrangement, cette réaction, qu'on pourrait appeler de chimique, apportait presque du réconfort à Fabien qui sentait que cette vitre, même glacée, était sensible à ses mots et à sa respiration que les autres avaient complètement réduit au néant. Un jour, en regardant une émission à la télé sur les SDF, j'ai eu comme une révélation sur ma propre existence. Voilà comment. Précison : la scène se passait le long d'une autoroute où les SDF avaient élu domicile.

Le journaliste de la chaine, voulant bien faire son métier, demanda à l'un d'entre eux de lui raconter sa vie; mais curieusement celui-ci se referma aussitôt dans son silence en baissant les yeux. Incompréhension totale du journaliste qui était convaincu que tout le monde n'attendait qu'une chose qui était de raconter sa vie à la télé pour devenir célèbre et faire ensuite du busin-ess (théorie d'Andi Warhol où chacun aura droit à son quart d'heure de gloire). Malaise face aux caméras, car celui-ci semblait complètement sourd à ce marché de dupes où la fausse po-pularité était à la mode. Mais le journalise, ne voulant pas revenir bredouille de son reportage, força le SDF à s'explquer en lui posant les questions genres : Avez-vous des enfants? Quelle était votre situation auparavant? Votre métier? La réponse du SDF fut alors sans appel en ré-pondant à chaque fois : Néant! J'ai compris aussitôt que ce mot jeté comme un leitmotive par ce pauvre SDF exprimait en fait ce qu'était réellement sa vie, c'est à dire un véritable néant que le journaliste n'arrivait pas à saisir. Ce jour là fut pour moi comme une véritable révélation, car ma vie ressemblait étrangement à la sienne, c'est à dire à un néant incommensurable!

Fabien, étonné et assommé en même temps par cette vérité toute crue, resta comme ça inerte collé à la vitre. Ses yeux étaient alors lointains comme plongés dans un labyrinthe où la lumière extérieure ne pouvait plus entrer. Et la peur d'y être enfermé jusqu'à la fin des temps le gagna soudainement. Il faut que je me ressaisisse! murmura-t-il du bout des lèvres comme effrayé par cette pensée. Car si je ne réagis pas, je risque d'être mangé par le minotaure : ce monstre mi-homme-mi-bête qui hante les labyrinthes de notre vie. Mais que me veut-il exactement? Et pourquoi me surveille t-il à travers ces sombres galeries? Attend-il de moi un sacrifice consenti ou bien une erreur fatale pour se jeter sur moi et me dévorer tout cru? se demanda-t-il en com-mençant à délirer sur sa personne. Hum, hum, je crois que c'est le faux pas qu'il attend de moi, le petit malin! Oh oui, c'est ça qu'il attend de ses prochaines victimes désignées par le mauvais sort et la malédiction humaine. Le minotaure à les yeux jaunes, le saviez-vous? Si, si, je les ai vu un jour alors que j'étais au plus mal! Car d'habitude quand j'ai une crise soit je coule à pic au fond de mon canapé soit je croise le minotaure au fond de son labyrinthe. Et ce jour là, suite à une rupture sentimentale, je me suis retrouvé projeté au fond du labyrinthe et je cherchais comme d'habitude la sortie. Je m'en rappelle très bien( car j'avais pris ma canne avec moi), mais le bruit que nous fîmes réveilla le minotaure qui se mit aussitôt à pousser des cris monstrueux à travers les galeries, puis j'enendis son souffle très fort se rapprocher de moi. Effrayé, je pris mes jambes à mon cou, mais un peu plus loin, je butai contre une pierre et tombai parterre. En me relevant, je l'aperçus en face de moi et c'est là que je vis qu'il avait les yeux jaunes! Bizarre-ment, je lui souris et celui-ci me sourit en retour. J'étais vraiment surpris par sa réaction, mais aussi par la mienne. Bref, croyant pouvoir discuter avec lui tout à coup, j'entendis une sonnerie de téléphone retentir au fond de la galerie. Aussitôt, je fus transporté comme par magie chez moi où le téléphone sonnait. Je décrochai immédiatement et mis un certain temps à comprendre que c'étaient les bureaux de la sécurité sociale qui me demandaient des papiers concernant mon accident du travail où j'avais failli perdre ma jambe. Renseignements fournis par moi même, je raccrochai presque le coeur léger.

Ici, je compris que ce coup de téléphone m'avait sauvé la vie en me sortant du labyrinthe où j'étais enfermé durant ma crise, mais surtout à retrouver la réalité et cette vie sociale que je réclamais au plus profond de mon desespoir. Sans ce coup de téléphone, le minotaure m'aurait très certainement dévoré et mon appartement revendu ou reloué à d'autres locataires! s'imaginait Fabien entèrement convaincu par ses hallucinations. Appuyée contre le carreau et tenant presque en équilibre, il y avait une guitare où la poussière avait entièrement recouvert le vernis et les quelques autocollants qui s'y trouvaient. Tout à coup, il la fixa comme si elle lui rappelait de merveilleux souvenirs, ceux de sa jeunesse et de ses illusions perdues. Il se pencha pour la saisir par le manche où le contact de ses doigts sur les cordes rouillées semblait lui faire mal d'une manière symbolique. Il l'a souleva avec précaution et l'entraina avec lui sur le canapé comme un corps momifié. Mais voyant qu'elle était affreusement sale, il souffla dessus pour enlever la po-ussière, puis nettoya avec un peu de salive un des autocollants qui se trouvait sur la caisse de l' instrument. A son grand étonnement, il découvrit que ce dernier avaient gardé entièrement ses couleurs d'origines en montrant un bébé tout nu qui jouait de la batterie derrière un groupe de heavy metal! Ah oui, je m'en rappelle maintenant, c'était à? Heu? C'était, je crois au festival de Bourges! Oui, c'est ça! se rappelait-il maintenant qui, bien effectivement, avait joué avec son groupe, les publickillers, dans les années 90 où il y avait fait un malheur!

Un petit sourire illumina aussitôt son visage quand il y repensa. Car ce groupe de rock, c'était lui même qui l'avait monté avec ses propres moyens en allant chercher des musiciens à gauche et à droite dans différents groupes de rock locaux, puis en louant un local pour faire les répètes dans les meilleurs conditions qui soient. A ce niveau là, il se souvint qu'une grosse partie de ses économies y était passée. Mais c' était comme ça à l'époque, j'étais jeune, j'avais un peu de fric de côté et je voulais devenir célèbre! Le problème que j'ai eu à résoudre au début ça été de con-vaincre les autres éléments du groupe de me laisser chanter, car j'étais affreusement laid, mais néanmoins avec un beau filet de voix. Un soir, alors qu'on était à moitié rond, sans le faire ex-près, j'ai enfilé un masque de Frankenstein et me suis mis à chanter notre tube du moment qui s'appelait : Baby, ce soir, j'vais te faire ta fête! Ce soir là, le morceau avait tellement bien tourné, qu'on décida du jour au lendemain de m'appeler le chanteur masqué et bien sûr j'apparaîtrai à chaque fois sur la scène avec ce déguisement qui, il faut le dire, m'arrangeait bien. Fabien sourit en y pensant, puis fixa du regard le deuxième autocollant qu'il y avait sur la caisse de l'instrum-ent. Celui-ci était recouvert lui aussi par la poussière et le nettoya avec un peu de salive. Mais alors quelle fut sa surprise de voir apparaitre dessus, une vieille charrue dans laquelle on y avait entassé un tas de groupe de rock français qui montrait, en fait, l'état du rock français à l' époque, c'est à dire déplorable. Ca y'est, je m'en souviens, dit-il, c'était au festival des vieilles charrues! Faut dire aussi qu'on avait eu un sacré coup de bol de pouvoir jouer dans ce festival et tout ça grâce à monsieur Foulquier qui avait adoré notre numéro avec le masque de Frankensein. Il nous avait même dit à l'époque : Ah voilà enfin un groupe artistiquement complet jouant aussi bien la comédie que de la guitare saturée! Le public sera médusé de vous voir entrer sur scène habillé comme ça en monstre! Il n'y a aucun doute pour moi: il sera conquis. Ce furent là, malh-eureusement, ses dernières bonnes paroles pour nous, car un incident allait gâcher toutes ses pré-visions. Voilà, dix minutes avant d'entrer sur scène, on me vola dans la coulisse mon masque de Frankenstein! Merde, on était tous malade, car sans le masque point de spectacle! On chercha partout, mais impossible de remettre la main dessus. Un petit malin, très certainement un groupe concurrent, nous l'avait volé. Bref, complètement démoralisé, j'ai alors demandé à monsieur Foulquier ce qu'on devait faire? Mais il m'a répondu, avec la tête que j'avais, qu'on allait très certainement en prendre plein la gueule vu que le public ce soir était très chaud..vous savez la bière, le chichon, ça n'arrange pas vraiment les choses. Prenant mon courage à deux mains, je décidai quand même d'entrer sur scène avec mon groupe. On entama notre premier morceau : Baby, ce soir, j'vais t' faire ta fête!. Mais au bout de quelques minutes, les spectateurs du premier rang se mirent à siffler et à nous envoyer sur la gueule des tomates et des canettes de bière!

Bien sûr, j'essayais de les éviter tout en continuant de chanter. Merde, on était vraiment mal moi et mon groupe, j'vous dis pas! Puis les insultes fusèrent sur moi où j'enttendis ceci : Ah comme t'es moche! Tu devrais retourner dans ta porcherie, casimdo, ah! ah! ah! J'étais horrifié d'entendre tout cela déverser sur ma personne. Alors mon groupe et moi decidâmes de leur chanter une chanson d'amour afin d'adoucir les moeurs de ces brutes. Mais le résultat fut pire, car en leur chantant avec le plus de sincérité possible ma chanson, les brutes du premier rang ricanèrent en me traitant de petite mauviette et que je devrais plutôt jouer dans les maisons de retraite que dans les festivals de rock! En quelques minutes, toute la salle s'enflamma contre nous et nous envoya d'énormes quantités de tomates sur la gueule! Bref, éffrayé par tant de haine contre nous, nous quittâmes d'urgence la scène pour nous protéger et non sans un goût amer dans la bouche, il faut le dire. Car nous savions que dans les prochains jours notre groupe allait très certainem-ent imploser. Je savais aussi que le public n'avait pas toujours raison en matière d'art et de mu-sique pour la simple raison que le groupe Supertramp avait reçu des tomates comme nous, lors de leur premier concert à Paris. Cela me rassurait bien évidemment de le savoir. Et puis faut se l'avouer, le public français n'y connaissait rien en musique vu que c'était souvent les médias qui lui dictaient ses goûts. Vous dire alors le résultat! En fait, ce qui me turlipinait le plus, ce n'était pas la qualité de ma musique, mais plutôt de savoir qui nous avait volé le masque de Frankens-tein qui entre nous représentait le clou du spectacle par le mystère qu'il devait représenter auprès du public. Avec le masque de Frankenstein, je faisais phantasmer les gamines, car elles allaient forcément se demander mais qui se cachait derrière : un prince charmant ou un monstre? Et les garçons, idiots comme ils sont, allaient bien évidemment en être jaloux pour ne pas perdre leur petite copine. Ainsi de fil en aiguille la rumeur allait courir et les médias enverraient leurs papa-razzis et leurs espions se cacher dans les loges des artistes etc. Bref, tout ça pour dire que c'était très bon pour le business, n'est-ce pas? Ah ça oui, en nous volant le masque de Frankenstein ils avaient bien réussi leur coup! Et la seule chose que les gens verront dans les magazines, ce sera ma laideur et non point mon talent de chanteur ou d'auteur compositeur. Sûr que s'en était fini pour les publickillers et pour son chanteur masqué, je pensais en toute lucidité. Quelques jours plus tard, Roland, notre batteur (qui ne m'aimait pas beaucoup) réussit à convaincre les autres éléments du groupe de me virer puisque s'en était fini pour moi! Mais ne voulant pas faire les choses en traître, il nous convoqua tous à notre local de répètes afin de faire un vote démo-cratique.

Résultat des votes, j'étais viré, moi le fondateur des publickillers! Merci la démocratie! Mon dieu, jamais de ma vie, je n'aurai pu croire qu'ils me feraient un coup tordu comme celui là! Aso-mmé par la nouvelle, je perdis connaissance et m'éffondrai sur la moquette du local!

1 heure ou 2 heures plus tard, je me réveillais avec plus personne autour de moi où tous les me-mbres de mon groupe s'étaient comme volatilisés! La seule chose qu'ils avaient laissé, c'était un papier collé sur la porte. Voilà ce qu'il disait : Fabien, tu sais, nous sommes vraiment désolés pour toi. Mais comprends bien que c'était pour nous la seule façon de sauver notre groupe et nous pensons avoir pris la bonne décision. Oui, je sais que c'est très injuste pour toi qui a fondé les publickillers, mais c'est la vie, mon vieux! Nous, on veut réussir dans la vie et pas finir au fond d'une usine. Aller, adieu Frankenstein!

PS : N'oublie pas de reprendre ta guitare et tes vieilles sandalettes au fond de la grosse caisse. Avant de partir n'oublie pas aussi de fermer la porte du local derrière toi. Tes clefs, tu peux en faire ce que tu en veux, car la semaine prochaine on compte changer la serrure. Allez salut, fran-kenstein!

Voilà comment se termina mon histoire, d'une façon très injuste comme vous l'auriez remarqué.

Fabien, au bord des larmes et tenant sa guitare momifiée entre ses bras, s'effondra dans le cana-pé et perdit connaissance.

Cette fois-ci, il ne coula point à pic au fond de son canapé comme à son habitude, mais il prit de l'altitude et s'envola dans les airs. Survolant ainsi les capitales du monde entier, il laissait derr-ière lui le son de sa voix qui était si envoûtante que les gens charmés se retournaient sur son pa-ssage et se demandaient : Mais à qui appartient cette voix magnifique? Mais qui est ce chanteur mystérieux? entendait-il en se cramponnant tant bien que mal au manche de sa guitare pour ne pas tomber. Continuant ainsi son voyage, il arriva dans un pays mystérieux, situé très probable-ment aux Indes, puis se posa à l'entrée d'une grotte creusée dans le flanc d'une montagne. A l' intérieur se trouvait une vieille femme qui préparait dans un grand chaudron une sorte de potion magique. Envoûté par ce spectacle, il voulut s'en approcher, mais la vieille femme lui somma de rester à sa place! Celui-ci surpris s'exécuta. Puis la vieille femme, l'air très embarrassée, lui demanda ce qu'il voulait. Sans hésiter, il lui dit qu'il voulait devenir beau! Ah! Ah! Ah! rira la sorcière. Mais c'est la mode ou quoi? Depuis une quinzaine tout le monde me demande la même chose. Mais c'est la télé ou quoi qui les rend fous? s'écria-t-elle exaspérée. Mais, Madame, je viens de très loin! insista-t-il pour justifier sa présence. Mon jeune garçon, je me moque bien que tu viennes de si loin! Viens voir de ce côté là, je vais te montrer quelques chose. Fabien la suivit aussitôt de l'autre côté de la grotte où des ouvertures donnaient sur les quatre points cardinaux soit le sud, le nord, l'est et l' ouest. Surpris, il vit alors des milliers de gens qui faisant la queue. Mais qui sont ces gens? lui demanda-t-il. Mais ce sont des gens comme toi, mon ga-rçon. Comme moi? Oui, comme toi qui veulent absolument devenir beau! Oh merde alors! lâc-ha-t-il très embarassé. Mais que dois-je faire alors Madame? Eh ben, faire la queue comme tout le monde, Ah!Ah!Ah! ria la sorcière d'une manière grotesque. Fabien, entendant résonner ce rire grotesque au fond de son crâne, se réveilla brutalement. Oh mon dieu, quelle heure peut-il bien être? Le salon était alors plongé dans une sombre obscurité où l'on y voyait pratiquement rien. Il se leva du canapé, puis chercha à tâtons l'interrupteur qu'il ne trouva point. Tiens, c'est bizarre, j'ai toujours cru qu' il y en avait un ici. Bon, allons voir plus loin, dit-il résolu à le trouver. Il s'engoufra aussitôt dans l'ouverture de la porte pour se diriger semble-t-il vers la salle de bain. Passant la main derrière la porte, il sentit enfin le bouton d'éclairage et le manoeuvra.

Tout à coup son visage se refléta dans le miroir et Fabien, hurlant de douleur, vit bel et bien qu'il était laid! Effrayé, il mit ses mains sur son visage et pleurant toutes les larmes de son corps partit dans le salon se jeter sur le canapé.

Oh maman! Oh maman! Comment est-ce possible que tu m'aies fait aussi laid? se lamentait-il. Oui, pourquoi moi? Est-ce pour cela que tu m'as abandonné à ma naissance, hein, maman? All-ez, réponds-moi, je t'en supplie! Hein pourquoi tu ne me réponds pas ma petite maman? criait-il à travers le salon où la semi-obscurité ressemblait étrangement à un viol à celui de son intimité. Extrêmement gêné, il repartit dans le couloir éteindre la lumière de la salle de bain. En referm-ant l'interrupteur, il vit tout à coup apparaître un trait de lumière sous sa porte d'entrèe. Tiens, j'suis pas seul! dit-il un peu surpris. Il s'avança silencieusement vers celle-ci et colla son oreille contre en s'imaginant toutes sortes de choses le concernant, bizarrement. Mais en écoutant bien les propos qui s'y tenaient derrière, il comprit qu'on ne parlait pas de lui, mais de quelqu'un d'autre. Apparemment, il semblait avoir deux hommes. "Alors qu'est-ce qu'il t'a dit? Eh ben, il m'a dit qu'il en voulait pour 100 milles, sinon il ne s'engageait pas dans l'affaire. Ah oui? Oui. Bon dans ce cas, j'vais voir avec Alfredo si lui il peut livrer une telle quantité. Heu..une petite chose avant de lancer l'opération. Tu diras à ton ami qu'il nous fasse une avance, car on ne veut pas prendre de risque avec des inconnus qui pourraient bien être de la police. Tu sais, les flics, eux, ils ne payent jamais d'avance. C'est comme ça, ça fait partie de leurs tradi-tions. Car ça les dégoûteraient trop de se faire piquer leur pognon par des voyous comme nous, Ah!Ah!Ah! C'est vrai, c'est pas con ce que tu dis là! Bon, tu lui diras qu'on veut une avance de 40 milles, sinon on ne marche pas dans la combine, hein d'accord? Heu, une dernière chose. Mais qui lui certifie qu' il n'y aura pas d'entourloupes de votre côté, hein? Ma confiance, c'est tout! Tu rigoles? Mais non, je t'assure, c'est comme ça que ça marche et pas autrement! Et puis merde, si ton client ne veut pas prendre de risque, il f'rait mieux d'investir son pognon dans une maison retraite. Là-bas au moins il aura du 10% l'an et pourra dormir sur ses deux oreilles. Bon alors, tu marches? D'accord, j'essayerais de le convaincre Allez, top là! Ok!"Fabien, entendant les deux hommes reprendre l'escalier, partit aussitôt se poster à la fenêtre et c'est là qu'il les vit sortir de son allée et traverser la rue en contre bas. Ces deux hommes étaient assez jeunes où l'un portait un blou-son en cuir et l'autre une veste de costume. Mais pour une raison inconnue, l'un des voyous se retourna, leva la tête vers la facade de l'immeuble et aperçut Fabien derrière sa fenêtre! Leurs regards se croisèrent et ce dernier, épouvanté, partit aussitôt se cacher dans ses wc.

Milles questions se pressaient alors dans son cerveau : allait-il remonter dans l'immeuble et ve-nir frapper à sa porte pour lui demander quelques explications ou bien allait-il repartir en pen-sant qu'il n'avait rien entendu de leur petit trafic? Fabien plongé dans l'inquiètude et dans l' obs-curité de son wc, réfléchissait à ces 2 possibilités. Mais au bout de deux minutes, n'enten-dant rien venir, il poussa un ouf de soulagement et se décripsant au dessus de sa cuvette délivra un gros caca, comme pour s'assurer qu'il n'avait plus rien à craindre désormais. Hum..comme c'est bon d'être à nouveau tranquille! dit-il content d'avoir retrouvé un semblant de paix. Se sentant en totale sécurité dans ses wc, il alluma la lumière qui pendant un instant lui fit mal au yeux. Puis s'adaptant à la luminosité ambiante, mais s'ennuyant un peu, il prit dans une pile de journaux qui était à ses pieds un magazine people qu'il se mit à feuilletter en se disant que ses wc étaient un endroit parfait pour lire ce genre de magazine de merde : où la jeunesse dorée de la capitale y étalait ses vanités, comme celui de posséder un joli corps ainsi qu'un compte en banque bien garni. Tout cela le dégouta pendant quelques secondes; mais trouvant cet endroit parfaitement adapté pour lire ce genre d'exploits médiatiques, il les prit en pitié, car il trouvait qu'ils sentaient la merde comme dans ses wc. Et paradoxalement, ce qui sentait mauvais chez ces gens, ce n' était pas qu' ils aillent au wc comme tout le monde, ce qui est bien naturel, n'est-ce pas? Mais bien leur médiatisation à outrance où ils osaient montrer leur arrogance, alors qu'ils n' avaient aucun talent, sauf celui d'avoir gagné dans une émission de télé réalité avec la complicité de journalistes eux aussi sans talents.

Ca ressemblait ni plus ni moins à un serpent qui se mordait la queue, bref, à une histoire sans tête sauf à remplir de conneries les magazines people dont les petites gamines écervellées étaie-nt prêtes à croire les exploits ou bien les malheurs très savamment orchestrés par ces gens sans foi ni morale. L'argent était bien sûr leur seule motivation et savaient tous après deux semaines d'étalage médiatique que leur vie à tous serait oubliée par la France toute entière et par le mo-nde entier, parait-il! A moins d'y mettre une seconde couche, non? se disaient ironiquement les jourrnalistes sans talents de la presse people. Mon dieu, mon dieu! s'écria Fabien assis sur sa cuvette qui se crispa à nouveau devant de tels faits qui illustraient la bêtise du monde et surt-out l'apologie de la connerie sur papier glacé. Se sentant désabusé, d'un geste machinal, il dé-chira l'une de ces pages et se torcha le derrière avec. Oh merde alors! lachâ-t-il en ayant oublié qu'il avait du papier pour ça. Et ben tanpis, au moins ça illustre bien le sort de tous ces mag-azines de merde! S'il avait entassé tous ses journaux et magazines dans ses WC, ce n'était pas par hasard, mais parce qu'il avait toujours trouvé vulgaire de lire un journal dans son salon où seuls les livres avaient le droit de traîner ou de trôner sur sa petite table basse ou bien sur son canapé. Paradoxalement, il avait trouvé Mein kampft( auteur: Adolf Hitler) beaucoup moins violent que ces gazettes parisiennes où on y étalait avec délice tous les crimes d'aujourd'hui avec des détails surprenants montrant la perversité de notre socièté occidentale. Pourtant, il n' était ni antisémite ni extrémiste, mais seulement un lecteur sensible à ce qu'il avait devant les yeux ni plus ni moins. En vérité, ce qui le touchait le plus, ce n'était pas les choses du passé( auxquelles il n'accordait plus aucune importance puisque révolues), mais les choses présentes sur lesquelles il pouvait avoir encore une prise pour ne pas sombrer dans ses hallucinations qui le faisaient couler au fond de son canapé ou bien tomber dans le labyrinte où le minotaure l' at-tendait au coin d'une galerie. Je pense que tout le monde pourra le comprendre, car qui d'entre nous n'a pas eu besoin un jour d'avoir un peu de prise sur la réalité pour se sentir un peu moins nul? Bref, cétait le cas de Fabien qui était pauvre et laid. Et ce qu'il detestait le plus dans ces journaux, à proprement parlé, ce n'était pas leur réalisme ou leur irréalisme( magazine people), mais leur manque totale de poésie à l'égard du monde. Car comment pouvait-on supporter l'humanité en sachant, d'après les gazettes parisennes, qu' elle était mauvaise, répugnante et que tous les jours le travail des journaux consistait à nous le prouver par des images dégueulasses et de surcroit en couleur? s'insurgeait-il en ayant l'ambition d'être un jour aimé par cette hum-anité si décriée par les journaux!

Pour lui, c'était un drame personnel en se sachant pauvre et laid, donc seul. Quant aux nantis ou privilègiés, ils pouvaient bien ricanner de tout ce qui pourrait m'arriver. Car eux, ils avaient des compensations physiques ou bien numéraires au spectacle horrible du monde auquel ils assistaient chaque jour, bref, en pouvant se payer un abri au milieu du champ de bataille. Alors que moi, si je ne mettais pas mes journaux et magazines people dans mes Waters, mon salon deviendrait vite la bataille de Trafalgar où je serais forcément tué pour n'avoir pas su tenir à distance mes ennemis faisant partie du monde extérieur : où crimes, mensonges, hypocrisies sont la matière fécale des journaux. Il devait surveiller tout ça de près afin de pouvoir contrô-ler ses émotions ainsi que ses réactions face au monde extérieur. Car il souhaitait croire encore à cette humanité qui pourtant l'avait abandonné, non par indifference, mais parce qu'elle n'avait pas de temps à lui consacrer, bref, courant sans cesse à ses affaires. Et en ce moment, il ne comprenait pas très bien la politique de la France à l'égard de la religion musulmane où le gouvernement avait voté une loi contre le port du voile dans l'espace publique. Franchement, laid comme je suis, j'aurais été très heureux de porter le voile intégral dans la rue pour passer incognito! lâcha-t-il avec emportement contre le gouvernement de la France. Avec ça, au moi-ns, les gens ne se moqueraient plus de moi, mais me respecteraient. Et la seule voix qu'ils ente-ndraient venir de ma personne passerait par une petite grille faite en tissu qui j'en suis sûr les impréssionnerait au point de me prendre pour un extra-terrestre! Avec ça, mes mots seraient comme vénérés et écoutés avec dévotion par le commun des mortels qui, n'écouteraient plus alors un homme ou une femme, mais un esprit sans corps et sans visage. Et si le voile et la ro-be tombent bien personne ne pourrait croire qu'en dessous se cache un être humain sans im-portance. Merde de merde, c'est bien dommage que cette loi soit passée, car j'aurais tant aimé faire cette expérience pour se promener dans la rue en toute liberté! lacha-t-il désabusé par la politique de la France qui sans se rendre compte réduisait de jour en jour les libertés des Fr-ançais. Bref, des libertés qu'ils avaient conquises au prix de millions de morts durant la révolu-tion française! A propos des réduction des libertés dans notre pays, j'ai lu hier dans le journal qu'on avait arrêté à la caisse d'un supermarché une femme portant la bourka, parce qu' on la suspectait d'avoir caché en dessous de la marchandise volée. En fait, les vigiles du magasin avaient beaucoup de mal à croire que cette femme pouvait avoir un ventre ou une taille aussi grosse! Cette femme, qui apparemment était musulmane, refusa bien évidemment la fouille ou se déshabiller devant des hommes, telle que sa religion lui interdisait. Bref, ils ont dû faire ap-pel à une femme policière pour le faire. Et après une fouille assez simple à vrai dire, on trouva autour de la taille de cette femme 50 kilos de viande hachée qu'elle avait volée au rayon bou-cherie!

Elle dit pour se défendre que c'était pour nourrir ses 10 enfants! Les policiers, qui n'étaient pas nés de la dernière pluie, savaient pertinement que cette mère de famille leur disait la vérité. Mais bon, madame, vous avez volé, n'est-ce pas? Et vous savez bien que c'est punissable par la loi, lui rappelait-on. La mère de famille, choquée par son arrestation, ne savait plus quoi rép-ondre et s'éffondrait dans les bras des policiers. On emmena cette mère de famille au commiss-ariat le plus proche, puis on la condamna à une peine symbolique sachant très bien qu'elle ne pourra jamais payer l'amende vu sa situation. La marchandise fut récupérée et remise au rayon boucherie et malgré la chaine du froid coupée! Une semaine plus tard, en lisant mon journal dans mes chiottes, j'ai appris que cette femme n'était pas musulmane, mais bien française! et si elle avait déclaré aux journalistes qu'elle avait volé, c'est parce qu'elle n'arrivait plus à finir ses fins de mois où en France on vous volait systèmatiquement par où on le pouvait le plus facile-ment, c'est à dire sur la bouffe et sur la location de votre logement. Le journaliste, curieux de tout nouveau fait de socièté, lui demanda alors où elle avait trouvé cette idée étrange de porter la bourka pour accomplir ses méfaits? Oh, lui répondit-elle, l'idée m'est venue en regardant tout bêtement la télévision où j'ai compris que porter une bourka avait des avantages comme de dissimuler de la marchandise en dessous et surtout éviter la fouille, sachant que l'islam interdit aux hommes de fouiller une femme qui porte la bourka, sinon le supermarché pourrait bien se retrouver le siège d'un attentat! Le journaliste comprit, par cette explication quelque peu insolite, que les pauvres avaient eux aussi beaucoup d'imagination pour ne pas mourir de faim dans leur propre pays! Mais avec cette nouvelle loi, votée par le gouvernement de la Fran-ce, interdisant le port de la bourka dans l'espace publique, les pauvres se voyaient une fois de plus am-puté d'une liberté qui était celle de pouvoir voler. Le journaliste, qui ne cachait pas qu'il était de gauche, avait même fini son article d'une façon prophétique en disant : Avec toutes ces lois limitant les libertés, voir surveillant de près tous les individus, il était fort poss-ible qu'à l'avenir le vol serait exclusivement réservé aux riches! Ce qui avait de quoi mettre en péril le fondement même de notre république où l'égalité devait étre respectée entre les riches et les pauvres, n'est-ce pas? comme il le rappelait à la fin de son article. Fabien était bien évi-demment consterné d'apprendre, par ce fait de socièté, que les français pour manger étaient ob-ligés de piquer des idées aux étrangers, sinon ils maigrissaient à vue d'oeil. Métaphore ou triste réalité de la socièté française? Sortant doucement de toutes ses pensées, il entendait mainten-ant le glouglou de ses cuvettes résonner dans ses waters. Ah, il faudrait un jour que je la répare celle-là! dit-il emporté par sa féniantise incurable. Ca doit faire au moins 1 mois qu'elle fuit! pensa-t-il, mais ne se sentant toujours pas le courage de prendre le moindre tournevis pour serrer la vis du floteur.

Assis sur sa cuvette, il avait l'impression d'être sur le pont d'un navire en perdition. Mais ne voulant pas sombrer à nouveau dans ses hallucinations( qui lui faisait horriblement peur), il se mit à écouter les bruits qui lui parvenaient depuis son wc. Car dans ce vieil immeuble tous les wc avaient été construit dans une gaine commune, ce qui lui permettait d'entendre tous les bruits quotidiens ou insolites venant des autres appartements. On était pas loin dans l'esprit de "fenêtres sur cour" d'Alfred Hitckock, mais en moins classe bien évidemment disons plutôt que "wc en vase communiquant" serait plus approprié pour nommer cette situation où Fabien avait les oreilles tendues comme un petit animal. A force d'écouter pendant ses longues journ-ées d'ennuis la façon dont les habitants de son immeuble faisaient leur caca, tiraient la chasse d'eau, claquaient la porte de leur wc, faisaient la vaisselle etc. il pouvait se donner une idée assez précise de l'ambiance qu'il regnait dans son immeuble. N'allons pas dire qu'il se croyait Dieu le père (sachant que Dieu sait tout et voit tout). Non, non, ce serait trop prétentieux pour lui. En fait, il ne voyait rien, mais entendait seulement où c'était incontestablement son talent de musicien qui lui permettait de créer une image sonore de son environnement, qui était bea-ucoup plus prècise que cette image souvent factice que lui renvoyait à la gueule, les habitants de son immeuble.

Tout à coup, Fabien se souvint de sa voisine du dessus qui durant des années l'avait fait chier, parce qu'elle était aussi malheureuse que lui. Il est vrai aussi qu'il ne s'était pas montré très délicat avec elle, quand après avoir été viré par son groupe, il s'était payé une batterie pour évacuer sa violence intérieure, ce qu'on pouvait comprendre facilement après tout ce qu'on lui avait fait subir. Mais c'est vrai que j'y avais été un fort en jouant à deux du mat de la batterie en dessous son plancher! Pourtant mes voisins du dessous ne s'étaient jamais plaint de tout mon vacarme. Faut dire aussi qu'ils étaient jeunes comme moi et venir se plaindre du bruit les auraient tout de suite fait prendre pour des vieux, ce qui sûrement les auraient humillié, pen-sa-t-il en comprenant que la jeunesse comportait de sacrés avantages de vivre avec. Alors qu' avec les vieux, comme ma voisine du dessus qui était une vieille chipie de 80 ans, c'était sou-vent l'enfer : le cerveau qui déraille, les jambes qui se derobent, ses enfants qui ne venaient plus la voir, bref, abandonnée comme moi! se surprit-il à voir un tel point commun avec cette vielle chippie qui pourtant avait été jeune et aimée au temps de sa jeunesse. Mais le temps des amours était passé et son mari était mort avant elle, tel était l'ordre des choses où ce dernier lui avait fait des enfants qu'elle avait nourri, puis élévé comme elle avait pu selon ses moyens, bref, elle s'était sacrifiée pour ses enfants. Mais n'était-ce point ici le destin de toute femme qui souhaitât mourir le devoir acompli sans l'ombre d'un reproche?

Mais le problème, c'est que la vie n'était pas un long fleuve tranquille et qu'elle pouvait vous apporter en cours de route pas mal de surprises. A leur majorité, ses enfants prirent le large en se mariant et en l'oubliant complètement. Pourtant, elle avait espéré qu'un de ses petits reste avec elle jusqu'à ses vieux jours, mais n'en avait pu retenir aucun. Car tous semblaient atteint d'un énorme égoïsme très certainement venant du père qui durant toute sa vie avait préféré la compagnie de ses copains au bistrot à la présence de ses enfants à ses côtés. Sa famille était un véritable désastre et le mal était fait, constatait-elle amèrement, puisque ne pouvant plus reve-nir en arrière, malheureusement. Fabien aurait pu être cet enfant tant désiré et pour lui cette maman qu'il n'avait jamais eue. Mais quelque chose d'incompréhensible les en empêchait mal-gré ce voeux enfui au plus profond de leur coeur, comme s'ils n'arrivaient pas à l'exprimer. Un manque total de confiance en eux? Une timidité maladive ou peut-être parce qu'il était tout simplement trop tard? Etions-nous ici dans le cas d'un amour impossible? Oui, très problable-ment et tous les deux en étaient parfaitement conscient. Alors la vieille s'était lançèe dans une guerre contre lui où la haine avait remplacé l'amour et Fabien avait choisi comme défense le vacarme de sa musique! Bref, le bruit comme une façon de ne pas entendre les plaintes et les gémissements de sa voisine. Oui, nous étions bien dans une guerre moderne et disons-le très sophistiquée où le désespoir avait encore des armes à surgir pour ne pas se laisser mourir tout seul dans son coin. Bref, une façon de sauver le reste de vie qu'on pouvait encore sauver sach-ant qu'être désespéré n'était pas désirer mourir, mais bien vouloir s'agripper à ce qu'on pouvait, n'est-ce pas? Par elle même, la chute n'est rien si l'on sait que l'on pourra s'agripper aux branc-hes d'un arbre au passage (émotion assurée!). Mais si l'on sait qu'il n'y a rien en dessous, ça s' appelle tout simplement du suicide! L'abattage de ces arbres peut être volontaire ou involonta-ire, ce que personne ne démentira. Et si l'on arrive pas à etre heureux parmi ses semblables ma-lgré tous ses efforts, l'exil deviendra pour nous nécessairement vital, comme ces sages, moines ou philosophes qui dans la solitude trouveront forcément le bonheur. Cet exil volontaire, dont le prix à payer est la solitude, n'est pas permis à tout le monde, mais réservé uniquement aux hommes forts, puisque demandant à ce força de l'âme des nerfs d'acier et une force intellectu-elle qu'on trouve très rarement chez le commun des mortels. Fabien savait très bien en se disa-nt cela que ce n'était pas son cas et le déplorait amèrement. Hum..des nerfs d'acier, une force intellectuelle, mon dieu, comme j'aurais souhaité que la nature m'eût doté de tout cela! Mais non, la nature l'avait gâté en rien ni en force ni en beauté, puisqu'il était laid comme un poux : poux qui pourtant dans la nature avait une vie sociale et amoureuse, puisque celui-ci se repro-duisait sans aucun problème dans nos chevelures!

Mon problème à moi, c'est que mon exil est involontaire et donc ma solitude, je ne l'ai point choisie comme ma voisine. Nous, on a pas eu de chance dans la vie parce que les Hommes par méchanceté nous avaient coupé l'herbe sous l'pied. Bref, en nous retirant ces arbres protecteurs dont les branches devaient normalement freiner notre chute sociale et économique. Maintenant il était trop tard! pensa-t-il en passant sa main sur son visage où il sentit des bosses de partout occasionnées visiblement par sa chute parmi les Hommes! Il faillit pleurer, mais se retint. Car être désespéré, c'était toujours sentir la vie, non par son meilleur côté, mais par le plus émou-vant qui soit pour un garçon qui n'avait pas fait sa vie. Etre désespéré, c'était une façon d'occu-per sa vie quand celle-ci était remplie d'éffrayantes visions ou de sombres perspectives d'avenir en vivant dans les extrèmités des choses qui auraient tétanisé la vie d' un petit bourgeois réglée comme du papier à musique. Etrangement, mes meilleurs souvenirs sont ceux de mon adolesc-ence où desespoir et sentiment d'exister étaient alors les plus forts. Mais Aujourd'hui, malheu-reusement, je ne peux plus ressentir cet état de grâce. Car avec le temps, je me suis fabriqué une carapace qui m'empêche de ressentir la moindre émotion pour mes semblables. Et le seul mal qui peut m'atteindre désormais, c'est moi même qui me l'inflige en pensant à ma vie ratée. C'est là, me semble-t-il, le défaut de toute cuirasse, n'est-ce pas? 

On se croit indestructible, mais en vérité on est très fragile à l'intérieur. Et j'ai souvent tort de me vanter d'avoir une armure où les maux et les armes des Hommes s'y brisent sans me causer le moindre mal. Car je suis convaincu que notre meilleur défense, c'est en vérité notre nudité, celui de notre corps et de notre esprit comme ceux de ces sages dont je parlais plus haut. Mais comme je suis laid comme un babouin, ceci m'est malheureusement inacessible du fait que mes pensées sont souvent remplies de vengeances et de convoitises à l'égard de mes semblables. Suis-je pour autant atteint d'un mal incurable? Et pourrai-je un jour m'en guérir? A vrai dire, je n'en sais rien du tout. Un matin, n'entendant plus la vieille crier au dessus de mon plafond, je compris soudainement qu'elle était morte! N'allons pas dire que je fus insensible en l'apprenant et malgré les liens posthumes qu'ils restaient entre nous, il est vrai, pas très glorieux! Mais qua-nd les pompes funèbres sont intervenues dans mon immeuble, je leur ai quant même demandé où ils allaient l'enterrer. Surpris par cette question, ils m'ont demandé si j'étais de sa famille et je leur ai répondu: non, non, seulement un voisin! L'agent des pompes m'a dit qu'elle serait in-humée au cimetière de la guillotière tel jour et à telle heure. Bref, je pris note et remontai chez moi. Assis sur mon canapé, je me demandai quel effet ça pouvait faire d'aller à un enterrement : moi qui était sans amis, sans famille et qui n'avait jusque là jamais assisté à ce genre de cérém-onie!

Au moins, ça me changera les idées et ce sera ma bonne action de la journée, dit-il enthousias-mé. Et puis soyons franc, ça fera au moins une personne de présente à son enterrement, non? Une semaine après, il alla à l'enterrement de la vieille où bien effectivement il se trouva seul en présence du personnel des pompes funèbres. Avant de boucher le trou avec de la terre où la dignité aurait souhaité que l'on y dépose une fleur en souvenir, Fabien, étrangement, sortit de la poche arrière de son jean les deux baguettes de sa batterie qu'il jeta au fond du trou. Quel-ques secondes plus tard, on entendit sortir du trou comme un bruit de grosse caisse qui étonna tout le monde! Il faillit bien éclater de rire, mais se retint devant les agents des pompes funè-bres. Puis cachant son émotion derrière son mouchoir, il se disait que c'était malheureusement le seul cadeau qu'il pouvait lui faire, à cette vieille qui aurait pu être sa mère, mais dont les souvenirs se résumaient à des engueulades à répétition, bref, à un vacarme assourdisant. Il ava-it appris, en lisant les évangiles, qu'on mourait comme on avait vécu. Pour lui, ça résumait parfaitement la situation.

Plongé dans l'obscurité de ses wc et pensant à cette cérémonie, il avait l'impression d'être enfe-rmé dans un caveau avec cette femme. Mon dieu, mon dieu, mais pourquoi toujours ces hal-lucinations quand je pense à la moindre chose déplaisante? s'interrogeait-il avec lucidité. Co-mme à son habitude, pour ne pas se laisser envahir par celles-ci, il pensait à des choses plus agréables, comme à ces disputes de ces jeunes mariés qu'il avait entendues depuis ces wc et qui le confortaient dans son célibat forcé par sa laideur( à moins qu'il eut l'idée un jour de se marier avec un laideron?). Mais sincèrement, il se le refusait pour ne pas être confronté tous les jours à sa propre face de cake qui s'apparentait à du masochisme au point qu'il avait retiré la plus part des miroirs de chez lui pour éviter son propre reflet. La seule exception qu'il avait faite était celui de la salle de bain qu'il utilisait pour se raser, mais restait non moins pour lui une séance de torture, ce que l'on comprendra facilement. Parfois, le matin, il était envahi par d'étranges hallucinations et pensait que durant la nuit une fée s'était penchée sur lui et l'avait changé en prince charmant grâce à sa baguette magique. Envoûté et croyant au miracle, il cou-rait aussitôt dans sa salle de bain pour le vérifier. Mais à chaque fois qu'il allumait la lumière, une tête hideuse apparaissait sur la glace et lui glacait en même temps le sang!

Déçu par son rêve, il retournait se coucher dans ses draps pour pleurer. Bref, se sachant conda-mné à vivre tout seul jusqu'à ses vieux jours, Fabien prenait plaisir à surveiller tout particuli-èrement ces jeunes mariès qui venaient tout juste de s'installer dans son immeuble dont il es-pérait tous les malheurs du monde, bien évidemment. Ce qui était marrant au début, ah! ah! c' était de voir que tout cela ressemblait merveilleusement à un conte de fées où j'entendais de-puis mon wc, comme des soupirs, désirs, gémissements, promesses éternelles d'amour qui ne pouvaient en être que les preuves sans conteste, n'est-ce pas? Mais au bout de 3 ans de maria-ge, je constatais souvent que cela n'était plus le cas. Et au lieu des soupirs, on entendait désor-mais des lamentations et au lieu des gémissements de plaisir des cris de disputes et au lieu des promesses éternelles d'amour de sombres menaces de mort! Lui, qui avait assisté à tous ces remus ménages depuis ses wc, ne se cachait pas d'en avoir tiré beaucoup de plaisir, mais qu' on pouvait parfaitement lui pardonner vu son malheur d'être éternellement laid et seul. Au bout de 3 ans, le divorce était prononcé et l'appartement reloué à d'autres couples qui reproduisai-ent inconsciemment le même schéma : conte de fées, routine, guerre, divorce! Et s'il n'y avait pas eu de morts en cours de route, ce fut un vrai miracle! En fait, le drame dans toute cette his-toire était bien évidemment les enfants qui naissaient avant la guerre du couple. Et je pense qu'il ne faut pas se faire d'illusions sur ce qu'ils deviendront plus tard très certainement de fut-urs divorcés ou d'éternels célibataires. Au bout du compte, la grande gagnante, c'était la vie elle-même qui avait grossi le monde de nouveaux enfants et que lui importait s'ils étaient mal-heureux? Le grand perdant, c'était l'homme, le mâle reproducteur qui après avoir enfanté la fe-mme ne servait plus à rien et pouvait donc mourir! Telle était la funeste pensée chez la plus part des femmes, mais qui n'osaient pas l'avouer à leurs maris de peur d'être prises pour des monstres.

Quand la vieille est morte, un nouveau locataire s'installa dans son logement. Et Fabien, qui habitait juste en dessous, lui avait rendu visite par simple curiosité où il apprit qu'il s'appelait Pedro et était d'origine chilienne. Etonnament, ce qui lui fit énormément plaisir en se présent-ant à lui (horriblement laid en s'appuyant sur sa canne), ce fut de voir Pedro ne faire aucun mouvement de recul, mais le reçut avec un large sourire comme si plus rien ne pouvait dés-ormais l'éffrayer : lui qui avait connu l'horreur dans son pays, le Chili! Ce sourire perpétuel sur sa bouche était visiblement sa défense à lui et sa façon de mépriser la mort, comme s'il lui disait : Tu peux me tortuer, me tuer! Mais jamais, je ne te donnerai le plaisir de voir ma souffr-ance sur mon visage, monstre! Pedro avait ce côté mexicain de voir la mort qui était directem-ent liée à la conquête espagnole du nouveau monde. Et c'était desormais inscrit dans ses gènes où il ne pouvait plus qu'assumer l'étrangeté où mourir les yeux ouverts et le sourire aux lèvres lui donnait un courage que nous français n'avions plus depuis fort longtemps. En voyant la tête hideuse de Fabien, il ne se disait pas : Ah ce qu'il est laid! mais plutôt : Ah voilà, un nouveau compagnon de misère! ce qui n'était pas rien quand on était seul dans un pays étranger, n'est-ce pas? Pensée hautement génèreuse que nous mêmes français n'avions plus à cause de notre indi-vidualisme forcené, malheureusement.

Pedro le fit entrer chez lui et l'invita à boire un café afin de se connaitre un peu mieux et pou-rquoi pas lier une amitié? pensaient-il l'un comme l'autre. L'appartement était peu meublé avec un lit dans un renfoncement de la pièce, une petite table pour manger, deux chaises et un petit côté cuisine équipé du strict minimum. Mais ce qui surprit Fabien, trônant non loin de l' app-areil de chauffage, ce fut de voir un canapé identique au sien qui était recouvert du même tissu imprimé où tous les continents de la terre étaient représentés. Cela nous rapprochait! pensa-t-il en sourdine. Si tu veux, tu peux t'asseoir sur le canapé en attendant que je prépare le café! dit Pedro. Oh ne te gênes pas, tu peux m'appeler Fabien. Tu t'appelles Fabien? Oui, c'est le prén-om qui est écrit sur ma carte d'identité. Tiens, regarde! lui dit-il en commençant à la sortir de son portefeuille pour lui montrer. Mais Pedro, extrêmement gêné, lui dit : Non, non, merci, Fabien, je n'ai pas à savoir si tu me dis la vérité ou non! Je ne suis pas de la police et je te fais entièrement confiance, mon ami. Ah bon? lâcha-t-il comme déçu et heureux en même temps de savoir que ce jeune homme, qui lui préparait son café, lui parlait comme un ami de longue date. Youhaa, cela faisait si longtemps qu'on ne lui avait pas parlé de la sorte! pensa-t-il ému par cette nouvelle amitié qui se profilait à l'horizon obtenue grace à la mort de la vieille, à cette vieille chipie! Il remarquait que la vie pouvait encore lui apporter de belles rencontres du-es étrangement aux malheurs des autres!

Mais un paradoxe qui ne le déroutait aucunement puisque allant dans le sens de ses interêts, bien évidemment. Je peux? demanda-t-il à Pedro en sortant une cigarette de son paquet. Pas de problème, fais comme chez toi, lui dit-il énergiquement. Pedro, devant la cuisinière et à voir sa façon appliquée de préparer le café dans une véritable cafetière italienne, avait les gestes d'une femme comme si sa longue solitude l'avait contraint à prendre du plaisir à la moindre tâche ménagère, comme ces femmes qui occupaient héroïquement leurs journées à repriser les chau-ssettes, à nettoyer les slips ou bien à préparer le repas pour toute la famille. Desormais, il arri-vait à comprendre ce que les femmes pouvaient ressentir dans leur vie quotidienne. On pourrait même dire que les évènements de sa vie l'avaient forcé a feminiser ses pensées et ses gestes. Mais pouvait-on dire avec assez de recul que de nettoyer son slip ou ses chaussettes était un travail exclusivement réservé aux femmes sachant que par le passé les moines soldats le faisai-ent eux mêmes? Non, certainement pas. Mais debout devant sa cuisinière, attentif à ne pas rater le café pour son ami, il attendait avec impatience ce bruit de shuintement si particulier que fai-sait l'eau en ebullition quand elle remontait dans le cylindre, passait par le filtre et inondait la poudre de café où l'eau embarquée de parfums sublimes se déversait dans le réservoir supérie-ur de la cafetière. Ce bruit de shuintement lui rappelait étrangement le petit train à vapeur qu'il avait pris un jour avec ses parents sur la cordilère des Andes.

C'est vrai que c'était loin tout ça! pensa-t-il en se remémorant la guerre civile dans son pays qui avait détruit une partie de ces beaux souvenirs. Il se souvenait très bien de ce voyage initiatiq-ue organisé par ses parents afin que lui et ses frères, Pablo et Ernesto retrouvrent leurs racines Incas, Aztèque ou Maya, pourquoi pas? Car Emilio, professeur à l'université de Santiago, avait sa propre théorie sur le peuplement de cette amérique du sud avant la conquête espagnole et pensait qu'il avait été effectué par des peuples de race pure venant du Mexique, comme les Aztèques ou les Mayas, puis ces derniers se seraient mélangés à des peuples indigènes venant du Brésil et des environs. Ses collègues et amis professeurs, en l'écoutant parler de tout cela avec passion, avaient été véritablement enthousiasmés par sa theorie qui offrait une nouvelle optique à l'histoire préhispanique et l'avaient fortement encouragé à poursuivre ses recherches. Mais qui pour l'instant n'avaient interressé aucun archéologue du pays ni étranger faute d'élè-ments convaincants ou de preuves pour étayer sa propre théorie. Mais en attendant, Emilio, par manque de moyen financier, cachait tout cela au fond de son cerveau, comme un trésor qui serait mis au jour par lui même et par ses seuls efforts. Une future occupation pour ma retrai-te! pensa-t-il d'un air lointain. La fenêtre du compartiment ouverte, Emilio, tel un historien attentif à l'éducation de ses enfants, poursuivait son histoire et leur apprenait que la civilisation dont ils étaient issue était la plus avancée au monde, au point qu'à la même époque en Europe on vivait encore dans des cavernes!

Cette petite phrase pleine de malice, Pedro s'en souviendra toute sa vie parce qu'elle avait fait beaucoup rire lui et ses frères. C'est notre petite vengeance à nous contre les espagnols! s'étai-ent-ils alors écriés en pensant à tout le mal qu'ils avaient pu leur faire! 

Puis les enfants avaient baissé la tête comme exprimant un grand regret. Emilio, reprenant le cours de son histoire, leur disait( afin de ne pas les tromper sur ces peuples Aztèque et Maya dont ils étaient issus) qu'ils n'étaient pas très amis entre eux, mais se faisaient souvent la guer-re pour des broutilles! Lui et ses frères s'étaient alors regardés avec des yeux plein de méfiance en ne sachant pas qui était Aztèque ou Maya vu qu'ils avaient été eux aussi mélangés au sang des conquistadors. Voyageant ainsi au rythme cahotique du petit train à vapeur, ils s'instruisai-ent beaucoup mieux qu'à l'école comme ils le sentaient. Pendant ce voyage initiatique Marisa, leur mère, ne disait rien et écoutait religieusement son mari et s'émouvait de chaque réaction de ses enfants. C'était son bonheur à elle d'avoir ces trois enfants mâles à la maison et ne savait toujours pas par quel côté les prendre de peur de les féminiser un peu trop par des attendriss-ements excessifs. Je veux qu'ils deviennent des hommes, mes enfants et non des mauviettes! semblait-elle marteler à chaque fois que son coeur s'émouvait un peu trop, selon elle.

Elle donnait parfois l'impression, par ses regards un peu froid, que le sang des conquistadors s' était lui aussi infiltré dans ses veines, bref, une violence qui lui échappait malgré elle.

Pedro, entendant tout à coup sa cafetière faire un long sifflement, sortit de son rêve et se pré-cipita pour la retirer du feu, puis ferma le bouton du gaz. Fabien, entendant tout ce remu men-age, sortit lui aussi de cette somnolence qui le prenait à chaque fois qu'il s'asseyait sur un ca-napé et fumait des cigarettes. Un peu plus, il se serait cru chez lui. Mais non, il était bien chez son nouvel ami, Pedro, qui maintenant était en train de sortir les tasses du buffet. Le tintement des tasses, des soucoupes et des petites cuillères finit par le reveiller complètement au point d' ébaucher une sorte de sourire un peu niais. Fabien, ne trouvant pas de cendrier autour de lui, écrasa sa cigarette dans son paquet qui était à moitié vide, puis lui demanda s'il pouvait l'ai-der? Mais non, Fabien, reste assis. C'est moi qui va te servir! Tu es mon invité, lança-t-il. Agr-éablement surpris, il le regardait venir vers lui avec sa cafetière et ses tasses à café sur un pla-teau qu' il posa sur une petite table basse en bois sculptées de motifs Aztèques ou Mayas. En fait, il n'en savait rien.

Aussitôt, il se poussa sur le canapé pour le partager avec lui. Mais une chose le turlipinait, c'est que son ami pour l'instant ne lui avait pas donné son nom de famille, comme si  celui-ci avait oublié de lui le dire. Pendant qu'il s' interrogeait sur tout cela, Pedro avait déjà rempli les tasses d'un liquide noir et profond et lui tendait maintenant la sienne. Tiens, Fabien, goûte-moi ça et dis-moi ce que tu en penses? Soumis et conquis par le désir de son nouvel ami, il la porta à ses lévres et fit dans le même mouvement un signe de ravissement en découvrant qu'il lui avait préparé un excellent café où dans cet art il le surpassait de très loin vu que le sien resse-mblait plutôt à du jus de chaussettes. Hum..mais c'est magnifique, ce café! Mais comment as-tu fait? Est-tu un magicien pour? Fabien, n'ayant même pas fini sa phrase que son ami écla-ta de rires et lui tendit la main pour se présenter : Mon nom est Pedro Delavega et je suis né à Santiago du Chili. Tu es chilien? lui demanda-t-il. Oui, mais en ce moment pas très fier de l'êt-re comme tu le sais avec tout ce qui se passe dans mon pays. Oh oui, je peux te comprendre parfaitement avec tout ce qu'on raconte d'horrible aujourd'hui dans nos medias où Pinochet et sa junte militaire, aidés par les américains, massacrent de pauvres innocents!

Oui, tu as parfaitement raison. Et je vois qu'ici en France, vos medias vous disent encore la vérité, ce que j'admire beaucoup par rapport à nos pays d'amérique latine où la presse et la justice sont corrompues par l'argent où l'on y tue sans impunité. Mais parlons d'autre chose, mon ami, veux-tu? D'accord, dit Fabien, en se saisissant entièrement du drame que celui-ci devait vivre en ce moment. Heu..Pedro, excuses-moi de te demander, mais où a tu appris le français? Car je vois que tu le parles parfaitement. Oh, ce serait trop long à te raconter! Mais si tu veux, on en reparlera la semaine prochaine, d'accord? Pas de problème, mon cher Pedro! lui dit-il quelque peu vexé que la conversation se termine ainsi et pourtant si prometteuse. Celui-ci vida alors d'un trait sa tasse à café tout en regardant son ami qui à ses côtés semblait absent ou occupé à d'autres pensées ou peut-être à aucune, lui seul le savait. Voulant partir, il se sai-sit de sa canne; mais voyant qu'il avait beaucoup de mal à se relever, Pedro, tel un animal ama-zonien qui pouvait dormir les yeux ouverts, d'un mouvement rapide se leva et l'aida à se rele-ver du canapé. Fabien sentant ces bras autour de lui, comme ceux d'une mère, se disait : Ah, comme il est bon de sentir l'autre quand il est plein de bonnes intentions! Apparemment Fabien semblait très touché par cette première mise en contact avec Pedro : lui qui semblait avoir co-mplètement oublié dans son propre pays la chaleur humaine! 

La semaine suivante, il n'oublia point son rendez-vous ainsi que Pedro qui par la cérémonie du café lui avait montré son sens de l'hospitalité, bref, celui de ces peuples primitifs dont le cœur battait encore du grand amour universel. Comme prévu, la conversation fut reprise là où il l'avait laissée la dernière fois, c'est à dire sur le français que Pedro parlait parfaitement. Tous les deux assis confortablement sur le canapé se tenaient chacun de son côté afin de pouvoir se parler sans se tordre le coup vu que Fabien avait quelques rhumatismes malgré son jeune âge et redoutait ses positions. En attendant qu'il lui raconte son histoire, il buvait son café à petites gorgées, le humait à la façon d'un sommelier des tropiques, puis interrogeait sa langue et son palais sur les parfums de terres brulées et d'écorces qu'il venait de détecter. Pedro à ses côtés, mi-sourire, laissait opérer cette magie qu'il connaissait très bien, lui le fils de ces peuples pri-mitifs d'amazonie et du Mexique flamboyant. Il remarquait pour la première fois que Pedro était beau avec ses cheveux d'un noir de jais et sa peau couleur de serpent dont toutes les fem-mes devaient être amoureuse. Il ne lui manquait plus que des plumes sur la tête pour resse-mbler à un grand chef Incas ou Maya, issu d'une grande lignée! pensa-t-il sourdement. Mais que faisait-il ici? se demanda-t-il curieusement. Mais que lui était-il arrivé en cours de route pour être tombé si bas dans cette vieille Europe qui lui donnait maintenant l'aumône?

Pedro, sentant les interrogations de son ami, sortit de son silence et se retourna pour lui dire : Tu sais, Fabien, si je parle si bien le français, c'est grace à mon père qui était professeur d'his-toire à l'université de Santiago. Mon cher et vénérable père, Emilio, que dieu le protège! vou-lait absolument que je devienne un éleve modèle. Et moi, j'ai tout fait pour respecter son désir afin que notre famille, les Delavega, garde leur réputation de grands connaisseurs des choses du monde. Le français, me disait, mon père, apprends-le correctement, car il t'ouvrira toutes les portes de la culture qui en France est un monument de délices intellectuels, souvent cruels, mais où la raison à toujours le dernier mot. Avec cette langue, mon fils, tu auras un passeport idéal pour te retrouver chez toi n'importe où. Et quand l'ennui te viendra, tu pourras toujours trouver au milieu des livres, un compagnon d'aventure ou de misère. Il t'a dit tout cela, ton père? demanda Fabien un peu surpris par cette éducation nomade que lui avait enseigné ce dernier. Oui! dit pedro. Il devait être bien savant pour t'enseigner de si grandes véritès. Oui, mais mon père était aussi chercheur en ethnologie et très admiré par ses amis professeurs. J'ai alors fondu sur les livres de langue française, comme à la recherche d'un trésor oublié allant aussi bien à la bibliothèque nationale que chez des particuliers prendre des cours, comme chez mademoiselle Rousso qui avait des origines françaises, bien que Chilienne.

Il est vrai que j'ai appris beaucoup de choses sur les Hommes et surtout sur leurs sociètés qui n'étaient auncunement stables, mais en perpétuel mouvement. Et cela m'a fait prendre consci-ence que pour m'en sortir, je devais rester un homme libre, bref, un homme nu devant les éven-ements afin de ne pas trop m'alourdir de choses inutiles. Mais mon père avait bien évidemment d'autres ambitions pour moi et voulait absolument que je devienne professeur comme lui. J' étais alors en train de passer mon bac au lycée de Santiago, quand la guerre civile est arrivée et a détruit en grande partie les ambitions de mon père ainsi que celles de tout un peuple, celui du Chili, ce qui fut un drame national! Moi personnellement, je n'avais pas beaucoup d'ambitions dans mon pays, car je désirais au plus profond de mon coeur partir pour decouvrir les peuples du monde, afin de poursuivre les ambitions de mon père, mais d'une façon entièrement libre. Mais il est vrai qu'avec cette guerre civile partir de mon pays devenait alors une chose très di-fficile. Mes deux frères, Pablo et Enersto, avaient par rapport à moi beaucoup d'ambitions où Pablo voulait faire la révolution en s'engageant dans les forces socialistes pour faire tomber le pouvoir, alors que mon frère Enersto au grand desespoir de Pablo avait choisi la carrière milit-aire! Mon père, qui était un professeur très ouvert, avait soutenu tacitement Pablo parce qu'il croyait à la force de la jeunesse et à ce renouveau social. Par contre, ma mère, Marisa avait plusieurs fois tenu des propos très dures sur ce socialisme importé de Moscou en faisant com-prendre à mon frère, Pablo, qu' avec ses idées il nous ferait tous tuer!

Mon père ne se mêlait jamais aux conversations de son fils avec sa mère, parce qu'il savait qu' elle aussi avait une famille à préserver. Peut-être que Pablo est mort en ce moment? dit soud-ainement Pedro, car ma famille est sans nouvelle de lui depuis plusieurs années. Mais moi, je crois qu'il est mort! lâcha-t-il du bout des lèvres. Et la nuit, je fais souvent le même cauchemar où je le vois enfermé dans un stade avec d'autres camarades, puis emmené tout seul dans une salle où ils le torturent afin qu'il avoue qu'il est un communiste donc un ennemi de son pays. Oh mon dieu, Fabien, comme tout cela me fait mal au coeur! lui que j'amais tant pour sa hard-iesse et sa franchise. Emu par l'histoire de son ami, il lui posa la main sur l'épaule comme en signe de soutien. Je te remercie beaucoup, tu est comme un frère pour moi, lui dit-il. Tu es le mien aussi, répondit fabien au bord des larmes. Après un silence assez pesant, Pedro continua son histoire. Mon autre frère Ernesto, que je n' aimais pas trop, avait choisi comme je te l'ai dit de s'engager dans la junte militaire de Pinochet. Quoi, avec Pinochet? Oui, mais attend un peu la suite et ne crois pas qu'il ait fait par méchanceté ou par cruauté envers son frère Pablo, non. Mais uniquement pour protéger notre famille. Ernesto était le fils préféré de ma mère et jamais il ne l'aurait laissé aux mains des militaires. D'une certaine façon, il avait sauvé une partie de notre famille sauf Pablo qui, tel un matador armé d'un drapeau rouge, avait voulu défier le taureau sanguinaire de Pinochet.

Quelle étrange histoire! pensa Fabien qui comme tout le monde avait suivi les événements du Chili à la télévision où en gros on mettait les bons d'un côté et les mauvais de l'autre. En France, où nous étions alors sous le gouvernement socialiste de François Mitterand, Pinochet était bien évidemment le grand méchant loup qu'on devait abattre. Et les gentilles brebis, celles qu'on égorgeait ou jetait du haut d'un hélicopter au dessus du pacifique, étaient les socialistes! Pour lui, il ne faisait aucun doute que les victimes étaient à gauche et les asssassins à droite où le gouvernement de la France allait bien évidemment soutenir leurs camarades qui se sacrifiai-ent pour leurs idées en sachant bien que Pinochet était soutenu de son coté par les américains qui combattaient le communisme. Bref, nous étions bien dans une bataille ideologique où seu-les les forces diplomatiques allaient devoir jouer leur rôle, ce qu'avait très bien compris Fran-çois Mitterand en ouvrant les frontières de la France à ces flots de refugiés Chiliens. Ainsi Pin-ochet se débarassait de ces indésirables et la France s'alourdissait de futurs grands malades! Pour Fabien, c'était sa grande époque amerique-latine. Car lui aussi, grand malade, allait pou-voir raconter tous ses malheurs à ces mêmes grands malades qui étaient comme lui écrasés par le malheur, ce qui était pour lui une façon comme une autre d'occuper ses longues journées d' ennuis, ce que personne ne pouvait critiquer, n'est ce pas? Et puis comme on en parlait tous les jours à la télé, j'étais pour ainsi dire dans le même bain! Mais avec ce que Pedro venait de lui apprendre à propos de son frère Ernesto, ce n'était pas du tout la même chose qu'on lui raco-ntait dans les médias : où en gros, on caricaturait les événement afin qu'ils soient compris par le plus grand nombre, alors que le destin de chaque famille se décidait par le sacrifice d'un des leurs pour une cause immorale! Tel avait été le choix d'Ernesto pour protéger sa famille.

Mais où était la vérité? se demandait tragiquement Fabien en ne sachant plus ce qui était le pl-us important dans la vie : le destin collectif ou le destin de sa propre famille? C'était bien évi-demment une question philosophie et non ideologique pour tous ceux qui devaient se la poser. Et que sacrifier sa propre famille pour des idées fabriquées par des intellectuels fut-ce bien rai-sonnable sachant que ces mêmes idées seraient dépassées un jour par d'autres? Nul doute que les révolutions traverseront encore les sociètés des hommes, car rien n'est plus vrai sur cette Terre que la vie elle même qui ne connait qu'une seule religion : vivre par dessus tout!

Mais alors comment as-tu fait pour partir de ton pays? lui demanda-t-il subitement. Oh, ce serait trop long à te raconter. Mais voyant la situation empirer au Chili, je decidai d'en parler à mon père. Et pendant cette nuit, qui fut inoubliable pour moi, je lui exposai mes plans afin de me rendre à l'étranger pour poursuivre mes études ainsi que de réaliser son rêve de devenir moi aussi professeur et pourquoi pas archéologue, son rêve d'enfant? Mon père, ému par tout ce que je lui racontais, me prit alors dans ses bras et pleurait de joie et de chagrin de savoir que j'allais continuer son oeuvre au prix d'une inévitable séparation. Ma mère, Marisa, qui avait tout entendu, vint nous dire : Mais qu'est-ce que vous mijotez tous les deux? Troublé par ma situation, il me fut impossible de lui expliquer mon départ imminent et laissait mon père le faire à ma place.

Après quelques minutes d'entretien avec ma mère, elle me dit qu'elle était d' accord, mais que je devais faire très attention pour mon voyage où le danger ne viendrait plus des militaires, mais des brigands que j'allais sûrement rencontrer en traversant l'amazonie. Quoi, tu devais traverser l'amazonie pour venir ici! Mais oui, mon cher Fabien! Mais je te rassure qu'une par-tie, car je devais me rendre en premier au Brésil où mon père avait des amis pour mon heber-gement, le temps de trouver une destination soit vers l'Europe soit vers l'Amerique. Mon père m'avait donné une partie de ses économies soit environ 2000 dollars pour couvrir tous mes frais. Je sais que c'est pas beaucoup, mais tu sais au Chili les professeurs ne sont pas bien pay-és au contraire de chez vous. Mais regarde, je vais te montrer l'itinénaire que j'ai pris pour ve-nir ici. Pedro se leva et lissa le tissu du canapé pour lui montrer le continent sud-americain où l'on voyait parfaitement le Chili, l'Argentine à côté et plus haut l'amazonie avec ses forêts im-menses et son fleuve amazone terriblement tentaculaire. En penchant la tête pour voir, il fut éffrayé par l'immensité de ce continent en voyant maintenant son ami transfiguré en aigle royal couronné du célèbre serpent à plume traversant cette immensité verte et boueuse en trois ou quatre coups d'aile! Mais deçu tout de même de savoir que son voyage se soit arreté ici en France où le ciel ressemblait plus à une peinture à la gouache qu'à la clarté spectaculaire d'un ciel équatorien. Mais comment as-tu fait pour traverser cette immensité? lui demanda-t-il fas-ciné par l'exploit. Mais à pieds, en pirogue, puis en bateau, mon cher Fabien! Ah oui? Bien sûr que oui. Et ne crois surtout pas que dans ces espaces sauvages, il n'y a personne, oh non bien au contraire! Car il y a beaucoup de monde qui se croisent où c'est le passage obligé pour tous les trafiquants ainsi qu'une planque parfaite pour les assassins qui veulent échapper à la justice de leur pays. Pendant ma traversée, Alberto, qui était mon guide, m'a dit qu'à la fin de la deu-xième guerre mondiale des anciens nazis s'étaient cachés dans cette forêt vierge pour échapper au tribunal de Nurimberg et aux crimes contre l'humanité. Puis quand les choses se sont calm-ées, ils sont sortis de leur cachette avec tout l'or qu'ils avaient volé pendant la guerre pour s' installer au Chili et dans les pays alentours où ils prirent, bien évidemment, le pouvoir. Je suis sûr que mon père aurait été très heureux d'apprendre cette histoire, lui qui était si curieux sur l'origine des peuplements des continents. Sûr qu'il aurait été, mais avec quelques réserves! lan-ça Fabien en constatant avec effroi les calamités et les désastres que ce continent sud-amèr-icain avait pu subir depuis la conquète espagnole et maintenant avec ces anciens nazis. Il ne manquait plus que ces derniers y fassent leur demeure pour couronner le tout! pensa-t-il avec amertume.

Pendant ce long périple plusieurs de nos compagnons attrapèrent la malaria et nous dûmes, malgré nous, les abandonner sur place. Mais rassure-toi, on les laissa chez l'habitant du coin quand il nous fut possible de le faire. Mais lorsque nous nous trouvâmes au milieu de cette amazonie, loin de toute civilisation, malheureusement, nous dûmes les abandonner sur place au milieu des serpents et de ces horribles insectes macrophages. Ce qui fut pour nous une cho-se très dure à vivre sachant qu'ils allaient mourir dans les prochains jours. Certains, désempa-rés, nous transmîmes des lettres et des adresses afin qu'on previenne leur famille de leur destin funeste. Alors que d'autres, encore pleins d'imagination, se refusaient d'appendre à leur famille la terrible nouvellle et preferaient plutôt la disparition que le funeste télégramme de dèces. M-oi et mes compagnons acceptâmes tout cela dans le plus grand respect. Et avant de partir, nous célèbrames au milieu de cette foret vierge, une cérémonie religieuse où à genoux, embrassant notre croix de Jesus-Christ à notre cou, nous priâmes pour eux afin que leurs âmes chrétiennes et catholiques puissent franchir sans encombre ce plafond végétal qui nous empêchait de voir le ciel où Dieu avait sa demeure. Il faut te dire que certains avaient alors très peur que leurs âmes restent prisonnières de cet enfer vert en nous demandant de les transporter vers une clair-ière pour voir une dernière fois le ciel et le soleil. Malheureusement, nous ne pûmes satisfaire ce désir, mais seulement les convaincre que Dieu était plus fort que les dieux de la forêt et qu' un chemin céleste allait s'ouvrir devant eux pour les transporter au paradis!

Après les derniers baisers d'adieux et les promesses éternelles d'amitiés, nous repriment notre route, mais il faut le dire avec des larmes pleins les yeux. Mais ce qui nous affligea le plus à moi et à mes camarades, ce fut la nuit suivante où tous les cris des animaux s'étant tus, nous entendimes leurs sanglots résonner dans la forêt! Je ne te cacherai pas que cette nuit fut pour nous épouvantable! Mais le lendemain matin, quand tous les cris des animaux étaient revenus, tout avait disparu. Mon dieu, comme la liberté est chère payée sur cette terre! dit Pedro qui sentait comme un remord d'avoir abandonné quelques uns de ses compagnons au milieu de cette forêt équatoriale. Mais vous n'aviez pas bien le choix! dit soudainement Fabien qui ne voulait pas perdre un ami comme Pedro. Non, malheureusement. Et je t'avouerai que j'ai tou-jours pensé que pour devenir un homme libre, il fallait une santé de fer et des nerfs d'acier, sin-on on mourait la face grimaçante aux pieds de cette idôle qu'on appelle la liberté ou Liberta, comme on dit dans mon pays. Ce que tu dis, Pedro, c'est très beau et il est vrai qu'entre vivre et mourir nous n'avons pas trop le choix, n'est-ce pas? Oui, parfaitement. Mais la chance que j'ai eue, c'était d'entreprendre cette aventure encore très jeune( puisque j'avais tout juste 20 ans), mais surtout d'avoir une hérédité extraordinaire transmise par mes ancêtres qui autrefois avai-ent dominé ces régions hostiles dont les gênes m'avaient protégé de la malaria ou d'avoir peur de cet enfer vert qui parfois semblait vouloir vous avaler tout cru. Tout cru? Oui tout cru! M-oi, qui avait été baptisé à l'église catholique, j'avais lu dans les évangiles que les peuples dont j'étais issus étaient idôlatres donc dans l'erreur. Mais je voyais bien en traversant cette amazo-nie que les dieux de la forêt ne s'opposaient en rien à ma croyance, mais plutôt se conjuguaient avec elle pour me faire sentir que leurs superstitions étaient basées sur des légendes où autre-fois des demi-dieux régnaient sur la Terre. Il est vrai aussi aujourd'hui, où tout est devenu hu-main, on ne plus comprendre ces choses là. Quoi, Pedro, tu penses vraiment que des êtres surh-umains vivaient dans ces immensités sauvages?Mais oui, mon cher Fabien et non pas seulem-ent sur les Andes où parait-il des géants traversaient ces montagnes en deux ou trois enjam-bées! Quoi, des géants sur la cordilère? Oui, parfaitement. Et l'on disait dans ces vieilles légen-des que les lacs leur servaient de miroir pour contempler leur beauté et les eaux de l'amazonie une fontaine pour étancher leur soif colossale. Mon dieu, que c'est beau Pedro, tes légendes! Oui, je sais, mais tout cela a malheureusement disparu! Mais comment au juste ces êtres extr-aordinaires ont-ils disparu? Oh ce serait très long à te raconter. Mais ce que j'ai pu apprendre grace à mon père, qui etudiait alors le peuplement du continent sud-americain, c'est qu'un ora-cle avait prédit à ces dieux vivants que des petits êtres (les Hommes) viendraient un jour sur leur territoire pour les déloger de grès ou de force!

Bien évidemment, ces demi-dieux éclatèrent de rires quand on leur raconta cette petite plaisan-terie et on pouvait bien les comprendre. Mais demandèrent une dernière fois à leur oracle s'il ne s'était pas trompé, car ils étaient beaucoup plus forts que ces petits insectes qu'on appelait les Hommes! Mais l'oracle leur dit que leur force ne residait pas dans leur bras ni dans leur cerveau, mais dans leur nombre. Mais de quel nombre veux-tu parler? lui demandèrent-ils. M-ais de plusieurs millions! lui répondit-il. Les demi-dieux, abasourdis par cette réponse, s'enfui-rent aussitôt par les voies du ciel, de la terre et des eaux! Voilà la légende que mon père avait reussi a décripter sur le mur d'un temple Incas au Machu Picchu ou l'oracle avait dit la vérité. Comprends bien, Fabien, ce qui fit disparaitre les demi-dieux, ce ne fut point la confrontation directe avec les Hommes, mais la frayeur que cela leur causèrent. En Gros, tu veux me dire que c'est la peur qui permet d'abattre son advsersaire et non sa force réelle? Oui malheureu- sement, Fabien, et tu peux aussi l'appliquer à ton pays, la France, où l'aristocratie fut reduite en miettes par le plus grand nombre, bref, par le peuple qui formait alors la majorité. La dicta-ure par le plus grand nombre est je pense un fleau pour tous les peuples de la terre, car elle produit des discours démagogiques et populistes qui nivellent tout par le bas et font des Hom-mes des êtres identiques, comme un peuple de pingouins, mais en pire, car les pingouins eux restent libres!

C'est marrant que tu prennes en exemple les pingouins pour illustrer la bêtise humaine, car personnellement, je les trouve très beaux et surtout très intelligents d'avoir pu conserver leur liberté, non? Si, répondit maladroitement Pedro. Oh excuses-moi, mais parfois, je pense dans ma langue maternelle qui est l'espagnol comme tu le sais. Si senior! lança Fabien en voulant s' amuser un peu avec son ami. Mais? Mais? Tu parles aussi ma langue? lui demanda-t-il d'un air surpris. Non, malheureusement, pourtant comme j'aurais aimé! lui dit-il comme à regret. Et les seuls mots que je connaisse, je les ai appris en regardant les films américains où à cha-que fois les gringos étaient les vainqueurs à la fin du film! AH!AH!AH! ria Pedro, mais c'est comme dans la vie, mon pauvre ami, ce sont toujours les mêmes qui gagnent, ce sont qui ceux possèdent l'or et dictent leurs conditions aux autres qui ne peuvent que la fermer! AH! AH! AH! je vois que tout cela ne te fais pas bien rire. Mais je peux bien te comprends, car tu n'as jamais vécu dans un pays comme le mien qui est sur ce continent latino-americain où rire de tout fait partie de notre culture où la mort est elle même une grosse farce. Une grosse Farce? Mais oui. Mais avec quelle viande? lui demanda Fabien qui voulait le faire rire. Mais, mon cher ami, tu peux y mettre dedant n'importe laquelle! AH! AH! AH! OH! OH! OH! et tous les deux se mirent à rire à gorges déployées comme jamais ils ne l'avaient fait de leur vie et, s' enlaçant amicalement, ils comprirent que l'humour était la bouée de sauvetage des pauvres gens et non ceux des Etats.

Se tenant le ventre et ne pouvant arrêter leurs fous rires, le canapé fut agité et secoué de tous côtés au point de ressembler à un bateau ivre où Pedro et Fabien essayaient de tenir la barre. S'il te plais, Fabien, arrêtons de rire, car moi j'ai envie d'un bon café! dit Pedro en touchant la cafetère où le café avait refroidi. Il est froid, je vais en préparer un autre, dit-il d'un ton résolu. Ce dernier se leva et embarqua la cafetière comme on embarque un instrument de navigaton en sachant bien que son histoire n'était pas encore terminée et qu'un bon café de Colombie (où il avait été après son séjour au Brésil) ne pouvait que lui donner du courage pour continuer ce long voyage aux côtés de son ami, un gringo de France. Fabien, qui avait retrouvé son calme, tira une cigarette de son paquet et la planta au milieu de ses lèvres, puis l'alluma tel un marin de terre neuve qui allume sa pipe avec un grand fracas de vents et de vagues( l'allumette frottée sur le grattoir faisant office de tout cela, bien évidemment). Meditatif, il pensait aux pingouins dont Pedro lui avait parlé ainsi qu' au Cap Horn qui se trouvait à la pointe sud du Chili  où les marins redoutaient les vents terribles. Assis confortablement, il se rendait compte sans avoir bougé du canapé qu'il avait voyagé a travers l'histoire du Chili, puis commencé à pénétrer la forêt amazonienne grâce à son guide Pedro en attendant impatiemment la suite. Car il voulait absolument prendre une pirogue avec lui et descendre le fleuve amazone, ce fleuve énorme aux eaux boueuses où, parait-il, un banc de pyranhas avait un jour dévoré plus de trois cents personnes dont le bateau avait chaviré!

Je te rassure, dit Pedro en se retournant, que les pirogues étaient à bien à moteur et que nous y sommes pas allés à la pagaie comme on voit dans les films documentaires. Non, non, mainten-ant, elles sont toutes équipées d'un petit moteur souvent de marque Yamaha et on peut y loger de-dant à trois ou quatre sans problème. Ah oui, bien sûr! lâcha Fabien surpris que ses pensées avaient été comme entendues par Pedro, le sorcier des Andes. Mais attends que je finisse de faire le café et je te raconterai la suite, dit-il en attendant avec impatience le shuintement ou le long sifflement de sa cafetière pour reprendre sa place sur le canapé. Cette fois-ci, le café fut prêt en quelques minutes, puis posant sa cafetière sur la table basse devant le canapé, il lui dit : En tout notre expedition était composée de six pirogues dont quatres étaient habitées et les deux autres transportaient notre necessaire de survie. Pour être prècis, l'une d'elle nous servait à transporter les vivres et les ustensiles de cuisine : eau, riz, manioc, viande séchée, casseroles, rechauds, couvertures, tentes, vêtements imperméables, et l'autre servait à transporter le carb-urant qui se trouvait en dernière position pour eviter tout danger en cas d'explosion, vois-tu! Mais c'est fou, comme il faut prendre de précautions pour organiser une telle expédition! s' exclama Fabien en regardant Pedro qui voulait poursuivre son histoire. 

Eh oui, mon ami, mais c'est comme ça si tu veux arriver en un seul morceau à destination! Car le moindre pépin qui pourrait t'arriver dans ces endroits hostiles tourne vite au drame, comme nos amis atteints de la malaria que nous avons dû abandonner au milieu de la forêt avant de trouver un bras du fleuve. S'ils avaient pu tenir le coup jusqu'au fleuve, je crois qu'ils auraient survécu. Mais comme Alberto nous avait égaré pendant deux ou trois jours et qu'il voulait absolument récupérer le temps perdu, il prit cette cruelle decision qui tous nous marqua très durement, comme tu le sais. Sans oublié d'ajouter d'une manière brutale que si nous voulions survivre, il nous fallait nécessairement laisser les malades dérrière nous! Fabien, pénétrée par l'histoire de Pedro, fut choqué d'entendre cette terrible phrase qui lui semblait tout particuliè-ment destinée : lui, le malade que la socièté des Hommes avait mis de côté parce qu'il était pauvre et laid. Un instant, il se crut l'ennemi de Pedro en le voyant subitement se transformer en monstre d'égoïsme, bref, en homme comme tous les autres! Puis Pedro reprit son histoire et dit : Notre passeur et guide Alberto avait prévu de la nourriture pour un mois, ce qui suffirait largement pour descendre le Rio Grande avec nos pirogues à moteurs et selon la force du cou-rant qui l'y aurait. Le Rio Grande? interrompit-il brutalement Pedro en lui coupant la parole.

Oui, le Rio Grande qui est le fleuve amazone comme on l'appelle au Brésil. Ah oui, d'accord! repondit-il rassuré. Oui, je te disais...à la vitesse où nous allions, il nous fallait seulement une vingtaine de jours pour arriver à Manaus qui était la ville où nous devions prendre un bateau plus gros pour arriver jusqu'à l'ocean atlantique. Quoi, l'ocean atlantique? Mais ne fais-tu pas une erreur, Pedro? Mais non, je t'assure, que le fleuve amazone se jette bien dans l'ocean atla-ntique, regarde! Celui-ci se leva et lissa une nouvelle fois le tissu du canapé pour lui montrer que l'immense fleuve se jetait bien dans les bras de cet ocean victorieux. Alors, tu n'es pas allé en pirogue jusqu'a l'ocean atlantique? lui demanda-t-il un peu déçu. Non malheureusement. Car après Manaus, on ne peut plus naviguer sur ce fleuve comme au temps de Cortez où il y a tellement de bateaux et de tankers hauts comme des immeubles qu'il est très dangereux de s'y aventurer. Et par son sens des réalités, Alberto nous a fait comprendre que le deplacement d' eau de ces gros tonnages était si effrayant qu'il pouvait facilement faire chavirer nos petites embarcations. Bref, ignorant toutes ces matières, nous n'avons pas voulu discuté sa decision de nous débarquer à Manaus qui est une ville d'importance moyenne placée sur la rive gauche de l'amazone. Puis il nous a dit : Mais pourquoi prendre des risques inutiles, alors qu'à Mana-us tous les services d'hebergements, de transports, de communications etc, nous permettraient de poursuivre notre voyage en toute quiètude. Ton Alberto était d'une lucidité incroyable pour vous dire une telle chose, n'est-ce pas? Oui, c'est très juste. Mais comprends bien que cet hom-me agé d'une quarantaine d'années dont le premier metier fut chercheur d'or, puis trafiquant de drogue, puis guide et enfin passeur de clandestins connaissait parfaitement cette amazonie do-nt la traversée comportait de gros risques pour celui qui voulait s'y aventurer sans cet esprit d' organisation et surtout sans ce sens innée qu'on les indiens pour se diriger : où regarder la sou-che d'un arbre, sentir la petite brise de vent souffler a travers la végétation, écouter la faune animale et ses cris pouvaient vous indiquer la zone forestière où vous vous trouviez. Lui, Alberto, du fait de toute cette expérience acquise au milieu de cet enfer vert, avait dessiné ses propres cartes où il avait noté par des signes que lui seul comprenait des directions à prendre où cris d'animaux, odeurs et faune formaient pour lui une véritable boussole vivante qui, il est vrai, le perdait rarement. Mais quand ça lui arrivait, c'était dû uniquement à la faute des Hom-mes qui avaient deforesté une partie du terrain où tous ses repères avaient été abattus, épar-pillés, comme ces pauvres arbres vendus aux firmes de bois étrangères. Son entreprise était composée de deux assoiciés, Miguel et Franches qui s'étaient établis au bord de l'amazonie où, sous de grandes bâches, ils cachaient leurs pirogues. Eux-mêmes vivaient dans un petit bara-uement en bois que personne ne pouvait repérer tellement la végétation etait dense. L'ennui était bien évidemment leur pire ennemi. Mais dès qu'Alberto les appelait par radio pour leur annoncer qu'ils avaient du travail sur la planche aussitôt leur humeur remontait. Car n' oubli-ons pas de dire qu'ils étaient avant tout des aventuriers qui recherchaient la fortune où bouger, se deplacer, prendre des risques, voir, écouter tout ce qui se disait, rencontrer des gens symp-athiques ou non était en fin de compte leur drogue à eux qui pourtant avaient tout essayé : ch-ampignons hallucinogènes, marijuana, cocaïne etc, mais qui n'avaient jamais pu égaler ce sen-timent qu'on éprouvait, quand on était libre et léger comme un aigle du grand Machu Piccu.

Fabien, envoûté par l'histoire merveilleuse de Pedro, se demandait s'il n'était pas un esprit se-mblable à cet aigle royal qui pouvait tout voir parce qu'il volait très haut dans le ciel? Nul doute pour lui qu'il était issu de ces peuples de sorciers disparus depuis des lustres de la surfa-ce de la Terre dont il ignorait sa descendance. Car Fabien, qui était de pure souche française dont les maladies etaient hérédiaires, comme la vanité, l'esprit administratif et surtout un man-que réel d'imagination (quant à se mettre dans la peau de l'autre) comprenait par l'histoire de Pedro qu'en France on se trompait sur beaucoup de choses, comme sur la liberté que les franç-ais n'avaient jamais bien comprise et pour laquelle ils avaient fait pourtant la revolution! En France, bizarrement, la liberté au cours des siècles était devenue un mot sacré que le discours des hommes politiques avait usé jusqu'à la corde au point de n'avoir plus aucune matière qui allait précipiter la France vers son déclin, bref, vers son impuisance. Alors qu'avec Pedro, la liberté prenait tout à coup de la matière, des formes, des odeurs plus ou moins agréables et nous donnait envie de vivre sans trop se poser de questions sur la légalité de nos actions. De là à dire que la beauté s'y trouvait? Sûr qu'on en était pas loin! pensa-t-il, non sans éprouver une grande émotion. Mais voyant son piteux état de boiteux et de laid, il comprit que cette liberté chérie ne lui était point destinée, mais seulement à un jeune homme fort et beau qui pouvait la toucher du doigt ou, comme disait héroïquement Rimbaud, l'asseoir à ses genoux!

Pourtant, tu sais, reprit Pedro, j'aurais bien aimé me jeter avec ma pirogue dans les bras de l' ocean atlantique et uniquement pour savoir ce qu'avait pu ressentir le célêbre explorateur espa-gnol, Francisco de Orellana, qui le premier descendit le fleuve par accident. Par accident? de-manda Fabien étonné. Oui, par accident, car il était parti chercher des vivres pour son expediti-on, mais n'avait pu remonter le courant qui l'avait entrainé jusqu'à l'embouchure de l'ocean atl-antique. Youhaa, lança Fabien, comme cela a dû être fou ce voyage puisque ne connaissant pas sa destination! Oui, mais comprends bien que ces hommes du passé n'étaient pas fait comme nous où le confort d'aujourd'hui nous avait ramolli pitoyeusement les neurones et le corps. Et d'après les livres anciens, j'ai pu lire qu'ils avaient été forgés par la nature et par une société Européenne alors très dure sortant tout juste du moyen-âge. C'est très juste ce que tu dis là, Pedro, et aujourd'hui aucun de nos contemporains n'oserait mettre sa vie en peril pour des ch-oses comme celles-là, alors qu'à la bourse ils pouvaient faire des milliards sans se faire mordre par un serpent ou bien poursuivre par des amazones! C'est marrant que tu parles de ça, car bien effectivement Franciso de Orellana durant une autre expedition fut attaqué par des amazones. Par des amazones? Tu veux dire des femmes guerrières? Oui, des femmes dont les maris enco-urageaient les actes de courage et de bravoures par manque de guerriers mâles.

Youhaa! lança à nouveau Fabien qui comprenait qu'Homère dans son Odyssée avait eu la mê-me idée face à son Ulysse en lui envoyant des amazones afin de retarder son voyage pour rejoi-ndre Pénélope. Grâce à Pedro et son à histoire extraoridinaire, il avait l'impression d'être touj-ours dans l'antiquité des choses où massacres, vengeances, absence totale de culpabilité, avid-ité de richesses et de pouvoirs étaient le fondement de la civilisation des Hommes. Bref, où la vie humaine ne comptait pas grand chose devant ce pouvoir absolu que voulait obtenir ces ch-efs de guerre, heritiers des demi-dieux garant du destin des Hommes. L'Homme n'est qu'un moustique! dit brutalement Pedro, parce que son destin ne lui appartient pas, mais à la socièté dont il fait partie, malheureusement. Autrefois, c'était à des tribus, maintenant à la socièté civ-ile et moderne, bref, au capitalisme. Le comique dans toute cette histoire, c'est qu'un homme croit, parce qu'il a reussi économiquement, être le maitre du destin des autres, ce qui est une formidable escroquerie! En fait, c'est l'illusion que vous donne l'argent par le pouvoir d' ach-eter ce que vous voulez et pourquoi pas les Hommes en poussant plus loin la chose? Ceci n' était bien évidemment qu'une belle illusion entretenue par la classe bourgeoise. Car pour dec-ider du destin des Hommes, il faut bien evidemment autre chose et de plus costaud que l'arg-ent, mais tout simplement l'étoffe d'un chef de guerre ou d'un genie, ce qu'on ne rencontre qu' une fois tout les siècles parmi les Hommes et surtout pas chez les familles bourgeoises qui par une orgueilleuse insolence voudraient croire que le genie ne peut venir que de chez elles. Mais c'est une belle connerie tout ça! lança brutalement Fabien en se massant la jambe qui comm-encait à s'engourdir. Oh oui et je dirai même que c'est un drame pour la socièté toute entière et tout particulièrement pour le destin des Hommes. Mais ça arrange bien tout le monde de le cr-oire, n'est-ce pas? Oui, dit Pedro, car elle est une belle illusion que tout le monde veut croire où le riche veut faire croire au pauvre qu'il est libre et heureux, alors qu'il ne l'est pas, et le pa-uvre tombe dans le panneau en lui vendant sa liberté pour devenir comme lui. Triste désillusi-on, car le pauvre ne deviendra jamais riche et le riche ne deviendra jamais heureux! Mais pou-rquoi le pauvre ne deviendra jamais riche? demanda-t-il à Pedro. Parce que le riche a tout org-anisé pour que le coût du travail ne puisse jamais l'enrichir, mais l'appauvrir. C'est simple, non? Et puis imagine un peu si tout le monde pouvait devenir riche du jour au lendemain, mais plus personne ne voudrait travailler et irait se l'a couler douce sur des iles où la vie ne coûte rien, c'est à dire la fin du caplitalisme dans les pays occidendaux, bref, sa disparition en tant que système idéologique! Stupéfiant ce que tu me racontes là, Pedro! Donc si je suis ton raisonnement, c'est pour cela que l'Etat va dans le même sens que ces gens riches en prélevant des impots sur les pauvres pour avoir toujours une main d'oeuvre à bon marché qui par man-que de moyens financiers est obligée de rester sur place. Je vois que tu m'as bien compris. Et pour aller plus loin, je dirai même que les sociètés occidentales, pour éviter leur déclin et leur éffondrement, sont obligées d'importer de la main d'oeuvre étrangère à moindre coût qui, à la vérité, leur rapporte beaucoup plus que les industriels sachant que la richesse qu'elle produit lui assure sa pérénité en allant voter, garder les enfants, construire des routes, faire le pain, etc.

Bref, des Hommes qui sans eux les églises seraient vides et les caisses de l'Etat aussi! Mon di-eu, mon dieu, Pedro, mais où as-tu apprises toutes ces choses? Je les ai apprises par moi même grâce à ma liberté de penser qui, il faut le dire, n'est plus l'apanage des français dont les grands esprits ont traversé la littérature, mais des gens simples comme moi qui connaissent le prix de la liberté parce qu'ils ont fui leur pays, non pour des raisons politiques( comme tout le monde voudrait le croire, surtout en France), mais seulement pour devenir des Hommes libres! Mais es-tu un révolutionnaire alors? demanda enthousiasmé Fabien. Non, pas comme tu pourrais l' entendre. Mais alors es-tu un citoyen du monde? Non plus! répondit Pedro qui semblait désolé de faire comprendre à son ami qu'il était seulement un Homme libre, c'est à dire un Homme sur lequel on ne pouvait pas mettre d'étiquette pour le nommer, comme sur un pot de confiture ou bien comme dans un livre d'images pour enfant où était dessiné une plante ou un chien pour définir sa dangerosité ou non. Bref, le gand souci dont l'humanité s'est toujours préocupé par crainte de l'inconnu, bien évidemment. Fabien, en écoutant son ami, pensait que celui-ci ne fer-ait jamais de mal à une mouche sentant en lui une âme pacifique, lui le Chilien dont les orig-ines étaient Incas et Mayas. Pour lui, Pedro était insaisissable comme un esprit ou un spectre. Etait-il humain ou non? se demanda-t-il un instant en regardant son visage de feu et ses yeux d'un noir impénétrable. L'esprit de la forêt semblait l'avoir à nouveau envahi et il était toujours sur le fleuve amazone où les amazones étaient en train de lancer des flêches empoisonnées sur Francisco de Orellana, notre célèbre explorateur espagnol!

Sais-tu, Fabien, que le nom d'amazone vient de ces amazones qui ont essayé de tuer Francisco lors de son expédition? Non, j'en savais rien. Eh bien, je suis très heureux de l'apprendre main-tenant! dit-il content que Pedro reprenne son histoire. Notre descente du fleuve fut très monot-one et je veux t'assurer que nous n'avons point été attaqués par des amazones, mais seulement par des moustiques gros comme des abeilles. Gros comme des abeilles? Oui, avec un dard én-orme comme une aiguille de seringue! Et notre grande peur était de nous faire piquer par la mouche tsé-tsé. Mais Alberto nous rassura en nous disant que ce n' était pas la region et qu'on ne devait pas s'inquieter inutilement Tous les soirs, nous avions droit à la douche équatoriale avec toutes ces pluies qui nous tombaient dessus comme des seaux d'eau. A force, c'était épu-isant, je te l'assure. Et puis ce fleuve énorme aux eaux boueuses, c'était pas la joie pour moi qui venait du Chili en connaissant les eaux formidablement bleues du Pacifique. Le grand sou-ci de notre guide fut les crues soudaines de l'amazone qui pouvaient alors nous faire échouer loin du cours d'eau principal et en pleine jungle. Mais comme nous étions au mois de novem-bre, il nous assura qu'il y en aurait pas durant notre voyage. Mon seul grand regret, pendant cette longue descente, fut de connaitre ma destination et qu'on allait me débarquer à Manaus et non au bord de l'ocean atlantique. J'avais à peine 20 ans et je revais d'aventures!

Manaus ne me disait rien de spécial, sauf que je savais que c'était une ville commerciale où je pourrai me reposer. Oui, mais me reposer me disait rien. Et puis que dire à mon père, Emilio, de ce voyage où je n'avais rien découvert sinon la vie en groupe! Et les temples au fond de l' amazonie en a tu trouvé, mon cher fils? allait-il forcément me demander. Bref, j'imaginais dè-jà sa lettre pleine de deception à mon égard qui comptait tant sur moi pour continuer ses tra-vaux d'archéologie et d'ethnologie là bas au pays. Cette descente vers Manaus ressemblait étr-angement pour moi à une descente aux enfers où la civilisation allait m'apporter des nouvelles preocupantes de ma famille et de mon pays, le Chili, qui était en guerre avec lui même. Il y a quelques jours, je ne pensais à rien de tout cela, comme si la forêt primitive m'avait isolé du monde pour mon propre bien. Mais durant la traversée de cette partie de la jungle, je n'avais rien découvert d'intéressant ni temples, ni monuments écroulés, comme si l'amazonie avait tout avalé telle une immense plante carnivore. Parfois, je me demandais si des peuples civilisés avaient pu habiter cette jungle profonde au point de demander à Alberto s'il n' avait pas vu, durant ses nombreuses expéditions, des ruines qui pouvaient nous faire croire qu'une civilisat-ion avancée aurait pu exister au fond de cette amazonie? Etangement, ma question le fit rire ainsi que ses associés qui étaient convaincus que cette jungle n'était habitée que par des sauv-ages depuis l'aube de l'humanité. Je ne te cacherai pas que cette réponse me congela sur le mo-ment, puisque venant d'un homme de terrain dont je ne pouvais mettre en doute le savoir. Les amis de mon père se trouvait à Rio de Janeiro, c'est à dire encore très loin de Manaus. Et je me demandais bien ce que j'allais bien pouvoir faire là bas à me prelasser sur la plage, à regarder les filles sans le sou en poche( car je ne comptais pas gaspiller inutilemùent mon argent). Tout ceci m'interpella outre mesure, car que faire d'autre à Rio sinon que danser et s'amuser toute la nuit? Sachant que j'étais bien jeune et encore plein de folies, cette idée de passer mes nuits dan-s l'alcool et dans les bras des jolies filles s'empara soudainement de mon esprit et surtout de mon corps qui commençait à s'agiter de tous ces plaisirs nocturnes. J'avais l'impression, par ces délires nocturnes, que la jungle s'était emparée de mon imagination au point de me rendre complètement fou! Envisageant même d'apprendre durant ma traversée le portugais afin de dé-clarer ma flamme à la première jolie brésilienne rencontrée sur mon chemin. En sachant bien que mon espagnol conquérant ne la ferait jamais craquer, mais l'effrayerait plutôt. J''ai alors demandé à Alberto quelques conseils à ce sujet, lui qui connaissait parfaitement les moe-urs et traditions de ce Brésil, mais surtout sur la façon de s'adresser aux jolies filles. AH! AH! AH! se mit-il à rire soudainement.

Mon ami, mais ne te poses pas ce genre de questions. Car ici au Brésil, ce sont les filles qui te courent après! Ah oui? lui demandai-je étonné. Mais est-tu sûr de ce que tu racontes là, Albe-rto? Mais oui, je te l'assure. Comprends bien qu'ici au Brésil, nous avons un désiquilibre dém-ographique qui fait qu'il naît dans l'année plus de filles que de garçons et donc qu'il n'y a pas assez de garçons pour les filles. Au point qu'on les appelle les pyranhas pour se moquer d'elles et tu comprendras bien pourquoi, ah, ah, ah! Mon dieu, mon dieu! dit Pedro comme soulagé et effrayé en même temps. Bon, ben, d'accord, ça marche comme ça! finit-il par lui dire en voul-ant passer a un autre sujet où la langue protugaise restait pour lui encore un obstacle à franchir même pour demander un renseignement dans la rue. Mon cher Pedro, quand je te debarquerai à Manaus, je te laisserai l'adresse d'un ami qui tient très correctement une auberge. Dis-lui que tu viens de ma part et expose lui tes difficultés en langue portugaise. C'est un ancien profess-eur qui a enseigné à Lisbonne et s'est installé ici pour vivre une autre vie. Il s'appelle Victorio Novida et son auberge s'appelle le Novadoria. Mais pour la Samba? demanda soudainement Pedro. AH!AH! AH! Mais tu penses qu'a t'amuser, mon ami! Non, pas particulièrement, mais j'aimerais bien apprendre du moins les pas. Mon ami, écoute un peu ce que je vais te dire afin que tu comprennes bien comment ce beau pays qu'est le Brésil marche ou plutôt rythme ses affaires. C'est qu'ici tout est à contre temps comme le rythme de la Samba. A contre temps? demanda Pedro qui ne connaissait pas ce terme. Oui, ici tout est à contre temps comme la poli-tique, l'économie, le football, les discutions, les règlements de comptes et même l'amour avec les filles. Même l'amour avec les filles? Oui, c'est ça! dit Alberto qui connaissait parfaitement les moeurs de son pays qui avait été colonisé par les portugais dont l'âme profonde était souv-ent chagrine et pleine de nostalgie au point de faire les choses si doucement qu'ils s'étaient em-parés de cette amazonie monstrueuse dont l'exploitation éffrayait tout le monde aussi bien les espagnols que les anglais vu la moitié d'un continent à défricher! Bref, uue telle prouesse que les héritiers de cet âme portugaise, les brésiliens, se trouvaient aujourd'hui les propriétaires de la plus grande exploitation agricole du monde, après ce défrichement ou deforestation jugé im-morale par les occidentaux, mais vital pour l'avenir du Brésil. Pedro, tel un ethnologue, écout-ait Alberto avec préciosité, car tout ce qu'il lui apprenait valait de l'or. Et donc tu penses que les occidentaux, en envoyant leurs stars de rock vivre chez les pigmés pendant quinze jours, entourés des caméras du monde entier pour dénoncer le massacre organisé par le pouvoir Brés-ilien, était purement stratégique pour que le Brésil ne devienne pas la plus grande nation agri-cole du monde? Bref, une sorte de jalousie de l'Occident d'être passé à côté de l' Eldorado?

Oui, Pedro, je vois que tu m'as bien compris. Et que tous ces slogans publicitaires faisant pas-ser l'amazonie pour le poumon de la terre, les peuples sauvages comme les derniers testaments de l'humanité, les espèces animales et végétales indispensables à préserver pour l'avenir de la planète etc. Oui, tout cela est bien beau pour les occidentaux, mais purement stratégique! Moi même, je regrette bien evidemment qu'on brûle des forêts entières pour tracer des routes, con-struire des habitations, faire des champs de culture, car cette amazonie c'est ma vie, bref, c'est mon gagne pain! Avec une route en plein milieu de l'amazonie, c'est mon chômage assuré! dit Alberto en prenant conscience que cette modernité dont le Brésil s'était emparée lui causait aussi des dommages. La morale de l'Occident ici tous le monde s'en fout, car il a peine de quoi manger! Peut-être qu'a l'avenir, j'organiserai des voyages touristiques pour les occidentaux à travers cette amazonie en m'équipant d'un GPS pour les rassurer et leur faire croire qu'il n'y a plus aucun danger, ah! ah! ah! ria-t-il comme par desespoir de cause, mais dont la lucidité lui permettait d'envisager une autre reconversion plus en adequation avec la demande occidendale. Pedro, qui avait gardé le silence pendant le monologue d'Alberto, comprit que cet homme, barbé à la conquistador, était équipé pour la survie et qu'on ne devait pas s'inquieter pour lui et pour son avenir, comme ces petits animaux de l'amazonie trouvant chaque jour de quoi man-ger, boire, dormir, se défendre ou se cacher. Et toutes ces qualités, que venaient de lui exposer son guide, constituait pour lui une vraie mine d'or d'informations, comme tirée d'un grand livre de philosophie pour lui le chilien qui s'était exilé volonnairement de son pays, non pour le fuir, mais pour aller découvir le monde et toutes ses cultures!

On nous débarqua à Manaus fin novembre moi et mes compagnons d'exils avec qui je n'avais noué aucune relation pour la simple raison que chacun avait dans sa tête des projets bien diffé-rents. Où certains voulaient aller en Guyane française pour chercher de l'or, tandis que d'autres partir en Amèrique pour faire du business ou tout simplement fuir leur pays pour des raisons inavouables peut-être de meurtres ou simplement familliales? En fait, je ne leur avais posé au-cune question durant la traversée m'imaginant que tout le monde avait quelque chose d'horri-ble à oublier, moi aussi, qui par ma fuite ne sentait pas trop le courage, mais plutôt une inad-aptibilité a vivre avec les gens que j'aimais. Peut-être n'étais-je au bout du compte qu'un gar-çon sans coeur et que le bonheur me faisait peur? En fait, je n'en savais rien vu que j'étais en-core bien jeune pour faire mon autocritique, non par lâcheté, mais tout simplement par amour de la liberté qui me faisait passer d'une envie à une autre, tel un papillion volant d'une fleur à l'autre. Placée sur la rive gauche du fleuve amazone, Manaus me parut dès le premier regard horriblement laide avec ses comptoirs commerciaux dont les enseignes peintes étaient complè-tement délavées par les pluies. Ici tout semblait rouiller extrêmement rapidement avec la pro-ximité du fleuve où aucune socièté d'assurance aurait osé installer ses bureaux pour proposer des contrats contre les dégats des eaux ou bien des contrats anti-oxidation pour les voitures afin d'éviter le fiasco économique, c'était une évidence!

Alberto et ses associés débarquâmes avec nous pour tout simplement fouler le plancher des vâches, mais aussi pour aller boire un verre au centre ville où la vue de la civilisation allait les remettre en contact avec la socièté des Hommes fût-elle éloignée au fond de l'amazonie. Mais ici avec de l'argent, on avait droit a tous les services modernes tels que le téléphone, la télévi-sion, une bonne chambre d'hôtel avec des draps secs et une nourriture non lyophilisée ou séch-ée qu'Alberto et ses associés avaient marre d'ingurgiter. Après avoir serré la main à tout le mo-nde, Alberto m'invita à aller boire un verre avec lui et ses associés au célèbre Macumba. C'éta-it à Manaus un bar très à la mode où se donnaient rendez-vous régulièrement un peu près tous les aventuriers du coin comme par un instinct de confrerie pour se donner des nouvelles, mais su-rtout des informations touchant à leurs activités plus ou moins louches. Tous ici n'étaient pas des enfants de coeur où trafique de drogue, de clandestins et autres étaient leur gagne-pain quotidien. Entouré de ces trois aventuriers amazoniens, j'avais un peu peur( car j'avais sur moi 1500 dollars cachés dans ma ceinture portefeuille et me faire assassiner ici eut été une chose très facile à réaliser où la justice semblait inexistante!). Mais comme je savais qu'ils n'avaient rien tenté durant la traversée, je me disais que je ne craignais désormais plus rien. Et j'ai bien eu raison, car en m'invitant au Macumba, Alberto, connaissant mon goût pour l'ethnologie et l' archéologie, me fit découvrir d'autres trésors que des ruines Incas ou Mayas, mais tout simp-lement une société vivante faite d'hommes et de femmes qui méritait elle aussi qu'on la visite.

Quand on poussa la porte battante du Macumba, on entendit soudainement des cris de joies retentirent à la vue d'Alberto et de ses associés entrer avec leur barbe de 3 jours et habillés à la Indiana Jones. Moi prudent, je restais quelque peu en retrait de toute cette euphorie collective. Mais quand tout le monde s'agrippa autour d'eux, telle une liane pour les emmener au bar, je fus embarqué moi aussi et collé aussitôt au comptoir avec les autres ou un verre de rhum ama-zonien à base de canne à sucre était déjà servi. Alors Alberto, comment tu-vas? lui demanda un homme qu'il semblait connaitre de longue date. C'était un homme d'âge mur qui semblait n' avoir pas bougé de ce trou perdu depuis des mois. Moi, ça va pour l'instant! Et la famille? La famille, elle va bien aussi. Divina attend notre prochain enfant. Et comment tu vas l'appeler, ce petit? J'hesite entre Rodrigo et Manuel. Et si c'est une fille? Oh ne m'en parle pas! Mais ne te casses pas la tête pour lui trouver un prenom à ton petit, regarde quel jour il naitra et pioche dans le calendrier, AH! AH! AH! ria l'homme bouffi par l'acool. Alberto ne put s'empêcher lui aussi de rire, AH!AH!AH! Apparement lui aussi semblait appartenir à cette famille d'aventurie-rs  dont la morale était extensible comme du caoutchouc. Et les affaires? lui demanda-t-il en louchant sur Pedro qu'il ne connaissait pas. Hum, hum, ça peut aller pour l'instant, lui dit-il du bout des lèves en lui faisant comprendre que son invité ne comprenait pas le portugais, mais seulement l'espagnol parce qu'il était Chilien. Chilien? lui chuchota-il à l'oreille. Ah oui, hum, hum, j'ai vu ça à la télé. Alors qu'est-ce que tu en penses? 

Pour ma part, je pense que c'est une très bonne affaire et que nous allons nous faire pas mal de pognon grâce à Pinochet, AH!AH!AH! éclatèrent-ils de rire en même temps. Puis reprenant leur serieux pour ne pas troubler Pedro, il donna à cet homme( avec qui il ne voulait pas avoir d'ennuis) des adresses et des numèros de téléphone afin de pouvoir remplir ses pirogues de pauvres exilés chiliens. Tu es mon ami! lui dit l'homme d'âge mûr, et je te redevrais ce service! Je te remercie Francis. Mais si je veux t'aider, c'est parce que en ce moment j'ai trop de travail et j'aime mieux que cela profite à mes amis. Je te predis d'ici une quinzaine de jours, une arr-ivée massive d'exilès chiliens de quoi faire marcher à nouveau les affaire, AH!AH!AH! Alberto tu es notre sauveur, tu es notre dieu à tous! Allez, embrassons-nous! Francis heureux s'emp-ressa alors de serrer son ami contre sa poitrine en lui bavant presque dessus. Riant de tout cela, il se disait : mais c'est fou comme le malheur avait cette faculté de mettre en contact des peup-les et surtout relançer les affaires! Pedro, assommé par le peu d'alcool qu'il avait bu et par cet-te conversation à laquelle il n'avait rien compris, saisit tout à coup qu'il était bien seul ici à Manaus et si on lui volait son argent, il était sur et certain qu'il y resterait jusqu'à la fin de ses jours! Prenant peur, il demanda aussitôt à Alberto l'adresse de son ami aubergiste que ce derni-er écrivit sur un bout papier, puis se dirent adieu. Adieu était un mot qu'on n'aimait pas trop entendre ici, mais plutôt au revoir puisqu'il valait mieux avoir dans ces coins perdus des amis que de ne pas en avoir du tout. Petit conseil avant de partir, lui dit-il : Ne te laisse jamais invi-ter a boire par un inconnu. Car s'il sait que tu as de l'argent sur toi, il mettra de la drogue dans ton verre pour te le prendre, puis t'assasinera pour qu'il n'y ait aucune plainte. Tu sais ici en amazonie l'espace ne manque pas. Quand Alberto m'apprit tout ceci, je courus aussitôt à l'hô-tel qu'il m'avait indiqué dont le nom était le Novadoria.

C'était un vieil hôtel, genre colonial, avec une partie en dur où l'on avait collé de la faience dé-corées pour rappeler un peu le Portugal et une partie en bois où des colonnes étaient sculptées à la mode rococo pour lui donner du style. Le Novadoria se voulait un hôtel adapté a son mi-lieu, mais avec des modes surannées où l'âme du propriètaire semblait suinter ou transpirer à travers les murs. Quand j'entrai à l'intérieur, je vis une grande salle parquetée d'un beau bois amazonien où l'odeur me rappelait celui de la bibliotheque de Santiago. Un bois d'essence ra-re, pensai-je et très bien entretenu par le personnel. N'allons pas dire que l'on aurait pu se croi-re dan un palace, non, mais je devinais que le propriétaire monsieur Victorio voulait donner à ses clients le meilleur qu'il pouvait leur donner en plein milieu de l"amazonie. C'était une salle assez vaste et éclairée par un énorme chandelier suspendu au plafond et éclairait tres mal en vérité. Non loin du bureau d'acceuil, on pouvait voir deux grands fauteuils à bascule près d' une table où une boite de cigares était posée, sûrement celle de ses hôtes perpétuels! pensai-je curieux de cet environement tout nouveau pour moi. En apercevant une sonnette brillante co-mme de l'or sur le comptoir, je compris que les usages hôteliers ici n'avaient pas changé depu-is des lustres et, m'avancant vers elle, je pressai le bouton où la sonorité m'étonna par sa clarté!

Aussitôt un homme d'une cinquantaine d'année, habillé d'une veste de maitre d'hôtel à moitié usée par le temps et portant des bretelles en dessous, sortit d'une loge et vint se placer tel un automate derrière son comptoir pour me dire : Bonjour, monsieur, que puis-je faire pour vo-us? en portugais. Malgré mon ignorance totale pour cette langue, je compris à l'intonation de sa voix qu'il ne pouvait que me poser ce genre de question. Ne pouvant lui repondre, je sortis le papier que m'avait donné Alberto et éppela son nom. A peine avait-il entendu son nom et surout mon accent espagnol impérialiste qu'il se mit a me sourire en comprenant que j'étais une sorte de marchandise envoyée par Alberto. Puis reprenant sa pose professionnelle, il se mit tout à coup à me parler en espagnol! Bonjour, monsieur, je suis content que monsieur Alberto vous ait donné l'adresse de mon établissement, car il est tenu très proprement. Les draps sont changés tous les jours, le petit déjeuner est copieux et vous pourrez le prendre en bas dans la grande salle. Et pour les repas, nous avons aussi une salle de restaurant, certes petite, mais no-tre cuisinier est un des meilleurs de la région puisqu'il vient de France. Oh oui, ceci est fort bien. Mais pour l'instant, je voudrais seulement une chambre. Très bien, et pour combien de temps? Heu, pour l'instant, je n'en sais rien, le temps que je trouve un bateau pour Rio de Janeiro.

Pour Rio de Janeiro d'ici il n'y en a pas de direct. Mais je vous informerai de tout cela quand vous vous serez reposé, monsieur? Monsieur Pedro Delavega dit Pedro avec fierté. Victorio se mit aussitôt à l'ecrire dans le registre telle que la loi le lui imposait. Ici, c'est payable d'a-vance et vous comprendrez bien pourquoi, monsieur! Oui, oui, dit Pedro qui était alors géné de sortir son argent de sa ceinture portefeuille devant lui ou peut-être devant des espions qui pouvaient se cachaient derrière des cloisons percées. C'est 50 reals par jour ou 65 avec les re-pas. Prenez-vous les dollars? demanda Pedro. Sans problème. Mais si monsieur a des doutes sur la propreté de notre etablissement, je peux lui faire visiter sa chambre. Oh oui, repondit-il en trouvant ici le bon moyen de sortir son argent de sa ceinture portefeuille en toute discre-tion. L'établissement comportait cinq étages et Pedro demanda à être logé au dernier pour avo-ir une vue sur le fleuve et sur ses ports de commerces où bois, cacao, caoutchouc transitaient. Arrivé dans la chambre, il vit qu'elle était propre et meublée de l'essentiel, d'un large lit, des rideaux aux fenêtres, d'une salle de bain et water. Très bien, très bien, dit-il en voyant que Vic-torio était un honnête homme et qu'Alberto n'était pas un aventurier sans morale, mais un ho-mme qui pouvait avoir aussi de la pitié pour l'espèce humaine.

Bref, c'était la seule humanité qu'il était capable d'éprouver pour son prochain où seules les si-tuations dangereuses pouvaient lui faire ressentir de nobles sentiments envers ses semblables, car en temps normal l'humanité lui causait un profond dégoût! Puis interrompant brutalement ses pensées, Pedro entendit tout à coup une voix sortir d'un tuyau près du lit: Monsieur Vic-torio, téléphone! téléphone! Mais c'est quoi ça? demanda Pedro surpris. Oh excusez-moi, mo-nsieur Delavega, je ne vous en avais pas parlé! Mais c'est le téléphone de la maison qui est à la disposition des clients en cas de problème. Mais ça ne risque pas de m'empêcher de dormir la nuit? lui demanda-t-il interloqué. Mais non, lui dit-il, et la seule chose qu'il ne faut pas oubl-ier, c'est de fermer le bouchon! Attendez, je vais vous montrer. Victorio s'approcha aussitôt de l'orifice du tuyau et hurla dedant : Une minute, une minute, j'arrive! puis referma l'orifice par un petit bouchon qui était attaché à une petite chaine. Voilà, c'est comme ça qu'il faut faire pour ne pas être gèné pendant la nuit. Parfait, parfait! dit Pedro. Heu..veuillez m'excuser un instant, mais je dois descendre à la reception pour savoir ce que l'on me veut. Mais ne vous gènez pas, monsieur Victorio, lui dit-il. L'hôtelier, entendant son nom prononcer pour la deu-xième fois, fut surpris et enchanté à la fois. Mais pris par l'activité de son établisssement, il courut à toute vitesse en bas à la reception.

Enfin seul, il ferma la porte à clef et s'allongea sur le lit pour defaire sa ceinture portefeuille d'où il sortir 2 billets de 50 dollars qu'il posa sur la table de chevet, puis attendit que monsieur Victorio remonte. Plongé dans ses pensées, il se disait qui lui restait encore 1400 dollars, ce qui serait suffisant pour poursuivre son voyage sans être trop gèné. La traversée de la moitié de l'amazonie lui en avait dèjà coûté 500 et ne savait pas combien de jours, il allait resté ici à Manaus dans ce trou perdu! Quand l'hotelier revint, il lui donna 100 dollars pour rester au moins 2 semaines, cours de Portugais et de samba compris, ce qui mit Victorio en exaltation comme retrouvant une seconde jeunesse.

De toute façon, se disait Pedro, il me faudra bien ce temps pour apprendre les rudiments du portugais et pourquoi pas quelques pas de samba? Car j'aimerais bien arriver Rio de Janeiro avec un bagage suffisant pour me faire aimer des gens. La plupart des gens ne s'en rende pas compte, mais ne pas pouvoir parler de la journée avec quelqu'un est un vrai supplice, bref, au-cun moyen de s'extérioriser, d'échanger ses idées ou ses sentiments! Les seules personnes avec qui j'avais pu parler depuis mon départ du Chili étaient Alberto et maintenant mon sauveur, Victorio. Faisant le point sur sa situation, il lui fallait absolument téléphoner au Chili où son père et sa mère devaient s'inquièter pour lui, car cela faisait une vingtaine de jours qu'ils n' avaient pas reçu de ses nouvelles. L'air pensif, il cherchait où il avait posé son unique bagage en étant étendu sur son lit.

Inquièt pendant quelques secondes, il sortit la tête hors du lit et l'aperçut juste aux pieds de celui-ci. Rassuré, il retrouva aussitôt son sourire. Car ce sac à dos contenait tout son trésor sentimental: deux pantalons( que sa mère Marisa avait repassé inutilement pour son voyage vu qu'au fond de l'amazonie personne ne vous dira si vous êtes mal habillé ou un truc comme ça), trois chemises qu'il n'avait pu porter à cause de la chaleur très humide de l'amazonie, puis un ensemble de quatre tee-shorts, shorts compris qui lui avaient comme sauvé la vie en les emp-ortant et qu'il utilisait pour jouer au foot au Chili. Pour les chaussures, il n'en avait qu'une seule paire que son père Emillio lui avait offert en cadeau avant de partir. C'était des chauss-ures de marche que lui même utilisaient pour ses fouilles au Perou et dans les Andes. Pedro les sentait aux pieds comme une paire de gants et lui allaient parfaitement (car lui et son père avait la même pointure). Et quand il traversait cette amazonie, il avait l'impression que son pere la traversait en sa compagnie au même rythme et avec la même prudence. Sûr qu' elles me laisseront jamais tomber! pensa-t-il en les regardant avec amour. Il faudrait que je les nettoye un peu! dit-il en apercevant un peu de terre sur le dessus de lit. Aussitôt, il se leva pour se dé-chausser, puis secoua le dessus de lit. Mon dieu, ce n'est pas parce qu'on est au fin fond de l'amazonie qu'on doit être sale! s'exclama-t-il surpris par ses nouvelles habitudes d'aventurier.

Puis trouvant qu'il sentait mauvais, il se dirigea vers la douche où il se deshabilla entièrement. J'espère qu'ils n'emploient pas l'eau de l'amazonie pour les douches! s'interrogeait-il en tour-nant le robinet. Mais dès qu'il aperçut une eau bien incolore et bien fraiche inonder ses mains, il se mit à rire et redoubla son euphorie quand il aperçut à sa portée des petites savonnettes non entamées où il était marqué made in Paris. Made in Paris for Amazonia, mon dieu quel décalage, il y avait entre ces deux mondes où le luxe parisien avait pu entrer, par on ne sait quelle magie, dans ce petit hôtel perdu au fin fond de l'amazonie! s'étonna t-il en voyant que la mode de Paris fut reconnue jusque ici. Bref, c'était la civilisation qui entrait par la douche, pensa-t-il submergé par l'émotion en ouvrant une de ces petites savonettes où des parfums de violette, de rose et de jasmin s'echappèrent comme pour le séduire, l'enivrer du charme exquis de ces petites femmes de Paris. Ce n' était pas du tout comme toutes ces odeurs barbares qu'il avait senties ici en posant le pied à Manaus où l'air était chargé d'odeurs de bois, de caoutch- ouc et d'alcool de canne à sucre. En reniflant l'eau, il comprit aussitôt que c'était de l'eau de pluie que l'hôtel devait récupérer dans de grands reservoirs pour ses clients, ce qui en soi n' était pas une mauvaise idée puisque dégagée de tout calcaire ou autre microbe.

Après avoir pris sa douche, Pedro repartit dans sa chambre où il sortit les affaires de son sac pour les étaler sur le lit. La plus part était à laver, sauf les chemises, pensa-t-il heureux de quoi se mettre quelque chose pour les jours suivants. Mais ne voyant pas de lessive dans la salle de bain, il renonça à faire tremper le reste. Demain, je demanderai à Victorio de m'en fournir ou peut-être ont-ils une laverie dans l'hôtel? Mais pour l'intant pour moi, c'est repos! dit-il d' une façon résolue. Il était vers les six heures du soir et, s'approchant de la fenêtre, il vit une pluie dilluvienne s'abattre sur la ville. Mon dieu, c'est comme ça tous les soirs, c'est le seau d'eau habituel qui devait se deverser dans les rues et entrainer avec lui ses torrents de boue jusqu'aux portes des habitations et des hôtels! Demain après-midi, si dehors c'est sec, j'irais à la poste pour téléphoner à ma famille. Car je ne pense pas que Victorio ait une ligne qui puisse sortir de Manaus, vu le peu d'étrangers qui circulent dans le coin, pensa-t-il avant d'aller s'allonger.

8 heures du soir

Toc! toc! Monsieur Delavega? Monsieur Delavega? Pedro, entendant quelqu'un frapper à sa porte, se leva pour aller ouvrir. Oui, c'est pourquoi, monsieur Victorio? lui demanda-t-il à moitié dans les vaps et en le reconnaissant. Il est 8 heures du soir et je me demandais si vous aviez mangé, car votre repas est servi en bas dans la salle du restaurant. Ah oui? s'etonna-t-il. Oui, il vous attend et Manuella le garde au chaud pour l'instant. D'accord, d'accord, je vais de-scendre le temps de m'habiller! Victorio repartit et Pedro enfila une chemise propre et un pant-alon un peu froissé sans oubler sa ceinture portefeuile. En entrant dans la salle du restaurant, il aperçut peu de monde peut-être six personnes au maximum. Et en passant rapidement devant les tables, il remarqua 3 vieux qui mangeaient ensemble et parlaient à voix basses, puis un peu plus loin à l'écart, une femme d'une quarantaine d'années habillée en tenue de soirée qui semb-lait attendre quelqu' un, puis enfin un homme d'une cinquantaine d'années qui mangeait tout seul avec grand bruit et grand appétit. Pedro, mon cher enfant, venez ici! lui lança soudaineme-nt monsieur Victorio à travers la salle du restaurant. Je vous ai installé au meilleur endroit qui soit, bien au calme. J'arrive! dit Pedro en sentant son appétit revenir avec toutes ses bonnes odeurs de cuisine pénétrer ses narines. La table était installée près d'un grand aquarium où des poissons exotiques tournaient en rond en faisant scintiller leurs écailles multicolores. 

Je vous assure, monsieur Delavega, qu'il n'y a point de pyrahnas dans nos aquariums! et pour la simple raison que nous ne voulons pas que nos clients se fassent attaquer durant leur repas, AH!AH!AH! ria Victorio qui voulait faire de l'humour. Oh oui, je vous crois bien raisonnable sur ce point là. Et puis vu la laideur et la voracité de ces bêtes leur place est plutôt au fond de l'amazone que dans le bel aquarium que vous avez là. Oui, c'est exact. Mais regardez un peu comme ils sont beaux avec leurs écailles d'or, d'argent et de platine. Pedro en s'approchant de l' aquaruim vit bel et bien des couleurs qu'on ne voyait pas ici où tout était vert, marron, rouge sang. Malheureusement, le fleuve amazone ne peut pas nous en fournir de si beaux specimens avec ses eaux boueuses et empoisonées par le mercure, voyez-vous. Ils viennent des Caraïbes où les eaux sont pures. On les achète pour presque rien et font le plaisir des client de voir enfin des couleurs exuberantes qui les calment le temps d'un repas. Allez, monsieur Delavega, asse-yez-vous. Et que diriez vous d'un bon sauté de boeuf aux harricots rouge? Un sauté de boeuf aux harricots rouges? Oui, vous avez très bien entendu, c'est la spécialité de la maison qui fait le bonheur des habitants du quartier. Car ici, ils en on marre de manger toujours du poisson, du manioc et du riz. Oh oui, comme je les comprends! s'exclama Pedro. Moi aussi, pendant ma traversée, je n'ai mangé que du poisson séché avec du riz, ce qui à la longue est épuisant pour le moral.

Comme je vous comprends, mon cher Pedro! dit Victorio d'un ton paternel. Mais n'oubliez pas que j'ai fait venir de France un vrai cuisinier, il est vrai bien difficilement. Mais voyez-vous, il existe aussi en France des lassitudes et des malheurs qui font partir les gens loin de chez eux, n'est-ce pas, mon cher Pedro? En entendant cette allusion le concernant, il ne voulut pas lui répondre en ce début de soirée, mais plongea sa cuillère dans son assiette où il sortit un mon-ticule d'harricots gorgé de sauce qu'il déposa délicatement au fond de son palais. Hum..mais c'est délicieux, monsieur Victorio, jamais de ma vie j'en avais manngé de si bon! Mais je vous l'avais dit, mon cuisinier est une perle rare et jamais de ma vie je m'en déferais, car il vaut de l'or. Et si un jour l'idée lui venait de me quitter, je le ferais tout simplement assassiner pour cela! Quoi? s'exclama Pedro. Mais non, mais non, je plaisantais! lâcha Victorio dont l'humour avait la barbarie de son pays, l'amazonie. En mettant un petit morceau de sauté de boeuf dans sa bouche, il comprit ce qu'il voulait dire à propos de son chef cuisinier qui était une sorte de génie de la cuisine dont le depart précipiterait toute la population de Manaus et des environs dans un grand abattement moral. Je vous comprends entièrement, monsieur Victorio, et ce se-rait vraiment du gâchis qu'il parte ailleurs exercer ses talents, je pense. Oui, c'est vrai, mais je le tiens! dit-il d'un air tyranique. En dévorant son repas, Pedro comprit que l'humour de ce pa-ys était très spécial, bref, comme une plante carnivore qui finissait par vous dévorer entière-ment corps et âme.

Finissant son repas et tout en s'éssuyant la bouche avec gourmandise, il dit à Victorio : ce fut si bon que je vous crois m'avoir pris dans vos filet! AH!AH!AH! ria l'hôtelier. Je suis heureux que nous nous comprenions enfin! dit-il sûr de sa proie consentante. Mais pour seulement deux semaines! pensa lucidement Pedro.

Voyant son client un peu somnoler, Victorio lui proposa un café, mais que Pedro refusa vu l'heure qu'il était. Pourtant il aurait voulu continuer cette conversation avec lu. Mais par pru-dence, il l'abrégea en sachant qu'il ne fallait jamais se dévoiler entièrement à la première renc-ontre, même si celle-ci fut des plus agréable. Gardons en pour la prochaine fois! pensa-t-il comme ça on aura de quoi se parler. Voilà en gros quel était son état d'esprit. La seule remar-que qu'il osa lui faire avant de sortir de table fut celle-ci : Monsieur Victorio, je n'arrive pas à comprends, avec le grand chef cuisiner que vous avez ici qu'il y ait si peu de monde dans votre restaurant! Oh, mais nous ne sommes qu'en milieu de semaine! Venez le week-end et vous ver-rez des gens faire la queue jusqu'au trottoir d'en face! Ah oui? Mais oui, mon cher Pedro. Content de cette réponse, il regarda une nouvelle fois l'aquarium où les poissons multicolor-es semblaient entamer une danse feérique. Les yeux engourdis, la bouche pleine de saveurs gustatives, son gosier ne demandait alors qu'une seule chose : un grand verre d'eau fraiche pour être enfin satisfait de cette soirée. Un petit digestif? lui demanda Victorio qui sentait son client repus. Non, merci, c'est très gentil de votre part, un verre d'eau suffira, je vous assure. Ce dernier souleva la carafe d'eau et lui remplit son verre qu'il vida aussitôt d'un trait. Peut-être qu'il y avait trop d'épices dans le plat? lui demanda-t-il. Non, non, c'était parfait! 

Notre chef cuisinier, Paulo Martino, ne se trompe jamais quant au dosage des épices. Et en ve-nant ici, il a dû revoir toutes ses recettes afin de les adapter aux goûts du pays et aux habitants que sont les brésiliens. Vous avez dit, Paulo Martino? Mais c'est pas Français, ce nom! Non, son vrai nom, c'est Paul Martin. Mais vous comprendrez qu'avec un nom pareil, c'est trop diff-icile à retenir ici. Alors, je lui ai choisi celui-là qui à vrai dire sonne assez bien la bonne bouffe et sent presque la marque d'un alcool de grande marque. Oui, oui, ça sonne bien et ça se reti- ent facilement. Et puis comme ça lui a plu, il l'a gardé. Vous savez, monsieur Delavega, nous adapter est une chose essentielle pour nous tous, car de quoi sera fait demain personne ne le sait, n'est-ce pas? Oui, c'est tout à fait juste, dit Pedro qui sentait le temps tourner en voyant les tables alentoures se vider. Les trois vieux s'étaient levés et se dirigeaient maintenant vers une autre salle où l'on venait d'allumer la télévision et deversait dans le hall de l'hôtel un flot d'informations en portugais entrecoupé par de la musique carnavalesque. C'était triste et joye-ux en même temps! remarquait-il assis en face de Victorio. C'est peut-être çà, l'âme brésilien-ne? Un desespoir si profond que seule la fête pouvait l'anéantir en le faisant disparaitre jusqu' au matin blème où la dure réalité reprendrait son convois d'âmes mortes! pensa-t-il envouté et attristé par cette culture si éloignée de la sienne  

Car dans son sang coulait le sang des conquistadors mélangé à celui des indiens Mayas et Incas. Et son desespoir à lui n'avait pas trouvé comme remède cette chose féerique, cette fête qui dev-ait illuminer les coeurs desespérés afin de leur retirer toutes les souffrances du monde, mais un stoïcisme appartenant aux anciens chefs de tributs où l'on devait garder son sang froid face à ce desespoir que les brésiliens avaient su domestiquer pour ne pas mourir. L'art des Hommes et des mélanges y était pour grand chose dans tout cela, car seul un peuple mélangé pouvait trou-ver dans son coeur de tels armes. Alors que chez les peuples purs, on ne desesperait jamais, car on tuait, faisait des carnages pour s'assoiffer de sang et de vie! C'est l'heure des vieux! dit tout à coup Victorio. Oui, sans aucun doute, finit par penser Pedro en comprenant qu'on finirait to-us un jour devant son poste de télévision, comme une façon de voir sa propre mort? s'interrog-eait-il tragiquement en sentant une lourde fatigue l'envahir. Mon cher Pedro, voyez-vous, la mort c'est l'ennui. Et les vieux s'ennuient parce qu'ils n'ont plus la jeunesse pour courir le mo-nde et les filles ou s'embarquer dans des aventures pleines d'émotions. Vous, vous êtes encore jeune, alors profitez-en et courez le monde tant que vous en avez encore les moyens et la force, car un jour il sera trop tard!

Vous avez entièrement raison, monsieur Victorio! Et si je suis parti de mon pays, le Chili, c'est uniquement pour cette raison. Mais ce n'est pas pour des raisons politiques? Non, pas du tout, mais seulement pour devenir un homme libre! Venez que vous embrasse, mon cher fils! dit soudainement Victorio qui avait les larmes aux yeux.

Ne sachant pas quoi lui repondre, il se laissa saisir par cet homme qui faillit bien l' étouffer par ses embrassades. Pendant ces éffusions d'amitiées, il remarquait que la femme habillée en ten- ue de soirée avait été rejointe par deux hommes qui aussitôt l'entrainèrent dehors. Quand à l' homme qui mangeait tout seul, celui-ci ronflait maintenant sur sa table. Monsieur Victorio! Monsieur Victorio! cria Pedro en voulant sortir de ses bras puissants, je crois qu'il est temps pour moi d'aller me coucher. Vous savez, demain j'ai beaucoup de chose à faire. Oui, oui, mon cher enfant, je vous lâche, je vous lâche! Ouf, enfin! expira Pedro soulagé de pouvoir retourner dans sa chambre et y retrouver un peu d'intimité.

Le lendemain matin  

Recroquevillé dans son lit, les draps enroulés autour de son corps comme s'il s'était battu pen-dant la nuit avec des ombres vertes, Pedro n'avait pu s'endormir que vers les trois heures du matin où des rêves obscurs avaient envahi son esprit comme pour lui signifier qu'il n'était pas chez lui, mais dans un pays étranger où sa famille n'avait jamais posé un pied! Pendant ce rêve, il survolait l'amazonie tel un aigle du grand Macu Piccu, puis la cordilère des Andes, puis re-descendait vers le Chili où la ville de Santiago était illuminée tel un astre d'or, puis cherchait dans la banlieue une petite maison appartenant à ses parents où ils devaient être tous occupés à leurs affaires : Marisa, sa mère, en train de préparer le repas; son père, Emilio, en train de lire dans son fauteuil un livre d'archéologie et son frère Ernesto, habillé en uniforme, lisant son journal sur la table du salon. Et Pablo où est-il? Mais où est-il? leur criait-il désepérement en ne le voyant ni dans le salon ni dans sa chambre et tout le monde semblait alors tourner ses ye-ux vers le ciel comme s'ils avaient entendu l'appel douloureux de Pedro. Mais étrangement de leur bouche ne sortait aucun son, aucune reponse, sinon un silence de mort! Puis Marisa pos-ait la soupière au centre de la table où tout le monde semblait pensif en avalant leur soupe.

L'aigle royal du Machu Piccu, après avoir servi le sorcier Pedro, retraversait l'amazonie pour se poser sur les cimes des abres, non loin de Manaus où Pedro dans son petit hôtel pleurait dans la nuit obscure. Après ce rêve ( qu'il faisait régulièrement depuis son départ du Chili), il arrivait seulement à s'endormir, comme si ce lien avec sa famille n'avait jamais été rompu et malgré la distance éffrayante qui les separait. Le matin, il retrouvait souvent ses draps moui-llés en ne sachant pas si c'était ses larmes ou bien sa sueur. Mais n'essayait pas de se l'expliquer afin de se rassurer. Ce matin, en ouvrant les yeux, il vit un grand soleil envahir sa chambre et un large sourire illumina aussitôt son visage. Denouant les draps qu'il avait au tour de la taille, il se dirigea vers la fenêtre, puis l'ouvris entièrement afin de laisser le bruit de la ville entrer dans sa chambre. C'était un bruit d'eau, de fer et de boue qu'on entendait et de quelques cris d'oiseaux se disputer peut-être un poisson ou un morceau de pain qu'un homme venait de leur jeter. Puis jetant ses yeux sur le fleuve, il vit des grues énormes et un nombre considérable de bateaux où bruits de moteurs, de trompes, de sirènes semblables à ceux qu'on entendait à Am-sterdam ou à New York, s'étonnait-il par ce même boucan d'enfer! L'odeur de l'air n'avait pas changé depuis son arrivé et était toujours aussi épouvantable et bien que la pluie ait néttoyé toute la nuit l'atmosphère et les rues. Mais il semblait que le bois même des maisons, les bri-ques et les tôles ondulées des petits baraquement en étaient imprégnés pour la vie, pensa-t-il en refermant la fenêtre pour aller s'allonger sur son lit.

Sur la table de chevet, où il avait posé sa montre de jeune homme( que son père lui avait offert pour ses 18 ans), celle-ci marquait 11 heures à travers la vitre où le fond était décoré par un aigle royal volant au desssus d'un volcan. Pris par des souvenirs lointains et entremêlés, il la regardait avec insistance comme s'il avait du mal à se decider. Puis croisant ses mains sous sa tête, il décida de faire un petit somme jusqu'à midi pour boucler sa matinée.

Midi

Pedro s'habilla rapidement et descendit à la salle de reception où il espérait y trouver Victorio pour lui demander quelques petits services ou renseignements. Mais quand il arriva en bas des escaliers, une bonne odeur de cuisine l'arrêta net et se demandait s'il allait déjeuner sur place ou bien en ville? D'ici, il entendait une sorte de brouhaha, accompagné par le bruit de fourch-ettes et d'assiettes, sortir de la salle du restaurant ainsi que monsieur Victorio qui tout en sue-ur s'essuyait le front avec son mouchoir. Je crois bien que c'est pas le moment! pensa-t-il en se tenant à la rampe de l'escalier. Oh mon dieu, oh mon dieu, mais où est Manuella? Si je l' attr-ape cette salope, je vais lui régler son affaire! Il y a un monde fou au restaurant et je ne la trou-ve pas! Mais qu'est-ce quelle peut bien faire cette connasse? hurlait Victorio derrière son com-ptoir. Un instant, il fallit prendre le téléphone, mais téléphoner où sachant bien que Manuella n'avait pas le téléphone sur elle. Pedro, en le voyant rouge de colère, voulut passer en douce, mais celui-ci l'aperçut et lui dit : Olà, monsieur Delavega, alors comment vous allez? Avez-vous bien dormi cette nuit? Oui, parfaitement, monsieur Victorio. Mais je me demandais si vous aviez un instant pour me donner quelques renseignement?

Quand tout à coup Victorio, voyant Manuella rentrer à l'hôtel avec 1 heure de retard, se mit à l'insuler en Portugais. Bref, des mots rudes que Pedro ne comprit pas sur le coup, mais dont l'intonation n'avait pas besoin de traduction. Rouge de colère, il sortit de son comptoir et partit droit sur Manuella qui, éffrayée, prit les premiers escaliers qui se trouvaient à sa droite pour se réfugier à l'étage. Aussitôt l'hôtelier la poursuivit en lâchant toutes sortes de monosylables et d'exclamations incompréhensibles où l'écume de la colère n'y était pas étrangère. Pedro faillit bien en rire. Mais quand il le vit disparaitre en haut des escaliers où surgit soudainement un grand cri, il changea immédiatement d'avis! Appaemment lui seul avait entendu le cri de Man-uella derrière le bruit de fond extrêmement bruyant du restaurant où la télévision marchait à fond au point que personne n'avait rien entendu! Quelques minutes plus tard, il le vit redesc-endre l'air soulagé en réajustant son habit d'hôtelier, puis lui lancer un grand sourire auquel il ne savait comment répondre. Ah mon cher Pedro! Ah mon cher Pedro! dit-il d'un air paternel, si vous saviez comme elles m'en font voir ces gamines, olala olala! Elles ne sont jamais à l'heure et préferent plutôt allez s'amuser avec leurs copains que de venir travailler! Avec cette mentalité, je vous le dis, le Brésil ne pourra jamais sortir la tête hors de l'eau! Car ici, on ne pense qu'à danser et qu'à s'amuser au lieu d'enrichir le pays par des idées de modernisations et d'électrifications etc, etc. C'est un drame national, cette Samba! Ce carnaval quotidien où la fê-te doit régler tous nos problèmes économiques, sociaux, politiques et patati et patata!

Je vous comprends entièrement, monsieur Victorio. Mais je ne connais pas assez bien votre pays pour pouvoir en parler comme il faut. Vous avez parfaitement raison Pedro d'être prudent sur toutes ces choses concernant les moeurs d'un pays et ô combien elles sont inquiétantes po-ur le Brésil! dit-il comme abattu par la lourde tâche à entreprendre par tout un peuple. Vo-us êtes un sage et j'aime bien votre état d'esprit, lui dit-il comme s'il s'adressait à un vieil ami. Je vous remercie beaucoup, monsieur Victorio. Mais je voulais vous demander si à l'hôtel vo-us aviez une laverie? lui demanda-t-il d'une façon impromptue comme voulant sortir de ce suj-et grave et épineux des moeurs d'un pays. Oui, oui, nous avons trois machines à laver au sous-sol, répondit-il heureux de pouvoir soulager sa conscience d'un grand poids, et vous pouvez vous en servir quand elles sont disponibles ou bien demander aux bonnes de l'hôtel de le faire pour vous. Parfait, parfait, dit Pedro. De même, je voulais savoir si avec votre téléphone, on pouvait sortir de Manaus? Malheureusement non, car le central téléphonique de Manaus veut garder ce monopole. Si vous voulez téléphoner à l'étranger, il vous faut aller a la poste centrale des communications téléphoniques et télégraphiques qui se trouvent dans la Grande rue de la Poste. On ne peut pas se tromper, c'est à gauche et à 300 mètres de là. Aussi n'oubliez pas de prendre de la petite monnaie avec vous, car je ne pense pas qu'on vous en fera là bas tellement il y a de monde à servir, voyez vous. En disant cela, il ouvrit un tiroir de son comptoir et sortit une poignée de monnaie où il sépara les reals des centimes, puis les donna à Pedro. Oh mon-sieur Victorio, vous croyez? Si, si mon ami, prenez-les, ils vous seront comptés sur votre note à la fin. D'accord, ça marche comme ça. Monsieur Victorio, sans vous je serais bien perdu dans ce coin de l'amazonie, je vous l'assure. Je le sais bien. Mais des gens comme moi il en faut, sinon cette region sombrerait vite dans un désert économique. Des hommes comme vous, il en faudrait beaucoup pour que le Brésil devienne une grande nation, car elle a tout ce qu'il faut pour le devenir. Je vous remercie beaucoup. Mais soyons réaliste. Ici, la plus part des jeunes veulent vivre du trafic du bois, de la cocaïne, mais pas d'un travail honnête!

C'est un drame, je vous le dis! C'est un drame national! lança avec virulence Victorio qui se-mblait démoralisé par sa patrie d'adoption. Pedro en sortant de l'hôtel, entendait ces mots rés-onner dans sa tête comme refrain macabre : C'est un drame, c'est un drame national! tout en marchant dans cette rue boueuse qui soi-disant devait l'amener à la poste centrale des commu-nications téléphoniques et télégraphiques. Mon dieu, quel nom compliqué pour appeler tout simplement une poste où tous les services de communications devaient être disponbles! Se servait-on encore du télégraphe dans ce pays? se demanda-t-il prêt à s'étonner de toutes les sur-prises rencontrées dans ce pays. Tout en essayant de ne pas tomber dans les trous d'eau, il se disait, et moi dans mon pays n'avait-il pas eu un drame national avec Pinochet? Et ne suis-je pas moi même un drame pour ma famille? Et Pablo, mon frère, un poids sur notre conscience? Mon dieu, dans cette Amèrique latine tout était devenu un drame depuis cette invasion europé-enne qui avait fait couler des fleuves de sang pour quelques petites d'or et pour évangéliser ces soi-disant peuples sauvages. Quel affreux bilan! constatait-il lui pourtant qui avait été baptisé à l'église catholique. Mais après cette traversée de l'amazonie, ces idées semblaient avoir beau-coup changé et voyait mantenant la dure réalité en face où chacun essayait de s'en sortir avec les moyens qu'il avait.

C'était malheureusement irréversible, car le mal avait pénétré ce continent sud-américain par la plus vicieuse des ruses, c'est à dire par la fumée enivrante de la religion chrètienne dont le rôle fut de cacher le carnage de Cortez et des autres chefs de guerre. En baissant la tête, il avait l' impression de marcher dans des flaques de sang et ce chemin mènait aussi à son pays, le Chili! Puis levant la tête, il aperçut au loin un grand bâtiment rectangulaire qui semblait être la poste des communications. En s'approchant d'un peu plus près, il vit inscrit en haut sur la façade : Poste centrale des communications téléphoniques et télégraphiques. Mon dieu ces noms à rall-onge, c'était bien là le défaut des administrations de vouloir tout compliquer, bref, faire pom-peux. En entrant à l'interieur, il aperçut beaucoup de monde et se demandait s'il allait bien po-uvoir télépphoner. Et bien que les cabines fussent hermétiques, une sorte de brouhaha meubl-ait en permanence la grande salle où des bruits de porte claquaient, des sonneries retentissaient et des voix en langue portugaise entrecoupées par d'autres se perdaient au plafond sans oubli-er des colis qu'on déposait vers la porte d'entrée pour être ensuite enlevés par des postiers ha-billés en short. En s'approchant difficilement des bureaux vitrés pour connaître les prix des communications pour le Chili, il apercut une affiche traduite en plusieurs langues où tout était indiqué assez simplement : Brésil, faire directement le numéro, prix 2 reals le quart d' heure. Vénézuela faire le 0, puis le numéro, prix 4 reals les 15 minutes. Chili, faire le 15, puis le nu-mero, prix 5 reals les 15 minutes.

C'a y'est, j'ai trouvé! dit-il content d'avoir pu trouver les information qu'il recherchait. Ici le service était libre et on avait qu'à prendre un cabine et y mettre directement la monnaie dedant. Cela l'arrangeait bien en ne sachant pour l'instant aucun mot de portugais. Il sortit la monnaie de sa poche et l'étala sur un petit présentoir qui était integré à la cabine, puis sortit de son autre poche un morceau de papier où il était écrit le numero de téléphone de ses parents. En le dépli-ant, il ressentit une grande émotion l'envahir qui fit battre son coeur anormalement pendant une bonne minute. Mon dieu, mon dieu! lança-t-il en reconnaissant ce numero comme faisant partie integrante de sa vie et malgré qu'il ne fut qu'un banal numero à six chiffres. En l'obser-vant très attentivement, il reconnut dans ce numero une sorte de combinaison magique où en-fance, adolescence, puis vie de jeune homme semblait y être inscrit pour toujours. Et si son destin ne tenait qu'à ce numero où à cette combinaison? se demandait-il en le tenant fébrilem-ent entre ses doigts. 098499 tel était le numero de sa famille là bas au Chili. A un moment do-nné, il essaya de déchiffrer cette combinaison magique tel un sorcier des Andes où la répéti-tion du chiffre 9 avait une signification religieuse, comme le nombre de marches des temples aztèques. Mais voyant la situation préssente, il y renonça sachant que cela faisait une vingtaine de jours que ce téléphone n'avait pas retenti pour leur annoncer de bonnes nouvelles, c'etait sur et certain. Aujourd'hui, je suis là dans cette cabine et je vais les appeler dans un instant pour leur annoncer que je suis toujours en vie! Cette nouvelle va leur faire très plaisir et ma mère Marisa va sûrement pleurer telle que je la connais. Et mon père que va-t-il me reprocher cette fois-ci? se demanda-t-il la gorge sérrée par l'émotion. Sans plus attendre, il mit sa monnaie dans l'appareil et fit le 15 suivi de son numéro.

Aussitôt, il entendit un écho lointain venir d'un autre monde ou quelqu'un décrocha pour lui demander qui c'était? Suis-je bien chez monsieur Emilio Delavega? demanda Pedro d'une voix émue. Oui, c'est lui même à l'appareil. Oh papa, c'est moi, ton fils, Pedro! Quoi, c'est toi Pe-dro, t'es sûr? Oui, oui, c'est moi! Oh comme je suis heureux de t'entendre, mon fils, que dieu en soit remercié! Sainte mère de l'église! Oh moi aussi, comme je suis heureux de t'entendre, mon cher petit papa! Tu sais, ta mère et moi étions trés inquièts de ne plus avoir de tes nou-velles depuis ton départ. Oui, je sais, mais au milieu de l'amazonie, c'était pas possible. Mais où es-tu exactement, mon fils? Je suis à Manaus. Quoi à Manaus et non à Rio de Janeiro com-me c'était prévu! Non, malheureusement, car notre guide Alberto nous a débarqué ici parce que le fleuve devenait trop dangereux pour de petites embarcations comme les nôtres. Ici, il y a des bateaux haut comme des immeubles qui peuvent facilement vous envoyer au fond du fleu-ve. Daccord, d'accord, si c'est pour cette raison qu'il vous a débarqué à Manaus, je suis entière-ment de son avis et on ne doit pas prendre de risque inconsidéré pour une simple traversée. Pendant un instant Pedro fut géné d'entendre cela, car durant cette traversée plusieurs de ses camarades étaient morts de la malaria et lui même aurait pu en mourir. Mais il ne voulut point lui en parler pour ne pas gâcher cet instant prévilégié. Et la santé, mon fils, ça va? Oui, père, je vais bien à part quelques problèmes d'estomac que j'ai eu suite à la nourriture qui était selon moi trop peu variée. Oui, je sais, mais c'est comme dans tout expedition où l'on doit s'alleger au maximum et forcément l'estomac en prend un coup. Sûr, mais bon, je suis pas mort de faim et ça c'est le plus important. Oui, mon fils, c'est le plus important! Heu..au sujet de cette trav-ersée, alors as-tu trouvé des ruines ou rien du tout? Rien du tout, malheureusement. Ah, ça c'est pas de chance! lança Emilio à travers le téléphone en restant convaincu qu'une civilisa-tion avancée avait pu installer ses temples et sa cité au milieu de cet enfer vert, qui autrefois était une vaste prairie.

Et puis de tout façon, Alberto qui était notre mon guide, m'a dit qu'il était inutile d'en chercher dans ces coins là. Car d'après lui, il n'avait vécu ici que des peuples sauvages dont la civilisati-on s'était arrêtée à l'âge des arcs et des fléches. Mais quand sait-il lui exactement? lança furieu-sement Emilio au téléphone. Mais papa, il connait la jungle comme sa poche, lui! Peut-être, mais que connait-il de ces époques il y a 3000 ans ou 4000 ans avant notre ère? Tu sais, mon fils, à ces époques l'amazonie était une vaste prairie où les hommes vivaient paisiblement avec des animaux bien en chair. Et le fleuve amazone était alors une souce d'eau pure où il n'y avait pas de pyranhas et cette boue infecte qui étouffe desormais les poissons. Mais où as tu appris tout cela, père? demanda Pedro qui sentait la supériorité de son père sur ces choses datant de ces époques immémoriales. Je les ai apprises grâce aux idéogrames que j'ai pu consulter sur le temple de Machu Piccu où il était déssiné à la place de l'amazonie, une immense prairie où co-ulait un fleuve tentaculaire au milieu d'une cité dont les sommets perçaient les nuages. Mon dieu! dit Pedro, mais c'était comme ça avant, l'amazonie? Oui, mon fils. Mais un jour, il arriva un grand malheur à cause de la fille unique du roi Orania qui avait transgressé la croyance du dieu soleil Oros. Ah oui? Oui, car celle-ci atteinte d'une maladie de peau lui interdisant de s' exposer au soleil donc de célébrer avec son père et le peuple la fête du soleil : où offrandes de nourritures, d'animaux vivants et de sang humain devaient lui être servies. Sa fille s'appelait Olabrasilia!

Olabrasilia? demanda soudainement Pedro qui y voyait comme une resonnance étrange voire de funeste avec le nom du Brésil. Oui, elle s'appelait Olabrasilia et je ne te cacherai pas qu'elle n'y était pas pour rien sur le destin misérable de ce pays qu'est le Brésil. Mais père, pensez-vous que cette malediction lui viendrait directement de cette femme dont la peau hypersensible à l'apect rouge Brésil lui interdisait de s'exposer au soleil? Oui, je le crois. Mais les textes ma-lheureusement s'arrêtent juste après ces incidents malencontreux pour le Roi Orania qui était convaincu qu'une malédiction personnelle s'était abattue sur lui et sur sa dynastie : malédicti-on qu'il croyait envoyée par les Dieux Obzou et Nefram pour que son peuple y voit comme un signe de décadence et s'en détourne, ce qui déclencha des émeutes forçant le Roi à partir. Mais comme celui-ci s'y refusa tout fut détruit, la cité ainsi que le temple dont on a retrouvé aucune trace pour l'instant. Peu de temps après, comme par malédiction, des pluies diluviennes s'abatt-irent sur la cité et une végétation monstrueuse poussa, au point de faire disparaitre les restes de la cité et la prairie verdoyante. Pourtant, il devrait en rester des traces, car des pierres ça ne disparait pas comme ça! lança Emilio. Forcément, dit Pedro qui avait écouté très attentivement l'histoire de son père. Pour ma part, je pense que si on en a pas trouvé trace, c'est parce qu'elle a été soit avalée par la forêt soit remontée ailleurs. Tu sais, ici le fleuve est navigable sur sa plus grande partie. Mais alors où auraient-ils pu déplacer cette cité perdue?

Sûrement en contre bas du fleuve, car je ne pense pas à l'époque qu'ils auraient pu remonter le courant avec les coques en bois qu'ils avaient. Oh oui, c'est sûr! dit Emilio tout à fat convain-cu. Il est possible aussi que leur cité fut engloutie entièrement par les eaux du fleuve amazone, mais que personne pour l'instant n' a jamais voulu sonder les fonds pour des raisons encore inexpliquées peut-être par superstition ou tout simplement à cause de ses eaux extrèmement opaques et insondables. C'est bien, mon fils, je vais noter toutes les idées que tu viens de me donner et je ferai des recherches de mon côté pour savoir si des expéditions avaient été entre-prises dans ces endroits là. A peine avait-il fini de parler qu'il entendit derrière lui sa femme Marisa lui demander : Mais a qui parles-tu comme ça, Emilio? Celui-ci se retourna aussitôt en lui disant avec un grand sourire : Mais c'est ton fils, Pedro! Quoi, c'est Pedro? Vite passe-le moi! Pedro, qui avait entendu la voix de sa mère à travers le téléphone, fut bouleversé pendant un instant au point que des larmes inondèrent ses yeux puis son visage où ses chaudes larmes lui semblaient alors plus douces que le miel en lui rappelant tout simplement le temps du bon-heur. Cette douce voix qui l'entendait maintenant, comme la voix la plus charmante du monde, c'était elle qui l'avait accueillie par un bienvenue en enfer en sortant de ce ventre qu'on appelle le ventre de la creation, au point de rendre jaloux le diable lui même!

Le mensonge de la vie se trouvait ici à l'endroit exact où l'on vous avait menti pour la toute première fois, bref, le premier jour de votre vie! Et le mensonge allait s'emparer de votre esprit et le gangrener jusqu'a vous faire croire que la vie en valait la peine et que votre coeur malh-eueusement vous ne pouviez plus l'arrêter par la seule force de votre volonté. Bref, il était trop tard et la vie vous avait prise dans ses filets jusqu'à la mort! Et si le desespoir venait un jour à vous séduire, elle inventerait alors un stratagème pour vous éviter le suicide, la peur de mourir dans un monde où le jour ne se lève jamais! L'eternelle obscurité autour de vous, l'éternelle solitude dans ses immensités glacée où vous êtes seul, bien seul, malheureusement. Mon dieu, mais que faire dans ces endroits où l'on ne sait plus si l'on est vivant ou mort? Bref, la vie rep-rendrait son discours et vous dirait : Je sais bien que l'arme à feu a le pouvoir de vous faire passer dans l'autre monde et la force de gravité aussi. Mais bon dieu, la vie c'est toujours mi-eux que rien, n'est-ce pas? Allez, oubliez toutes ces idées macabres et venez célébrer avec moi la beauté du jour et pourquoi pas un pas de Samba avec une de mes créatures? Je suis là pour vous faire voir la magnificience des jours, le tourbillon des sens et la beauté que je souhaite un jour déposer à vos pieds! L'être vivant, entendant cela, ouvrit les yeux et vit la réalité telle qu'elle était. Oh, Maman, Maman, c'est toi? lança Pedro en sanglots. Oui, c'est moi, ta tendre mère! Oh comme je suis heureuse de t'entendre, mon petit pedrino, mon petit pedrino! Mais ne t'inquiètes plus maintenant, maman, je vais bien et comme j'ai dit à papa, je suis en parfaite santé.

En ce moment, je suis à Manaus où j'ai trouvé un hôtel pas trop cher. Un hôtel qui m'a été rec-ommandé par Alberto, notre guide, auquel j'avais entièrement confiance. Oui, oui, c'est bien, mon fils, méfies-toi de tout le monde là bas. Car on dit ici que les brésiliens sont des chiens enragés sans foi et sans morale. Oui, peut-être, mais Alberto m'a dit de ne fréquenter personne, sinon des personnes sûr comme monsieur Victorio qui est le propriètaire de l'hôtel où je suis. C'est ça, c'est ça, il t-a très bien conseillé et surtout ne sort pas la nuit. Car j'ai vu la semaine dernière à la télé qu'on parlait de la ville de Manaus comme une ville de démons et pas du tout fréquentable. Je te priais donc de rester à l'hôtel, le temps de trouver un bateau pour Rio de Ja-neiro. Oui, je sais, papa me l'a dejà dit. Imagines-toi, si on te volait ton argent, mais personne ne pourrait te venir en aide! Et si cela t'arrivait, j'en mourais sois en certain! Mais non, maman, ne dit pas ces choses là! Je ferai très attention comme tu me l'a dit. Et tes pantalons les as-tu trouvé dans ton sac? Oui, oui. Mais dans ces endroits où il fait très humide, c'est pas pratique. Ah oui? Mais je pense pas que tu manges à l'hôtel en short? Non, non, mais ils me sont utiles dans ces situations. J'espère que tu laves tes slips! Oh maman, ne me dit pas ça! Tu sais bien que je ne permettrai jamais d'être sale même en plein milieu de l'amazonie! Et puis à l'hôtel nous avons des machines à laver. C'est bien, c'est bien, mon fils, la propreté ce n'est pas un lu-xe, mais notre dignité.

Mais oui, je le sais bien, maman. Pedro, en écoutant patiemment tous ces reproches et autres recommandations, avait l'impression d'être encore chez papa-maman et malgré qu'il se trouvait en plein milieu de l'amazonie. C'était là, semble-t-il, la magie du progrés où l'invention du té-léphone lui permettait de traverser l'espace et le temps en écoutant battre son coeur au même rythme que celui de sa famille et malgré la folle distance qui les séparait. Un instant, il se dem-andait si cette magie( opérée par la fée electricité) avait des points communs avec celle que les dieux utilisaient pour se déplacer librement sans utiliser de fils en cuivre ou d'ondes radio? On se demandait même si l'Homme, par son invention, n'avait pas voulu carricaturer la magie des dieux en leur disant: Mais regardez, nous aussi, nous savons traverser l'espace et même les mu-rs! Les dieux curieux prirent alors un combiné téléphonique pour le verifier par eux même en tapant un numéro pour allez à New York où New York leur semblait une destination toute dé-signée pour ce voyage où les Hommes avaient une fascination inexpliquée voire farfelue, mais bon. Une voix aussitôt leur demanda: Oui, c'est pourquoi? C'est pour New York! demandèrent les dieux impatients. Mais vous y êtes à New York! Mais non, nous sommes toujours à Mana-us! répliquèrent-ils. Comprends-pas! Comprends-pas! leur disait-on. Les dieux éclatèrent auss-itot de rires en voyant que la magie des Hommes n'était qu'un beau mensonge, bref, qu'une sc-ience destinée exclusivement aux petits Hommes. Pedro, tenant ce bout de plastique qu'on app-elle combiné collé contre son oreille, sentit tout à coup le ridicule de sa situation où la science des Hommes le mettait en prise directe avec ses malheurs, ceux de sa famille et de son pays. Il aurait pu aussi se l'épargner en écrivant tout simplement une lettre, disons plus appropriée, à demander des nouvelles de l'autre monde, de ce monde qu'il venait de quitter peut-être pour toujours? Avec une lettre ou un échange épistolère, on restait dans le domaine de l'esprit où l'on se gardait de chagriner son destinataire en lui demandant, par exemple, s'il lavait bien ses slips ou bien s'il ne passait pas toute sa journée à dormir ou à regarder la télé ou bien à jouer aux jeux vidéo? L'ecrit permettait d'élever le débat si l'on peut dire et d'attenuer par la distance l'effet d'une guerre quelconque qu'elle soit familliale ou nationale. L'écrit avait cette qualité de transfigurer la réalité en quelque chose de poétique et de sacré selon le talent qu'on avait à rel-ativiser les évènement de sa propre vie. Il m'est arrivé un jour de lire dans une correspondance entre marchands juifs, datant de l'ancienne Jerusalem, des propos qui ne parlaient que de quin-taux de poivre, d'épices et du nombre de cruches de vin qui s'étaient cassées au cours du voya-ge et d'un ultimatum pour se faire payer le prix de la casse! Mon dieu, quel désastre et quel manque de poésie dans ces correspondances! Ca ressemblait ni plus ni moins à celles qu'Arthur Rimbaud envoyait à son patron, après que celui-ci ait abandonné pour toujours la poesie, afin de se consacrer uniquement au commerce et sans le succès escompté, malheureusement.

Après avoir entendu la voix de son père et de sa mère, il se sentit complètement démoralisé par cette prise directe avec la réalité qui somme toute était d'une banalité exemplaire. Bref, là bas rien n'avait changé ni la situation de sa famille ni l'état de son pays qui était toujours en guerre contre lui même. Lui seul avait changé, mais ne pouvait l'exprimer clairement à ses parents qui le ressentiraient alors comme une trahison. Et Ernesto? demanda-t-il tout à coup à sa mère. Er-nesto va très bien et il a eu même une promotion dans son régiment où il est maintenant adjud-ent chef. Adjudant chef? Oui et c'est bien pour lui et pour sa carrière! dit-elle fièrement. Bien, bien. Et pour Pablo alors, vous avez des nouvelles? demanda-t-il brutalement. Un instant, il y eut un long silence au téléphone, car elle ne s'attendait pas à cette question. Heu..non, on a tou-jours rien. Mais ton frère Ernesto fait des recherches de son coté pour savoir où il est. C'est bien! dit Pedro qui sentait par là qu'Ernesto n'était pas un monstre sous son uniforme prêté par la junte militaire, mais qu'il faisait tout son possible pour retrouver son frère qui s'était égaré dans les idées politiques délirantes du socialisme. Enesrto ressentait parfois de la pitié pour son frère, Pablo, où dans ses rêves il essayait de le convaincre de changer ses idées et surtout de lui faire retrouver les pieds sur terre où sa famille l'aimait plus que tout. Mais dans son rêve devenu un cauchemar, Pablo restait intransigeant et l'insultait quand il le voyait habilé dans ce funeste uniforme militaire en lui jetant à la figure: Non, ne t'approche pas, c'est toi, le traite!

Non, ne m'adresse plus la parole! Tu as trahi ta famille et ton pays! Ernesto, blessé dans son amour propre, se rapprochait de lui pour lui faire comprendre qu'il était toujours son frère et malgré les idées politiques qui les séparaient. Non, ne me touches pas, traitre, agent de Pinoch-et! Je ne suis plus ton frère et tu n'es plus le mien! lui criait-il injustement. Alors Ernesto im-puissant pleurait de ne pouvoir l'aider et lui sauver la vie. En sortant de la cellule, les yeux ple-ins de larmes, il se demandait comment il allait expliquer tout cela à la maman?

Ohé, Pedro?Ohé, Pedro? Tu vas bien? lui demanda tout à coup Fabien en s'apercevant que son ami commençait à pencher du nez. Heu..oui, qu'est-ce qu'il y a? Qu'est-ce qu'il ya? répéta-t-il en retrouvant ses esprits. Non, rien de grave. Mais ça fait plus d'une heure que tu parles tout seul et je commencais vraiment à t'inquieter pour toi. Ah oui? Sûr! repondit Fabien qui sentait lui aussi la fatigue venir. Pedro se leva et alla voir à la fenêtre pour voir la position du soleil. Mais il fait dejà nuit! Oui et je t'avouerai que j'ai pas vu l'heure passée tellement j'étais embar-qué dans ton histoire où franchement je n'aurai pas souhaité y être. Ah bon? s'étonna-t-il un peu déçu. Manaus n'est pas une ville où j'aurais voulu séjourner telle que tu me l'a décrite. Oui, mais c'est une ville comme une autre avec ses qualités et ses défauts. Tu sais, la pauvreté, elle existe partout où il y a du monde. Et je parie même qu'a New York, il y a en beaucoup, mais qu' on ne veut pas montrer dans les reportages afin de ne pas effrayer le touriste de venir ici dépenser son argent.

Ca s'appelle tout simplement du business! dit soudainement Fabien. Bref, montrer ce qui est beau d'abord et le reste vous le decouvrirez par vous même, après que vous ayez payé votre billet d'avion et d'hôtel et que l'Amérique ait déjà enpoché votre argent, ah! ah! ce qui est pour elle le plus important, n'est-ce pas? Oui, sans aucun doute, dit Pedro. Mais comme disent les indoux, l'important ce n'est pas la destination, mais le voyage. Et il faut te dire que sans les su-rprises, la vie serait bien monotone. Et moi en débarquant à Manaus et malgré que ce decors fut loin de mes attentes, j'ai ressenti un certain frisson en voyant des choses que je n'avais jamais vues nulle part ailleurs et c'est là je pense le but de tout voyage intérieur ou autre. Tu sais se retrouver tout seul loin de chez soi est une expérience à faire, mon cher fabien, et je te l'assure qu'elle te change vraiment la vie! Son ami l'entendant parler de la sorte ne lui apprenait rien en vérité. Car lui qui vivait seul connaissait très bien cette solitude et n'avait pas besoin de partir très loin de chez lui pour la ressentir. Mais au contraire de Pedro, la sienne de solitude ne l' av-ait pas grandi ou fait mûrir, mais plutôt amoindri, fragilisé, au point d'être devenu un légume couché à longueur de journée sur son canapé. Il serait juste de préciser aussi qu'il n' était plus un légume bien vert et bien qu'il fut encore jeune. Mais à force de ruminer sur lui même, faire bouillir son cerveau, il avait l'impression d'être un légume cuit à la vapeur qui attendait au fond d'une casserole posée au bord d'un évier!

Sa vie sentait l'évier, cette eau malodorante composée de dechêts alimentaires et autres éléme-nts organiques, non digerés, mais en voie de pourrissement. Pourtant, il s'était toujours battu contre cela, contre le pourrissement de sa propre vie. Et Pedro, en lui décrivant cette ville de Manaus où il tombait tous les soirs des tonnes d'eau dans les rues boueuses, avait fait naître en lui une sorte de dégoût ou plutôt de tout à l'égout. Même un moment, il faillit vomir, mais s'était retenu quand Pedro s'était entretenu au téléphone avec ses parents. Ah un peu d'amour au milieu de cet enfer d'eau, de boue et de fer ne pouvait que lui faire du bien à l'âme : lui qui avait l'âme blessée, noyée dans d'inexitriquables problèmes physiques, mentaux, sociaux etc.

Je suis cuit! dit-il soudainement quand il essaya de se relever du canapé en sentant ses muscles se raidir et se durcir comme par une trop grande cuisson sous un feu interieur. Pedro, qui lui tournait le dos, ne le voyait pas grimacer sa souffrance d'être une sorte de gigot pris dans ses filet où la viande n'était pas bien tendre, mais bien dure comme du chien. Pourtant, il sentait son âme pleine de compassion pour les autres malades comme lui, mais son physique ne sem-blait plus le suivre par une raideur ou une paralysie inexpliquée: une absence totale de volonté, un réel problème physique, un cerveau qui commencait à dégénérer? En fait, c'était tout cela à la fois qui le caracterisait.

La cuisson de son cerveau avait semble-t-il lié tous ces éléments pourtant fort distincts en une masse compacte ou en bloc où tout se confondait desormais : les problèmes physiques avec les problemes mentaux, les problèmes philosophiques avec les problèmes d'argent, les informatio-ns à la télé comme une sorte de pensée unique où le tout cuit était la nouvelle philosophie pro-clamée joyeusement par ces nouveaux philosophes ou faux intéllectuels, bref, par le prêt à cui-re parce que déjà à moitié cuit! Malgré tout, pensait-il, je suis bien de mon époque et que dans cette tri-ste histoire, je ne suis pas le seul malade, mais la société libérale toute entière! ce qui le rassurait énormément, ne nous le cachons pas. Je suis fatigué! lâcha-t-il en regardant Pedro d'un air suppliant. Attends, je vais d'aider! lui dit-il en se levant du canapé, puis en le soulevant si facilement que Fabien sentit à cet instant que sa vie ne pesait pas grand chose peut-être le poids d'une plume devant ce Pedro, cette force de la nature qui avait appris par une magie ancestrale à ne pas cuire trop vite devant les évenement de sa vie ou du monde. Ses muscles à lui se durcissaient uniquement quand il les bandaient et non comme les miens qui se raidiss-aient à la moindre émotion. Je te remercie beaucoup, Pedro, tu es pour moi comme un frère! lui dit-il en retrouvant avec joie les pieds sur terre pour se diriger vers la porte. Ce dernier le raccompagna et avant de le quitter lui dit : On se revoit la semaine prochaine, d'accord? Pas de problème, Pedro! répondit Fabien en lui lançant un grand souire tout en sachant que les jours suivants seraient pour lui très dures, bref, à rester enfermer tout seul chez lui sans aucune vis-ite amicale. Bonne nuit! Bonne nuit à toi aussi! se souhaitèrent-ils avant de disparaitre chacun de leur côté.

Le lendemain matin

Fabien, en ouvrant les yeux, s'aperçut qu'il s'était endormi tout habillé et qu'il tenait bizarrem-ent sa canne entre ses mains, comme un grand crucifix! Mon dieu, mon dieu! s'exclama-t-il en se voyant en si mauvaise posture. En regardant du côté de la fenêtre, il vit une belle lumière traverser les persiennes et faire des rayures sur ses draps en les découpant en fines lanières ou les plier comme une carte d'état major. Ah toujours ces mêmes hallucnations! lâcha-t-il quel-que peu en colère contre lui même. Pourtant hier avec Pedro, il n'avait eu aucune hallucinat-ion, comme si son histoire était elle même une grande halucination où rêve et realité se con-fondaient au point de ressembler à un fondant au chocolat. Oui, ça doit être pour cette raison! affirma-t-il en regardant une nouvelle fois ses draps blancs où les traits de lumères et d'ombres semblaient l'hypnotiser en le transportant vers cette amazonie qui l'avait comme retenu, fait prisonnier, le temps que Pedro finisse son récit. Cette amazonie l'avait apparemment envoûté, comme ces touristes idiots ou bien ce voyageur solitaire qui par trop d'assurance s'était enfo-ncé un peu trop profondément dans la forêt ou bien sur cette île mystèrieuse où il avait profa-né les lieux sans le savoir. A leur retour dans leur pays d'origine, ces touristes n'étaient plus les mêmes où une grave déprime les submergeait mystèrieusement. Puis consultant leur médecin, ce dernier leur apprenait qu'il ne s'agissait là que d'une petite déprime dûe à la reprise de leur travail, bref, à la fin des vacances où le soleil était remplacé par le morne ciel gris de leur région.

Le patient acceptait l'analyse de son médecin qui lui ordonnait une cure d'anti-depresseurs, le temps que ça se passe. Fabien savait très bien que tout cela était absolument faux, car les âmes des morts demeurant sur l'ile avaient profité du sejour de ce touriste idiot pour faire la belle en s'emparant de son esprit! C'était une sorte d'échange invisible qui s'opérait entre les riches et les pauvres ou entre les élus et les damnés. Bref, une autoroute à double sens où les morts all-aient en Occident et les vivants vers ces pays de damnés peuplés d'ombres vivantes où la mort ne savait plus où se loger! A force, pensait-il, l'Occident aura tellement importé d'âmes mortes qu'il finira par s'écrouler sur lui même, comme emporté par ces flots de boue noire dont le seul espoir était de revivre un jour sous la forme d'un enfant de riche, bref, d'un petit blanc! La bourse existait elle aussi chez les morts et valait mieux parier sur un petit occidental que sur un petit indien, estimait-on afin de se garantir une bonne assurance-vie après la mort, pourrait- on dire. Ainsi la bourse de New York n'avait rien inventé, mais qu'elle ne faisait que refléter cette théorie qui disait que rien ne se perd, mais tout se transforme! où la reproduction de l'es-pèce humaine était la source de toute économie et la surpopulation un futur Eldorado pour les traders et les établissements financiers en matière d'argent et de carnages. Et dans cette sordide histoire, nous n'étions que du bétail surveillé par nos Etats où la broche était déjà en train de tourner pour nous faire rôtir à point!

On est cuit! lâcha subitement Fabien en sentant sa malediction l'envahir par ce sacrifice qu'on attendait de lui, non au bûcher des idôles, mais au nom de son inutilité sociale. Les Hommes se reproduisaient comme du bétail et l'Etat, le fermier général, le regardait grossir comme une future source de revenu telle était sa funeste pensée. Et notre enfance se deroulait comme celle d'un bovin dans une verte prairie où l'on broutait l'herbe tendre de nos jeunes années sous le regard bienveillant du fermier général. Puis un jour, au lieu d'aller dans la prairie, on nous fer-ait monter dans des camions pour nous emmener à l'abattoir! Insouciantes et heureuses furent nos jeunes années, nous nous diront alors sous le couteau du boucher! Mais quelle fin horrib-le! La semence des Hommes était devenue un poison sur cette Terre et cette surpopulation co-mme le signe avant coureur. La malédiction, c'était cette surpopulation galopante où de futurs carnages étaient à prévoir, ceci ne faisait aucun doute. Mais l'Etat avait déjà tout prévu dans les moindes détails en faisant cuire le tout bien assaisonné pour que ça explose un jour, tel un immense barbecue! Il était entendu que ceux qui allumeraient le barbecue auraient le temps de s'enfuir avant et ça s'appellait tout simplement faire de la politique! pensait Fabien en se cach-ant sous ses draps en attendant la future explosion. Mais n'entendant rien venir, il sortit la tête hors de la couverture et s'aperçut que les traits de lumières et d'ombres avaient totalement dis-paru!

Au lieu de cela, une grande tâche de lumière immaculée innondait son lit, comme celle que l'on pouvait voir sur les tableaux italiens de la renaissance. Un moment, il faillit croire que Dieu existait et que le soleil était sa toute puissance incarnée pour imposer aux êtres vivants une preuve irréfutable qu'il était l'unique Dieu, bref, que la lumière c'était lui, que la chaleur c'était lui, que la vérité c'était lui et que ceux qui jouaient avec des miroirs n'étaient que des impos-teurs, de faux dieux. Jesus-Christ, vu son état sur sa croix, avait semble-t-il grillé comme une cotelette! pensa-t-il ironiquement. Peut-être s'était-il trop approché du soleil, cet homme étra-nge, non? Par orgueil ou par ignorance? il se demandait en se retournant dans ses draps pour prendre appui sur son coude. Bah quelle sottise de vouloir se mesurer à cette boule de feu qui atteint, parait-il, des millions de degrés! Dans la vie, on ne devrait pas se poser ce genre de que-stions de savoir si Dieu existe ou non. Car le simple fait de respirer et de ressentir les choses devrait nous suffire amplement pour comprendre que la vie est un miracle naturel et non toutes ces sornnettes que nous sort le Vatican au moment des fêtes de pâques ou de noel avec les mir-acles de Marie ou de Lourdes et autres choses invraisemblables liées au christianisme. Fabien se souvenait dans son enfance de ce grand crucifix qui un jour l'avait fortement impressionné, quand il mit pour la première fois de sa vie les pieds dans une église.

Où le corps du Christ semblait cramoisi par une trop longue exposition au soleil et les coups de fourchettes dans ses flancs comme ceux des Hommes afin de voir s'il était bien cuit! Bref, le soleil avait commencé le travail et les Hommes l'avaient termné en sachant qu'aucun Homme ne pouvait devenir Dieu. Car depuis la naissance du monde, les Hommes avaient idôlaté le so-leil comme une divinite au point de devenir pour eux une véritable source d'inspiration aussi bien politique, artistique que religieuse. En pensant de cette fàçon, Fabien nous prouvait une fois de plus qu'il ne croyait pas en Dieu ni en ce Jesus-Christ ni à l'Islam ni au Boudisme, bref, en rien. Il ressemblait à s'y méprendre à ces bêtes qui pour vivre n'avaient pas besoin de croire en Dieu, mais seulement au plancher des vâches, au ciel au dessus de leur tête et à un trognon de pain qui suffisait à leur bonheur. Pour les Hommes, il était un cas désesperant, sans foi, ma-is non sans morale. Car ses faibles moyens physiques et intellectuels ne lui permettaient pas de faire du mal à son prochain, ce qu'il parfois regrettait furieusement tel un lion en cage qui aurait adoré donner un coup de griffes à ces visiteurs de zoo! De plus, il savait qu'il était laid comme une bête et que les Hommes ne lui feraient aucun cadeau. Etendu sur son lit, la gueule baignée par le soleil, il souriait d'un air niais comme s'il se moquait éperduement de l'avis des autres. Seul en compagnie de ce soleil flamboyant qui le consolait de toutes ses misères, Fab-ien semblait l'entendre parler et lui dire : Regarde, je suis le Dieu unique qui règne sur tout l'u-nivers! Et toi, petit insecte, profite de ma lumière et de ma chaleur, car ce soir il fera si froid que tu regretteras alors mon despotisme!

Oh oui, brûle-moi! lança-t-il soudainement en écartant les bras comme pour embrasser ce sole-il. Mais pour une raison inconnue sa chambre se trouva plongée tout à coup dans l'obscurité! Mais c'est quoi ça? Un nuage? Mais qu'est-ce qui se passe, non de dieu? Malèdiction! Malédic-tion! cria-t-il dans l'obscurité tel un damné des cieux. Furieux de ne pas voir le soleil réappa-raitre, il plongea sous ses draps pour pleurer. Mais pourquoi ça n'arrive qu'à moi ces choses? se désolait-il. Mais pourquoi à chaque fois que je tente un truc, ça rate? insista-t-il comme un forcené. Merde, je suis un loser, un bon gros loser, ça ne fait aucun doute pour moi! pensa-t-il en étant convaincu qu'il finirait un jour sa vie tout seul comme ces bêtes de la forêt qui, sentant la mort arriver, iraient se cacher pour mourir. Il faut absolument que je me lève! lança-t-il avec cette peur horrible d'être englouti au fond de son lit emporté par toutes ses hallucinations. Il prit sa canne, se redressa, puis sentant ses pieds sur le plancher des vaches se dirigea vers la cui-sine afin de préparer son petit déjeuner. Sur la petite table, près de la cuisinière, il y avait un pot de ricoré et un nombre assez impressionnant de tasses qui n'avaient pas été lavées depuis fort longtemps. Cela se voyait par une couche noirâtre qui s'était déposée au fond. Fabien, penché au dessus, cherchait laquelle était la moins sale. Tiens, celle-là n'a pas l'air trop deguelasse! dit-il envahi par une flèmme incurable qui l'empêchait de la passer sous l'eau. Et puis merde, c'est tellement pris dedant que de toute façon je n'y arriverai jamais à la faire disparaitre! Et je vais gaspiller des tonnes d'eau pour rien du tout! pensa-t-il en étant entièrement convaincu par son immobilisme maladif. Puis avec un peu de courage, il se saisit d'une petite cuillière (qui elle aussi était sale), la plongea dans le pot à ricoré, la remplit à raz-bord et la versa dans sa tasse où une odeur de vieux café ranci avait impregné la porcelaine jusqu'à la fin des temps!

Ensuite, il prit un morceau de sucre sur un petit monticule où des mouches avaient semble-t-il pondu leurs oeufs en apercevant des petits points noirs piquer la blancheur immaculée. De tou-te façon, c'est pas sale, car mêmes les mexicains ont des plats préparés à base d'oeufs de mou-che qu'il apprécient énormément là bas! se rassurait-il englué dans sa paresse monumentale. Et si c'était mauvais pour la santé, je le saurais depuis des années! finit-il par se dire en le jetant dans sa tasse. Puis machinalement se saisit d'une vieille casserole, où le fond était rempli de ta-rtre, la remplit avec une eau elle aussi pleine de tartre et la posa sur le feu, puis alluma le gaz. Les yeux fixés sur la casserole, il se demandait ce qu'il allait bien pouvoir faire après le café?

Car le problème des gens seuls( ce que savait très bien Fabien) était de pouvoir occuper leur journée à moindre frais et plus précisément à meubler le vide de leur existence. Par exemple, moi qui suis laid comme un babouin, je cherche en permanence des gens avec qui je pourrai discuter et passer ma journée. Bien évidemment, je ne parlerai pas de la recherche de l'amour avec une jolie demoiselle, vu que la nature m'a vite fait comprendre que je n'y avais pas droit. Mais ce qui me rassure tout de même, c'est de savoir que je ne suis pas le seul dans ce cas. Re-gardez ces pauvres homosexuels qui cherchent l'amour auprès d'un garçon ou ses lesbiennes auprès d'une fille, je trouve leur situation bien pire que la mienne! De plus si l'homosexuel est laid, je trouve son malheur beaucoup grand que le mien. Car moi, je n'ai qu'un problème à gé-rer, c'est à dire ma laideur et non des désirs contre nature voir complètement délirants, mais qu'un simple désir d'aimer une femme. Bref, quelque chose de tout a fait normal, n'est-ce pas? Mais un rêve tmalheureusement irréalisable pour moi du fait que je suis laid (à moins de me marier avec un laideron?). Mais mon amour propre me l'interdit, car je ne pourrais pas supp-orter plus d'une journée de voir en face de moi ma propre tronche de cake, ce qui me déprim-erait à coup sûr! La solitude est donc la seule solution à envisager pour mes vieux jours et je dois nécéssairement la gérer avec plus ou moins de réussite, soyons lucide. Et la rencontre que je venais de faire avec Pedro en montrait un bel exemple où j'ai pu grâce à lui voyager sans dé-penser le moindre centime et surtout ressentir plein d'emotions que ni la télé ni le cinéma ni la radio auraient pu me procurer. Car ce qu'il m'a raconté, c'était la vraie vie et non ces reportages plus ou moins réussis sur ces soi-disant "vrais gens" choisis par les journalistes. Grâce à lui, j'ai pu ressentir dans ma propre chair cette vraie émotion, comme si j'y étais et ça m'a fait éno-rmément de bien. Et il me semble avoir acquis un véritable savoir qui m'est parvenu sans l'en-tremise de la technique ou du progrès, mais par la bouche d'une vraie personne qui était assise à mes côtés!

C'est con à dire, mais seule cette confrontation avec la vie des autres et leur histoire est une vraie mine d'or pour ceux qui ont une vie plate et stérile comme la mienne. Bref, grâce à elle, j'ai pu accumuler des forces de vie qui me donne l'envie d'exister et de ne pas baisser les bras devant ma propre destinée que je ressens au fond de moi comme une chronique d'une mort annoncée voir de funeste. Parfois, j'ai l'impression d'être un vampire, lorsque je rencontre qu-elqu'un dont ma seule envie est de lui sucer le sang, bref, le suc de la vie! Parfois, il s'en rend compte et me le repproche violemment, c'est donc pour moi une amitié qui se termine et c'est bien dommage. Une fois, j'ai rencontré un vampire comme moi, mais d'une nature très différe-nte de la mienne, car il était riche, mais ni beau ni laid. Et le peu de temps que j'ai pu discuter avec lui, j'ai ressenti comme un malaise, car celui-ci voulait me sucer le sang alors que je n'en avais pas! Désappointé de ne pouvoir tirer une seule goutte de mes veines, elle se sentit comme déçue par notre rencontre et coupa nette notre relation. En fait, ce que je compris, après m'être renseigné sur cette personne qui était très riche( mais qui me l'avait caché, non par pudeur, mais uniquement pour caché son jeu), c'est qu'elle était devenue riche par ce défaut impardo-nnable de sucer la vie des autres, bref, leur travail ou si vous voulez leur argent. Ainsi, je com-pris que dans la socièté, il existait des vampires ne ressemblant aucunement à Dracula, mais à des hommes et à des femmes très présentables, habillés en col blanc. On pourrait dire sans se tromper que tous les traders que l'on voit jouer à la bourse avec l'argent des autres sont des va-mpires organisés en confrérie qu'on appelle une compagnie de chauve-souris.

Je ne les appellerai aucunement des rapaces, car les rapaces font partie d'une espèce noble com-me les aigles, alors que nos vampires font partie de la petite espèce de suceuse de sang proche des insectes. Pour vous dire le fond de ma pensée, je vous dirai sincèrement que les espèces nobles ne s'amusaient jamais à ce genre de chose qui était de voler leur semblable, mais plutôt la chasse en terrain découvert, n'est-ce pas? Bref, le courage n'a jamais été l'apanage des vole-urs étant donné que leur métier est de vous voler sans être vu, comme à la bourse caché derri-ère de hauts écrans ou bien dans les casinos derrières les machines à sous qu'on appelle des bandits manchots. En fait, ils vous volent sans que vous vous en rendiez compte par un tour de passe-passe imaginé ingénieusement par une confrérie de voleurs ou de vampires, ce qui est du pareil au même. L'Etat est bien sur derrière tout ce qui concerne le vol organisé par les Etats. Voyez le PMU, les casinos, le loto et les jeux de grattages. I'Etat est un voleur comme un autre et fait partie lui aussi de la confrérie des vampires. Certains l'appellent la mafia d'Etat, d'autres l'ordre nor-mal des choses où la puissance de l'Etat doit s'exercer naturellement partout afin de financer son train de vie où les ministres s'enrichissent grassement grâce au travail et à la sueur du citoyen. Voyez comme cette métaphore va à merveille! C'est dure a entendre, mais la vérité se situe à ce niveau où nous sommes pour les États une source inépuisable de revenus. J'ai entendu, avec la soi-disant dette de l'Etat, que les enfants à naître avaient déjà une dette sur le dos qu'on estimait à 30000 euros! L'Etat avait comme à son habitude trouvé la solution pour résoudre tous ses problèmes de financement, bref, par le travail des autres! Autrefois, les jeun-es hommes donnaient leur sang à leur pays en partant à la guerre, puis plus tard en travaillant dans les usines et dans les bureaux, puis maintenant en pompant leurs revenus par l'impôt! En fait, je trouvais que le fond des choses n'avait véritablement pas changé et que c'était toujours au peuple de payer la note!

Mais à quand la véritable liberation des peuples pour se débarrasser de cet Etat si embarrassant si contraignant pour les Hommes? Est-ce utopique d'y penser ou bien réalisable? Moi qui suis pauvre et malade, malheureusement, je n'aurai pas la force d'y participer. Mais de tout mon co-eur, ô combien, j'aurais souhaité y participer afin de pouvoir vivre libre et heureux sur cette terre! Mais dans mon cas, à quoi me servirait cette liberté si je suis toujours laid et quasi impo-tent? C'est triste à dire, mais je crois bien que ma vérité se trouve à ce niveau là où je fais par-tie malheureusement de tous ces malades et de cette future génération d'inutiles qui va se rép-andre à l'avenir dans la société comme un fleau! J'ai vu, avec l'histoire des indiens d'Amérique, de fiers guerriers finir leur vie en de sombres alcooliques. J'ai vu avec Pedro, l'aigle du Machu Piccu, finir sa vie enfermé dans une cage à lapins dans une banlieue. Bref, j'ai vu tout ce que l'humanité était capable de faire pour rendre inoffensive les espèces nobles afin d'anénatir la beauté du monde! Mais que nous restera-t-il quand il ne restera sur la Terre que des nains, des malades et des hommes politiques sans genie?

Hier soir, j'ai vu à la télé une émission très intéressante, mais malheureusement programmée à une heure impossible afin qu'elle ne soit pas vue par les travailleurs qui ne devaient pas appren-dre la vérité sur leurs conditions d'esclaves à perpétuité! Et la propagande d'Etat y veillait grâce aux journalistes corrompus par le désir de plaire aux grands. Mais le sujet de l'émission ne concernait aucunement la liberté, mais le bonheur. Qu'est-ce donc le bonheur au juste? se dem-andait-on avec une grande angoisse sur le plateau télé ainsi que tous les spectateurs qui atten-daient avec impatience la question fatidique : Etiez-vous heureux ou bien malheureux en ce moment?

Et si vous l'êtiez, c'était pour quelles raisons? Sujet apparemment inoffensif, mais qui entre nous pouvait être aussi dévastateur que celui de la liberté. Car avouer aux autres qu'on était malheureux parce qu'on était pas libre pouvait bien déclencher chez les hommes et les femmes (ne nous le cachons pas), une folle envie de faire tout péter, bref, de faire la revolution! Ce qui bien sûr embarrasserait beaucoup nos élites, nos très gourmandes élites. Mais n'allons pas si loin, mon ami, et intéressons-nous plutôt à nos invités qui avouèrent sans aucune honte devant la France toute entière qu'ils s'étaient mariès, non par amour, mais uniquement pour faire com-me tout le monde! Je ne vous cacherai pas que d'entendre tout ceci me stupéfia sur le coup, mais surtout me réconforta beaucoup sur mon célibat forcé par ma laideur. Aussitôt, un autre ajouta qu'il s'était marié uniquement pour faire plaisir à sa belle famille dans le seul but de ne pas être pris pour débile mental par la socièté! Je tombai des nues, bien évidemment. Mais pour vous dire le fond de ma pensée, j'étais enfin très heureux de connaître la vérité sur la socièté des Hommes en m'exclamant assis confortablement au fond de mon canapé: Ah voilà enfin une emission digne d'être regardée! même si je savais qu'elle était peu regardée ce soir, puisque repos obligatoire pour tous les travailleurs, n'est-ce pas? En analysant bien la situation, j'ai co-mpris que seuls les gens qui ne travaillaient pas( c'est à dire les gens au service du pouvoir et les assistés sociaux) pouvaient regarder cette emission et ainsi se mettre au courant de ce qui se passait réellement dans notre pays pour faire un rapport et établir une future stratégie pour mener par le bout du nez nos masses laborieuses.

Bref, j'ai compris à cette heure si tardive du soir, vers les 11H30 exactement, que toutes ces personnes devaient travailler forcément pour nos élites et qu'elles enverraient le lendemain leur bulletin sur ce qu'ils avaient vu, entendu, ressenti aux cours de cette émission disons placée antipode du film du dimanche soir, bref, un film savamment choisi afin de remettre en selle tous les travailleurs pour le travail du lendemain, n'est ce pas? Et pourquoi pas un bon west-ern? Ce personnel au service de l'Etat devait être selon moi les journalistes, les intellectuels et les experts en communication. Quant aux autres, qui regardaient cette emission, il devait être pour la plus part des marginaux ou bien des malades comme moi, bref, des gens impotents ou impuissants qui dénonceront jamais le massacre par peur de ne plus toucher leur pension et de ne plus pouvoir se payer leurs médicaments contre la dépression, le diabète ou l'hypertension. Mon dieu, quel drame pour notre société! s'exclama Fabien en constatant que lui même et ses collègues, les faibles, ne pourraient jamais rien changer à ce monde en restant toute leur vie de simples spectateur devant leur poste de lélévision. De quoi se donner de l'effroi! jugea-t-il en pensant soudainement à Pedro qu'il n'avait pas vu depuis une semaine.

J'avais le sentiment, vu ma situation de célibataire à perpétuité, que le monde continuerait sans moi et sans aucune de mes descendances. Et paradoxalement, j'en étais presque heureux en leur évitant toutes les misères du monde! Ce qui à mon avis me valait bien le prix Nobel de la paix, non?

(Pourquoi tant de cynisme Fabien?)

Pour en revenir à notre emission de télévision, le journaliste leur posa ensuite cette question étonnante : C'était quand la dernière fois où vous avez été heureux? Tous répondirent d'une seule voix: C'était quand ils étaient célibataires! (heureusement que leurs femmes n'avaient pas été invitées ce soir là à l'emission ou du moins absente devant leur poste de télévision!). Une fois de plus, je tombais sur les fesses en comprenant que le malheur des hommes venait en gr-ande partie de leurs femmes qui leur rendaient la vie impossible et c'est pour cette raison que je les haïssais toutes!

Écoutez-les et vous entendrez toujours les mêmes mots, les mêmes sottises sortir de leur bou-che : Je veux un bébé! Je veux un bébé!

Mais pourquoi cette idée de vouloir absolument un bébé, mademoiselle, alors qu'il y a déjà dans notre pays plus de dix millions de chômeurs? Pensez-vous vraiment que tout cela soit raisonnable? Pauvre de vous, vous avez dit une chose qu'il ne fallait pas lui dire et elle va com-mencer par vous traiter de fou ou d'impuissant et tout en vous martelant comme une forcenée : Je veux un bébé! Je veux un bébé! Mais c'est vraiment une obssession chez vous, mademoi-selle, hum?

A la petite chinoise

Mademoiselle Yin, vous êtes déjà 1,4 milliard d'habitants dans votre pays. Pensez-vous vrai-ment que se soit raisonnable de gonfler ce chiffre?

Réponse de l'intéressée : Je m'en fous! Je m'en fous! Je veux un bébé! Je veux un bébé!

Bref, réponse identique de part et d'autre des continents et par toutes les femmes qui ne sembl-ent pas être concernée par l'état du monde! Bêtise ou bien le signe evident de notre malédicti-on sur la terre? Bref, on grossi le monde et on s'en fou complètement des conséquences! Ca ressemble ni plus ni moins à un chaos choisi délibérément par les femmes qui est plutôt éffra-yant pour nous les hommes, n'est ce pas? Comme si nos chères poules pondeuses avaient peur du vide et surtout de la solitude, mais c'est du pareil au même. Au moins avec une surpopula-tion, pensent-elles, nos enfants pourront se multiplier plus facilement et ajouter du chaos au chaos, ce qu'elles désirent inconsciemment au fond d'elles même, mais sans se l'avouer car ce serait faire preuve de cruauté envers leurs enfants. Mais là est semble-t-il leur caprice et perso-nne ne pourra leur faire changer d'avis ni vous ni Dieu. Car d'après un vieux dicton, ce que femme veut Dieu le veut : Je veux un bébé! Je veux un bébé! qu'elle vous martèlera une nouv-elle fois telle est son obsession, comme sa mission suprême sur la terre. Pour moi, c'est le sig-ne évident de notre malediction sur cette terre en venant au monde à cause d'un caprice d'une folle et qu'on le paye très sévèrement en conséquences! Que leur fils devienne un assassin, elle ira le voir en prison pour lui dire des mots doux et proclamera même devant le juge qu'il est innocent! N'est-ce pas une histoire de fous, tout ça? Et dira avec force conviction qu'il est impossible qu'il soit devenu un assassin, car tout enfant il était doux comme un agneau et que ce sont les Hommes qui l'avait rendu méchant( ce qui n'est pas entièrement faux, quand on sait que les circonstances sont dans 90 % des cas les raisons des crimes). Mais un avocat aura-t-il le courage de mettre sur le banc des accusés, la société toute entière?

Personnellement, je n'y crois pas et pour la simple raison que ce cas ne s'est jamais présenté pour l'instant. Que leur enfant naisse avec une patte en moins, elle dira au docteur qu'elle veut le garder et qu'elle aimera comme un vrai enfant! Et s'il est mongol, Madame? Réponse sans appel : Je veux le garder, c'est mon enfant! Bref, la liste serait longue a énumérer, car nous avi-ons affaire ici visiblement à une entêtée qui fera tout pour garder près d'elle son paquet de via-nde vivante pour des raisons qui nous dépassent totalement! Étrangement, les rois et les reines, qui ont toujours proclamé leur pouvoir descendre de dieu, sont logés à la même enseigne que nous tous et que le nouveau prince tant attendu n'aura aucune origine divine( c'est pour cela qu'il est mortel), car issu d'un simple caprice entre un roi et une reine qui ont besoin d'une des-cendance pour garder le pouvoir au sein de leur dynastie. Et les rois sont contents quand la population de leur royaume grossie. Ainsi ils pourront lever des armées plus importantes, mais aussi des impôts etc. Merci, Mesdames, encore une fois! Oh comme je vous hais et pour toutes ces raisons, maîtresses du diable! A propos de ma mère, qui n'était pas comme les autres, elle m'a abandonné à ma niassance parce que j'étais laid avec un bec de lièvre et des oreilles en for-me de choux-fleur et surtout à cause d'une face qui ressemblait à Elephant-man! Mon père n'en parlons pas, car je ne l'ai jamais connu et ne s'est jamais manifesté pour me reconnaître. Qu'il aille au diable, le mécreant! Ma mère était sûrement une femme très intelligente, quand elle a vu du premier coup d'oeil que je n'aurai aucun avenir parmi les Hommes. Alors elle m'a aban-donné pour ne pas devoir assumer mon malheur et le sien au passage. C'est étrange de parler de cette malédiction originelle, mais les enfants qui ont une mère et un père ne sont pas forcément plus heureux pour autant. Car il est fort possible que le bonheur ne dépende pas qu'on ait des parents ou non, mais d'un don que la nature nous a fait pour jouir tout simplement de la vie et de ses joies en toutes circonstances. Il est évident que ces hommes et ces femmes, touchés par la grâce, sont une minorité parmi nous même je dirai en voie d'extinction vu la méchanceté qui régne aujourd'hui dans notre socièté telle une grosse verrue, n'est-ce pas?

Je sais que c'est paradoxal ce que je dis là. Mais pour nous autres, qui n'avons hérité d'aucun talent pour le bonheur, la partie semble comme perdue d'avance. Je sais bien que c'est dure de l'entendre. Mais sachez, mes chers compagnons d'infortunes, que notre malheur nous vient des femmes qui nous obligent à perpétuer notre malheur en fondant une famille à notre tour. Oh excusez-moi, Mesdames, d'avoir été grossier avec vous! Mais il faut vous dire les choses telles qu'elles sont et vous vous en privez pas, n'est-ce pas? C'est vrai que j'ai un compte à régler avec vous et vous en connaissez parfatement les raisons!

Fabien, sentant soudainement une douleur à la jambe, partit s'allonger sur son canapé.

Le problème des femmes, se disait Fabien, c'était leur corps, ce corps remplis de déisrs inavou-ables qu'elles n'arrivaient pas à satisfaire en sachant que la majorité des hommes avait un petit zizi, ce qui representait pour elles leur plus grande angoisse devant l'éternel, si l'on peut dire. Ne nous le cachons pas, mais la recherche de l'étalon reste quand même leur grande occupation existentielle et malgré que celui-ci ne pourra pas satisfaire toutes ces dames en sachant que la nature avait des limites où l'etalon ne pourra pas malheureusement mettre son engin dans tout ce qui roule du cul( risque de crise cardiaque) au grand désespoir de ces chiennes en chaleur! Comme c'est dommage! semblent-elles se dire, comme s'il sagissait d'un grand malheur alors que s'en était pas un, sauf pour elles, bien evidemment. Mais Messieurs, ne vous inquiètez pas pour elles. Car pour ces dames rien n'est impossible et piquer le petit ami d'une de se amies( qui d'après la rumeur avait un gros engin) ne sera pas un problème même au prix de perdre une de ses meilleurs amies! Mais les femmes sont ainsi, sans véritable morale, mais de véritables natures qui ne vivent, il faut le dire, seulement pour les grandes passions. Impatientes en tout, elles sont les maîtresses et les organisatrices du chaos social, comme je vous le disais précéde-mment. Moi qui suis laid comme un babouin, je peux vous en parler en toute connaissance de cause, parce que je sais que nous subissons depuis des millénaires leur dictature bestiale!

Surtout ne leur parler pas de sagesse ou de politique, sinon elles risquent de se mettre en colère ou en furie contre vous. Parler leur plutôt d'amour et de sentiments qui semblent plus diplom-atique pour les mettre à l'aise. Car c'est leur domaine de prédilection et leur terrain de chasse où elles excellent, bref, celui de la manipulation du mâle afin qu'il tombe dans ses filets et lui fasse des enfants au passage. Oui, disons le clairement, ce sont des poules pondeuses que la nature à fabriqué pour que la vie ne s'arrête jamais, comme pour mieux installer le chaos chez nous, les hommes. Moi qui suis celibataire, j'ai comme bien de la chance de ne pas vivre avec une de ces hyènes qui j'en suis sûr ferait de ma vie un camp retranché ou un champ de bataille. Peut-être que ma laideur est une bénédiction, je me demande parfois en pensant aux hommes qui sont emmerdés toute la journée par leurs femmes et par leurs mômes qui craillent à tout bout de champ du wc au salon? J'ai lu dans le figaro( un journal serieux aux pages scientifiqu-es) que le cerveau des femmes n'avaient pas évolué depuis l'ère préhistorique! Alors que celui des hommes avaient augmenté de volume montrant qu'il prenait de la matière grise au fur et à mesure que le monde se complexifiait. Les scientifiques avaient basé leur étude sur l'évolution de la taille entre les hommes et les femmes où celle de l'homme augmentait de siècle en siècle, alors que celle de la femme restait petite, comme si elle n'évoluait pas? C'était la question que se posaient les scientifiques à la fin de leur article sans vouloir bien évidemment enfoncer le clou et se mettre à dos toute la gente féminine.

Imaginez Madame Figaro, prise d'hystérie, envoyant des lettres d'injures à la direction du Figa-ro pour boycotter tout bêtement leur magazine préféré! Non, messieurs, vous ne verrez pas d' ici tôt ce genre de choses dans nos médias qui, ne nous le cachons pas, cajolaient leurs lectrices comme des poules aux oeufs d'or, ce qui n'était pas loin de la vérité, n'est-ce pas? Les scientifi-ques en concluèrent que si le cerveau des femmes n'évoluait pas, c'est parce qu'elles n'en ava-ient pas besoin pour se reproduire en sachant bien que la reproduction de l'espéce humaine n' avait pas besoin d'un enorme QI, mais tout bêtement d'une bonne santé et d'un goût immodéré pour la jouissance, ce qui était la définition exacte de la femme, n'est-ce pas? Bien sûr, vous allez me dire qu'il existait des femmes intelligentes, oui c'est vrai, mais en apparence. Car tout ce qu'elles savaient, elles l'avaient piqué aux hommes et vous le répètaient comme un vulgaire ma-gnétophone. C'est dire le desarroi de ces derniers de répondre à ce genre de machine qui vous parlait de soi-disant raison, sagesse, philosophie, etc alors que seul leur instinct les gui-dait afin de connaître vos points faibles et vous prendre dans leur toile d'araignée. Et des fem-mes écrivains parlons en, ah! ah! ah! En fait, ces femmes se prenaient pour des hommes, n'ayo-ns pas peur de le dire et c'était complètement idiot! Car comment montrer qu'on était aussi in-telligent que les hommes, sinon qu'en imitant leur profession ou leur posture pour se mesurer à eux? Bref, elles leur empruntaient leur pantalon pour être clair par un phénomène de mimétis-me qui n' avait rien à voir avec l'intelligence, n'est-ce pas, mon cher lecteur? Et la femme qui voulait devenir un homme pour des raisons délirantes d'égalité voulait désormais jouer à armes egales avec les hommes qui, il faut le dire, avaient des capacités physiques et intellectuelles que les femmes ne pourraient jamais égaler!

Mais bon, l'imposture avait ceci de bien qu'elle vous faisait croire qu'il existait des femmes intelligentes, alors que c'était totalement faux! Lisez leurs livres et vous n'y verrrez que des histoires d' amours et de séductions déguisés en grands concepts intellectuels, bref, du Freudis-me avant l'invention du médicament, ce qui ne pourra jamais tromper un homme intelligent, mais seulement des imposteurs qui voudraient nous faire croire que la femme avait du génie, alors qu'elle n'en avait aucun sauf de donner la vie, ce qui n'était pas négligeable, n'est-ce pas? Et si les hommes leur accordaient bien volontier ce titre de génie, c'est parce qu'ils avaient pitié d'elles en se faisant passer pour de soi-disants hommes évolués qui auraient compris le combat des femmes qui serait de nature pacifique et non de foutre le bordel autour d'elles, ce à quoi je ne coyais pas du tout, mon ami! N'avez-vous pas remarqué que les homosexuels, malgré qu'ils n'aiment pas les femmes, prenaient souvent la cause des femmes? Lexplication est tout simple : mêmes interêts, même combat! Car eux aussi voulaient foutre le bordel dans la socièté toute entière qui, il est vrai, les culpabilisaient sur leur sexualité déviante. Mais bon, moi personnell-ement, j'ai toujours eu plus du plaisir à parler avec un homosexuel, qui se cachait de l'être, que de parler avec une ces bonnes femmes qui me faisaient la grimace quand j'essayais de lui adres-ser la parole! Fabien avait maintenant envie d'insulter les femmes pour son seul plaisir : trou de balles, trou par devant, trou par derrière, gorge profonde, abîmes sans fond, dresseuses de bites qui feraient mieux de travailler dans un cirque qu'à la sécurité sociale! Rouge de plaisir, il se demandait pourquoi les hommes pour l'instant n'avaient jamais écrit de livres sur la détestation des femmes?

Moi personnellement, si j'avais du talent, j'en écrirais bien un dont le titre serait vite trouvé. Il s'agirait de l'homme qui haïssait les femmes! C'est dire un titre haut en couleur qui sûrement ferait un best-seller dans la caste des mâles, alors que chez les femmes un roman à jeter au feu et pourquoi pas une raison pour aller couper les couilles à son auteur si on l'attrapait? En fait, se disait Fabien, si ce livre n' avait jamais pu voir le jour, c'est parce que les hommes étaient bien trop lâches pour pouvoir l'écrire (sur ce point, elles avaient entièrement raison). Bref, une lâch-eté qui les empêchaient de leur dire la vérité toute crue sur leur dépravation physique et mentale. Fabien imaginait alors, avec ce livre hors catégorie, des scenarios rocambolesques sur l'auteur qui serait poursuivi jour et nuit par une bande en furie voulant le mettre en charpie pour lui avoir dit simplement la  vérité! Un jour, il est fort possible que l'on découvre l'auteur du roman, mort chez lui, emascullé, les couilles enfonçées dans la bouche! L'annonce dans les journaux peoples feraient alors exploser les ventes et surtout procurerait un énorme plaisir aux lectrices avides d'émotions et de vengeances, n' est-ce pas?

Age mental des femmes environ 7 ans! Ce n'est pas moi qui le dit, mais un magazine dit seri-eux où des scientifiques l'avaient calculé lors d'une étude sur le cerveau des femmes. Leur con-clusion les avait beaucoup surpris et en particulier les femmes chercheuses qui travaillaient alors sur cette étude qui ne s'attendaient pas à ce resultat déplorable!

Même certaines d'entre elles, qui étaient conscientes des conséquences dévastreuses sur l'image de la femme, avaient éssayé tout bonnement de faire disparaitre les résultats en brûlant les doc-uments. Mais pas de chance pour elles, car ces derniers avait été dupliqués et protégés dans un coffre sous haute protection. Desormais la nouvelle au niveau mondial allait les humillier et les faire traiter de petites filles par leurs maris et par leurs collègues de travail, ce qui était pour elles une situation bien difficile à tenir quand on se croyait l'égal d'un homme, n'est-ce pas? Moi personnellement si j'étais une femme, je démissionnerais sur le champ et me ferais pouss-er la mousache pour trouver un emploi dans la maçonnerie, hum? Ce qui serait, je pense, la meilleure solution pour les plus intelligentes d'entre elles dont l'âge mental est de 8 ans, Ah!Ah! Ah! En fait, ce qui me désespère le plus au monde, c'est de savoir que les hommes, par une totale inconscience, ont laissé le destin de l'humanité entre les mains d'une petite fille et à tous ses caprices! C'est sans aucun doute à cet endroit stratégique que l'on apercevait la grande lâc-heté des hommes qui, si intelligents soient-ils, ne voulaient pas endosser la responsabilité d'un futur chaos social. Et sur ce point, je les trouvais extrêmement intelligents, voir d'une adresse redoutable, mais que les femmes ne seraient saisir vu leur âge mental déplorable. Mais bon, les hommes sont ainsi fait, veules et lâches afin de ne pas se sentir culpabiliser sur le destin de leur progéniture, n'est-ce pas? Et disons le franchement sur le destin du monde! Fabien, sans le sav-oir( car il n' était pas très cultivé) venait de mettre au remblais tous les concepts de Freud sur la notion de culpabilité basée sur le complexe d'Oedipe qu'il ne connaissait pas (où le fils tue son père pour baiser sa mère) grâce à sa propre expérience d'enfant qui n'avait jamais connu sa mè-re ni son père. Sans le savoir, il offrait désormais à l'humanité, une vision toute nouvelle sur la noti-on de culpabilité.

En gros, si le monde tournait mal c'était à cause des femmes! C'est ce que pensaient tous les hommes heureux désormais de se débarasser de ce sentiment de culpabilté qui leur gâchait sou-vent l'existence afin de s'adonner à leurs plasirs : les jeux, la chasse et les femmes faciles. En fait, l'erreur de Freud fut d'avoir intellectualisé la Nature, alors que celle-ci était tout bonne-ment pleine de bon sens pour ses créatures. L'homme était le créateur et la femme un ventre pour donner la vie. De ce fait, la femme était la seule coupable dans cette histoire. Car en mett-ant au monde une créature, elle en devenait aussitôt la première responsable! Quant à l'homme, il était le simple spectateur de cet horrible spectacle qu'on appelait l'accouchement. Bref, un accouchement auquel il refusait d'assister, car plus horrible à voir y'avait pas mieux. Alors pen-dant ce temps là, il préferait aller boire un coup avec ses amis ou bien faire une partie de carte où la mauvaise foi était un plaisir jamais dissimulé. Mais ainsi était l'homme, veule et lâche afin d'agir comme il l'entendait, n'est-ce pas? Je ne dirai pas qu'il n'était pas courageux, mais parfois ça lui arrivait quand il se trouvait au pied du mur, mais qu'il évitait le plus souvent po-ssible en connaissant son extrême intelligence. La femme, quant à elle, était extrêmement naïve ou candide devant les événements de sa vie et de ce fait son courage était un vrai courage, mais malheureusement sacrifitionnel. On peut dire ici que c'était la grande difference qu'il y existait entre l'homme et la femme où l'un combattait pour le plaisir de combattre et l'autre pour le plaisir de se sacrifier. Et tandis que l'homme voulait tuer avant d'être tué l'autre se jet-ait dans le feu sans qu'on lui demande. Fabien était surpris d'apprendre tant de choses grâce à un petit article paru dans un magazine scientifique où l'homme était comparé à la femme.

Pour lui, en tant que célibataire (qui n'avait jamais connu de femmes et disons-le franchement, l'amour et le sexe), toutes ces questions semblaient venir d'une autre planète. Car qu'était-il lui exactement, un homme ou une femme? Personnellement, il ne le savait pas et c'est ce qui le mettait souvent en porte à faux avec le monde dans lequel il vivait. Un vieux garçon qui n'avait pas de vie amoureuse ni même de relation avec les femmes que cela pouvait bien être : un mo-nstre, un avorton, un être asexué, un homme inachevé, un légume? Fabien ne le savait pas lui même et évitait souvent d'y penser et on pouvait bien le comprendre. Pour en revenir à notre équipe de scientifiques (qui s'était débarrassée des femmes pour ne pas fausser les resultats), celle-ci avait réalisé une autre étude concernant l'acte sexuel entre l'homme et la femme. Les résultats furent une nouvelle fois surprenants en constatant, lors de l'acte sexuel, que la femme diffusait dans le corps de l'homme une toxine ou une sorte de poison qui à plus ou moins long terme rendait l'homme fou! On constatait après deux ou trois années de vie commune que l'ho-mme commençait à taper sur sa femme sans savoir pourquoi et elle non plus. Les scientifiques avaient essayé d'expliquer cet étrange phénomène et en avait conclu que c'était dans l'ordre des choses que l'homme, après avoir fécondé la femme, n'avait plus véritablement d'utilité pour la nature, bref, il s'était reproduit et pouvait donc mourir le devoir accompli, CQFD!

Pour illustrer ceci, ils avaient pris en exemple le vol nuptial du bourdon qui, après avoir fécon-dé la reine des abeilles, celle-ci lui broyait les testicules et notre pauvre bourdon, dépourvu de ses parties sexuelles, se plantait dans le décors et mourait après avoir fait son devoir dicté par la Nature, CQFD. Tous ces resultats surprenants furent bien évidemment contestés par un coll-ectif de femmes qui s'était réuni afin de défendre l'image de la femme et de sa féminitée où être traitée de petite fille, quand on était directrice d'un grand departement d'Etat ou d'une grosse boite était tout simplement une insulte qui devait être puni d'une grosse amende. Les scientifi-ques avaient éssayé de se faire comprendre, mais la furie de certaines d'entre elles, les avait poussé à mettre de l'eau dans leur vin et leurs articles furent mis au conditionnel, afin de cal-mer la férocité de ces hyiènes. A la fin de l'article, les scientifiques (plein de sagesse) conseillè-rent  aux jeunes hommes, qui voulaient vivre vieux, de ne pas se marier ou du moins éviter de fréquenter les femmes, si ce n'est qu'avec des preservatifs! Mais une nouvelle fois, le collectif des femmes porta plainte auprès du parlement Européen pour crime contre l'humanité! Les sci-entifiques, harcelés jour et nuit par des femmes en furie, furent obligés de céder et louèrent l'a-ctivité sexuelle comme un bienfait pour l'homme et la femme ainsi que pour l'humanité. Ainsi tout rentra dans l'ordre, disons pour un certains temps. Car sans le savoir, les scientifiques ven-aient de commencer la guerre des sexes! Ce qui pour Fabien, dans son for interieur, faisait rugir et rougir de plaisir.

Avec le mépris qu'il avait employé pour parler des femmes, il se demandait s'il n'allait pas dev-enir un jour un serial-killer?

Mais quand il regarda son état d'impotent et de ses muscles qui se tétanisaient quand il les ban-dait, il poussa un long soupir d'amertume de ne pouvoir un jour satisfaire ce grand plaisir d' étrangler de ses propres mains une de ces chienne en chaleur! Meurtrie dans sa chair et dans son âme, il partit vers la fenêtre pour voir ce qui se passait dans la rue où le soleil se mit soudaine-ment à briller. En poussant le rideau, il vit en contre bas un groupe de jeunes filles dont les jupes très courtes annonçaient déjà les beaux jours. Et pour une raison inconnue, celles-ci s' arrêtèrent sous ses fenêtres et se mirent soudainement à rire à gorges déployées au point qu'il aperçut leurs seins s'agiter comme de gros obus! Fabien, pendant un instant, crut sentir sous ses pieds de grosses secousses et se retint à l'espagnolette de la fenêtre pour ne pas tomber. Ecoeu-ré, il savait pertinement qu'avec les beaux jours, elles allaient jeter leurs obus ou leurs ogives nucléaires dans le coeur des hommes et faire les dégâts qu'on connaissait tous. Dépité et se se-ntant toujours aussi seul dans la vie, il retourna s'asseoir sur son canapé à la même place où il posait toujours ses fesses, sans bien s'en rendre compte, c'est à dire sur le continent américain et plus précisément sur les USA, le chancre du monde! Fabien, qui avait lu dans sa jeunesse, Céline, en vérité n'aimait pas beaucoup le personnage et surtout sa littérature à laquelle il n' avait jamais rien compris. Mais se rendait compte ici qu'il était entièrement d'accord avec lui sur l'état clinique de l'Amérique, c'est à dire un gros bouton de pue, n'est-ce pas? Et puis ne nous le cachons pas, le serial-killer n'était-il pas made in América?

1 semaine plus tard

Ohé mes amis, cette semaine j'ai revu Pedro! et ça m'a fait vachement du bien de pouvoir enfin sortir de toutes ces pensées funestes sur les femmes. Je sais bien pour leur avoir dit la vérité qu'elles me détesteront pour longtemps. Mais bon, pourquoi irai-je leur dire pardon en sachant bien qu'elles ne m'aimeront jamais du fait que je suis laid? Bref, passons à autre chose et à des choses plus agréables. Oui, comme je vous disais, j'ai revu mon ami alors que je ne m'y attend-ais pas du tout. Bref, comme d'habitude, je broyais du noir sur mon canapé, quand au milieu de l'après midi, j'ai entendu quelqu'un frapper à ma porte sans savoir qui ça pouvait être en pens-ant au pire comme d'habitude. Mais alors quelle fut ma surprise de le voir apparaître devant moi tout rayonnant de bonheur avec son large sourire et sans que je lui demande me prenne dans ses bras! Oh mon dieu, si le bonheur existe, je suis convaincu que Pedro en fait partie! Pour quelle raison, je l'ignore complètement et ne veux point le savoir. Bref, il y a des choses qu'on ne doit pas essayer de comprendre, comme la beauté de la nature et pourquoi le soleil veut nous rendre heureux? Ceci est un mystère qu'on ne résolvera pas d'ici tôt. Mais c'est peut-être ce qu'on app-elle tout simplement l'amour? Un amour sans sexe ou le grand amour univ-ersel comme disent les grands prêtres? Pour ma part, Pedro est pour moi comme un soleil radi-eux même s'il me raconte parfois ses mésaventures qu'il veut bien partager avec moi. Car il sait que je suis seul et sans amis et que mon seul plaisir est de l'écouter parler : moi qui n'a rien d' intéressant à raconter sinon de décrire aux gens de passage ses éternelles douleurs issues d'une vieille souche française dégénérée!

Il est evident avec ce type de discution que mes relations avec les gens ne peuvent pas durer bien longtemps et vous comprendrez pourquoi. En le serrant contre moi, jai senti comme le souffle de la liberté m'étreindre et ça m'a fait énormément de bien. Alors Fabien, comment tu vas depuis la dernière fois? me lança-t-il comme on lance une perche à un homme qui est en train de se noyer( en sachant bien que je vivais dans un total isolement à cause de ma laideur). Tu sais, Pedro, comme tu le vois, je me porte à merveille! je lui repondis sans savoir pour qu-elle raison( car dix minutes auparavant, j'étais malheureux comme les pierres. Mais bon, com-me j'avais envie moi aussi d'être heureux, j'oubliais toutes mes douleurs et mes haines contre les Hommes). Mais viens t'asseoir, Pedro! Tu sais bien qu'il y a toujours une place pour toi sur mon canapé. Merci, mon am! Et tu peux t'asseoir sur n'importe quel continent du monde, je te laisse le choix, lui dit-il. Pedro, entendant cela, se mit aussitôt a rire quand il vit que le canapé était recouvert du même tissu que le sien où tous les continents étaient représentés. Ah!Ah!Ah! je vois que tu as beaucoup d'humour et ça me fait plaisir que tu sois en forme de ce côté là. Fabien ne dit rien sur cette allusion et l'invita plutôt à s'asseoir. Étrangement, Pedro posa ses fesses sur les USA comme une habitude historique ou peut-être comme une envie de dire à son ami qu'il n'aimait pas beaucoup les américains? En fait, il ne lui demanda aucune explication en comprenant que son ami, en posant ses fesses sur l'Amérique avec un ouf de soulagement, était venu avec des idées pacifques et généreuses.

Café? lança soudainement Fabien à Pedro qui était confortablement installé sur le canapé. Bien sûr! lui répondit-il en ne voulant pas déroger a la cérémonie du café qui symbolisait la naissan-ce de leur amitié. Tu m'excuseras, mais je n'ai pas de café de Colombie à t'offrir, mais seule-ment du café de la maison du café qui entre nous n'est pas mauvais, car peu cher pour les gens à faibles revenus comme moi. Mais ne t'inquiètes pas pour ça, mon ami, ça suffira très bien pour renouer notre amitié. Ah oui? dit Fabien troublé par cette réponse venant du coeur. Mais oui, car je sais que dans ce café tu y mettras le meilleur de toi même et c'est pour moi le plus important. Bien, bien, dit-il en s'avançant, non moins rassuré, vers la petite table de la cuisine où était installée sa cafetière électrique(qu'il utilisait rarement par faute de monde) genre mou-linex en doutant sur la qualité de son café à offrir aux amis. En le regardant remplir au robinet le reservoir de sa cafetière, Pedro ne dit rien, mais l'observait en voyant bien qu'il n' avait pas de cafetière à l'italienne comme lui, mais comprenait vu son handicap qu'il ne pouvait pas res-ter longtemps debout devant sa cuisinière a surveiller le café sur le feu et compatissait entière-ment aux maux et aux douleurs de son ami. Après avoir mis un filtre neuf dans la cafetière, puis de la poudre à café de la maison du café à l'intérieur, il appuya sur l'interrupteur marche de la machine et dit : Maintenant, il n'y a plus qu'à attendre que le café se fasse tout seul!

Oh oui, tout seul! s'écria intérieurement Pedro en comprenant qu'un jour les machines auront tout envahi dans notre vie quotidienne où nous seront à leur service, bref, leurs esclaves. Ce qu'il arbhorait de tout son coeur, lui l'homme libre qui s'insurgeait contre le modernisme enva-hssant des machines. Tu veux des petits beurres avec le café? lui demanda-t-il soudainement en se tenant debout devant le placard de la cuisine. Si tu veux ouvres en un paquet. Mais moi, personnellement, j'en raffole pas surtout trempés dans le café! Mais toi, si tu as faim, ne te gên-es pas. D'accord, d'accord, dit Fabien en ouvrant la porte du placard où il sortit un paquet petit Lu. Quand il passa devant sa machine à café, celle-ci ne chantait pas comme la cafetière italie-nne de Pedro( qui avait un bruit de petit train a vapeur), mais la sienne avait le bruit d'un vieux paquebot proche du dernier voyage. Bof, bof, dit-il en allant rejoindre son ami sur le canapé. Oh zut, j'ai oublié les tasses! lança-il en posant ses fesses sur le canapé et sa canne à coté de lui. Mais non, reste assis, je vais les chercher! Merci, je te redevrais ce service. Pedro se leva et alla directement ouvrir le placard où il sortit deux tasses à café dont les décorations le prirent com-me par surprise en y apercevant des motifs Incas et Mayas! Sous ses yeux charmés et étonnés en même temps, il vit des glyphes peints délicatement sur la porcelaine ainsi que des dieux hauts en couleur dont il reconnut le plus célèbre d'entre eux, Quetzacoatl, le célèbre serpent à plumes qui représentait pour les Mayas, l'inventeur du livre et du calendrier, bref, le symbole de la pat-ience et de la persévérance.

Mais Fabien, tu ne m'avais pas dit que tu avais un service a café comme celui-là où mes dieux étaient honorés sur de la belle porcelaine! Heu..oui, bredouilla-t-il quelque peu gêné que son ami sâche desormais qu'il avait une fascination pour ces civilisations disparues: fascination qui datait seulement depuis leur nouvelle amitié. Heu, oui, oui, j'ai acheté ce service à café dans une petite boutique de commerce équitable dans le quartier. Je crois qu'elle s'appelle la bout-ique du nouveau monde où les produits sont originaux, mais surtout bon marché. Oh, mon cher Fabien, viens que je t'embrasse! lança Pedro en allant vers le canapé pour l'accueillir entre ses bras. Mon cher Fabien, mais sais-tu que par ton action, mon peuple d'Amérique latine peut enfin vivre dignement? Heu...oui sûrement, dit-il un peu gêné. Mais vois-tu, je l'ai fait surtout pour notre amitié et je ne pensais pas à tout cela en faisant mes achats. Mais c'est tout comme! dit Pedro enthousiasmé par les bonnes intentions de son ami qui en le pressant entre ses bras puissants lui fit un peu mal aux cotes. Ah, mon ami, comme nous nous ressemblons! Ah oui? dit Fabien étonné d'une telle comparaison avec Pedro qui était une force de la nature que la traversée de l'amazonie à pied et en pirogue avait rendu quasiment indestructible. Pedro, avant d'étreindre son ami dans ses bras, avait posé les deux petites tasses à café sur la table basse et les avait choisi avec pertinence afin que la cérémonie du café soit représentative de leur amitié. La sienne représentait le dieu, Quetzacoatl, le célèbre serpent à plumes et celle de Fabien, Itz-amana, le dieu guérisseur afin qu'il puisse un jour le guerir de tous ses maux et de ses maladies héréditaires. Les deux petites tasses à café, posées sur la table basse, attendaient impatiemment la precieuse boisson des Dieux afin de celebrer leur amitié.

Mais comme il était issu de ces peuples Incas, Mayas et Atztéques, il savait pertinement que la boisson des dieux n'était pas le café, mais le chocolat. Mais qu'importe! pensa-t-il en regardant Fabien pris dans des reveries d'éternelles amitiés.

A l'époque, où l'empereur Moctezuma règnait sur l'empire Aztèque, le chocolat était réservé uniquement à l'élite régnante ainsi qu'à ses plus valeureux guerriers. Et c'était au prêtre, désig-né pour cette fonction liée à la nourriture, de préparer la précieuse boisson qui plaisait tant aux Dieux. Et si par hasard, celui-ci était trop vieux ou bien malade, il pouvait demander à une jeu-ne vierge d'allez cueillir a sa place les précieuses cabosses en lui indiquant toutes les caractéri-tiques requises pour honnorer, selon le rite des anciens, la grande cérémonie du chocolat où fo-rmes et couleurs étaient déterminantes pour reussir cette fête destinée aux Dieux. La jeune vierge, équipée de son panier tressé, s'enfonçait alors dans la forêt avec dans la tête toutes les recommandations de lieux et de qualités que le grand prêtre lui avait dictés pour choisir les meilleurs cabosses. Dès son panier rempli, elle le ramenait au temple en espérant que ses choix avaient été les bons..et dès qu'elle voyait un large sourire s'esquisser sur le visage du prêtre, elle savait qu'elle bien travaillé et qu'elle serait récompensée par quelques épis de maïs qui à l'époque valait autant que l'or! La jeune vierge, heureuse, baisait alors la main du grand prêtre. Mais avant qu'elle ramène sa récompense chez elle( où elle sera félicitée par les siens pour son dévouement pour la communauté), le prêtre lui disait qu'il aura encore besoin d'elle pendant quelques jours pour préparer la célèbre boisson des dieux où elle devra faire sécher les fèves au soleil et les surveiller afin d'éviter qu'on les vole!

Car à cette époque, les opposants politiques à l'empereur Moctezuma ne manquaient pas et au-raient été très heureux de gâcher la grande cérémonie du chocolat, qui représentait pour eux le mépris pour le peuple, bref, pour celui qui n'avait pas le droit de boire cette boisson réservée uniquement à l'élite régnante! La boire en cachette était considéré par le pouvoir comme un sa-crilège en punissant de mort celui qui serait surpris en le soumettant au sacrifice humain auqu-el il manquait souvent des victimes consentantes. On pouvait rapprocher cette révolte populai-re avec celle du peuple égyptien qui( prenant conscience de n'avoir pas accès à la vie éternelle, comme leur pharaon et à sa famille par le procédé de l'embaumement gardé jalousement par les grands prêtres) se révoltera un jour contre cette grande injustice qui le bannissait pour toujo-urs de cette vie dans l'au-delà! Question intéressante : le peuple, en tant qu'entité ou multitude, aurait-il le droit lui aussi à la vie éternelle ou bien serait-ce une totale gageure de le concevoir? Je sais bien que pour les républicains ou les démocrates, cette question ne se posait plus, grace à leur grande Revolution qui avait donné au Peuple un passeport pour la vie éternelle entre au-tre politique, afin de légitimer son pouvoir pour les temps à venir. Mais était-ce vrai ce mens-onge ou bien ne serait-ce là qu'une simple carte de séjour temporelle donnée au citoyen pour le rassurer, vu que personne ne connaîssait l'avenir des sociétés? Quant aux rois et aux pharaons, il était totalement exclu que le peuple puisse être admis dans ce royaume de la vie éternelle où Dieu, le tout-puissant, ne pouvait admetre en son sein que les héros ou les génies et non cette multitude d'esclaves qui encombrerait vite son paradis!

Etrangement dans l'antiquité, on comparait souvent l'esclave à un poisson qui rêvait d'avoir des ailes pour pouvoir voler! Ce qui bien sûr était d'une totale aberration pour les hommes pétris de raisons, n'est-ce pas? Mais bon, on avait affaire ici à un Homme qui sans conteste aimait la liberté, mais par un manque total de courage hésitait à la saisir haut le corps de peur de l'affr-onter ou bien par la peur de l'inconnu en sachant que l'esclave par nature aimait bien garder ses boulets aux pieds symbolisés par le travail et sa propre reproduction, ce qui le rassurait dans sa vie quotidienne où son avenir était tracé par ses maitres. Bref, il restait esclave parce que cela lui évitait de trop réfléchir sur lui même et de prendre son destin en main, telle était sa tare héréditaire que l'on observait toujours chez l'esclave d'aujourd'hui où sa pensée était un long héritage d'habitudes ancestrales qui, ne nous le cachons pas, était propre au troupeau comme nous le sa-vons tous. Ceci est dit sans mépris, mais qu'une constatation, n'est-ce pas? Bref, un poisson qui rêvait d'être un oiseau tel était le grand paradoxe chez l'esclave voir une quadrature du cercle qui lui était impossible à résoudre, ce qui ne nous le cachons pas faisait beaucoup rire les Hommes libres qui ne se posaient pas ce genre de questions sur la légitimité de leurs actions. Pour revenir à notre sujet, on peut dire ici, sans bien se tromper que cette désacralisa-tion ou démocratisation de l'accés à la vie éternelle pour le peuple a été la perte de la civilisa-tion Egyptienne : où ses hautes valeurs, desormais popularisées, n'offraient plus alors aux pui-ssants et aux Dieux les raisons de magnifier l'excellence des choses de la vie et de ses mystères. Puisque tout était devenu désormais banal par ce rabaissement du divin au niveau des Homm-es, à celui de la masse et du nombre, Dieu était devenu un "mec" comme tout le monde et les légendes et les mythes pouvaient alors disparaître de la surface de la Terre, ce qui marquait pour moi d'une manière définitive, la fin de l'antiquité!

Quant aux Aztèques et aux Mayas, cette démocratisation de la cérémonie du chocolat, bref, du chocolat pour tous! fut rendue possible grâce au célèbre serpent à plumes, Quetzacoatl qui l'o- ffrira au peuple pour que celui-ci le boive tous les matins du monde, comme nos anciens die-ux. N'oublions pas aussi de dire, à notre cher lecteur, que Quetzacoatl était le symbole de la pa-tience et de la persévérance, ce qui ne pourra tromper personne quant à son message prophétiq-ue! Bref, par toutes ses qualités quasi intemporelles, appartenant au livre et au calendrier, nous pouvons dire ici qu'il fut l'un des premiers dieux révolutionnaires voués à la cause du peuple voir un Christ avant l'heure? Ceci nous est permis aussi de le penser.

Pedro, assis confortablement sur le canapé en attendant que le café soit passé entièrement dans la machine, semblait méditer sur ces questions concernant la vie éternelle pour tous. Bref, le chocolat pour tous, le bonheur pour tous, la dignité pour tous, la liberté pour tous, l'amour pour tous, le succès pour tous, le fric pour tous, le bac pour tous, le sexe pour tous, etc, ce qui l'ébranla pendant un instant en pensant que tout ceci ne fut pas bien raisonnable pour l'humani-té voir une chose impossible à realiser. Parce que tout simplement cette grande idée généreuse découlait d'un grand mensonge inventé par les Hommes, et plus précisément, par ces grands démagogues que le troupeau ou le peuple avait élu afin qu'ils soient leurs bergers et les guider pour les siècles à venir. Et si l'on pouvait admettre du génie au peuple, ce fut bien de ce coté qu'il fallait le chercher. Car après avoir "descendu" froidement les dieux les plus illustres de leurs piédestales, comme dans un vieux polar américain, il les dépèceront lors d'un grand festin qu'ils appeleront le jour de la libération des peuples. Ce jour là, ne nous le cachons pas, fut in-oubliable pour le genre humain qui s'affranchissait pour toujours des dieux en leur dictant dé-sormais ses exigences et non plus l'inverse. Après ce carnage ou cannibalisation des dieux par les Hommes, devenus deitropophages, ils créeront un nouveau dieu, un dieu fait à leur mesure et à leur image et non plus à celle de ces dieux égoïstes et cruels!

Pour ma part, je pense, que la naissance de la religion chrétienne est née de ce grand mouvem-ent vers le bas et par cette grande démocratisation du divin afin de l'humaniser pour dire simpl-ement les choses. Dans le but bien évidemment de le rendre accessible au commun des mortels, mais avec l'inconvénient de perdre en force, puisque morcelé et divisé en millions de parties pour que chaque individu puisse en posséder une infime partie. Bref, ce fut la chute des dieux dans les grands marécages humains et ceci pour longtemps! Je ne conteste pas que tout ceci soit une superbe invention des Hommes pour avoir leur destin en main. Mais moi, personnelle-ment, je suis convaincu que tout ceci n'assure en rien le bonheur ni la paix pour l'humanité (voyez l'Histoire du 20 ème siècle!). Pedro sentait intimement que la grande force du christian-isme, disons même son genie, se trouvait dans cette grande et belle invention qu'était l'amour universel! Car même s'il savait qu'elle n'était qu'un beau mensonge, il devinait aussi qu'elle était une magistrale spéculation sur l'avenir des sociétés humaines : où l'Homme pourra envi-sager un possible amour pour son prochain! Et si par hasard, ce grand mensonge fonctionnait, mais qui pourraient s'en plaindre, sinon les idiots? Par conséquence, les Hommes ne pouvaient qu'y gagner et s'en réjouir, n'est-ce pas? Supposons, mon cher lecteur, que Dieu ne soit qu'une magistrale invention ou spéculation religieuse ou intellectuelle. Alors, il faut se l'avouer, mais sans ce dieu chrétien, qu'est le Christ, cette idée de l'amour pour son prochain n'aurait jamais existé parmi les Hommes en sachant bien que l'Homme a toujours été un loup pour l'Homme!

En parlant de cet amour universel, inventé pour que la paix soit entre les Hommes, il ne faut surtout pas le confondre avec l'amitié dont l'origine est plus ancienne que l'amour pour son pr-ochain. Car l'amitié est naturel, d'ordre privé et individuel, alors que l'amour pour son prochain est d'ordre mystique, universel voir utopique. Excluons aussi de ce dernier, cet amour qu'il y existe entre un homme et une femme qui, comme nous le savons tous, est naturel et physique en vu de perpétuer l'espéce, ce qui n'a aucun rapport avec l'amour pour son prochain qui est une superbe consolation pour ceux qui ne peuvent aimer naturellement. Pedro qui était issu de ces peuples disparus( les Incas, les Aztèques et les Mayas) et lui même baptisé par l'Eglise cath-olique semblait comme tout connaitre sur ces religions polithéites et monothéistes où leur seu-le différence résidait dans l'invention du mensonge pour demain, afin de faire cohabiter ensem-ble des Hommes pleins de superstitons avec ceux pétris de raison et de sagesse.

Bizarrement, la croyance en l'existence de Dieu relevait d'un curieux mélange de superstitions, de raison et de sagesse. De superstitions, car personne, comme je le crois, n'avait vu Dieu de ses propres yeux, n'est-ce pas? De raison, car personne de censé ne pourrait croire qu'il était le fruit du hasard, mais bien d'une volonté supérieure qui le dépassait. Puis enfin de sagesse, car le bien a toujours été préférable au mal et malgré que ce dernier soit toujours persistant dans la société des Hommes où la colère est une fois de plus préférable au meurtre ou au suicide, n'est-ce pas?

Ainsi est la nature humaine, mouvante et incertaine où la superstition à encore de beaux jours devant elle. La preuve de ce que je dis : faites tomber devant un évêque un crucifix par terre et vous verrez alors dans ses yeux une colère pleine de fureur contre vous! C'est dire que l'Hom- me par nature est impressionnable, voir superstitieux et malgré tous les efforts qu'il fait pour ne pas le montrer. Mais au juste qui lui dit qu'il est fort, sinon sa propre faiblesse? De même peut-on reprocher à quelqu'un d'être faible ou peureux, alors que nous même le sommes en certaines circonstances? Et puis qui peut dire d'une manière définitive qu'il est courageux, sinon un fou et se rendre ridicule aux yeux de tous qui n'attendent qu'une chose de voir votre chute, celle de votre prétentieuse arrogance? Pedro, bercé entre rêve et réalité, se réveilla sou-dainement quand il entendit la cafetière lâcher un jet de vapeur accompagné d'un bouillonnem-ent étrange. Ca y'est, le café est prêt! s'écria Fabien en s'elançant vers sa cafetière électrique av-ec le sourire aux lèvres. Pedro ne dit rien et le laissa faire afin qu'il lui laisse le plaisir de le servir. Fabien, arrivé devant la petite table de la cuisine, sentit une bonne odeur de café envahir ses narines et semblait se réjouir d'avoir réussi un bon café en voyant le bol en verre contenir un précieux liquide noir et profond. Mais avant d'arrêter la machine, voyant la surface de ses sucres en morceaux piqués de petits points noirs, bref, par des oeufs de mouches, discrêtement il souffla dessus pour les faire disparaître!

Puis appuya sur le bouton stop de la machine et par un miracle de prestigitateur se saisit de de-ux petites cuillères, du pot à sucres, du bol contenant le café et le tout entre ses mains d'une agilité remarquable ramenait l'ensemble vers Pedro où ce dernier, les yeux ahuris, se demandait comment son ami pouvait réaliser ce miracle, lui, le malade, l'handicapé? Mais non, mais non, ne bouge-pas, Pedro, je vais y arriver tout seul! lui lança-t-il en le voyant commencer à remuer sur le canapé. D'accord, je te laisse faire! lui dit-il en le regardant avec des yeux pleins d'admi-rations pour sa témérité. Se tenant debout, sans sa canne, se balançant un coup à gauche puis à droite, il ressemblait étrangement à un équilibriste qui semblait tenir entre ses mains un trésor inestimable qui était son amitié pour Pedro! Mais un trésor qu'il sentait encore très fragile et qu'il ne fallait surtout pas le faire tomber au risque de le briser! s'effrayait-il en regardant Pedro pétrifié au fond du canapé.

Arrivé devant la petite table basse, il plia les genoux, puis posa un par un tout son trésor fait pour séduire son ami, puis se releva pour admirer de haut son exploit que Pedro soudainement applaudit en frappant dans ses mains. Bravo! Bravo! Magnifico! Magnifico! lança-t-il en gestic-ulant sur le canapé comme un hystérique. Ah!Ah!Ah! ria Fabien heureux d'éprouver pour la pr-emière fois cette gloire qu'il pensait seulement accessible aux gens bien nés qui lui était jusque là interdit de toucher à cause de sa laideur. Envahi par cette chose toute nouvelle pour lui, il fut saisi de soudains fous rires, Ah!Ah!Ah! Oh!Oh!Oh! que Pedro accompagna par des grogne-ments d'animaux, Ou! Ou! Ou! Hu! Hu! Hu! et par des grimaces venant de ces peuples primitifs dont il était l'héritier. Voyant son ami se métamophoser en un grotesque animal sur le canapé, il ne prit point peur, mais se mit à danser autour de la petite table tel un petit sauvage. Mais sentant qu'il lui manquait quelque chose, il partit dans la cuisine chercher sa canne, puis revint vers Pedro en la brandissant comme une lance pour se remettre à danser autour de la petite table. Pedro, ahuri de voir Fabien se métamorphoser en guerrier, sentit soudainement ses pou-voirs de sorcier ressurgir et prit le pot à sucre qu'il vida sur la table et se le mit sur la tête tel un casque d'or! puis partit à la poursuite de son ami qui venait d'entamer une danse primitive qu'il semblait redécouvrir. Tournoyant et martelant ainsi le plancher autour de cette table basse, ciselée de motifs Incas et Mayas, nos deux amis semblaient avoir retrouvé des ailes, bref, leur origine mi-homme-mi-animal. Et un sourire mystérieux prit alors possession de leurs bouches, comme pour leur signifier le passage d'un monde à l'autre ou d'une civilisation à une autre où la magie résidait dans le dépouillement de soi de tout objet encombrant ou inutile!

Et si Pedro et Fabien avaient choisi pour l'un sa canne et pour l'autre son casque d'or pour entr-er en communication avec ce paradis perdu, ce n'était pas anodin, mais bien parce qu'il leur fallait à chacun sa clef d'entrée! Car il faut le dire que tout le monde s'imaginait un peu naïve-ment qu'une seule et même clef eut suffi pour accéder à ce monde originel, alors qu'il n'en fut rien. Comme dans cette globalisation des croyances qui voulait nous faire croire qu'il n'y avait qu'une seule vérité pour tous, comme si le paradis pouvait être le même pour tous dans ce mo-nde occidental! Bien évidemment, tout ceci nous sembla totalement faux, quand nous vîmes soudainement nos deux amis franchir les portes du paradis! Et d'après de vieux dictons, dont on ne connaissait pas les origines, on disait que le paradis des riches, c'était l'enfer pour des pau-vres! Le paradis du besogneux, l'enfer du jouisseur! Le paradis de l'homme sain et vigoureux, l'enfer du dépravé! etc. Aussitôt franchies les portes de son paradis, Fabien, armé de sa lance, bondit dans une savane ensoleillée d'où s'éxalait de la terre de puissantes odeurs sauvages. L'aube venait tout juste de se lever et il courait, bondissait tel un springbok avide de libertés et d'exploits physiques. En faisant des bonds infernaux à travers la savane, il semblait défier les forces de gravité en prenant de plus en plus de vitesse, comme pour se griser l'esprit où sa gor-ge commençait à s'échauffer tel un fourneau et ses narines s'humidifier de sucs et d'épices enri-chissant son oxygène et raffermissant ses muscles. Jamais, il ne se sentit aussi bien qu'en cet in-stant en se demandant si tout cela n'était pas un beau rêve? Mais quand il se vit, vêtu d'une peau de bête où ses muscles saillaient à travers, il comprit soudainement qu'il avait retrouvé son état de nature où toutes ses douleurs modernes s'étaient comme volatilisées! Sur ses lèvres charn-ues se dessinaient à nouveau ce sourire énigmatique.

Ce sourire n'était pas un sourire cynique ou arrogant, comme la plus part des gens pourrait le croire, mais il était propre aux dieux et aux sorciers en s'insinuant à chaque fois sur leurs bouc-hes lorsqu'ils traversaient les portes de l'Eden. Aujourd'hui, où la réussite économique était édifiée comme une icône ou un graal par nos médias, ce sourire qu'on nous affichait en grand format à la télé ou au cinéma n'était en vérité qu'une image factice du bonheur ou de la réussi-te! Alors que celui qu'éprouvait en ce moment Fabien et Pedro était bien réel, vécu et ressenti dans les moindres particules de leur être. C'est ce que différenciait le présent-réel du passé-acquis boursouflé de préjugés, d'argent et de matières inutiles. Ainsi en accédant à ce monde originel, qui comptait 13 dimensions ou paliers, Fabien venait d'éprouver ses premières sensat-ions d'homme libre qui, ne nous le cachons pas, contrecarraient les rationnalistes ou les scient-ifiques qui avaient décrété que l'espace ou l'univers était composé de 3 dimensions : la hauteur, la largeur, la profondeur après avoir injustement négligé d'y incorporer nos 5 sens : l'ouie, l'od-orat, la vue, le goût, le toucher, comme si ces derniers avaient été méprisés pour appréhender notre monde réel où la modernité devait nous transformer en homme mathématique! Bref, en pénétrant dans cette nouvelle dimension, Fabien comprit qu'ils étaient tous dans l'erreur en sentant soudainement dans sa bouche un goût de fruit confis et de fleur de pavot et sur sa peau ruisseler une eau parfumée d'écorce et de terre fauve. Sa vue, qui s'était décuplée magistrale-ment depuis peu de temps, pouvait voir tres discinctement des objets situés à des milliers de kilomètres de lui. Il arrivait même à faire le point sur une fourmi escaladant une botte de terre ou bien une branche où elle croquait les feuilles délicieusement tendres.

Par l'acuité de tous ses sens retrouvés, il devinait à distance le goût des choses, leur texture, leur toxicité ou non, leur utilité pour la nature, bref, là où le chatoiement des couleurs était un langage à part entière que l'Homme moderne avaient complètement oublié ou négligé. Fabien, qui courait toujours dans la savane, tout à coup se transforma en papillon en apercevant au dessus de lui ses ailes multicolores claquer dans l'air limpide! Enivré par cette métamorphose, il s'éleva dans l'air chaud en suivant ses courants ascendants qui l'entrainèrent vers un coin boi-sé où il se posa sur une fleur aux couleurs chatoyantes et fascinantes. Étrangement personne ne connaissait le nom de l'autre et s'en moquait éperduement. Car donner un nom aux choses était une activité exclusivement humaine afin de le répertorier dans un grand catalogue ou encyclo-pédie, bref, tout ce que la nature se refusait d'établir afin de prospérer et de créer de nouvelles espèces. Comme deux amoureux tendrement enlacés chacun admirait la beauté de l'autre où Fabien la recouvrit aussitôt de ses ailes multicolores comme pour la protéger. Ses yeux imme-nses soudainement se déportèrent sur ses ailes où ils se dessinèrent délicatement fardés de pou-dre lumineuse. Ainsi pour la première fois de sa vie, il fit l'amour avec un être vivant qui était une fleur! Bouleversé par cette première expérience quasi-extrasensorielle, il sentit qu'il pouv-ait désormais se mélanger à n'importe quelle espèce animale, végétale ou minérale en se mé-tamorphosant par la seule force de sa volonté et ainsi démultiplier son existence. Apparemm- ent, le surhomme ou l'homme augmenté dont nous parlait les livres de Nietzsche et de Jules Verne ainsi que la télévision avec la série de l'homme qui valait 3 milliards avait peu de resse-mblance avec celui que Fabien venait d'expérimenter grâce au sorcier Pédro. Parce que Zarat-houstra, chez Nietzsche, était avant tout un sage qui, redescendant de sa montagne où il s'était exilé, voulait retrouver les Hommes afin de leur apporter ses enseignements. Bref, une foncti-on toute à fait humaine et classique du philosophe dont le message moral était destiné aux petits hommes.

Quant au capitaine Némo, le heros de Jules Verne, celui-ci avait voué son existence à la scien-ce qu'il croyait au-delà du bien et du mal! Mais ô combien s'était-il trompé! Alors que chez Fa-bien, on sortait radicalement du cadre humain en accédant à une nouvelle dimension quasi-ex-trasensorielle où il n'était plus question d'imagination, comme dans les romans, mais de méta-morphoses extrahumaines. Bref, après qu'il eut fécondé une trentaine de fleurs sur son passage en sentant sa puissante force reproductive, il s'éleva en haut d' une montagne luxuriante afin de dominer l'horizon, mais surtout par une envie soudaine de s'y jeter telle une cascade d'eau éti-ncelante! Dans sa tête, l'idée qu'il puisse devenir à cet instant un élément liquide lui sembla tout à fait réalisable et plongea aussitôt dans la vallée sous la forme d'un torrent trépidant. Bref, bondissant, jaillissant, tournoyant, bouillonnant sur les pentes escarpées, Fabien ne chev-auchait pas les flots, comme auraient pu le décrire les poètes classiques et autres écrivains d' imagination, mais il était devenu lui même torrent où dans cet élément liquide, il sentit monter en lui l'effervescence de ses sens. Une joie soudaine l'envahit comme rafraîchissant toutes ses pensées liquides où il pouvait enfin épouser toutes les formes de son environnement et entraî-ner dans ses flots puissants tous les éléments nutritifs de ces possibles rivages. Cet enrichisse-ment lui semblait comme bénis des dieux et le consolait de la froideur de ces eaux glacées. Purifié, régénéré par ces rives fécondes, Fabien riait et riait comme un fou, s'émoustillait à chaque passage dangereux sur son parcourt, puis rebondissait sur un rocher têtu comme une pierre, puis glissait par dessus pour lui montrer sa puissante souplesse et crachait parfois viole-mment sa méprise sur ceux qui ne voulaient pas le laisser passer, puis adoucissait ses humeurs durant ces longues courbes s'insinuant au fond de la vallée. Arrivé dans ces lacs profonds et glacés, il plongea aussitôt dans les fonds sous-marins où il vit des êtres surnaturels l'observer, le frôler, mais sans en être éffrayé pour autant!

Darwin avait apparemment peu d'adeptes dans ces milieux aquatiques où la pensée humaine était quasiment inexistante voire incompréhensible par ces êtres aux yeux globuleux et aux me-mbres recouverts de bosses et de mousse. Point de doute que nous avions affaire ici à des cri-tères de beauté placés aux antipodes de ceux des Hommes. Bref, ils se trouvaient pour la plus part très beaux et malgré leur hideuse apparence! Fabien avait le sentiment que tous ces êtres surnaturels venaient de cette montagne magique qu'il venait de descendre comme un torrent fougeux. Et que ces milliers de rivières, cascades et torrents, dévalant les pentes escarpées ch-argées d'alluvions et d'éléments nutritifs, se rejoignaient dans ces lacs pour former la vie. Pl-ongé dans ce microbiote ou placenta, il retrouvait ses origines moléculaires et une naissance heureuse qu'il n'avait jamais eue en nageant maintenant parmi ces êtres inhumains. Devant lui passa fièrement un cheval de mer, mesurant 3 mètres de haut, qui lui proposa une petite balade au fond du lac. Sans aucun mot prononcé, ils se comprirent aussitôt et Fabien monta dessus pour le chevaucher tel un cavalier aquatique. Il ne semblait faire qu'un avec sa monture qui l' entraîna vers une cité perdue où les êtres exraordinaires dialoguaient entre elles par une forme télépathique. La pensée existait bien, mais elle n'était pas formée par des mots ou par des conc-epts philosophiques ou intellectuels, mais par des mouvements de consciences que les êtres employaient pour se faire comprendre. Appartemment, c'était le langage avant le langage où le mensonge n'existait pas encore. Ainsi Fabien conçut que l'Homme n'était pas l'inventeur du langage, mais qu'un utilisateur quelconque de cet entendement que les êtres vivants utilisaient depuis l'aube des temps pour se faire comprendre. Et la question ne fut pas de traduire une lan-gue en une autre, comme l'entendait les Hommes, mais bien de retrouver la langue originelle et universelle qui nous sortirait enfin de nos éternels malentendus. Vois-tu, Fabien, cet homme furieux en bas! lui dit soudainement son cheval de mer en lui montrant un homme enchaîné à un rocher qui insultait tout le monde sur son passage. C'est une de nos attractions préférées dans notre monde!

Ah oui et pourquoi donc? lui demanda-t-il d'un air curieux. Parce que ce fou, que tu vois vociférer et insulter tous les êtres qui ne sont pas comme lui, se prend pour le roi du monde! lui dit le cheval de mer dont la noblesse d'âme ne pouvait être remise en question. Autour de cet homme hystérique, tous les êtres surnaturels riaient à ouïes déployées en lâchant des bulles d'humours comme dans les bandes dessinées. Et parfois se désolaient que la nature eut la faibl-esse de créer un être si imparfait et médiocre. Décidément, cet homme était de nature méchante vu qu'il ne voulait toujours pas abdiquer sa défaite même les fers aux pieds! s'indignaient tous ces êtres supérieurs au fond de leur coeur. Je me vengerai! Je me vengerai de cet affront sur ma personne, bande de macaques! lança l'homme en essayant d'arracher ses chaînes solidement an-crées aux rochers de Neptune. Tout autour du rocher, une armée de douze singes surveillait le prisonnier et semblait bien courageux d'endurer les insultes quotidienne de ce fou! pensaient les badauds en visitant ce parc d'attraction niché dans les fonds sous-marins. L'éclairage était assuré par une colonie de méduses fluorescentes et un grand écran placé à proximité était for-mé par un banc de poissons brillants et argentés. Apparemment, dans ce monde liquide et vaste de la pensée, l'attraction principale était l'Homme en voie de dégénéréscence mentale et physi-que. Pour Fabien, qui chevauchait son cheval de mer, il n'y avait aucun doute sur tout cela. Et pour faire jaser leur prisonnier, les êtres extraordinaires avaient coulé, à quelques encablures de là, un navire rempli d'or dont les lingots brillaient de mille feux sur le pont. L'homme, rendu furieux par tout cet or qui lui était impossible d'atteindre, criait : Rendez-moi mon or! Rendez-moi mon or, bande de voleurs! Cet or est à moi! Il m'appartient! A l'évidence tout devait lui revenir à cet homme hystérique! s'indignaient les êtres surnaturels dont les poissons néttoyeurs astiquaient les lingots afin de faire endurer les nerfs du prisonnier, mais aussi pour assurer le spectacle aux visiteurs!

Sous la crinière d'algue de son cheval de mer, Fabien sentit sous ses doigts le nom gravé de celui-ci. Les premières lettres étaient FA puis lA puis DA. FALADA! s'écria-t-il en se demand-ant ce que ça pouvait bien signifier. Le cheval, qui avait entendu son nom, lui dit aussitôt : Oui, je m'appelle bien Falada et je suis le véhicule qui permet aux poètes et aux conteurs d' explorer le monde des fables et des légendes. Mais avant de te parler de tout cela, mon ami, regarde plutôt l'écran à ta droite et tu verras tout ce dont l'Homme est capable de faire d'irrév-ocable sur son environnement. Aussitôt sur l'écran, formé par le banc de poissons, on vit appar-aître les premières images montrant des paysages apocalyptiques où des usines crachaient leurs fumées noires et toxiques dans l'atmosphère, puis des villes asphixiées par la polution autom-obile, puis des centrales nucléaires dont le noyau atomique avait explosé et désintégré toute la nature environnante! Bref, un chaos sur la terre, dans le ciel et dans les eaux causé principale-ment par l'Homme que toutes les formes d'intelligences déploraient les dégâts irréversibles. Ensuite, on vit des images effroyables sur la révolution française où des Hommes guillotin-aient d'autres Hommes parce qu'ils n'étaient du même avis que le leur! Toutes les intelligences regroupées autour de cet écran frissonnaient de peur pour la suite à venir. Puis défilèrent sur l' écran des images de la guerre où des Hommes s'entretuaient pour des questions de territoires et d'orgueil national. Dans les tranchées de 14-18, les Hommes suaient sang et eau dans la boue où l'on voyait scintiller dans leurs yeux cette lucidité qu'on nommait froidement la conscience de vivre un vrai cauchemar où l'on ne pouvait s'en sortir que par la mort brutale et anonyme! Bref, une mort injustement ressentie au plus bel age de la vie au temps des fleurs et de l'amour. Pendant que l'Homme anonyme mourait atrocement mutilé par les balles de ses semblables, un peu plus loin dans une clairière où aucun combat fratricide n'avait lieu, un champs de pâque-rettes montrait l'espérance du monde. Et sous la brise légère, les fleurs se balançaient gracieu-sement en attendant l'amour et les nuits torrides.

Étrangement, l'Homme enchaîné à son rocher n'exprima aucune indignation et aucun remords devant les images effroyables qu'il venait de voir, mais avait plutôt l'air de s'enorgueillir! Hau-ssa même le front pour indiquer à ses détracteurs qu'il était fier du combat entrepris par ses frè-res humains pour la liberté. Aussitôt, les esprits s'agitèrent et s'indignèrent devant l'attitude pr-ovocatrice de cet Homme vaniteux qui vantait le crime au lieu de la vie. AH! AH! AH! ria-t-il ivre de ses exploits scientifiques et criminels envers ses frères et la nature. Oui, je sais bien que vous me regardez comme une bête curieuse. Mais c'est vous les monstres, les bêtes immatures! A voir vos faces grimaçantes et à écouter vos discours moralisateurs, il est trop facile de juger un Homme quand celui-ci est enchaîné! Et si vous aviez un peu de courage, ô juges suprêmes des consciences, vous lui rendriez sa liberté pour qu'il puisse se défendre. Mais vous en êtes in-capable, car vous êtes tous des lâches et des avortons de la pensée primaire. Vous ne me valez même pas un dixième, mes chers gogols, parce que moi je suis mon seul juge et que dieu n' ex-iste pas! expédia-t-il à la face de tous ces êtres surnaturels pris de sidération par les propos de cet irascible. Pour moi, vous n'êtes qu'une bande de macaques et de faces grimaçantes! lança-t-il à nouveau. Et puis en quoi le destin de l'humanité vous concerne t-il, vous les êtres inhumai-ns? Et puis merde si les Hommes veulent bien s'entretuer, faire des génocides, c'est seulement pour régler leurs affaires internes de surpopulation ou d'économie et non une affaire de mora-le, n'est-ce pas? Et puis entre nous si ce n'est pas son frère qui l'assassine ou le pousse au suic-ide, n'est-ce pas la vie elle même qui le fera en l'entrainaint vers la vieillesse et la mort? Appar-emment, cet Homme arrogant passait au tribunal des consciences et se défendait avec une aud-ace inouïe! trouvait Fabien assis sur son cheval de mer. Cet Homme est une tentacule! lâcha Falada qui aurait bien voulu l'encorner avec ses deux licornes qu'il portait sur la tête. AH!AH! AH! ria à nouveau l'Homme pris de délire et de pensées mégalomaniaques, comme pour sav-ourer sa victoire à lui tout seul. Prenant un air supèrieur devant ces êtres sidérés, il leur dit : A mes chers invertébrés, vous ne pouvez pas comprendre les choses qui vous dépassent!

Et puis pensez un peu dans votre petite cervelle de poisson que sur la Terre les Hommes sont plus de 7 milliards et qu'en en décimant, par exemple, 50 millions, cela ne constituerait qu'une goutte d'eau dans l'ocean! leur expédia-t-il avec un cynisme que les êtres supérieurs avaient du mal à saisir et à comprendre. Intrigués, ils demandèrent que cette pensée leur fut traduite en langage intelligible, car tout cela semblait complètement les dépasser. Et convonquèrent, au-près de leurs instances, une espèce proche de l'espèce humaine( les requin-marteaux) pour leur apporter quelques éclaircissements sur tout  cela. En quelques mouvements télépathiques ces derniers leur confirmèrent qu'ils n'avaient pas été victimes d'hallucinations sonores, mais que l'Homme leur avait bien dit que la mort de l'autre lui était complètement indifférent! Le juge suprême à la peau recouverte de bosses et de mousses ne put garder son silence et lui expédia haut et fort : Mais si je tuais ta mère et ton père en serais-tu affecté? L'Homme, enchaîné au rocher, pris d'une rage soudaine contre l'impertinence du juge, lui jeta en pleine face : Si vous osez toucher un seul cheveux des êtres aimés, je vous assassinerais sans aucun remords! Aus-sitôt, les esprits supérieurs comprirent que l'Homme était atteint d'un égoïsme monstrueux qui le rendait particulier dangereux pour les autres. En considérant qu'une cellule humaine étant composée de 5 à 6 individus, le reste du monde devenait aussitôt pour elle son grand en-nemi. Fabien, sans prévenir, demanda à son ami, Falada, si l'on pourra un jour libérer cet Ho-mme irascible de ses chaînes? Le cheval de mer, qui l'avait bien entendu, se retourna pour lui dire : Mon cher, Fabien, toi qui a eu la chance d'explorer le monde des mythes et des légendes, comprends que si cet Homme est toujours prisonnier de ses chaînes, c'est parce qu'il ne s'est toujours pas réformé ou amélioré et malgré toutes les révolutions qu'il ait pu entreprendre sur lui même. Et si les esprits supérieurs le retiennent, depuis des lustres à son rocher, c'est parce qu'il persiste à croire qu'il est le centre du monde et que ce monde lui appartient. Fabien, int-erpelant à nouveau son ami, lui dit: Mais penses-tu vraiment que cet Homme est une erreur de la nature et que sa mission cachée serait de détruire toutes les espèces vivantes sur la terre?

Oh oui, sans aucun doute! répondit Falada en se dirigeant vers la surface. Fabien, cabré sur son cheval de mer, avait alors l'impression de traverser les différentes paliers de la conscience, non pas de l'âme humaine, mais de la conscience planétaire appartenant à tous les êtres vivants. Ap-paremment, par sa propre expérience extrasensorielle, il venait de dépasser les concepts de Fre-ud sur l'inconscient et le subconscient en ayant atteint lui même cet état d'hyperconscience où son corps était devenu liquide et rempli de planctons luminescents où à travers la membrane transparente de sa peau, il pouvait voir battre son coeur! Et bien qu'il fut désormais visible par tous, il se réjouissait de voir qu'il n'avait rien à cacher aux autres en montrant au monde entier ce spectacle grandiose qui lui semblait d'une très grande beauté jusque-là inégalée par le genre humain! Dans son coeur, pulsés d'éclairs luminescents, irriguait, non pas du sang, mais une so-urce d'eau pure qu'il sentit comme une félicité organique régénérant son être humainement ma-lade. En observant son cerveau, il sentit ses deux hémisphères fusionner ensemble et se transf-ormer en une sphère parfaite où un état de perfection s'empara aussitôt de son esprit où le bien et le mal se confondaient pour s'annuler complètement ainsi que ses instincts male et femelle. Il n'était pas devenu androgyne, comme on aurait pu le penser, mais métamorphos, car il pou-vait désormais se fondre dans n'importe quelle espèce vivante ou minérale. Son ami, Falada sentit alors son maitre, non comme un poids, mais comme un compagnon des océans. Courant ainsi à grandes chevauchées vers la réalité, Fabien se grisait de son nouvel état d'inhumain et caressait tendrement l'encolure de son cheval de légende. Allez, cramponne-toi! lui dit-il en se cabrant furieusement dans la montée où il commença à lui raconter sa rencontre avec les frères Grimm dans ce monde des contes et des légendes. Vois-tu, Fabien, lui dit-il, quoiqu''ils fussent un peu lourd à porter tous les deux, leur compagnie fut très agréable pour moi au point de me donner le nom étrange de Falada. C'est à dire le cheval qui parle tout le temps et qui ne peut s'empêcher de dire la vérité. Falalalala! balança grotesquement Falada, comme pour se moquer de son nom d'origine aristocratique et germanique.

Fabien, qui était ignare dans ce domaine de la littérature, fut impressionné par la mémoire pro-digieuse de son cheval et ne se pria pas de lui demander qui étaient les frères Grimm? Oh, ce serait une longue histoire à te raconter! Mais sâche que ces deux enfants et malgré leur âge ava-ncé de 50 lunes rousses voulaient absolument connaître les contes et légendes qui s'étaient per-dus au fond des âges. Et je ne sais par quelle magie, mais ils ont pu atteindre comme toi cet ét-at d'hyperconscience où j'étais apparemment le véhicule où la brave bête pour dire franchement les choses. Bref, courage, bravoure, témérité, force physique, telles sont les qualités qu'il m'ont attribuées pour leur permettre d'atteindre ce monde merveilleux. Et comme je suis très bavard comme une oie, ils en ont profité pour me voler une bonne cinquantaine de petites histoires! Et j'ai appris récemment, par un écrivain qui s'était égaré dans les environs, un certains Hantz Dit-zen, qu'ils m'avaient introduit dans un de leurs petits contes qui s'appelait, je crois, la petite gardeuse d'oies. Et bien que je fus très touché par tout cela, une chose m'avait particulièrement indigné dans cette histoire où ces deux galopins n'avaient pas hésité à me faire trancher la tête pour me fermer le clapet! Mon cher Falada, dit Fabien, révolté par le drôle de remerciement des deux frères Grimm, à t'entendre parler je crois bien qu'ils n'y sont pas arrivés! C'est sûr! dit Fa-lada en montant sur ses grands chevaux. Et puis entre nous qui pourrait taire la vérité qui sort de la bouche d'un cheval? lui demanda-t-il un peu naïvevement. Oh sacrément, personne! s'ex-clama Fabien en voyant la surface arrivée au dessus de lui. Tu te rends compte, dit Falada, je leur ai offert sur un plateau en or, le petit chaperon rouge, Cendrillon, Tom Pouce et voila co-mment ils me remercient ces deux garnements! lâcha-t-il tout furieux. Mais ne t'énerves pas comme ça, mon brave cheval! lui dit-il en voyant soudainement la réalité émerger. Celui-ci ne pouvant le suivre dans cette nouvelle dimension fut bien triste de devoir le quitter ici et lui dit : Mon ami, je dois désormais te laisser, car dans le monde ou tu vas je n'ai aucune emprise. Je le sais bien, dit Fabien ému en chevauchant son cheval comme ppour la dernière fois.

Levant les yeux au ciel, il vit soudainement un aigle royal, emplumé de couleurs, tournoyer au dessus du lac. Il ne lui fallut qu'un instant pour reconnaitre son ami Pedro qui semble-t-il ne l'avait pas lâché d'une semelle depuis leur danse féerique. Au fur et à mesure que Fabien regar-dait dans sa direction, l'oeil de l'aigle grossissait, grossissait au pont de remplir entièrement la surface du ciel! Il est temps pour toi de rentrer! entendit-il par la voix du ciel. Ayant compris le message, il se jeta dans les eaux pour arriver très rapidement sur le rivage où il s'endormit. Da-ns l'appartement, situé rue de la lanterne rouge, où nos deux amis avaient entamé leur danse fé-erique, épuisés de fatigue, ils se jetèrent l'un contre l'autre sur le canapé où le choc fut si brutal qu'ils se réveillèrent comme à regret dans la réalité. Fabien sentit aussitôt ses vieilles douleurs revenir et explosa de rires afin de les atténuer et les cacher à Pedro qui essayait de retrouver ses esprits. Apparemment leur atterrissage dans la réalité fut si violent que Pedro dut se dégager pour laisser son ami respirer un peu. Mais je veux rassurer, mon cher lecteur, qu'il ne s'agissait ici en aucune façon d'une relation homosexuelle, comme auraient pu l'interpréter les sociolog-ues, psychanalistes ou psychiatres, mais d'une véritable amitié entre Pedro, le sorcier des Andes et Fabien, le malade de l'Occident. Il est possible aussi par perversité que j'aie pu abuser de la situation en mettant en scène deux garçons sur un canapé! Et tout compte fait que j'étais peut-être moi même un homosexuel refoulé? Mais sans faux semblant, je vous dirai que cette histo-ire n'était pas la mienne, mais bien celle d'un jeune homme dont le testament était en train de s' écrire où je voulais intervenir le moins possible pour ne pas fausser l'histoire et le déroulement Et bien qu'il fût attiré naturellement par les garçons, cela ne prouvait en rien qu'il était homos-exuel, mais qu'il aimait seulement leur compagnie. Telle fut ma conclusion en les voyant émer-ger à nouveau dans la réalité. Fabien, enivré par des  souvenirs lointains, ne savait pas comm-ent remercier son ami pour ce voyage à la limite des sens. Et Pedro, silencieux, sentit qu'il avait pu grâce à son nouvel ami retrouver ses pouvoirs de sorcier.

Il leur semblait que le monde occidental et le monde primitif étaient séparés, en vérité, par une membrane invisible. Et que ce plafond de verre, on ne pouvait pas le briser, comme on brisait une vitre pour y passer à travers, mais qu'on devait se dépouiller de tout objet inutile pour le franchir. Et qu'il ne s'agissait ici en aucune façon d'aller cambrioler les lieux, où il y aurait un soi-disant trésor à emporter, mais seulement d'avoir l'honneur de les visiter pour se regénérer et reprendre goût à la vie! Et que d'explorer ces lieux, encore magiques avec un esprit matérial-iste, eut été comme les faire visiter à un aveugle. Parce que le visible et l'invisible se tenaient si proche que les Hommes par facilité avaient choisi le visible et les apparences pour se rassurer et se croire vivants. Mais l'étaient-ils vraiment? Mais que connaissaient-ils au juste de la vraie vie? Mais que connaissaient-ils du présent, sinon que le grand assommoir quotidien des affair-es humaines: des bouchons sur les routes, des couloirs du métro, de l'enfer du boulot, de la hi-èrarchie, du harcèlement et des salaires de misère? De même que tous ces fonctionnaires, enfe-rmés toute l'année dans leurs bureaux, locaux, classes, que connaissaient-ils de la vraie vie, sin-on des lieux chauffés au frais de la collectivité, un emploi à vie, un salaire à vie, une retraite assurée en ignorant la rigueur de l'hiver et cette crainte qu'on les pauvres gens de ne pouvoir se chauffer, manger à leur faim et garder leur dignité? Mais que connaissaient-ils aussi des saiso-ns, sinon que la vue du paysage changer derrière leurs vitres en le voyant défiler comme à regr-et? Il est fort possible que ce soit la seule poésie qu'ils puissent encore éprouver, bien malheur-eusement, à l'abri de tout risque climatique sauf d'une panne de chauffage ou d'une inondation causée par un tuyau percé! Alors que pour les pauvres gens, soumis à toutes les températures et autres conjonctures, la joie de retrouver le printemps en quittant leurs gros pulls et leurs gross-es chaussettes pour aller courir dans les champs et respirer le parfum des fleurs. Il est vrai que tout se paye même la joie de se sentir vivant!

Mais quelle tristesse de voir les professeurs de philosophie enseigner la philosophie au lieu de l'éprouver! Un choix forcement professionnel, mais non existentiel, n'est-ce pas? Mais que de frustrations dans ces lieux éducatifs et publiques où la liberté a été supprimée au nom du confort intellectuel et économique, bref, au nom du risque zero! C'est dire un désastre complet pour notre civilisation où la non-vie a été choisie comme existence végétative qui finira forcé-ment en monarchie intellectuelle et républicaine de la plus médiocre qualité. Et puis que leur importe de faire venir des millions de travailleurs immigrés( ces fonctionnaires) sachant qu'ils ne seront jamais soumis au chômage? De même que vider les caisses de l'Etat en sachant que le travail du peuple les remplira à nouveau? Je ne vous cacherai pas que tout ceci sentait la pro-chaine révolution et que le futur combat sera entre les mort-vivants de la fonction publique et les hommes bien vivants que nous sommes, nous les libres penseurs. Ce sera un combat fratri-cide entre la vie et la mort pour la survie de notre société occidentale où le vivant l'emportera, forcément. Enfin, les masques tomberont et les idoles de pierre seront détruites, jetées à terre pour une nouvelle civilisation dont nous auront été les investigateurs pour le bonheur des peu-ples nouveaux. Mais que s'est-il passé? demanda soudainement Fabien à son ami. Pedro à ses côtés semblait lointain, inacessible dont la peau était devenue étrangement cuivrée, comme ce-lle de ses ancêtres Incas et Mayas et ses cheveux à l'aspect de plumes d'oiseau d'un noir de jais et ses pupilles formidablement dilatées où Fabien put voir à travers les restes de l'autre monde où des pétales de fleurs en garnissaient les contours. Prudent, il s'avança sur le canapé pour le réveiller en lui donnant une petite tape sur l'épaule. Ohé Pedro, ça va? lui demanda-t-il en le voyant aussitôt se métamorphoser en son vieil ami. Sur la table basse, où il avait posé tout son attirail pour célébrer leur amitié, les petites tasses tout à coup s'entrechoquèrent dans un bruit de cristal et le café se mit étrangement à bouillonner comme un cratère de volcan! Heu?

Heu? Oui, oui, ça va ! lâcha Pedro du bout des lèvres. Mais où étais-tu pendant ce temps là? lui demanda-t-il d'une façon un peu expéditive. Mais je n'en sais rien! répondit-il en reposant sa tête sur le dossier du canapé. La seule chose qui me revient à la mémoire, c'est cette folle envie de danser et de tourner autour d'un totem ou d'un truc comme ça! Et quand je t'ai vu entrepre-ndre cette danse féerique, je n'ai pas pu resister au tournoiement de tous mes sens et je t'ai suivi avec toute l'allégresse de mon coeur. En lui racontant son expérience extra-sensorielle se trou-vaient à proximité de la table, posé sur le sol, la canne de Fabien qui était un peu tordue ainsi que le pot à sucre recouverts de bosses victime lui aussi apparemment du franchissement de la porte vers l'autre monde. Il semblait que tous les objets et les êtres vivants dans l'appartement avaient été marqués par cette expérience extraordinaire où les murs étrangement s'étaient écar-tés d'une manière si prodigieuse qu'ils croyaient vivre désormais dans une vaste demeure ou-verte sur le ciel voyageant aux confins de l'univers où le canapé s'était transformé en vasseau spacial dont le bonheur était la destination finale! A l'intérieur se trouvait un aquarium géant où étaient exposées toutes les créatures vivantes de l'univers. Étonnement, autour d'eux tout était devenu vivant aussi bien l'air qu'il respirait tel un elixir de jouvence que la lumière du jour traversant puissamment leurs yeux tels des rayons d'energies pouvant traverser toutes les matières opaques de la réalité. Tout leur être absorbait ces éléments comme une nourriture div-ine où leur peau était devenue le receptacle de toutes les caresses inimaginables où ils pouvai-ent toucher désormais Dieu du bout des doigts tels que les saints hommes l'avaient toujours rêvé! Etrangement, celui-ci leur chantait une contine d'enfant : Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Le premier qui rira aura une tapette! Tatata, tatata aura une tapette! Apparemment Dieu était un enfant espiègle et immature, parce que le jeu pour lui changeait tout le temps et n'avait pas de limites, bref, interminablement renouvelé par des règles définies pour un certains temps et non pour l'éternité. Pour Lui, Jésus-Christ n'était qu'un fossile de religion et les cathé-drales que des ossements érigés en fosse commune pour l'humanité!

Ainsi ils comprirent que l'Homme n'était pas à l'image de Dieu, contrairement à ce que tous les chrétiens croyaient d'une façon dogmatique, mais que l'Homme avait fait Dieu à son image! Ce qui était un formidable retournement des choses où l'on apercevait le grand vice des Hommes de se croire au dessus de toute chose. Parce que Dieu, cet enfant espiègle et immature, jouait tout le temps avec ses émotions où son visage avait une quantité fabuleuse d'expressions que l'Homme ne pouvait imaginer! Par définition, IL était le maitre des grimaces, ce que Pedro et Fabien avaient très bien saisi lors du passage vers l'autre monde. Et bien que la compassion fut aussi une expression de son visage changeant, elle n'était que furtive comme aurait dû l'être la religion chrétienne dans notre société occidentale ou comme la pose affligeante du Christ sur sa croix. Déboulonner le Christ de sa croix eut été comme un grand service à rendre à l'human-ité pour la sortir de sa grande impasse existentielle! pensait Dieu amoureux fou de la vie et du changement. Mais les Hommes, avides de pouvoirs sur les âmes, en décidèrent autrement en voulant garder l'emprise sur leurs semblables par un horrible chantage qu'on appellait le chan-tage à la mort! En leur disant, si vous ne croyez pas en Dieu, vous irez tout droit en enfer! Alo-rs, les Hommes, effrayés d'être envoyé dans les flammes du purgatoire le jour de leur mort, ne pouvaient qu'abdiquer devant cette sentence où ils se sentaient bien seul, n'est-ce pas? C'est, je crois, ce qui avait plongé notre monde occidental dans ce mal incurable qu'on appelle la déviti-lisation de notre société où l'on y vivait désormais en mort-vivants ou en zombies. Cette face grimaçante et hideuse de notre société, je vous assure, n'est qu'une image possible du visage de Dieu et non la plus intéressante qui soit vu qu'il en ait des milliers à sa disposition. Et puis entre nous qui pourrait croire que le Christ (le soi-disant fils de Dieu) puisse mourir, alors que nous savons tous que Dieu est immortel?

En pensant à tout cela, Fabien et Pedro, qui avaient réussi à traverser le plafond de verre et ainsi toucher Dieu du bout des doigts, ne remettaient pas en question l'existence de Dieu, mais ses modalités et ses façons à Lui de se manifester aux Hommes. Et si l'Eglise chrétienne croya-it dure comme fer que Dieu était un être figé et cloué sur sa croix, ce ne fut qu'une vision err-onée qu'elle se faisait de Dieu. Apparemment dans la création des religions, les musulmans av-aient été beaucoup plus fins et plus prudents dans ce domaine, en ne donnant aucune représent-ation physique de Dieu, ce qui était tout à leur honneur en nous montrant leur grande honnêteté en matière de religion. Fût-ce possible que l'Occident ait put pécher de ce côté là par un orgueil démesuré? Bref, par une vision individualiste et exclusivement humaine de voir les manifestat-ions de Dieu? Par son expérience extra-sensorielle dans l'autre monde, Fabien sentit que Dieu était un être multiforme pouvant se métamorphoser en n'importe qu'elle matière vivante qu'elle soit animale, végétale, minérale et que ceci ne pouvait pas être compris par les Hommes, habit-ués à faire parler Dieu dans leur propre langage ou raisonnement. Pour lui, sans conteste, Dieu était un être inhumain donc inaccessible par la raison et par l'imagination. Dieu avait-il une religion ou bien n'en avait-il aucune, sinon de vouloir créer la vie sous toutes ses formes? Ne sortions-nous pas ici du cadre humain, mon cher lecteur? Et pourriez-vous concevoir en toute honnêteté que l'inhumanité pouvait concerner les Hommes, sachant qu'un Homme, par exemp-le, qui tuait un Homme( ce qui était condamnable) était un acte tout à fait humain et non in-humain, n'est-ce pas? Bref, ce qui était inhumain, c'est lorsqu'un animal tuait un être humain et non l'inverse. Et que ceux qui perpétraient des massacres et des génocides n'étaient pas des êt-res inhumains, mais des êtres surhumains. Car Dieu, en tant qu'être inhumain, ne l'aurait jamais permis ou réalisé. Bref, mettre toute notre inhumanité sur le dos des animaux fut comme une chose bien facile pour les Hommes qui se dédouanaient de tous leurs actes les plus cruels. Saisissons maintenant que les animaux étaient les passerelles qui nous permettaient d'accéder à Dieu, comme l'avaient expérimenté nos deux amis. Bref, il semblerait bien que le thème du dé-pouillement soit le mystère pour entrer en communication avec l'autre monde qui est le monde magique.

Et Fabien, du fait de sa longue maladie et de son extreme laideur, s'était dépouillé de toutes ses illusions sur les Hommes ainsi que Pedro en quittant pour toujours sa famille et son pays, le Chili, comme cet animal abattu par le chasseur qui lui laissait sa fourrure et sa chair pour qu' il puisse se vêtir et se nourrir. Le chasseur des bois, encore plein de superstitions ancestrale, s'ap-prochait alors de sa victime agonisante et lui disait d'une façon poignante : Merci pour ton sa-crifice! avant de lui trancher la gorge afin que son âme rejoigne le paradis des bêtes. Bref, tout était réalisé selon les règles de Dieu pour que chacun puisse saisir sa fonction dans le cosmos et dans l'univers. Etre une victime consentante, voilà où se trouvait le secret pour accéder à la divinité! Et Jesus-Christ malheureusement n'avait pas été une victime consentante, d'après l'Hi-stoire, mais une victime innocente trahie par Judas! Et pour nos prêtres anciens le plus diffici-le fut toujours de trouver cette victime consentante pour accéder à Dieu ou aux divinités. Et que sacrifier, par exemple, un condamné à mort( ce qui était très facile à trouver) fut comme faire une offence à Dieu. De même que saisir un Homme au hasard dans la foule et le sacrifier sur l'autel des dieux, comme une manoeuvre vouée à l'échec pour obtenir leur clémence. La recherche de cette victime consentante a été de tout temps le grand soucis de nos civilisations pour trouver leur légitimité. Aujourd'hui, où le terrorisme s'est installé durablement dans nos sociétés, ne voyons-nous pas à nouveau surgir ces victimes consentante qui se font exploser pour leur foi et leur croyance? La révolution islamique n'est elle pas en train de prendre forme sous nos yeux et trouver grace auprès de Dieu? L'homme occidental et civilisé aurait-il perdu toute croyance en ce qui le dépassait pour s'abrutir sur le monde matérialiste et stérile? Mais qui oserait en parler de cette façon aujourd'hui, sinon les fous? Mais les fous ne sont-ils pas ces êtres grimaçants à l'image de Dieu?

Et les douze singes( que Fabien avait aperçu dans l'autre monde se faire insulter quotidiennem-ent par cet Homme furieux enchaîné à son rocher) ne portaient-ils chacun sur leur visage un m-asque grimaçant : où sidération, consternation, fureur, frayeur, haine, tristesse, joie, rires, com-passion, indifférence, auto-satisfaction, beatitude, etc furent comme les expressions choisies par Dieu pour montrer à l'Homme son impuissance à le reformer? Et ceci datait depuis l'aube de l' humanité où Dieu jouait avec l'Homme qui était un de ses pantins favoris. C'est vrai qu'on était pas loin de Pinocchio, ce petit garnement qui n'en faisait qu'à sa tête parce qu'il avait une tête de bois! Fabien, exaspéré, se leva du canapé et partit chercher sa canne au milieu du salon et en profita pour ramasser le pot à sucre. En les voyant tous les deux dans un triste état, il ne put s' empêcher de faire une petite grimace que Pedro aperçut aussitôt en lui disant : Mais ne t' inquiète pas pour ta canne, je la redresserai pour que tu puisses t'en servir à nouveau! Mais étrangement Fabien lui répondit : Non, Pedro, laisse-la moi dans cet état. Car après tout ce qu' elle a vécu à mes côtés, je l'aime bien comme ça! Mais il n'y a pas de problème! lui dit-il com-prenant parfaitement ses arguments. En posant le pot à sucre sur la petite table, Pedro ne put s'empêcher de remettre les morceaux de sucre à l'intérieur, ce qui signifait pour Fabien comme le retour à la normalité des choses, puis posa sa main sur la cafetière où il sentit que le café était encore chaud, esquissa un sourire et dit à Fabien : Café? Ce dernier, tenant sa canne tord-ue sur ses genoux, comme une vieille amie, lui dit avec enthousiasme : Mais je n 'attendais que ça, mon ami! Ainsi se renouvela la cérémonie du café où apparemment Pedro souhaitait repr-endre son histoire qui l'avait entamé au fin fond de l'amazonie.

Tu sais, Fabien, après mon départ du Chili et ma traversée en pirogue de la moitié de l'amazo-nie où une partie de mes compagnons était mort de la malaria, puis de ma rencontre avec Al-fredo, mon guide, puis de mon arrivée à Manaus où je me liais d'amitié avec Victorio, le pro-priétaire de l'hôtel, il m'a bien fallu m'adapter aux moeurs des brésiliens en prenant mes prem-iers cours de portugais et de Samba! Fabien, à ses côtés, l'écoutait avec attention et buvait son café à petites gorgées, comme méditant de futures joies ou émotions. Monsieur Victorio, con-tinua Pedro, qui m'aimait bien tenait absolument me voir réussir dans l'apprentissage de ma nouvelle culture et m'installa dans un petit recoin situé dans la salle d'accueil. Et bien que je fus très touché par sa générosité, je trouvais l'endroit fort exposé au publique et disons même aux clients de l'hôtel où je risquais d'être la risée de tous. Et tout particulièrement de ces deux vieux, ces deux hôtes perpétuels de l'hôtel, qui assis toute la journée dans leurs chaises à bas-cule, allaient assister en direct à mes pitoyables prestations en langue portugaise et en danse brésilienne! Voyant mon visage fort alarmé, Victorio me dit : Mais Pedro, mon fils, n'ayez cr-ainte! Et pensez que si je vous ai installé ici, c'est pour votre bien. Car comprenez qu'ici au Brésil, la culture se vit dans la rue et aux yeux de tous! me lança-t-il comme une chose qui lui semblait tout a fait naturelle. Alors que moi, qui était de culture hispanique, j'avais toujours considéré que la culture s'apprenait en privé et bien a l'abri du regard des autres. Je voyais ici pour la première fois que j'étais tombé dans un autre monde où le ridicule ne tuait pas comme dans mon pays, le Chili, où tout était devenu tauromachie depuis la conquête espagnole. Ici tout était jungle ouverte, fleur exotique, cris d'animaux, serpent se coulant dans le paysage ver-doyant, fleuve tentaculaire où les dieux avaient étanché leur soif et posés leur regard comme sur un miroir taillé à leur mesure, bref, gigantesque et solaire! 

Victorio fit installer par Alfonso( qui était l'homme à tout faire de l'hôtel), un tableau pour mes leçons de portugais ainsi qu'une petite table et deux chaises. Et me donna comme profess-eur, un jeune étudiant qui s'appelait Henrique et en pleine préparation de sa thèse d' histoire sur le Brésil couvrant la période de l'indépendance, obtenue en 1822, jusqu'à sa pre-mière victoire à la coupe du monde de football en 1958. Entendant cela, Fabien ne put s'empêcher de sourire et de sortir le nez de sa tasse à café, comme surpris par tant de superficialité. Mais n'oublie pas, mon cher Fabien, dit Pedro, que le football là bas est une institution aussi importante que la constitution du Brésil. Et qu'à l'heure de la coupe du monde toute la société s'arrête de respirer pour regarder à la télé les exploits de la Seleçao remporter la victoire suprême, bien évidemm-ent. La Seleçao? tu disais, Pedro. Oui, la Seleçao qui est la sélection officielle de l'équipe de foot du Brésil. Ah oui, bien évidemment! lâcha Fabien en plongeant à nouveau son nez dans sa tasse à café. Quant à mes cours de Samba, Manuella fut tout nature-llement désignée pour me les donner, car c'était pour Victorio une façon à lui de rentabiliser ses investissements Moi per-sonnellement, j'étais pas contre vu que c'était une jolie fille qui avait le rythme dans la peau, comme on disait. Et si Victorio avait eu l'idée de m'installer dans ce petit recoin, non loin de la salle du restaurant, je t'assure, c'était aussi par commodité pour lui en cas où la clientèle dev-enait plus nombreuse, il pourrait toujours appeler Manuella pour le seconder. Bref, un homme très pragmatique! souligna Fabien en posant sa tasse sur la table. Oui, et disons même, un hom-me voulant s'adapter à toutes les situations, comme ces animaux de la forêt sachant où se nou-rrir, boire et même se cacher en cas de danger, par exemple. Intéressant! dit Fabien qui semblait ébloui par la dimension élastique de cet homme et de ces animaux dont il était incapable d'im-iter la gymnastique à cause de ses infirmités.

Et taper dans un ballon( ce qu'il n'avait jamais pu faire) comme un rêve inaccessible! Sans par-ler de la gloire, de l'argent, des filles, comme des totems qu'il n'avait jamais pu toucher même du bout des doigts! Aussitôt, il sentit une affreuse douleur envahir sa jambe droite qu'il massa énergiquement en faisant une grimace. Pedro, perturbé, arrêta tout net son récit qui décidément faisait horriblement souffrir son ami. Étrangement, Fabien, sans le savoir, ressemblait à ce peu-ple brésilien condamné à vivre dans l'espoir d'une vie meilleure où chaque jour était devenu comme un malheur à retrancher au calendrier, tel un essaim d'épines. Les saints apôtres étant comme les gardiens de la punition terrestre et les jours de repos comme le grand athéisme des coeurs brisés. Cette globalisation des souffrances, qu'il pouvait ressentir dans son propre corps malgré lui, le faisait parfois ressembler au Christ. Mais ayant saisi, par sa propre expérience extra-sensorielle, que cette souffrance n'était qu'une grimace parmi toutes les manifestations de Dieu, tout à coup il afficha sur son visage un sourire rayonnant! Surpris par la soudaine méta-morphose de ses traits, il comprit que son bonheur ne dépendait que de lui seul et non d'une croyance ou d'une religion imposée de l'extérieur! D'une façon allucinante, sa joie n'avait au-cune cause extérieure et se réjouissait d'une telle liberté! Et même si les autres pouvaient le traiter de fou, de niais, de païen ou d'incroyant, il savait qu'il avait désormais accès au paradis à toute heure de la journée et qu'au jour de sa mort, il irait sans le consentement des autres. Sa foi, de ce point de vue, était inébranlable et se tenait à l'intérieur de lui même telle une force magique. Pedro, voyant ce sourire énigmatique se dessiner à nouveau sur les lèvres de son ami, comprit aussitôt qu'il s'était régénéré de l'intérieur et qu'il pouvait poursuivre son histoire. Enthousiasmé, il remplit avec délectation la tasse à café de Fabien d'un liquide noir et profond. Le café, étrangement, n'avait pas refroidi et Fabien trempa ses lèvres dedans comme un désir fou de boire tous les oceans de la terre!

Quand mon petit coin fut aménagé avec amour, me sembla-t-il, par monsieur Victorio, la gran-de question fut de savoir si je devais d'abord apprendre la langue portugaise, puis après la Sa-mba pour que je puisse réussir avec succès mon intégration dans ma nouvelle culture. Bref, pour une raison que je n'arrivais pas à bien comprendre, tout ceci mit l'hôtel en forte ébullition pendant deux jours. Bref, unr chose qui me sembla fort disproportionnée pour un cas comme le mien, au point de provoquer de fortes disputes parmi les employés, qui pour certains la lang-ue était l'élément essentiel pour comprendre l'âme brésilienne, alors que pour d'autres les pas de Samba comme une preuve de vouloir s'intégrer au rythme de la société brésilienne. Appare-mment, tout le monde voulait s'interesser à mon cas pour des raisons fortes différentes, com-me si chacun eut souhaité être mon professeur de civilisation. Fabien, entendant cela, dressa aussitôt les oreilles vers Pedro comme un petit animal domestique. Mon pauvre Pedro, lui dit-il, je crois bien que tu te trouvais en très mauvaise position, hum? Oui, apparemment. Mais la question fut vite tranchée par monsieur Victorio qui, ancien professeur à Lisbonne, décida que la langue portugaise serait ma première acquisition en terre étrangère. On peut dire qu'il t'avait comme sauvé la vie, ah! ah! ah! ria Fabien pris d'un fou rire. Oh oui, c'est certain, lui répondit-il, vu que la danse n'était pas mon point fort et en particulier pouir jouer du bassin, ah! ah! ah! ne put-il s'empêcher de rire à son tour. Ainsi le calme regagna l'hôtel, continua-t-il, où la routi-ne reprit le dessus sur ces choses qu'on appelle les choses de l'esprit. Henrique, le premier jour de mes cours, apporta avec lui un portrait de Pierre 1er, qui fut le premier empereur de Brésil, et l'accrocha sur le mur. Voulut-il à ce moment là me montrer sa culture ou bien ses idées pol-itiques? A vrai dire, je n'en savais rien. Mais étant un étudiant doué et plein d'ambitions, je lui soupçonnais des idées de ce côtés là. Mais la vue de ce portrait, quelque peu arrogant pour moi et aux yeux de n'importe qui, ne déclencha aucune hostilité parmi les clients de l'hôtel ni auprès de monsieur Victorio. Ainsi, je compris que le Brésil était une sorte d'immense empire en mal de grandeur et d'aristocratie, me sembla-t-il. Tu le penses vraiment? lui demanda Fabien en te-nant sa canne avec fermeté. Oui, car je pense que le Brésil est un paradis pour les dieux et un enfer pour les pauvres!

Et que tous ces paysages luxuriants et extraordinaires que nous offre ce pays sont faits unique-ment pour les élus. Tu veux dire que c'est une terre de damnation pour les pauvres? Oui, je le crois bien, malheureusement! dit Pedro en parfaite connaissance des choses du monde. Mais cette joie de vivre qu'ils expriment tous les jours dans leur vie, n'est-elle pas en contradiction avec ce que tu viens de dire? Non, car elle n'est qu'un réflexe qui se manifeste face à leur mau-vaise fortune et à leur damnation. Comme tous ces Chinois qui te disent Oui même quand ils ne sont pas d'accord avec toi! Étrange coutume! lâcha Fabien qui avait si peu voyagé dans sa vie à part fumer des cigarettes sur son canapé.

Mon cher Pedro, me dit alors Henrique, il est temps de nous mettre au travail, n' est-ce pas? Et les deux vieux, assis à quelques mètres de moi dans leurs chaises à bascule, semblaient jubiler et se frotter les mains devant ma rude besogne. Un mépris que je pris aussitôt comme une faç-on à eux d'occuper leur éternel ennui. Et tu as parfaitement réagit! dit Fabien qui avait soif d' émotions et de connaissances. Aussitôt installé devant ma petite table, j'ouvris mon cahier d 'écolier pour y noter la date du jour que mon jeune professeur écrivit sur le tableau noir. Je me souviens plus laquelle exactement, mais sâche que c'est vieux tout ça! dit Pedro en se passant la main sur le front. Puis Henrique, dans sa belle écriture, commença à écrire les 23 lettres de l' alphabet que comporte la langue portugaise. 23 lettres, t'es sûr? demanda soudainement Fabien habitué aux 26 lettres de l'alphabet français. Oui, oui, j'en suis sûr! lui dit-il un peu fatigué par les interventions incessantes de son ami. Pedro, dit Henrique dans son espagnol approximatif, note le bien comme il faut! Voici le A qu'on prononce chez nous avec un accent aigu par des-sus, puis le B qu'on prononce bê, le C qu'on prononce cê, etc, etc. Pedro, qui semblait un peu perdu dans la prononciation des voyelles et des consonnes, trouvait en fin de compte beaucoup de point communs avec la langue espagnole. Comme tu le vois, Pedro, le portugais à des racin-es latines comme la langue espagnole, lui dit-il dans son espagnol qu'il avait appris en autodi-dacte en écoutant les discours grandiloquants de Fidel Castro à la radio.

Bref, c'était une époque où toute l'Amérique latine était tentée par l'expérience révolutionnaire Cubaine, bref, par le socialisme, mais que la dictature des colonels allait réprimer dans le sang. A l'époque, Pedro ne connaissait rien à l'histoire du Brésil ni à tous ces mouvements politiques qui se déchainaient sur tout le continent sud-américain même s'il connut dans son propre pays les prémices d'une dictature, celle de Pinochet. Tout d'abord, parce qu'il était bien trop jeune pour avoir une conscience politique( il avait seulement 20 ans), mais aussi parce qu'il avait une vision ethnologique de la vie en société, comme son père qui était professeur d'archéologie à l'université de Santiago. Bref, une vision du monde apolitique qui lui permettait d'être en ph-ase avec tous les peuples de la terre ou toutes les richesses culturelles et linguistiques étaient une source inépuisable de curiosité entre tous les Hommes et non un alibi pour s'entredéchirer. Bref, c'était le grand amour universel qui sommeillait en lui depuis sa plus tendre enfance et se retrouver maintenant assis devant un jeune étudiant Brésilien qui lui apprenait le portugais, ce-la le fortifiait, le réconfortait dans sa générosité à aimer les autres. Le plus important pour lui à proprement parlé n'était pas leur statut social, mais ce qu'ils pouvaient vous offrir à l'instant présent. Et surtout pas cette image factice qu'ils vous envoyaient généralement à la figure pour vous faire croire qu'ils étaient tous des saints, mais la vérité de leur être et de leur fragilité. En considérant que la fragilité ne s'opposait aucunement au courage, mais bien au contraire com-me une façon de l'exprimer aux autres sans préjugés. Il avait remarqué que les gens peu coura-geux se cachaient souvent derriere leur statut professionnel ou de notable, bref, derrière un pa-quet de relations et d'argent qui leur faisait croire qu'ils avaient réussi leur vie, alors qu'ils viv-aient sur la grande planète des illusions en se croyant immortels en ignorant que la vie restait tout de même leur seul bien sur la Terre! Oh comme je plaignais ces gens arrogants qui ne con-naissaient rien à la vraie vie, mais à la vie artificielle des salons et des discutions stériles! s'in-dignait Pedro. Et si le pouvoir et l'argent étaient leur terrain de chasse, le mien était la vie! lâc-ha-t-il soudainement devant son ami.

Fabien, ému par les confidences de son ami, lui lança un grand sourire. Car tout ce qu'il venait de dire à propos de l'humanité le concernait entièrement où la présence de l'autre et malgré ses infortunes devait être notre souci premier en tant qu'être vivant. Et qu'il soit chat, chien ou ins-ecte, celui-ci devait être considéré comme une presence divine. Pour lui, l'indifférence à toutes ces choses était la pire des injustices que l'on puisse commettre envers la vie et cette présence qui vivait à nos côtés et ne demandait qu'un signe de reconnaissance tactile, visuelle ou même le son d'une voix. Et la reconnaître en tant qu'être vivant, c'était participer à cette grande cons-cience planétaire et à cette hyperconscience qu'il venait d'expérimenter avec son ami, Pedro. Parfois Fabien se demandait en tant que grand malade de la civilisation, s'il n' était pas un ani-mal blessé? Et voyait alors Pedro tantôt comme un medecin tantôt comme un vétérinaire à son chevet. La frontière étant si proche, pensait-il comme perdu dans ses pensées d'amour univer-sel. Puis Pedro, reprit son récit et lui dit: Tu sais Fabien, Monsieur Victorio et malgré son tem-ps précieux à maintenir l'état viable de son hôtel passait souvent me voir afin de prendre conn-aissance de mes progrès en langue potugaise. Sa présence, bien qu'inutile, m'obligeait à être meilleur et en particulier dans la prononciation des mots où je prononçais toujours le J comme un R, comme on le prononce en espagnol. Et que dire aussi du I qui se prononçait Ou à la fin d'un mot! Bizarrement, Monsieur Victorio et Henrique arrivaient facilement à me comprendre qua-nd je leur parlais ma langue. Alors que l'inverse fut pour moi impossible pour des raisons bien mystérieuses. Constamment épié par les deux vieux, qui fumaient leur cigare dans leurs chaises à bascule, j'avais l'impression d'être observé à longueur de journée par deux fantômes qui sem-blaient appartenir au passé de l'hôtel et à celui du Brésil. En fait, je n'en savais rien. Et en les entendant soudainement éclater de rire, quand Henrique écrivit sur le tableau les mots : chien, chat et moustique, je compris aussitôt que leur passé n'était pas une chose bien reluisan-te à montrer, mais plutôt à cacher. En me donnant l'impression d'être deux vieux colonels à la retraite qui s'étaient retirés dans ce petit hôtel au fin fond de l'amazonie pour oublier leur passé inavouable!

Avaient-ils participé de loin ou de près à une quelconque dictature au Brésil? je me demandais parfois. Avaient-ils commis des crimes eux mêmes ou bien avaient-ils été seulement les com-manditaires? Bref, pour une raison inconnue, tout ceci hantait souvent mon esprit pendant mon séjour à l'hôtel Novadoria. Parfois, j'aurais voulu me transformer en boite à cigares sur leur ta-ble afin de pouvoir les écouter et entendre leur petits monologues. Car dans les faits, ils parlai-ent très peu et semblaient utiliser un langage codé pour se comprendre. Comme s'ils utilisaient la fumée de leur cigare pour exprimer une idée ou bien ce qu'ils partageaient en commun. Bref, une sorte de consensus datant de leur glorieux passé et de leur jeunesse pleine d'émotions. Biz-arrement, ils s'entendaient très bien avec Henrique, mais aussi avec monsieur Victorio qui était alors pour moi comme un père. Mais je lui supposais, dans cette étrange relation avec ces deux vieux, un intérêt plutôt commercial qu'idéologique. Et il était fort possible que les deux vieux payassent leur séjour au Novadoria jusqu'a leur dernier souffle afin de garantir à monsieur Vi-ctorio une source de revenu ainsi que des relations convenues. Apparemment, Victorio avait beaucoup de respect pour les vieux et malgré toutes les erreurs qu'ils avaient commises au te-mps de leur jeunesse. Mais c'était aussi notre passé qu'il nous fallait absolument assumer! dis-ait-il souvent en dialoguant avec ces deux vieux revenus en enfance et malgré leur grand âge. Et il ne pensait à aucun moment que son hôtel put être un repère de nazis, de fascistes ou de criminels! Mais qu'il était un havre de paix aussi bien pour la jeunesse aventureuse, comme la mienne, que pour ces vieux débris du passé qui finissaient leur voyage dans ce petit hôtel où ils s'y sentaient comme deux grands sages. Et il était fort possible aussi que les deux vieux compt-assent inscrire monsieur Victorio sur leurs testaments! En fait, je n'en savais rien et ne voulait point le savoir.

J'avais l'impression que le Novadoria hébergeait tous les damnées de la terre et que moi aussi d'une certaine manière, j'en faisais partie. Bref, par le peu de courage que j'avais montré en qui-ttant mon pays et mes proches d'une façon si précipitée. Curieusement, je ne savais pas d'où pouvait provenir mon incapacité à aimer ma propre famille, ma propre chair, mais plutôt à ai-mer les autres! Avais-je une pierre à la place du coeur, je me demandais parfois? Avais-je moi aussi quelque chose à me faire pardonner ou peut-être à oublier en me retrouvant ici dans ce petit hôtel perdu au fin fond de l'amazonie? Étais-je damné comme eux, comme ces tortionn-aires des anciennes dictatures d'Amérique du sud ou bien comme ces nazis qui voulaient écha-pper au tribunal de l'humanité? je me demandais d'une manière obsessionnelle. De jour en jour, je voyais mes cauchemars se changer en tortures contre moi même, comme si mon isolement dans cette jungle impénétrable exacerbait mes douleurs au point de me montrer mon vrai visa-ge? De plus en plus rarement, je pensais aux miens où les cauchemars sur Pablo( qui hantaient souvent mes nuits) avaient eux aussi disparu. Pour ma part, c'était un bien contre un mal, mais non point une délivrance. J'avais comme le sentiment d'avoir changé de latitude sur la sphère de mes souffrances où je sentais enfin mes vraies souffrances m'appartenir, non comme un poids insupportable à porter sur mes épaules, comme la croix du Christ, mais comme un mal néces-saire pour occuper ma vie, bref, une façon de me plaindre avec toute la légitimité du monde! J'avais d'une certaine façon réussi à recentrer le monde autour de moi, non en tant qu'être indi-viduel, mais en tant qu'intégrateur de tous les univers sensibles. Et que l'idée de me tranformer en boite à cigares, pour espionner les deux vieux, me parut soudainement comme une chose bien inutile en sachant que mon esprit avait investit les lieux de cet hôtel comme par magie.

En apercevant, comme dans un film au ralenti, les petites magouilles des employés essayer de grapiller quelques nourriture sur les assiettes laissées par les clients ou bien sur les pourboires que chacun se disputait pour améliorer son quotidien ou bien pour imposer ses prétentions. Il semblait dans cet hôtel des damnés que même les rats voulussent se disputer les miettes du po-uvoir! Et que dans cet univers, monsieur Victorio eut été comme le monarque. Fabien, assis à côtés de Pedro, semblait rêveur devant les capacités élastiques de son ami à épouser les lieux et les gens comme un esprit bienveillant et non diabolique. Son âme était pacifiste, comme l'océ-an baignant les rives de son pays, le chili, le ressentait-il. Pour lui, il ne faisait aucun doute que la conquête espagnole et portugaise, bref, celle de l'occident sur ce continent sud-américain fut des plus sanglantes dans ce paradis où les Dieux avaient élu domicile. Désormais terre de feu, de crimes et de sang, ce continent s'enfonçait jour après jour dans des abysses qu'aucun Dieu n' aurait souhaité pour lui l'écueil. Bref, depuis la perte des superstitions et des croyances ances-trales, les Hommes avaient multiplié les maux et les souffrances terrestres à son ultime apogée pour se croire l'égal des Dieux, alors qu'ils n'étaient que des vassaux, mandarins, petit person-nel politique ou militaire. On disait dans ses vieilles croyances ancestrales qu'un vrai Roi (tir-ant son pouvoir directement de Dieu) pouvait assurer à l'humanité une paix de 10 siècles!Alors que celui d'un usurpateur guère plus de 2 générations. Aurais-je l'audace, mon cher lecteur, à remettre ici en question notre Histoire nationale datant de la révolution française jusqu' à nos jours, comme étant l'histoire des usurpateurs? Et si nos historiens, tant adulés par notre perso-nnel officilel, étaient les dupes de cette histoire ou peut-être les complices, le reconnaitrait-il? Vivions-nous en ce moment dans l'imposture de se croire grand en ayant crée une civilisation par l'argent et par des lois démocratiques fourre-tout? Bref, vivions-nous dans cette grande ill-usion apportée par tous ces objets crées exclusivement par l'Homme pour l'Homme?   

Et Dieu dans cette affaire avait-il encore son mot à dire après tous les massacres perpétrés en son nom? Et les dieux antiques n'avaient-il pas eu raison de se rebeller contre ce monothéisme qui avait remis en question tous leurs pouvoirs ancestraux? Avaient-ils été les dupes dans cette simplification extrême, voulue par les Hommes, en caricaturant leurs rites? Bref, une mixture divine où il y aurait à boire et à manger pour tout le monde où le sommet de l'absurde aurait été atteint par le pardon de tous nos pêchers en se confessant à l'un de nos Hommes d'Église? Bref, il semblerait que la disparition de cette aristocratie du coeur et du courage, déclenchée par notre monothéisme récent, fut la perte de notre humanité dans ce monde là. Et que le Chr-ist, dans ce nouvel ordre, fut aussi un faux dieu ainsi que tous ces usurpateurs, imposteurs qui se prirent pour des grands hommes, alors qu'ils n'étaient que des vassaux ou du petit personnel politique. Et ce qu'il y avait de politiquement incorrect dans ce que pensait Pedro, c'est que tous ces petits Hommes étaient aussi bien des dictateurs que des démocrates, vu que leur pou-voir ne durait guère longtemps au sein des Hommes, comme l'avaient prédit nos croyances ancestrales. Bref, un coup d'Etat éjecterait aussitôt le dictateur de son piédestal pour en placer un nouveau qui serait aussi vite remplacé par un autre ou bien par un démocrate, ce qui ne cha-ngeait guère les choses, puisque les élections en feraient élire un nouveau etc etc. Il semblerait que nos croyances ancestrales avaient vu juste en nous disant que seul un vrai Roi, tirant ses pouvoirs du vrai Dieu et de sa descendance directe, pouvait assurer aux Hommes la paix au moins durant 10 siècles, n'est-ce pas? Et tant que nous ne l'aurions pas trouvé le chaos régner-ait sur la terre par tous ces changements dictatoriaux ou démocratiques par la multiplication de toutes ces élections en son sein. En pensant comme cela, Pedro ne voulait en aucunement faç-on blasphémer contre la religion chrétienne, car il croyait en Dieu. Mais au vrai Dieu, à celui qui n'avait pas de visage et englobait tous les êtres vivants dans sa sphère sensible aussi bien animales, végétales que minérales sans pour autant mettre au piloris les lois humaines qui se débrouillaient tant bien que mal à gérer leurs vices irréformables.   

Mais ouvrir de nouveaux univers ou de nouvelles perceptives aux Hommes pour leur perme-ttre d'appréhender une nouvelle réalité. Et que gérer le mal au sein de nos sociétés modernes et civilisées n'était pas un grand projet pour le bonheur de l'humanité, n'est-ce pas? Mais une fa-çon d'avouer l'incompétence de nos hommes politiques qui, ne l'oublions pas, n'étaient que des vassaux, imposteurs ou usurpateurs et non de grands souverains légitimes à gouverner les Ho-mmes. Bref, il ne sagissait plus ici, comme chez nos anciens érudits, d'apporter aux Hommes de la sagesse ou de la perfectibilité, mais de réprimer leurs frustrations causées par ce monde matérialiste où l'argent et l'arrogance avaient remplacé nos valeurs humaines. L'Occident avait semble-t-il ouvert cette boite de pandore que les dieux anciens avaient souhaité tenir très loin des Hommes pour leur bonheur. Apparemment, Napoleon avait essayé de forcer en vain cette boite, puisque son règne n'avait duré qu'une dizaine d'année de 1801 à 1815 qui est la date de son couronnement puis de sa défaite à Waterloo. De même qu'Hitler dont le règne n'avait duré que de 1933 à 1945. Sans oublier Staline et Mao qui ne furent guère plus resistant dans la du-rée. Bref, moins de 2 générations, comme l'avaient prédit nos croyances ancestrales. On pourr-ait ajouter sans se tromper que ce personnel politique, voir fonctionnaires d'Etat ne furent poi-nt des conquérants, comme leurs prédecesseurs, mais des gestionnaires des affaires humaines et non comme des projets à se mesurer aux Dieux. Ces derniers étant Georges Washington, Ch-urchill, Roosevelt, le général de Gaule etc, qui ne furent qu'en réaction à l'Histoire en mar-che et non comme des surhommes ou des génies que seule la nature avait le secret de fabrication. Fabien, qui avait entendu le mot Pandore sortir de la bouche de son ami, crut entendre le mot Pandora! Bref, le nom de cette déesse qui enflammait, depuis la haute antiquité, l'imagination des Hommes prisonniers de leur désir fou de jouissance. 

Une sorte de Babylone où cité interdite dédiée aux plaisirs que Fabien aurait tant souhaité vis-iter avant de sombrer dans la mort définitive. Les hommes beaux et bien nés avaient accès en toute gratuité à ce monde inimaginable des plaisirs et des délices. Alors que pour les gens laids comme lui une entrée peu probable voire très chère payée. Cela ressemblait concrètement à ses rencontres qu'il faisait une fois par mois chez une prostituée qui lui vidait ses bourses aussi bien au sens propre qu'au sens figuré! Sa vie à ce niveau là était pitoyable, bref, dans la négoc-iation permanente de sa laideur contre monnaie sonnante et trébuchante pour accéder à la beau-té. Parfois la prostituée, éffrayée par sa laideur, faisait grimper odieusement ses tarifs en lui prétextant un sacrifice de sa part digne d'une sainte, ce que Fabien ne pouvait contester en lui sacrifiant une partie de ses economies déjà bien entamées. Ainsi se voyait-il comme un  damné parmi les hommes en devant tout le temps négocier avec eux, l'amour, l'amitié, le sexe, etc, bref, un travail à temps plein et harassant pour le malade qu'il était. Sans parler du prix de son logement, de l'eau, de l'électricité, du gaz qu'il ne pouvait pas négocier avec les compagnies, sinon vivre comme un homme préhistorique, ce dont il n'était pas loin vu ses infirmités hérédi-taires. Malheureusement dans le monde d'aujourd'hui tout était devenu marchandise même nos sentiments qu'on négociait au prix fort où accorder une petite écoute à un inconnu dans la rue semblait nous coûter une vraie fortune en temps et en argent. Et vendre notre liberté et notre dignité, contre un salaire dérisoire, comme une chose convenue! Bref, on nous dépouillait sous nos yeux sans que nous n'osions lever la voix et crier au voleur! C'est à dire un dépouillement ins-titutionnalisé de l'individu par le grand capitalisme. Pour Fabien, dire la vérité, c'était dire cela en toute simplicité. Et mentir, c'était décrire nos comportements dans cette société au dik-tat économique dont la nouvelle science des Hommes s'appellait la sociologie. Bref, puisque tout dans ce monde était devenu faux, postures et soumissions au totem de l'argent et à ses prê-tres sociologues, il fallut bien aux Hommes inventer une nouvelle vérité qui n'était pas la Véri-té, mais la post-vérité qui consistait à décrire le comportement des Hommes dans une socièté où l'économie fixait les règles!  

Et qu'en nous décrivant tous ses malheurs, Fabien n'essayait que de nous le démontrer, mon cher lecteur. Et que sa vérité se trouvait bien dans ce à quoi il aspirait, c'est à dire à devenir un être normal et non à trouver un quelconque plaisir ou occupation dans la gestion de ses emm-erdres pour ne pas être grossier. Bref, une colossale frature ou frontière semblait s'ouvrir entre ses désirs et le monde réel où il vivait où tout était négocié au prix fort et dans des termes de petits boutiquiers. O combien de fois, il aurait aimé sortir de cette boutique mondiale des fant-asmes où tout était étiqueté muni de son mode d'emploi, d'une garantie d'un an qu'on pouvait étendre moyennant un coût supplémentaire. Bref, un monde sûr de lui parce qu'il avait fixé un prix à toute chose, comme une assurance-vie contre la mort, contre l'ennui, contre les incendi-es, contre les inondations. Bref, un monde idéalisé qui avait banni de son existence tout risque ou aventure possible, parce que hors de prix ou bien non étiquetée pour l'instant! Ce que Fabi-en n'était pas contre, lui le malade, mais seulement contre le prix exorbitant de ces choses ess-entielles pour lui. Il sortait souvent de ces boutiques, les mains et le coeur vides en regardant amèrement toutes ces vitrines formidablement achalandées par la société de consommation, comme des horizons très lointains et inaccessibles sur le parcours de son existence. Lècher les vitrines à quoi bon! pensait-il la gorge prises par ses irritations journalières. Et puis à quoi bon regarder si je ne peux pas toucher, manipuler ces objets du quotidien! déplorait-il en pensant à ces pros-tituées qui lui interdisait de l'embrasser sur la bouche et de les toucher avec ses gros doigts déformés. C'est vrai que Fabien était pauvre et horriblement laid et on pouvait parfaite-ment comprendre pourquoi il n'avait pas sa place dans ce monde où la beauté et la richesse étaient célébrées comme une icône. Malheureusement, sa laideur était comme l'anti-icône de ce monde où les laisser-passers étaient très chers payés.

Mais c'était devenu comme ça dans cette société hypermatérialiste où tout le monde voulait réussir. Et ce qu'il y avait de formidable dans ce monde des illusions et des impostures, c'est que n'importe quel imbécile pouvait se faire passer pour un homme très intelligent s'il avait de l'argent! Et s'il en avait énormément, il pouvait alors être considéré comme un génie que les Hommes porteraient aux nues en le sanctifiant d'icône de la réussite universelle. Regardez les médias et vous verrez de qui et de quoi je veux parler. Mais ici pas de noms, ni de linchages sur les imposteurs, puisqu'ils ne sont que des imposteurs. Ayant quitté définitivement le monde des philosophes et de la vérité pour celui du mensonge, il était logique que ce monde devinsse celui des images où tout était transformé en illusions, fictions sur grand écran, comme pour nous montrer notre petitesse existentielle ou réelle. A regarder de près nos vies à travers nos écrans, il semblait que nous ne pussions plus nous en libérer en étant devenus les prisonniers de l'info, des statistiques, de l'audimat, des professionnels de la communication, de nos pseudo-intellec-tuels ou nouveaux philosophes du prêt à cuire pour lesquels la vérité n'existait plus, puisque nous étions libérés de la religion grâce au nouveau temple de la consomation! Apparemment, seule l'implosion de l'écran pouvait nous libérer de cette machination diabolique où nos vies sur écran valaient plus que nos vies réelles! Et pour cela trouverons-nous, mon cher lecteur, parmi nos contemporains, un nouvel Homère dans la litteratutre pour écrire une nouvelle Ody-ssée? Pour l'instant, je n'en voyais aucun surgir parmi nos écrivains ou sociologues profession-nels où leur business se trouvait dans la description de nos comportements dans la socièté éco-nomique et non de rechercher la vérité, comme l'avait fait avec honneteté nos vieux philosophes plein de sagesse et de bienveillance pour le bonheur des Hommes. Bref, dire à des millions de consommateurs que tout le monde aimait le Nutella pût être compris et entendu comme une grande vérité ou dire prenez de l'aspirine quand vous avez mal à la tête, comme une ordonnance d'un grand prêtre! C'est dire un succès assuré pour nos nouveaux penseurs et littérateurs de kermesses au service du mensonge et de l'imposture. Bref, cette floraison de prêtre-sociologues en tout genre dans nos médias et dans notre monde intellectuel avait grossi monstrueusem-ent! 

Où tout était commentaires sur les commentaires, puis commentaires sur les commentaires des commentaires, bref, une spirale sans fin accaparée par les médias qui manquaient de vrais déba-ts parce que la Vérité était devenue pour eux une chose obsolète et vieillotte. Et le futur, la gr-ande affaire qu'il fallait explorer afin qu'on découvrit la future vérité ou la post-vérité. Et tout cela semblait formidablement coïncider avec la nouvelle technologie d'Internet qui allait nous permettre de l'atteindre sans effort. Ah enfin le miracle que nous attendions tous avec impatien-ce pour nous sauver de notre matérialisme effréné! C'est à dire un monde hyperconnecté où la forme télépathique allait se former sous nos yeux. Apparemment, le haut matérialisme avait be-soin lui aussi d'une âme pour pouvoir respirer ou pour s'éprouver. Et pour cela, il créa le mon-de virtuel et une nouvelle religion où les concepteurs avaient intégrés tous les ingrédients pour qu'elle soit acceptée par les Hommes. Comme la matière ne pouvant se défaire d'une âme, com-me le bien du mal, le communisme du capitalisme, l'égalité du courage individuel etc. Bref, une formidable imitation des Hommes à copier nos vieilles religions judéo-chrétiennes pour légiti-mer leur nouvelle religion. Car il faut rester réaliste sur ce sujet là et non faire des discours int-ellectuels ou trop évasifs vu que celle-ci se fera par l'intermédiaire d'interfaces électroniques, comme les serveurs où le big data sera le grand ordonnateur des consciences, bref, notre nouv-eau Dieu! Cette hyperconnectivité ou hyperconscience planétaire aurait pu plaire à Fabien et à Pedro. Mais penser que celle-ci se fera par l'intermediaire de machines programmées par des lo-giciels, cela les révulsait d'avance. Et plus particulièrement pour Fabien, qui avait fait autrefois l'amour par téléphone, puis par le minitel rose, le fait de savoir qu'il devra exposer sa laideur devant sa webcam à sa partenaire, il n'y voyait aucun progrès réel à sa situation! A part mettre le masque de Mickey ou de Donald ou d'anonymous sur la figure, il y voyait comme de la perver-sion qu'il n'aurait pas le courage d'affronter. Apparemment, cette hyperconnectivité ou hyperco-nscience planétaire n'avait que le seul but de multiplier les échanges économiques et non pas de nous rendre meilleur! 

Et dire sur sa page Facebook que ce matin il avait bien fait son caca ou qu'il avait mangé des cornflakes au miel et au chocolat, cela nous apprenait pas grand chose sur nous même ni pour nous parfaire, n'est-ce pas? Comme ces selfies où des trafiquants de drogue nous montraient de grosses liasses de billets pour attiser notre jalousie, bref, rien non plus de bon à l'horizon pour nous tous. Ainsi Internet nous montrait en gros plan, l'humanité sous sa face la plus hideuse! Sans parler de ces escrocs qui nous promettaient de devenir riche si on leur envoyait la somme de 1 euro sachant qu'ils avaient envoyé ce même message à 1 million d'internautes! Sur l'ense-mble, ils étaient sûr d'empocher un bon magot, n'est ce pas? De même que ces faux magiciens ou docteurs qui nous promettaient de rallonger notre sexe de 20 cm avec leur baume miracle, effacer nos rides de vieillards en trois jours, nos varices, repulper nos lèvres, regonfler nos jou-es creuses, bref, retrouver nvotre jeunesse en achetant le DVD où tous les secrets de la jeunesse éternelle nous seront dévoilés pour la modique somme de 20 euros! Internet, apparemment, était devenu le grand fourre tout mondial des causes perdues, c'est à dire la caverne d'Ali Baba où tout brillait comme dans une grande illusion. Bref, la science la plus avancée au service de la bêtise humaine et de la plus basse superstition. Car il existait bien une bonne superstition, comme il y avait une folie douce en chacun de nous. Et nos deux amis n'étaient pas contre son retour en permettant aux Hommes d'accéder à Dieu et à nos croyances ancestrales où la vérité demeurait toujours. Alors que la mauvaise superstition, qu'on nous exposait sur Internet ou bien dans nos médias, avait comme seul but de nous tromper et de nous voler notre argent ainsi que notre suffrage pour les prochaines élections démocratiques. Apparemment, cette mauvaise superstition ou publicité, issue de la sainte raison des lumières, était ni plus ni moins une façon de légitimer ou de rationaliser notre folie. Non pas notre folie douce que tout le monde sait de quoi je veux parler, mais de notre vraie folie niant notre nature métaphysique et harmonieuse au sein du cosmos.

Bizarrement beaucoup de pseudo-intellectuels ou de nouveaux philosophes pensaient que notre civilisation avait 2500 ans, alors que nous avions changé de civilisation en 1789 au cours de la révolution française! Et que le "Je pense donc je suis" de Descartes, dont l'individualisme force-né des français est toujours amoureux, sonnait horriblement faux à nos oreilles. Car comment savoir si l'on pensait vraiment ou bien si l'on ne récitait pas une leçon apprise par coeur? En considérant que cette leçon a pu nous être dictée par notre éducation ou bien par notre culture ou nos traditions, n'est-ce pas? Bref, que le "Je pense donc je suis" de Descartes était peu précis dans ses fondements philosophiques, mais s'adaptait parfaitement à l'esprit français, individuali-iste et opportuniste dans le domaine des idées. Car si à chaque époque on pensait différemment, le "Je pense donc je suis" devenait aussitôt le grand questionnement du moment et la quête de la pensée occidentale. Et l'important ne fut pas de savoir si l'on avait raison ou pas, mais de le cr-ier haut et fort à ses contemporains! Comme Jean-Paul Sartre, philosophe français, qui ne déro-geait pas à la règle dont le "Je suis ce que je fais" n'échappait pas lui aussi à la légerté de ses fondements philosophiques qu'on pourrait nommer sans se tromper comme la pensée d'un petit bourgeois. C'est à dire dans le paraître, puisque je montre au public ce que je fais dans ma vie, c'est à dire de bonnes actions en vu d'être bien considéré par ce dernier. Et si je fais de mauv-aises actions parmi mes semblables, je serais aussitôt désigné comme un méchant Homme au service du mal. Bref, une vision bien moraliste du petit bourgeois qui ne vous aura pas échappé, mon cher lecteur, où considérer l'Homme au yeux d'un public nous semble bien leger et peu solide pour durer vu que beaucoup d'hommes et de femmes agissent en tout anonymat pour le bien de leurs semblables. Apparemment, pour Jean-Paul Sartre, seul l'Homme bon et visible so-cialement avait ses faveurs! Et c'est bien pour cette raison que sa philosophie fut des plus éph-émères, car le monde intellectuel des idées n'est pas la finalité du monde, mais qu' une façon de le décorer, de l'expliquer ou de le décrire et surtout avec le gros défaut de trouver des alibis aux Hommes pour s'entredéchirer ou s' entretuer.

Décidément dans ce monde Occidental, plus personne n'arrivait à la cheville de nos vieux philo-sophes comme Socrate et Platon à part les penseurs Chinois, Confucius et Lao Tseu. Et contra-irement à ce que beaucoup d'intellectuels ou d'historiens croyaient, Socrate n'était pas un pens-eur occidental, mais un penseur oriental et méditerranéen et pas du tout démocrate, mais mon-archiste. Alors que Platon, un penseur occidental par sa croyance aux valeurs d'une République idéale où le bien finirait par l'emporter. Bref, un pré-christianisme qu'il avait entrevu pour les sociétés futures des Hommes. Après son long monologue, Pedro se tut et semblait regarder da-ns le vide

Et pour la Samba, comment ça s'est passé? demanda soudainement Fabien. Pedro, étonné qu'on passe du coq à l'âne aussi rapidement, le prit avec philosophie et lui dit: Tu sais, après mes deux heures de portugais, on poussait la petite table dans un coin pour avoir plus de place et Alphon-so, l'homme à tout faire de la maison, apportait le gramophone de monsieur Victorio pour pas- ser de vieux disques de musiques brésiliennes. Tu disais un gramophone, mais t'en es sûr Ped-ro? lui demanda-t-il quelque peu surpris. Mais oui, je te l'assure et je ne savais pas bien pourq-uoi, mais monsieur Victorio avait un grand attrait pour les vieilles antiquités qui semblaient lui rappeler son pays, le Portugal. Apparemment, ton hôtel, le Novadoria, était un vestige du passé! lui dit-il brutalement en se considérant étrangement en bien meilleur état qu'un vieil hôtel perdu au fin fond de l'amazonie et malgré toutes ses infirmités. Oui, je te l'accord bien volontier, dit Pedro, mais sâche que Monsieur Victorio comptait ouvrir son propre musée à l'intérieur de son hôtel afin d'attirer plus de clients et disons-le carrement plus de touristes pour faire marcher ses affaires! Décidement, encore un homme bien pragmatique! lâcha-t-il en faisant une petite gri-mace que Pedro prit comme une façon à lui de montrer ses agacements. Et je parie que les deux vieux, assis dans leurs chaises à bascules dans la salle d'accueil, devaient se réjouir de retrouver leur jeunesse grace au gardien du passé nommé monsieur Victorio, ah! ah! ah! ria-t-il en excéc-rant le passé qui représentait pour lui toutes ses maladies hérédiatires, mais aussi une vieillesse qu'il n'atteindrait jamais pour goûter, comme on dit, aux plaisirs surannées et aux douces nosta-lgies, malheureusement. Et quand Alphonso remontait la manivelle du gramophone, continua Pedro, j'avais l'étrange impression de remonter le passé où la lumière tamisée du petit hôtel se-mblait nous transporter dans un pays lointain où mes deux vieux, fumant leurs empestant cigar-es, ressemblaient à deux fantômes qu'il ne fallait surtout pas déranger tant ils éprouvaient du pl-aisir à narguer le présent où tout était incerain! Oh oui, fatalement! s'écria Fabien, puisque le passé est une chose acquise, n'est-ce pas? continua-t-il en questionnant Pedro dont le regard ét-ait lointain comme plongé dans ses souvenirs où l'hôtel de monsieur Victorio était resté pour lui comme un grand mystère de sa jeunesse!

Quant à Fabien( qui n'avait aucun souvenir flamboyant à surgir de sa mémoire pour impressio-nner les autres), il n'avait que le choix de se fondre dans ceux de Pedro afin de remplir son vide existentiel. Car il savait intuitivement qu'un Homme sans passé était aussi un Homme sans av-enir tel était son cas où sa laideur était bien évidemment la cause de tous ses malheurs et se fo-ndre dans la vie des autres comme son unique bouée de sauvetage pour ne pas être englouti par le néant du temps! On disait dans de vieilles légendes que le temps était une immense vague aux eaux monstreuses qui s'avançait jour après jour vers nous afin de nous engloutir entièrement! Et que l'approche de la mort n'était au bout du compte que le bruit fracassant de cette terrible tempète qui s'annonçait au dessus de notre tête! Comme vous le voyez, mon cher lecteur, l'im-portant dans la vie était d'avoir beaucoup de courage et surtout d'être un bon navigateur pour ne pas chavirer aux premiers coups de vent, n'est-ce pas? et que Fabien, malgré toutes ses avaries, essayait de flotter tant bien que mal sur cet ocean démonté de la vie. Il est vrai aussi que son bateau de fortune avait les cales bien vides en termes de richesses et de souvenirs, ce qui d'une certaine façon le sauvait d'un naufrage certain grace à sa flottabilité et malgré qu'il s'en plaign-ait injustement. Mais en écoutant Pedro avec une grande attention, il semblait revivre et remplir à nouveau ses cales de marchandises de contrebande composées d'histoires invraisemblables, de pirates, d'épices orientales, de pierres précieuses, d'or, d'argent ainsi que de vieilles momies Inc-as et Egyptiennes qui semblaient s'éveiller à l'écoute d'un vieux gramophone installé sur le pont du navire! Apparemment, Fabien était parti très loin de la réalité en suivant de près le récit de son ami qui lui dit soudainement : Etrangement, quand la musique retentissait dans le hall de l' hôtel à travers son vieux gramophone et son immense pavillon en forme de lotus, je voyais mo-nsieur Victorio derrière son comptoir lâcher quelques larmes de nostalgie en regardant les deux vieux, assis dans leurs chaises à bascule, pour partager sa même émotion où avant c'était mie-ux! Les deux vieux, émus jusqu'aux larmes, sortaient alors leurs mouchoirs blancs pour essuyer leurs larmes et exprimer ce qu'aucun mot n'aurait su exprimer pour dire leur haine du présent. Pitoyable! Pitoyable! s'écriait intérieurement Fabien dont la seule valeur à laquelle il croyait était le présent, puisqu'il n'avait pas bien le choix. En fait, ce que Fabien contestait dans cette affirmation à l'emporte pièce où avant c'était mieux, c'était le gros mensonge qu'il colportait. Car si bien éffectivement tout était mieux avant( parce qu'on était plus jeune), cela ne signifiait en rien qu'on était heureux!

En était-il pas la preuve vivante? Et souvent, il se demandait si un jour il avait été jeune? Car naitre laid et mourir laid n'était-ce pas la même chose ou la preuve qu'on avait jamais été jeu-ne? insista-t-il. Apparemment, sa vie était une aberration de la nature qui celle-ci, ne nous le ca-chons pas, offrait toujours à ses créatures force et beauté au debut de la vie. Mais lui, visiblem-ent, rien de tout cela ne lui avait été offert, sinon des douleurs ancestrales et une laideur à faire peur un hypopothame! et que dire des jolies filles? Décidement pour lui avant, c'était pas mie-ux, mais peut-être pire, n'est-ce pas? En se rappelant ces époques mémorables de ses disgraces, Fabien avait espéré en prenant de l'age que la nature eut pitié de lui en éffaçant sa laideur avec une gomme magique, tel un adroit dessinateur de bandes dessinées, pour lui redessiner un nou-veau corps et un nouveau visage qui serait digne d'être regardé par les autres et pourquoi pas envié ou désiré? Malheureusement pour lui, ce miracle n'eut jamais eu lieu comme dans une fatalité où sa laideur d'année en année s'enlaidissait pour devenir monstrueuse. Il parait que les vieux disaient qu'autrefois le pain était meilleur, les fruits plus juteux, la joie plus joyeuse et la littérature bien meilleur que celle d'aujourd'hui! Hé bien, pendant que vous y êtes, mes vieux réacs, mais pourquoi ne pas allonger la liste? s'écrait Fabien avec plein de sarcasmes. Décidém-ent, chez nos vieux débris du passé, il y avait quelque chose qui ne fonctionnait pas très bien! pensait-il ironiquement avec ce fait remarquable que ses douleurs chroniques n'avaient pas aff-ecté son sens de l'humour qu'il savait terrible pour les autres. Et s'ils se trompaient grandement sur ces choses dites sensibles et importantes pour tout le monde, c'est parce qu'ils n'avaient plus les sens aiguisés pour les saisir du fait que ces derniers s'étaient émoussés terriblement au con-tact du temps et des choses tel un vieux couteau de cuisine. En gros, il ne bandait plus quand il voyait une jolie fille marcher dans la rue et n'arrivaient plus à goûter au fruit juteux de la vie pour ne pas être grossier, bref, ils n' arrivaient plus à vider leurs vessies où un cailloux bloquait la sortie, tel un vieux bâtiment qui s'éffondrait de l'intérieur! Visiblement, leur vie était bloquée dans le passé et qu'il faudrait sûrement qu'un tsunami leur passa dessus pour reprendre goût à la vie! pensait Fabien dont les sens aiguisés comme des lames de rasoir prenaient plaisir en mettre en charpie l'humanité qui l'avait mis au rebut de la socièté! Pedro à ses côtés, qui était perdu dans ses souvenirs de jeunesse où il entendait toujours le gramophone de monsieur Victorio resonner tel un vieux refrain, comprenait entièrement les haines et les douleurs ancestrales de son ami. Et puis, entre nous, n'était-il pas un homme comme un autre qui désirait le rester afin de goûter aux plaisirs simples de la vie où quelques pas de samba eurent suffit à le rendre à no-uveau heureux?

Mon dieu, mais qu'est-ce qu'elle fabrique encore celle-là? se demandait avec agacement monsi-eur Victorio qui ne voyait toujours pas arriver Manuella pour donner à Pedro ses premiers cou-rs de samba qu'il avait payé avec de vrais dollars! Décidement, cette gamine n'en faisait qu'à sa tête, une fois de plus! s'indignait-il en regardant les deux vieux colonels à la retraite, assis dans leurs chaises à bascules, qui ne comprenaient plus très bien le comportement de cette jeune fille écervelée et tout particulièrement de cette jeunesse qui ne respectait plus rien, ni la bonne musi-que, ni l'autorité des anciens! A les voir lâcher de gros nuages de fumée autour d'eux avec leu-rs empestant cigares, telle une grosse machine en colère, ils n'étaient pas loin de sortir leurs vie-ux pistolets de leurs étuis( peut-être rangés dans la boite à cigares placée à proximité?) afin de régler une bonne fois pour toute le compte à cette jeunesse dont l'insolence leur était insupport-able. De ce point de vue, monsieur Victorio était parfaitement de leur avis où décidement la je-unesse d'aujourd'hui ne voulait plus recevoir aucun ordre des anciens qui pourtant connaissaie-nt la vie! s'alarmait-il du virage à 180° pris par celle-ci. Pendant qu'il s'interrogeait sur toutes ces choses qui le dépassaient complètement, le gramophone retentissait dans le hall de l'hôtel en déversant avec chaleur sa musique surannée, ce qui aurait dû pourtant l'avertir, non? s'agaçait-il à nouveau en trépignant des pieds derrière son comptoir en observant d'un oeil méfiant Manu-ella qui dans la salle du restaurant mettait les couverts sur les tables sans se soucier de rien d' autre. Manuella, tu viens où je vais te chercher par les cheveux? cria soudainement monsieur Victorio qui semblait faire claquer sa voix comme une cravache prête à s'abattre sur la pauvre fille! Mais étrangement, Manuella ne daigna même pas lever la tête devant les menaces explic-ites de son patron et continua son travail comme si de rien n'était et semblait rêver à la nuit der-nière où son petit copain Romero l'avait envoyé au septième ciel dans son plumard en esquiss-ant un sourire pour ses prochains jours de congé qui seront pour elle signes de jouissances dégagés de l' autorité des vieux croulants de l'hotel! Pour elle, il ne faisait aucun doute que le Novadoria hébergeait entre ses murs une bande de tortionnaires fait de vieux fachos, de nazis et des colonels de l'ancienne dictature du Brésil ou peut-être du monde entier qui se trouvaient bien ensemble? se demandait-elle en disposant sur les tables les fourchettes et les couteaux res-semblant étrangement à des instruments de tortures. Tout à coup l'un des vieux se leva de son fauteuil( malgré son arthrose) et balança son cigare à moitié terminé en direction de Manuella où celui-ci finit par atterrir entre ses pieds!

Très étonnée par cet évènement, rarissisme au sein d'un hôtel, elle n'en fit pas une grande affai-re, mais leva les yeux en direction de la salle d'accueil où elle aperçut l'un des vieux lui tendre le poing et lui dire : Connasse, ça fait dix minutes que ton patron t'appelle et tu ne décolles mê-me pas! Rhaaa, femme du démon! lança-t-il très énervé en se cramponnant au fauteuil pour ne pas tomber. Etonnament, Manuella, au lieu de lui crier à la figure et de le traiter de vieux torti-onnaire comme à son habitude, elle donna un coup de pied dans le cigare qui repartit illico vers son expéditeur qui le recut en plein visage! Ah!Ah!Ah! ria aussitôt Alphonso, l'homme à tout faire de la maison, qui était considéré par tout le monde comme un débile mental, mais un rôle que ce dernier jouait à merveille pour se dédouaner de toutes ses gaffes. Quant à Pedro, qui éta-it à ses cotés, il ne savait pas quelle attitude prendre devant cette scène qui ressemblait étrange-ment à un vieil opéra comique où le gramophone débitait un air vieux en total dissonnace avec l'insolence de Manuella. Apparemment, il existait de la vieille musique, comme il existait du vieux cinéma ou bien pour être sans ambiguité des vieux sentiments que la jeunesse d'aujourd' hui n'arrivait plus à saisir ou à comprendre. Et personnellement, il m'est souvent arrivé de rega-rder de vieux films américains des années 30 sans rien n'y comprendre à l'histoire où la morale chrétienne était apparemment le personnage principal où tous les personnages secondaires deva-ient  s'y contraindre au risque d'être en disgrace avec la socièté ou d'être jeté tout simplement en prison! En résumé, le cadre était la morale et l'imagination du cinéastre les limites qu'il ne dev-ait pas dépasser pour avoir du succès auprès du public, bien évidemment. En tout cas, ça ne lui empechait pas de pondre des scénarios plus ou moins farfelus où le fond des choses restait tou-jours le meme, bref, ne pas trop bousculer le public qui tenait beaucoup à ses moeurs ou à ses habitudes, comme à la prunelle de ses yeux! C'ést bien pour ces raisons que je n'ai jamais trou-vé quelque chose de révolutionnaire dans le cinéma( sinon son invention) et tout particulièrem-ent dans l'invention de ses scénarios où le public restait tout de même le destinataire ou le juge suprême auquel il ne fallait pas attendre des choses bien révolutionnaires, mais très convention-nelles, n'est-ce pas? En fait, j'ai toujours pensé que la vie réelle était la meilleur place de ciné-ma qu'on pouvait avoir sans payer sa place et Pedro en ce moment semblait vivre une de ces scènes où tout se passait en temps réel, bref, mieux qu'au cinéma! Ah!Ah!Ah! ria de plus belle Alphonso en regardant le visage de Dimitrio noirci par le cigare propulsé par Manuella comme une bombe. Ce dernier très en colère dit à son vieux compagnon de route : Mais tu as vu, j'ai failli perdre un oeil à cause de cette connase!

Mais ne te fâches pas comme ça, Dimitrio, elle est bête comme ses pieds même si elle a un très bon coup de pied du droit! lui dit-il sans savoir le mal qu'il faisait à son vieil ami. Ah!Ah!Ah! riait toujours Alphonso d'une manière insensée qui, pris dans son délire, lança subitement: Ma- nuella, Manuella, au poste d'avant centre de l'équipe du Brésil! Manuella, Manuella, au poste d' avant centre de l'équipe du Brésil! Monsieur Victorio, niché derrière son comptoir, était sidéré par la débilité et l'incompétence de son personnel et rongeait son frein pour ne pas mettre tout le monde dehors et regardait Pedro comme son sauveur et un soutien vital pour ne pas se jeter dans les eaux boueuses du fleuve Amazone! Espèce de con! lança Dimitrio très énervé contre Alphonso qui démontrait qu'il était un vrai débile mental. Mais ne te fâches comme ça, lui dit son vieil ami, c'est très mauvais pour ton coeur! De plus, il ne sait pas pourquoi il rigole telle-ment il est idiot, ajouta-t-il. Aussitôt Alphonso pour enfonçer le clou en rajouta une couche en riant de plus fort au moment où le gramophone débitait un vieil air d'opéra dégoulinant d'un romantisme écoeurant. Sainte mère de l'Eglise, mais qu'ai-je fait au bon dieu pour mériter une telle équipe de branquignoles? se lamentait Victorio en les regardant tous comme des diables en excluant Pedro qui ne semblait pas vouloir prendre part à cet opéra comique joué en pleine Amazonie en restant comme stupéfait. Tout à coup, Manuella voulant faire avancer la situation, lança brutalement à son patron : Je suis désolé, monsieur Victorio, mais comment voulez-vous que j'apprenne la samba à Pedro avec cette musique de vieux! Ah!Ah!Ah! ria de plus belle Alph-onso qui voulait prouver qu'il existait toujours et malgré sa débilité viscèrale, ce qui provoqua au sein de l'hôtel une grande indignation venant aussi bien du vieux mobilier que des personnes transformées en vieux bibelots ou en hôtes perpétuels! Quant au gramophone, imperturbable comme une machine à remonter le temps où tournait un vieux 78 tours, il s'en moquait éperd-uement de s'adresser ou non à des êtres vivants, mais compressait les mollécules de l'air com-me un vieux piston du passé. Pouet! Pouet! semblait-il dire au monde contemporain, comme une vieille Torpédo dont les occupants étaient morts depuis belle lurette. Pouet! Pouet! sembl-ait-il lâcher comme les pets d'un cadavre que la jeunesse de Manuella et d'Alphonso refusait de voir le corps décomposé en considérant que sa résurrection fut une chose ridicule et inutile ma-lgré l'insistance des vieux moribonds de l'hôtel à vouloir le faire ressuciter. Dimitrio, épuisé par ses vaines tentatives de se faire comprendre et de prouver son existence à la jeunesse insole-nte, se laissa tomber dans son fauteuil comme une vieille carcasse! A ses côtés, son vieux com-pagnon de route lui donna une petite tape dans le dos pour le consoler et lui dit : Dimitrio, mais ne te fais de mauvais sang, car eux aussi deviendront vieux!

Aussitôt le regard de Dimitrio s'illumina d'un air diabolique, quand il regarda Alphonso rire co-mme un idiot en le voyant comme un futur cadavre où il était inutile de lui tirer une balle dans la tête pour se venger, parce que la vie le ferait à sa place et que tout ceci n'était qu'une question de temps. Ah!Ah!Ah! Ah!Ah!Ah! ria-t-il à son tour d'une manière grotesque en visant symboliquem-ent Alphonso avec ses doigts comme un enfant muni d'un pistolet imaginaire. Pan! Pan! Pan! Pan! surgit aussitôt de la bouche de Dimitrio revenu en enfance ou peut-être au temps de sa jeu-nesse sous la dictature des colonels? Par solidarité, son vieil ami l'imita au point qu'on entendit dans la salle d'acueil une salve de Pan! Pan! Pan! Pan! dirigée vers Alphonso qui pris de frayeur se couvrit le visage avec ses mains pour éviter les balles, puis se laissa tomber au sol en faisant le mort! Monsieur Victorio, horrifié de voir son respectable établissement se transformer en asi-le psychatrique sous le regard médusé des clients, qui entraient dans la salle d'accueil, bondit ho-rs de sa loge comme un diable et cria à tous : Maintenant, ça suffit! et vous les vieux cessez vos gamineries, sinon je vais me fâcher! Et toi, Alphonso, releves-toi immédiatement, sinon tu ne te relevras plus jamais de ta vie! le menaça-t-il avec des yeux injectés de sang. Alphonso, saisissant sa folie qui avait dépassée les bornes, honteux se releva et regarda Manuella avec tendresse, comme si toute cette comèdie avait été jouée pour elle afin de la séduire. Pédro, pétrifié dans son coin par la situation et seulement pour un cours de Samba, était convaincu qu'Alphono était amoureux de Manuella, mais qu'il ne le lui avait jamais déclaré sa flamme. Car dans cet hôtel, planté au milieu de cette cathédrale amazonienne, il se sentait comme Quasimodo dans le célèbre roman de Victor Hugo " Notre Dame de Paris" où Esmeralda s'appelait Manuella! Henrique, qui avait assisté de loin à la scène, furieux, revint pour décrocher du mur le portrait de Pierre 1er (le premier empereur du Brésil) et leur lança d'une manière véhémente: Oh mon dieu, mais comme-nt le Brésil va-t-il sortir la tête hors de l'eau avec des gens comme vous? Puis fila désespéré vers la sortie les yeux remplis de larmes parfaitement justifièes! Ce qui plongea tout le monde dans une profonde indignation aussi bien Monsieur Victorio que les deux vieux colonels à la retraite ainsi que la jeunesse de Manuella et d'Alphonso qui semblait prendre conscience de leur magistr-ale bêtise ou immaturité causée par le monde moderne où la grandeur de leur pays était devenue un objet de rigolade! Quand à Pedro, qui était Chilien, il observait tout cela avec une grande curiosité ou peut-être comme un futur projet ethnologique ou sociologique sur la socièté Bré-silienne? En fait, il n'en savait rien pour l'instant et attendait un peu bêtement la décision de mo-nsieur Victorio quant à son cours de Samba qui semblait très mal engagé! Bon, dit-il à Alphon-so, range le gramophone dans mon bureau et demain tu apporteras des disques plus récents pour permettre à Pédro d'apprendre la Samba qui est le pilier de notre culture Brésilienne! Ce qui atté-rra aussitôt les deux vieux colonels assis dans leurs chaises à bascule, mais provoqua un grand sourire sur le visage de Manuella!

Fabien, qui était absorbé par l'histoire de Pedro, semblait en admiration devant les prestations guignolesques d'Alphonso qui, malgré sa débilité mentale, avait une vie sociale! Alors que la sie-nne était inexistente sinon qu'auprès des marginaux ou des assistés sociaux, ce qui n'était vraim-ent pas un cadeau pour lui, n'est-ce pas, mon cher lecteur? Apparemment, l'homme à tout faire de la maison avait trouvé une façon géniale pour être accepté parmi ses semblables! remarquait-il ébloui par le génie des imbéciles! Et à l'écouter plus intimement, il était prêt à changer son lo-urd handicap physique contre un très gros handicap mental ou, tout compte fait, il aurait l'avanta-ge de faire rire ses semblables avec ses gaffes incontrôlées et à répétitions. Bref, comme un bou-ffon chargé de faire rire le peuple ou le Roi qui lui donnerait alors un statut social pour service rendu à la nation ou bien au royaume, contre la dépression, bien évidemment! Ainsi constatait-il que la fonction du débile mental ou du comique à la télé n'avait guère évoluée depuis des siècles ou, à l'évidence, il avait trouvé une façon géniale de négocier sa folie contre un couvert, un toit, une couche et pourquoi la fortune pour certains qui en faisaient profession? Ah mon dieu et tout ça parce qu'ils débitaient de grosses conneries à longueur de journée! Mais quelle honte! s'indig-nait-il en se massant la jambe où ses handicaps physiques l'empêchaient souvent de rire pour un rien et surtout pour des conneries débitées à la télé toutes les 3 secondes! Mais bon, c'était notre époque et l'on y pouvait rien! admettait-il amèrement où la débilité était devenue une marchandi-se comme une autre, mais avec le défaut de rendre idiot toute une population et tout particulère-ment les français qui étaient alors très heureux d'alléger leurs consciences de ce lourd poids qu' on appellait la Culture pour une culture de chiottes ou du tout à l'égout! Bref, une chose bien pratique pour la jeunesse d'aujourd'hui, n'est-ce pas? s'indignait-il à nouveau en maudissant ses tares héréditaires issues de ses origines bien françaises! Bref, un mal incurable qui lui était imp-ossible à guérir et malgré les incantations magiques de son ami Pedro, le sorcier des Andes! Vi-siblement, la télé d'aujourd'hui ressemblait beaucoup à la cour d'autrefois où l'on s'y bousculait pour obtenir du Roi des faveurs ou bien une rente annuelle contre des flatteries bien orchestrées, mais totalement hypocrites, il faut se l'avouer. Bref, une ressemblance remarquable avec nos mo-eurs audiovisuelles d'aujourd'hui où l'on voyait toute l'année les mêmes individus ou courtisans prêts à vendre leur âme pour un succès populaire, comme nos comiques débiles ainsi que nos écrivains journalistes qui pullulaient comme des mouches sur une grosse merde! Et si je vous parlais méchamment de tous ces écrivains journalistes, ce n'était pas par gratuité, croyez-le bien. Mais parce qu'un jour, en lisant un livre sur l'occupation Allemande, j'ai appris que la plus part des collaborateurs nazis était des écrivains journalistes qui étaient prêts à tout pour avoir du suc-cès auprès du public et surtout auprès des puissants, ce qui n'avait guère changé aujourd'hui, n'est-ce pas?

Visiblement, l'écrivain-journalisme était une profession tordue faite tout particulièrement pour les gens tordus, comme nous le savons tous désormais! Et ce qui me subjugue toujours, quand je regarde la télévision, c'est de constater chez la plus part des journalistes un grand pragmatisme à propos des sujets qu'ils vont traiter à l'antenne. Comme par exemple, en sortant à chaque fois de leur boite à malices, un certains docteur " mal au cul " pour nous parler des hémorroïdes ou bien un docteur "Bernard Henry Levy ou Michel Onfray" pour nous parler de la Vérité déconnectée de toute réalité sans oublier nos supers heros de bandes dessinées prêts à sauver la planète et la civi-lisation française, comme SuperHulot ou Capt'aine Zemmour! Décidément à la télé, les Yesmens ou les Ouiseurs(les gens qui disaient toujours Oui pour avoir du succès !) étaient fort nombreux, n'est-ce pas? En fait, ce qu'il y avait de formidable quand on était laid(ce que pensait souvent Fa-bien), c'était de pouvoir dire des méchancetés sur ses semblables sans que cela vous pose vérita-blement des questions de conscience. Car même si vous leur disiez des choses agréables, premiè-rement, ils ne vous croyeraient jamais du fait que ces compliments sortaient de la bouche d'une bête hideuse, qui les aideraient en rien à reussir leur carrière, mais plutôt à la faire échouer( ce que tout le monde de sensé pourrait comprendre) et deuxièmement parce qu'ils ne vous aimerons jamais du fait de votre laideur! A ce propos, la nuit dernière, j'ai fait un horrible cauchemar où un gros cafard me disait qu'il me trouvait beau! Ce qui m'avait profondément choqué, alors que je n'aurai pas dû l'être sachant bien que j'étais laid comme un cafard! Mais bon, l'amour propre était en chacun de nous comme une sangsue dont il était très difficile de se débarrasser, n'est-ce pas, mon cher semblable? Pour moi, il était évident que la laideur avait toute la légitimité de dire des méchancetés à ses semblables, car elle ne comportait aucune dissonnace ou contradicti-on dans son escence! Et moi qui suis laid comme un babouin, je sais de quoi je parle, croyez-le bien! En fait, ce qu'il y avait de remarquable chez les gens laids ou leur plus grand défaut, c'était leur incapacité à imiter les autres qui les empêchaient à proprement parler d'être admis au sein de la communauté humaine, comme pour les génies dont la conversation trop brillante faisait fuir la plus part des Hommes égocentriques, mais bêtes! En fait, ce que je trouvais horriblement laid, ce n'était pas lorsque la laideur s'exprimait en toute liberté et d'une manière naturelle, comme nous l'avons dit, mais lorsque qu'une belle personne s'exprimait avec une grande vulgarité ou grossièr-eté, comme si elle voulait s'emparer du langage de la laideur, alors qu'elle n'en avait pas la légiti-mité! Et si je vous parlais de tout ceci, c'était en toute connaissance de cause. Car un jour, je fus confronté à ce grand paradoxe( où après avoir énervé une jolie fille qui pensait avoir toujours ra-ison parce qu'elle était belle, mon dieu quelle foutaise!), je l'ai entendu me dire en me regardant dans les yeux : Vas-te faire enculer!

Ce qui m'avait horriblement choqué en entendant cette expression sortir de sa jolie bouche où il y avait comme une dissonnace, mais aussi parce que je n'étais pas homosexuel! En fait, j'avais empiré mon cas en lui disant que son expression directe et sans ambiguité aurait pu plaire à un homosexuel, mais pas à moi, car je n'étais pas homosexuel! Ce qui l'horrifia ainsi que ses amis qui me traitèrent aussitôt d'homophobe! Apparemment, quand les imposteurs s'emparaient du rô-le des autres sans aucune légitimité, ça sonnait horriblement faux, comme la bêtise voulant rev-êtir les habits de l'intelligence ou bien la beauté singeant la laideur! Bref, j'ai toujours eu horreur des gens qui voulaient parler à ma place, comme ces psychologues, sociologues, psychanalistes, psychiatres, hommes politiques etc. Car pour me sentir exister, j'ai un besoin vital de m'exprimer avec mes propres mots et malgré qu'ils soient imparfaits! C'est comme si vous vouliez enlever à une bête ses grognements de mécontentements ou bien ses gémissements de plaisir qui je pense la tuerait au bout de trois jours sans vous parler du grognement du peuple qui pourrait vite tour-ner en révolution! Ce qui aurait beaucoup étonné, comme je le crois, Georges Orwell( l'auteur de 1984, un livre sur les dictatures modernes) de voir notre soi-disant parfaite démocratie se tra-nsformer en une dictature de l'opinion dictée par nos médias! Ce qui était en vérité très peu éloigné du fachisme ou du nazisme, je vous l'assure! A ce propos, hier après-midi, en allant cher-cher mon pain à la boulangerie, j'ai été très surpris de voir dans la rue plein des beaux gosses et de belles nanas sortir de superbes bagnoles! Et bien évidemment, pour ne pas vivre cet enfer, j'ai dû fermer les yeux jusqu'à la boulangerie! Et je pense que la semaine prochaine, j'irai m'acheter une canne pour aveugle afin de passer inaperçu auprès de mes encombrants contemporains! Comme vous le voyez, mon cher lecteur, sans conteste, le monde moderne avait tendance à nous rendre muet et aveugle par les faits que je venais de vous mentionner, premièrement par tous ces usur-pateurs qui voulaient parler à votre place et deuxièmement par tous ces gens biens nés qui voul-aient vous imposer leur dictature, celle de l'image! Il était évident qu'avec cette caractéristi-que déficiente d'être muet et aveugle en même temps, cela nous rendrait à l'avenir complètement sourds comme des carpes, n'est-ce pas? Et qu'il était fort possible que le monde de demain devie-nne un monde tri-déficient, c'est à dire sourd, muet et aveugle pour pouvoir supporter cette vie infernale, hum? Décidément, la grande généralisation opérée par nos médias( pour le soi-disant bonheur du peuple) était une funeste machination! Mais dont personne ne s'apercevait parce qu'il était devenu sourd, muet et aveugle où la communication médiatique avait pris l'ascendant sur le sens réel des choses. Où dire "Oui" suffisait pour dire qu'on était capable de faire les choses ou dire "Non" comme une erreur de srtatégie politique quand on s'adressait au peuple ou bien com-me quelque chose de convenue pour dire qu'on était contre la violence, le racisme, le cancer, la barbarie etc, ce que tout le monde admettait facilement même le voyou qui vous mettait son flin-gue sur la tempe en vous disant : Donne-moi ton portefeuille et je n'abuserai pas de la violence pour te prendre votre oseille! Décidément, nos hommes politiques ou communicants nous pren-aient pour des imbéciles parce que nous étions devenus déficients à force d'écouter les autres parler, penser et imaginer à notre place!

Bref, nous étions devenus des êtres invertébrés, comme des insectes qui n'avaient plus aucune antenne pour se diriger dans la bonne direction. Apparemment, nous déambulions dans un monde très opaque où seuls les genies pouvaient nous aider à trouver une sortie digne de notre civilisat-ion! Fabien, qui était revenu à la réalité, demanda soudainement à Pedro : Mais alors qu'as-tu fait après cette scène mémorable au Novadoria? Eh ben, je suis sorti visiter la ville de Manaus pour me changer les idées! lui répondit-il content de voir son ami reprendre le fil de son histoire.