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MEMOIRES D'OUTRE-TOMBE D'UN TERRORISTE

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Ca y 'est, hier soir je me suis fait exploser au Parc des Princes et je suis maintenant au paradis!

 

Comme vous le voyez, le prophète Mahomet avait raison dans le Coran au sujet des martyrs qui avaient un accès direct au paradis, puisque ce matin je me suis réveillé dans un très bel apparte- ment, équipé d'un très large lit, de meubles somptueux et, dans des plats finement ciselés en arg- ent, de merveilleuses patisseries orientales et françaises que j'ai toujours appréciées pour leur qu- antité de crème et de sucre et sans oublier mes dix sept vierges qui était compris dans le contrat que j'avais signé avec Dieu. En disant tout cela, je ne veux en aucune façon incriminer Mahomet ou l'Islam par mon acte, héroïque pour certains et lâche pour d'autres, non, non, pas du tout. Car mon Acte est avant tout individuel et d'un monstrueux égoïsme, ce que je ne vous cacherai pas. Et puis je ne pense pas que le prophète ait encouragé le martyr comme une solution générale pour résoudre la paix dans le monde, cela va de soi. Disons que s'il s'est permis de l'écrire, c'est bien évidemment sous la dictée de la parole divine et non de ses propres voeux. J'espère que tout cela est bien clair maintenant dans vos esprits : vous qui souffrez toujours sur la Terre et moi qui bai- gne dans une totale beatitude au paradis. Car l'Islam est la plus belle des religions et qui parach- ève des religions imparfaites comme celle des juifs et des chrétiens. Je suis désolé de vous le dire, mais dans ce monde il n'y a jamais eu de  hasard : mot entre autre d'origine Arabe et qui signifie, en vérité, le jour ou cela devait arriver et, non comme le définissent les occidentaux, comme quel que chose qu'on ne pouvait pas prévoir; ce qui met éternellement l'Orient et l'Occident en totale opposition sur la définition des mots et sur finalité de la vie, puisque j'ai pu commettre mon attentat sans qu'il soit déjouer par les meilleurs limiers de la police ainsi que par des millions d' ordinateurs mis en réseau. Malheureusement, la meilleur technologie ne pourra jamais lutter contre un être de chair et de sang et surtout quand celui-ci est prêt à mourir pour son idéal de lib- erté. Bref, comme je vous le disais, cette chose qui vous a tant écoeuré, fait vomir, fait pleurer en vous soustrayant un être cher à votre famille ou bien estropié pour la vie et même fait éprouver une haine monumentale contre ma personne; oui, tout cela je peux le comprendre car je ne suis qu'un homme comme vous fait de chair et de sang et de passions peu enviables. Mais je devais un jour me faire exploser parmi vous afin de vous montrer que j'existais bel et bien et que je n'étais pas le petit Arabe de service qu'on a souvent méprisé au cours de sa vie et en particulier dans la société française qui est xenophobe et raciste et où je fus considéré comme un larbin, bref, com- me un moins que rien! Mais ne pensez pas pour autant que mon acte fut un geste de vengeance à cet égard, non, pas du tout, parce que mon acte n'était aucunement lié à ma condition sociale, mais bien parce que celui-ci avait été planifié depuis le ventre de ma mère et tout particulièrement par Dieu lui même.

Et même si ma vie dans la banlieue parisienne, au val-fourré, avait été d'une discretion totale voir d'un silence assourdissant, je rêvais un jour qu'elle finisse en apothéose, bref, dans une formida- ble explosion! et c'est ce que j'ai pu réaliser hier soir au Parc des Princes où, parait-il, j'aurais fait une cinquantaine de victimes, c'est dire un franc succès et sûrement une de mes meilleurs réussite dans le monde d'ici bas, où tous les français durant ma très fugace vie m'avaient mis des bâtons dans les roues afin que je ne réussisse point. Ceci sont les dernières nouvelles de la Terre et qui nous parviennent par un système très sophistiqué de haut-parleurs invisibles et qu'on peut allumer comme une radio. Bref, ici au paradis, nous nous tenons quotidiennement informés des nouvelles venant de la Terre afin de savoir comment elle se porte et je pense que c'est Dieu qui y tient abso- lument pour nous montrer notre situation si privilégiée. Hier soir, après m'être fait exploser, étra- ngement je n'ai ressenti aucune douleur, malgré le grand éparpillement de mes membres, mais as- piré puissamment par le ciel comme si Dieu me rappelait à lui, bref, auprès de ses bras protecteu- rs. Quelques instants plus tard, j'atterrissais au paradis sans aucune blessures physique et psychol- ogique et je remerciais le livre saint d'avoir dit la vérité sur les martyrs. Et pendant mon élévation, j'ai pu voir aussi que je n'étais pas seul, mais toutes mes victimes me suivaient afin de rejoindre Dieu. Et je veux profiter de cet instant solennel pour dire aux familles endeuillées que tous leurs amis, proches et enfants vivent désormais au paradis et qu'ils doivent s'arrêter de pleurer ou de crier leur haine contre moi, car j'ai réalisé leur rêve, bref, celui d'être éternellement heureux au paradis. Je sais bien que tout cela pourrait vous dérouter, vous qui avez cru toute votre vie qu'il avait un enfer pour les méchants et un paradis pour les gentils, mais je veux vous confirmer que cela faux et qu'il n' y a en vérité qu'un paradis pour tous, et pour la simple raison que l'homme étant né bon et malgré que la socièté le rendait méchant durant sa vie, celui-ci à sa mort retrouv- ait son état initial, c'est à dire bon. Il est vrai que j'ai très peu lu durant ma très fugace vie (puis- que j'ai quitté le monde terrestre à 22 ans), mais j'ai entendu quelque chose comme ça chez Rou- sseau et que je prolonge et parachève par ma propre expérience au paradis. Ceci est je pense très important de le rappeler aux hommes afin qu'ils se débarrassent de ces morbides croyances issues du Judéo-christianisme. Le péché n'est malheureusement qu'une croyance pour maintenir les ho- mmes et les femmes en esclavage, c'est ce que m'a fait comprendre Dieu à mon arrivée au para- dis. Je sais bien que je remets ici en question toutes les croyances ou dogmes des hommes, mais il est important aujourd'hui de leur apprendre la vérité afin qu'ils changent leurs moeurs pour pou- voir changer de civilisation et en finir avec le judéo-christianisme. Bref, ici c'est tout le contraire de ce qui se passe sur la Terre et où tout le monde est heureux parce qu'il n' y a pas d'argent pas de crimes et que tout le monde mange à sa faim et accède à ses plaisirs sans devoir débourser une fortune, mais en suivant tout simplement ses désirs. Tenez, pendant une bonne partie de la nuit, où j'ai pu profiter de mes dix sept vierges que Dieu m'avait offertes à mon arrivée, il m'a semblé bien mériter tout cela après mon sacrifice pour LUI. Puis IL me fit visiter son paradis comme il le fait à tout nouvel arrivant et m'expliqua qu'il était composé d'une multitude de succursales sépa- rées par des baies vitrées afin que chacun puisse voir ses voisins mais sans pouvoir y accéder. Lui seul apparemment pouvait les ouvrir afin de réunir des espèces différentes afin d'en former de nouvelles qu'elles soient animales, végétales ou minérales, tels étaient ses pouvoirs surhumains. Et une salle de minéraux avait été mise en face d'une salle de végétaux afin de former de nouv- elles espèces de fleurs mi-roche mi-végétale.

Peut-être prévoyait-il une possible union entre un homme et un poisson ou avec une plante, Dieu seul le sait. Pendant mon survol au dessus de son paradis, où je lui tenais le bras comme un vieil ami, je fus stupéfait par la richesse qu'il renfermait et sur ses potentialités. Ainsi il me mont- ra son musée personnel où il y avait enfermé les dieux de l'Olympe derrière une grande baie vitr- ée tel un aquarium, où j'aperçus Zeus commander à Neptune de remuer les oceans avec la compl- icité du dieu du vent, Eole. C'était un spectacle qu'il ne manquait jamais! me dit-il en connaissant le scénario par coeur, je crois, et où les éclairs de Zeus sur la Terre furent très impressionnants. Ensuite il me montra une salle qu'il avait appelé la salle de la République qui se trouvait à l'inté- rieur d'un hémicycle sous un dôme de verre et où les députés tenaient quotidiennement des débats sans fins afin de légitimer, auprès du citoyen, leurs salaires juteux et leur soi-disant intelligence supérieure. Et Dieu s'en amusait beaucoup apparemment, quand il me dit qu'il choisissait lui mê- me le sujet des débats afin de démontrer leur bêtise constitutionnelle ou leur incompétence. Son thème favoris était celui du verre d'eau et sur la façon qu'il fallait le remplir ou le vider. Et les députés, selon leur camp politique, disaient beaucoup de bêtises à ce propos en allant jusqu'à dire qu'il ne fallait jamais le remplir puisqu'on devait le vider après! Alors que d'autres plus raisonna- bles affirmaient qu'on devait le remplir à moitié afin de respecter les lois de la république sur l' égalité entre le vide et le plein. Bref, on ne pouvait pas être plus rationnel. Mais comment savoir si ce verre était à moitié plein ou à moitié vide? s'agaçaient les plus septiques d'entre eux en ma- tière de communication politique et dans le but de ne pas démoraliser le peuple qui, ne nous le cachons pas, avait toujours eu très soif. Alors un député, sans doute très doué et très carriériste, dit une chose ahurissante qui était de percer le verre par en dessous afin que celui-ci ne se rempli- sse jamais entièrement et justifierait ainsi leur pérennité politique au sein du gouvernement des hommes. Les députés, impressionnés par le génie d'un des leurs, applaudirent alors à grand fracas; mais un vacarme que Dieu trouva insupportable et qu'il mit fin en frappant son index sur le dôme en verre de l'hémicycle. Aussitôt les petits insectes, qui se trouvaient en dessous, se turent et se ca chèrent sous les pupitres, bien pratiques à ce propos. Apparemment, c'était le paradis rêvé pour les hommes politiques et où ils débattaient sans fin sur des sujets vides de sens, comme pour mo- ntrer au citoyen que leur role était des plus important dans la gestion de la cité.

A ce propos, Dieu m'a confessé afin de pimenter un peu les débats qu'il voulait changer le 49-3 (le célèbre décret pour faire passer une loi en force) en le renommant le 11-43, en voulant faire référence au colt 45 que les hommes politiques auraient tant aimés braquer sur la tempe de leur adversaire pour leur faire changer d'avis! Et il était prêt à changer le scénario parlementaire, en déposant dans chaque pupitre des députés, un colt 45 afin de voir jusqu'où ils iraient. Bref, un scénario digne d'un western américain où l'on verra enfin la vraie nature de ces imposteurs, genre le bon, la brute et le truant! Comme ça, me dit Dieu, on sera qui est qui afin de donner le pouvoir aux meilleurs d'entre eux. Et si massacre eut lieu sous le dôme républicain, il nettoierait l'ensem- ble pour y déposer de nouveaux pions, humains ou non, cela n'avait pas importance du moment qu'il y eut spectacle à regarder. Apparemment, Dieu n'était pas le vieux bonhomme qu'on aimât tant représenter sur les gravures judéo-chrétiennes avec son bâton tordu, sa longue barbe et sa sagesse inébranlable, mais était tout le contraire; c'est à dire un jeune enfant très espiègle et très joueur dont le rôle était de nous révéler notre véritable nature, bref, une sorte d'écologiste avant l'heure. Et je ne pensais pas qu'il souhaitât de nous le pire, mais seulement d'être en accord avec nous même, avec ce qu'il avait déposé à notre création au fond de notre coeur. Comme dans le mien, où il avait mis du génie et dont la mission était de révéler aux hommes la vérité de Dieu. Et des ma naissance j'ai su très tôt ce à quoi j'étais destiné, comme si dans mon coeur était gravé un message de haute importance, celui d'être un élu de Dieu! Et sans fausse modestie, je pense avoir réussi ma mission sur Terre, car parait-il, mon attentat fut diffusé dans toutes les télés du monde, au point que les événements politiques des puissants passèrent inaperçus, en attendant un nouvel attentat de mes collègues élus de Dieu. Et j'ai même entendu le président américain dire au mon- de entier que j'étais un loser! Propos que je trouvais très déplacés pour un homme comme lui et qui débite une connerie toute les minutes quand il ouvre la bouche. Mais il vrai qu'économique- ment j'ai toujours été une sorte de loser, car j n'ai jamais voulu faire fructifier le moindre capital, alors que j'en avais eu les moyens, car j'ai toujours pensé que le business était une affaire de voy- ous et non d'honnêtes gens. Et puis regardez ce président américain qui a fait sa fortune dans l'im- mobilier, bref, dans la rente, a-t-il au moins pris des risques dans sa vie? Oh non, certainement pas.Alors pourquoi donnerait-il des leçons aux autres? Je n'en vois aucunement la légitimité. Moi je peux dire que j'ai pris des risques dans ma vie et j'ai pris le risque sublime de me faire exploser afin d'atteindre Dieu et l'éternité où j'ai pu gagner le paradis. Et d'une façon, je peux vous le dire droit dans les yeux, oui je suis le big winner des affaires humaines! Et je pense qu'on ne peut pas être gagnant sur le plan économique et spirituel, car une religion devenue grasse et prospère ne peut en aucune façon représenter Dieu et sa justice, mais qu'une obésité l'entrainant vers sa pro- pre mort. 

Et je pense sincèrement que la socièté occidentale est en train de s'écrouler sur elle même à cause de son surpoids et de ses artères bouchées par le cholestérol et par ses ecxès en tout, bref, par une sorte de gavage civilisationnel organisé par l'argent et où l'arrogance finira par l'emporter sur la sa gesse et l'intelligence. Et je me suis souvent demandé pourquoi il y avait chez les occidentaux ce besoin irrépressible de devenir les plus gros du monde, tel un désir effréné de puissance, alors qu' ils avaient tout pour être heureux; bref, des terres les plus riches du continent qu'ils s'étaient em- paré durant leur histoire, des hommes apparemment intelligents ou savants et une culture appare- mment universelle, puisqu'ils l'avaient déclaré en 1789? Ce paradoxe m'avait toujours dérouté durant mes courtes études au lycée et ou souvent je n'arrivais pas à mettre un nom sur celui-ci. Était-ce de la folie à laquelle nous avions affaire ou bien un excès de confiance assuré par la pos- session de l'argent et de sa fabrication ou peut-être tout bêtement un manque totale de métaphysi- que, bref, à la fin de la croyance en Dieu mais au dure matérialisme? Jeté longtemps dans ce flou total par mes camarades au lycée, pour la plus part des français(qui ne pensaient alors qu'à leurs petites copines, à créer leur page facebook, à jouer aux jeux video, à regarder youtube, se passio- nner pour les groupes de rock ou de rap, d'acheter une voiture quand ils travailleront, puis une maison, puis fonder une famille, bref, le destin des gens bien ordinaires), mes amitiés ne durèrent guère longtemps parmi eux, au point que je fus considéré très vite comme un extraterrestre! Par- fois je me sentais gêné d'être traité de la sorte, car je ne connaissais pas ma véritable nature, ni ma vocation d'être un élu de Dieu. A la longue, je finis par devenir complètement invisible aux yeux des miens mais aussi auprès de mes camarades et des potes du quartier, au point de me demander si j'existais vraiment? Ce fut le drame de mon adolescence, je vous avouerai sans mentir, mais un drame qui parait-il est largement partagé par l'ensemble des adolescents et des adolescentes, qui se trouvent nuls parce qu'ils n'ont pas les moyens virils de s'exprimer pour se sentir exister pleinem- ent, mais seulement l'emploi de la stérile révolte ou rebellion contre ses parents ou contre les ins- tutions etc. Et c'est pour cela que beaucoup d'adolescents font des tentatives de suicides, que cert- ains réussissent avec succès, alors d'autres ratent volontairement et pour des raisons diamétralem- ent opposées; les premiers pour nous montrer leur courage exemplaire d'en finir avec cette vie là et les seconds par un manque évident de courage ou de conviction pour s'arracher à leur petite vie insignifiante. Personnellement, le suicide ne m'a jamais tenté durant mon adolescence, peut-être par peur ou bien que parce que mon jour n'était pas encore venu? En fait, il y avait toujours eu en moi une petite voix qui me disait : non, pas maintenant, mais quand je t'en donnerai l'ordre! Sans fausse modestie, je crois que c'était la voix de Dieu que j'entendais là et dont le message ne m' était pas entièrement décripté. C'est vrai que nous les élus de Dieu n'avons pas peur de la mort, car nous n'avons jamais eu d'existence terrestre ou réelle.

Ma mère un jour me confessa, en me voyant sortir de son ventre, qu'elle s'était écriée : Oh mon dieu, mais quel beau rêve vois-je là! Apparemment, ma mère avait saisi dès ma naissance que j' étais un enfant exceptionnel, bref, une sorte de rêve qui allait accomplir un destin des plus flam- boyants, non pas au sein des petits des hommes, mais au sein des immortels.

Mon nom est Sofiane et je suis le petit dernier de la famille, bref, le chouchou comme on dit dans toutes les familles qu'elles soient bourgeoises ou non. J'ai six frères et soeurs et je vous avouer- ai que la cohabitation avec eux n'avait jamais été une partie de plaisir et, en particulier, pour avoir ces instants de tranquillité où je puisse méditer et entendre ma petite voix intérieure que le bruit familiale souvent couvrait, non pas par méchanceté, mais par une vitalité autour de moi que je ne pouvais mépriser puisqu'elle venait de mes frères et soeurs. Je suis issu de parents Algériens et de ce pays qu'on appelle le pays des contes des milles et une nuits, comme on dit là bas en Algérie. Et bien évidemment, je ne vous donnerai pas leur nom afin que ces derniers, qui vivent toujours sur la Terre, ne soient pas calomniés à cause de mon attentat ou insultés à travers tous les réseaux sociaux de la planète, mais je vous donnerai bien mon adresse email au paradis, la voici Sofiane @auparadis.com où vous pourrez m'envoyer tous vos compliments sur mon attentat, sachant que toutes vos insultes vous seront réexpédiées automatiquement. Bref, ici au paradis rien de mauv- ais ne peut nous parvenir, puisque nous avons atteint l'immortalité. Ainsi se passa ma petite enfa- nce où je fus très choyé par ma mère et par mon père qui n'eut aucune peine à m'appeler son di- vin fils; ce que j'étais en vérité mais sans le savoir encore. A vrai dire, je vivais comme dans un rê- ve au point de rendre jaloux mes frères et soeurs et pour des raisons que je n'arrivais pas bien à comprendre, sachant que je me suis toujours senti comme un élu et qui devait être tout naturell- ement vénérer par les autres. Non, par un idiot caprice, comme on le voit chez les enfants gâtés des bourgeois, mais vénéré pour ma profonde sagesse afin de les faire accéder à la vérité de Dieu, bref, une vérité qui m'était alors pas entièrement révélée par les mots, mais seulement par mon comportement qui tranchait vraiment avec les autres, qui préféraient mieux se distraire au lieu de chercher la vérité et d'atteindre l'extase métaphysique. Semble-t-il j'étais quelqu'un de spécial sans savoir bien pourquoi, comme si dans mon ADN était inscrit celui des prophètes et des voyants et pour une raison inconnue. Je sais bien que cela pourrait dérouter celui qui lirait mes confidences d'outre-tombe et qui n'aurait point ce signe distinctif des grands hommes; mais qu'il comprenne qu'il n'y a pas de honte à être un homme ou une femme ordinaire, sachant que c'est Dieu qui l'av- ait décidé pour vous.

E je vous rappellerais que Dieu est seulement le révélateur de notre vraie nature afin qu'elle expl- ose de ses milles talents; je ne peux pas être plus clair avec vous en ce moment. Et si vous croyez désespérément que vous êtes nul parce que vous n'avez pas un rond en poche, sachez que cela est faux. Et vous le riche qui croyez avoir du génie parce que vous avez plein de pognon, sachez que vous vivez dans la grande illusion! Ainsi Dieu parlait-il à tous les hommes de la Terre afin qu'ils retrouvassent leur dignité. Il est vrai aussi dans cette société libérale et capitaliste où nous vivons, cette grande vérité émise par Dieu a toujours eu beaucoup de mal à s'établir et pour des raisons évidentes de concurrences entre le génie naturel et le génie factice des élites fabriqué par l'argent et les classes sociales. Et depuis que je suis au paradis, Dieu ne fait que me rappeler chaque jour que l'argent est l'apôtre du diable et que ses fidèles sont forcément à détruire; ce qui m'a toujours semblé une évidence. Et pour poursuivre sur mon enfance, mes premiers malheurs arrivèrent lors que j'entrai pour la première fois à l'école maternelle et où je fus considéré comme un enfant com me tout le monde! Ce fut un véritable choc pour moi, quant au lieu de me vénérer on me mettait souvent au piquet, parce que les institutrices trouvaient que j'avais trop d'emprise sur mes petits camarades voire une fascination magique. Imaginez ma petite frimousse avec des cheveux boucl- és très brun, des yeux noirs perçants, une couleur de peau café au lait et un port de tête olympien. Bref, j'étais un enfant très beau au point de rendre toutes les petites filles amoureuses de moi. Mais je ne dirai pas au point de rendre les garçons jaloux de moi, car étrangement je n' avais auc- une attirance particulière pour la propriété personnelle, vu que je me sentais avant tout comme un être imaginaire, voir mythologique, et que je me sentais prêt à partager mon butin avec mes petits camarades s'ils l'eussent souhaité, bien évidemment. Comme vous le voyez, Dieu avait mis dans mon coeur toutes les qualités pour que je devienne un grand homme. Et en peu de temps, je devi- ns une sorte de chef de guerre et organisait une razzia sur le coffre à jouets de l'école. Profitant de l'absence des institutrices, j'ordonnais à mes petits camarades la prise d'assaut du coffre où se cachait le trésor de nos rêves, puis en tant que chef, je distribuai le butin à part égale avec mes petits camarades filles ou garçons, sans oublier de donner aux plus valeureux les plus beaux des jouets.

Quand à moi, je ne prenais rien et laissais aux autres le choix de me donner ce que j'avais mérité, et sur ce point là ils furent très généreux sur les plus gros des jouets, comme il fallait s'y attendre. Étalant nos joujoux avec gourmandise sur le sol de la salle ( un butin inestimable à nos yeux par la bravoure que nous avions employée pour les gagner), les institutrices à leur retour piquèrent une crise de nerf en voyant tout ce désordre et nous réprimandèrent rudement pour notre indisci- pline. Et comme par hasard, me voyant le seul debout, tel un chef de guerre admiratif devant ses soldats, aussitôt elle me désignèrent comme l'instigateur de cette mutinerie et je fus sévèrement corrigé par deux claques sur les joues et trois fessées là où vous savez, puis une mise au piquet face au mur pour une durée indéterminée! J'étais véritablement choqué par cette injustice commi- se sur ma haute personne, car je ne savais pas quelle faute j'avais commise. Et dans mon coin iso- lé, j'entendais tous les enfants malheureux obligés de ranger tous les jouets dans le coffre, sinon on les corrigerait comme Sofiane! lancèrent les institutrices pour les effrayer. Ainsi donc comm- ença cette grande injustice envers ma personne; je ne dirais pas jusqu'à dire parce que j'avais une tête d'Arabe, non, mais plutôt comme si l'éducation nationale refusait d'admettre la véritable na- ture des gens et de leur génie. Je me sentais à ce moment là comme Harry potter et dont les pouv- oirs magiques avaient été confisquées par des forces maléfiques. Quelque temps plus tard, on con voqua mes parents pour leur signaler un comportement anormal de ma part et une tendance à la tyrannie envers mes camarades( ce qui était absolument faux) et que les institutions républicaines ne tolèraient pas ce genre de chose venue de la préhistoire. Mes parents bien évidemment ne com- prirent rien à tout ce charabia institutionnel et même mon père ajouta : Mais je n'y suis pour rien si Allah avait donné à mon fils tant de génie! La directrice accompagnée de mon institutrice prin- cipale et de l'infirmière de l'école furent abasourdies par les propos de mon père et en concluèr- ent que j'étais fou comme à l'image de mes parents qui me vouaient un culte sans fondement rati- onnel. Et à partir de ce jour, je peux le dire, mais je fus surveillé quotidiennement par les institut- rices et par les services psychologiques de l'école afin que je ne fasse plus de nouvelles tentatives de prise de pouvoir auprès de mes petits camarades. Mais oubliant très vite mes deux claques et mes trois fessées et le déshonneur que j'avais enduré en public, mon naturel revint vite au galop au point que je me fis couronner roi des enfants, un jour où l'institutrice était absente à cause d' une grave déprime, me sembla-t-il.

Bref, j'avais ordonné aux enfants d'aller chercher dans le coffre à jouets, les présents qu'ils souh- aitèrent poser à mes pieds comme gage de leur soumission. Certains, qui ne voulurent point puis- er dans le coffre par peur d'être réprimandés à nouveau, m'offrirent des dessins personnels peints à la gouache; ce que je pris comme quelque chose encore de plus louable que des jouets tout fai- ts; et dans cette catégorie toute particulière de cadeaux personnels, les petits filles m'offrirent des colliers de bonbons et qu'elles croquèrent avant de me les accrocher autour du cou comme pour me montrer leur amour et leur soumission, ainsi qu'une couronne dorée qu'une d'entre elles avait ramenée de sa maison après les fêtes de l'épiphanie. Bref, je mes sentais à nouveau redevenir moi même; quand quelques jours plus tard je fus rudoiement mené chez la directrice, car un fayot avait éventé le bruit que je m'étais fait couronner roi par les enfants. Une fois de plus, ne pouvant leur justifier ma nature extraordinaire et n'ayant pas encore les mots pour le dire ni pour le prou- ver, ils m'obligèrent à rester à l'écart du groupe pour que je ne puisse pas gâcher les chances à m- es petits camarades de devenir de bons citoyens. Personnellement, je n'ai jamais pensé que j'étais un mauvais citoyen ni le deviendrait, car je n'avais jamais utilisé la violence pour forcer les autres à me suivre, mais uniquement quelque chose de tout à fait naturel et que Dieu avait déposé au fond de mon coeur, bref, le sens de la grandeur. Ainsi je compris par ce garnement de traître, qui m'avait dénoncé aux adultes, à l'instruction publique, qu'il y avait en France des collaborateurs qui étaient prêts à vendre leurs petits camarades pour obtenir des images en couleur et autres com pliments. Et j'avais calculé dans ma petite tête d'enfant, vu le nombre d'enfants qui connaissait m- on secret, qu'ils représentaient environ 1/25 soit 4% de la population. C'était peu, mais très préj- udiciable pour la société française, car un noyau dure et sans compter ceux qui n'osaient rien dire en attendant dans l'ombre la suite des événements. Bref, je saisis très tôt les caractéristiques de la société française avec ses défauts et ses qualités et, en tant qu'Arabe, je savais que ma vie n' allait pas être une partie de plaisir ainsi que pour mes frères élus ou non. Mais j'encaisaissais mes pre- miers coups comme on encaisse ses premières gifles sans grommeler. Et puis je n'osais pas dire à mon père ni à ma mère que les institutrices me maltraitassent pour des raisons mystèrieuses qui m'échappaient, car j'avais un rang à tenir et une très haute estime de moi. Pour illustrer cela, et bien qu'armé d'un désir intense de vivre les choses, mon bannissement voulu par les adultes loin de mes petits camarades, eut des répercutions désastreuses sur mon moral, au point que je fis ma première tentative de suicide à l'âge de 5 ans!

Eh ben, en voilà une triste confession que je vous fais 17 ans plus tard, me direz-vous! Bref dans la salle de jeu où nous jouions( après l'apprentissage des lettres de l'alphabet et sur la façon de les prononcer ou bien comment dessiner le soleil, ses parents, les chiens, les chats, écouter des chans- ons comme colchique dans les près ou il était un petit navire), il y avait un grand toboggan au centre qui trônait tel un totem intouchable et où nous glissions de temps en temps lorsque l'on nous estimât digne d'y user nos fonds de culottes, ce qui était rarement le cas. Un jour, profitant de l'absence de mon institutrice, qui était partie aux toilettes, je sortis de ma classe pour aller esc- alader le toboggan d'où je me jetai la tête la première afin d'en finir avec cette vie! Et bien que ma petite tête frappa durement la glissière du toboggan, ma chute fut amortie en bas par un tapis en mousse. Malheureusement je n'étais pas mort, mais seulement évanoui. Dix minutes plus tard, je crois(car j'entendais tout autour de moi), on me découvrit inanimé et on me porta d'urgence à l' infirmerie dans un vacarme assourdissant digne d'une série policière américaine! Et afin de me faire retrouver mes esprits, l'infirmière me donna deux claques sur les joues( décidément, une tra- dition dans l'établissement) et me réveillais avec une grosse bosse sur le front. Et tout en me ré- primandant d'avoir fait peur à tout le monde( bref, ma toute première prise de conscience sur ce qu'était le terrorisme), elle me passa du mercure au chrome sur mon bobo qu'ensuite elle recouv- rit d'un beau pansement blanc. Je crois qu'elle s'appelait Madame Dallemagne si mes souvenirs sont bons et elle était très belle dans son uniforme blanc immaculé. Parfois, je croyais qu'elle était elle même un grand pansement et dont le travail consistait à panser tous les enfants du mon- de entier, tellement mon imagination d'enfant était prodigieuse. Mais après les deux giffles que je reçus d'elle, je dus revoir tout mon jugement sur ce qui était blanc et joli. Puis discutant avec la directrice qui était à ses côtés, elles se demandaient comment j'avais pu échapper à la surveillance des adultes, mais surtout comment j'avais pu atterrir inanimé sur le sol avec une grosse bosse sur le front. N'osant même pas me poser la question, car elles savaient que je n'avais pas encore l'us- age des mots pour m'exprimer ou pour m'expliquer, elles en confluèrent que j'avais dû heurter quelque chose de lourd, comme le coffre à jouets et pour lequel j'avais, parait-il, une attirance toute particulière, d'après leurs rapports.

Et que celui-ci, fermé par un couvercle très lourd en bois, avait dû me heurter la tête et me faire valdinguer à 3 mètres plus loin, bref, en dessous du toboggan. Allongé sur mon petit lit douillet, j'écoutais tout cela avec une grande curiosité, car je ne voulais en aucune façon leur avouer que j'avais tenter de me suicider. Premièrement, parce que je voulais pas leur avouer mon échec cuis- ant d'avoir échoué si minablement et deuxièmement par une explication qui me sembla inutile à leur fournir, car ils ne m'auraient jamais cru de vouloir me suicider à l'age de 5 ans! Après avoir écouté tout le monde, sauf moi, la directrice fit son rapport afin de ne pas incriminer le personnel de l'établissement et imputa la faute à une chute accidentelle du petit Sofiane près du coffre à jo- uets afin que tout rentra dans l'ordre. Les parents seraient informés afin qu'aucune plainte ne pui- sse aboutir. Et d'une certaine façon ce mensonge m'arrangeait bien du côté de l'administration, n'oubliant pas que j'avais un rang à tenir et une haute estime de moi. Quand je sortis de l'infirme- rie, on me ramena dans ma classe afin de rassurer mes petits camarades que je n' étais pas mort. Bref, je rentrais dans ma classe tel un héros qui arborait fièrement sur son front un grand pansem- ent, le signe évident de ses glorieux états de services! Aussitôt je fus adoré et vénéré à nouveau par tous mes petits camarades, au point que les petites filles au cours de la recrée voulurent abso- lument voir ma blessure de guerre et la soigner par des baisers; ce que je ne pus leur refuser, bien évidemment. Et afin de prévenir les futurs accidents près du toboggan et du coffre à jouets, les adultes fermèrent la zone par des chaînes en plastique qu'on avait pas droit de franchir au risque d'une mise au piquet immédiate, de même qu'ils installèrent une grosse serrure sur le coffre à jo- uets, ce qui nous démoralisa pendant plusieurs jours moi et mes petits camarades. Au début, je croyais un peu naïvement que c'était au titre d'une enquête policière qu'ils avaient fermé l'accès au trésor de l'école et qu'ils allaient peut-être appeler l'inspecteur Colombo pour résoudre cette affaire dont j'étais le seul à connaître la vérité, bref, une enquête que j'estimais irrésolvable vu qu' ils se trompaient tous sur le déroulement des évenements. Mais ne voyant aucun monsieur Colo- mbo venir renifler les lieux et nous poser d'étranges questions, j'en concluais que les adultes avai- ent mis nos totems hors d'accès pour tout simplement nous punir, ce que je trouvasi très injuste, sachant que ces choses étaient dues à ma seule responsabilité et non à celle des autres; c'est dire que j'avais déjà tout enfant le sens des responsabilités! Mais après une mûre réflexion (qui me fit mal à la tête), j'en concluais que nos totems devenus intouchables, le toboggan et le coffre à jou- ets, représentaient en vérité pour l'un l'ascension sociale et pour l'autre la récompense pour les enfants méritants.

Et qu'instinctivement j'avais été attiré par ces deux choses brillant de mille soleils, non par un qu- elconque mérite attribué par les adultes ou par les institutions, mais parce qu'elles m'étaient dues tout naturellement par ma nature exceptionnelle d'être un élu de Dieu. Et ne pouvant alors y acc- éder selon mes désirs à cause des adultes, qui ne faisaient que les contrarier, j'avais décidé de me jeter de son plus haut culminant, c'est à dire du toboggan qui pour ma petite taille représentait al- ors la hauteur d'un gratte-ciel! C'est la seule explication que j'ai pu me donner sur mon geste sui- cidaire à l'âge de 5 ans, que je ratais bien effectivement, mais que je réussissais admirablement 17 ans plus tard au Parc des Princes. En vérité, je n'étais pas contre la méritocratie; mais quand je vis qu'elle ne récompensait que les élèves les plus dociles aux institutions et non les plus capables ou les plus intelligents, je compris déjà tout enfant que la société française était une sorte de grosse imposture ou une sorte de grande fable que les adultes voulûssent bien raconter aux petits enfan- ts. Et comme il n'y avait pas de hasard dans la vie, mon école s'appelait l'école Jean de la fontaine, c'est à dire une grande fable d'esprit très français. Et sur le fronton du bâtiment était sculpté des petites fresques décrivant les fables de ce grand poète enfant et où l'on voyait en couleurs paste- lles, le corbeau et le renard et sur une autre la tortue et le lapin etc, et la question que je me po- sais souvent tout enfant, en regardant le fronton de l'école, était de savoir qui parmi nous était le corbeau ou le renard, puis la tortue ou le lapin? Bref, des questions que j'avais du mal à élucider sachant que je ne pouvais pas me comparer à ces bestioles en tant que grand homme promu à une gloire illustre, celle de l'immortalité. Et bien que j'en comprisse la morale plus tard, celle-ci me semblât en tout point destinée aux petits hommes et non à ma haute personne. Ainsi je fus très mauvais en récitation, comme il fallait s'y attendre en école primaire. Mais pour en revenir à mon établissement, celui-ci était plus précisément un groupe scolaire constitué d'une école maternelle et d'un collège assez important allant jusqu'en 5 ème si mes souvenir sont bons. Et un grand por- tail bleu aux couleurs délavées nous séparait des grands, comme on disait. Et par la faute de notre petite taille, on ne pouvait pas les voir, mais seulement les entendre jouer de l'autre côté où ces derniers semblaient s'amuser comme des fous au point de les entendre crier, hurler sans se faire menacer par leurs professeurs; bref, une liberté que je sentais sans limite et qui déjà m' inspirait à accroître mes pouvoirs sur les autres. Bref, j'avais hâte de grandir et de sortir de cette infâme éc- ole maternelle où j'étais toujours considéré comme un enfant.

Mais les choses malheureusement ne se passèrent pas comme prévu. Car en dernière année de ma- ternelle (j'avais alors 6 ans), un grand malheur arriva par la mort incroyable de mon père, bref, celle de mon ange gardien! Et bien que j'apprisse la nouvelle beaucoup plus tard, le jour de sa m- ort un incident dans l'école me révéla tout le drame qui venait de m'arriver. Bref, je vais essayer d'après ma mémoire de vous raconter ces faits qui marquèrent définitivement mon destin. Cela se passait en fin de journée où comme d'habitude on nous faisait attendre sur des petites chaises ins- tallées près de la porte d'entrée. Et comme nos parents n'avaient pas le droit d'entrer dans l'établi- ssement pour des raisons institutionnelles et de sécurité, ils attendaient dehors après avoir donné à l'institutrice le nom de leur petit boutchou que celle-ci appelait au fur et à mesure de leur arriv- ée. Cette cérémonie, chargée d'une grande émotion pour les enfants, qui retrouvaient ainsi l'amo- ur de leur famille, se passait d'ordinaire très bien et tout le monde quittait l'établissement avec un grand bonheur, il faut le dire. Mais un jour, quelque chose d'inhabituelle se détraqua au cours de cette cérémonie, quand je vis toutes les chaises se vider autour de moi et me retrouver bien seul au monde! Remplis d'inquiètudes, je me demandai si on ne m'avait pas oublié comme on oublie un vieux porte-monnaie ou bien une chose sans importance, sans valeur. Mais ne pouvant y croire du fait de ma haute personne, j'attendis sur ma petite chaise avec un grand stoïcisme qui impressi- onna, je crois, mes gardiennes, car je ne pleurais pas mais regardais le plafond comme on attend le miracle de Dieu. 1 heure passa sans que personne ne se présenta à la porte de l'établissement et je voyais autour de moi les institutrices s'agiter d'une manière anormale et se demander ce qu'ell- es allaient bien pouvoir faire de moi, du fait qu'elles avaient elles aussi une vie de famille et n' étaient pas prêtent a faire des heures supplémentaires pour rien. Voyant leur désarroi dans leurs comportements, je me levai de ma chaise et partis me dégourdir un peu les jambes dans la salle où je devins un véritable spectacle pour les employés de l'école ainsi que pour les femmes de mé- nages qui commençaient à nettoyer les sols, les meubles, puis s'arrêtèrent subitement suspendues à leur balai, comme pleines d'interrogations étranges. Après avoir arpenté tel un grand seigneur la salle, je retournai m'asseoir sur ma petite chaise avec grande dignité, il faut le dire, puis m'assou- pis en attendant l'arrivée de mes géniteurs. Mais quelques minutes plus tard, mon institutrice, sans me dire grand chose, me prit par le bras et me jeta vulgairement dehors comme un voleur! Bref, j' étais vraiment scandalisé qu'on me considérât comme un minus!

Me retrouvant ainsi dehors seul au monde, je regardais alors le fronton de mon école avec toute la haine du monde tel un monstre qui, après m'avoir englouti, mastiqué et broyé, me rejetait à la mer comme une vulgaire arrête de poisson! Étrangement, je voyais dans ma situation un parallèle avec la vie de Pinocchio qui comme moi avait été avalé par une baleine. Mais contrairement à m- on triste sort, lui il retrouvait son père dans le ventre de celle-ci où ce dernier avait tout fait po- ur le retrouver quitte à risquer sa vie. L'auteur avait semble-t-il voulu donner une vision très hér- oïque de la famille et non des institutions, je pense. Quant à moi, j'étais trahi par l'institution rép- ublicaine ainsi que par ma famille, me fustigeai-je en regardant le vide autour de moi où je ne re- connaissais rien, car c'était toujours maman qui me déposait à l'école. Du haut de ma petite taille où tout me paraissait étrangement plus haut, plus large et plus profond, je reniflais l'air comme un petit chien qui essayait de retrouver le chemin de son terrier. Et après avoir reniflé longuement l'air dans tous les sens, puis à gauche à droite, je partis sur la droite où l'air me sembla  plus agré- able en apercevant des coins boisés où des arbres fruitiers dépassaient des villas sur un petit che- min. Aussitôt, je m'y dirigeais sans me poser de questions et arrachais au passage quelques cerises ou prunes qui se trouvaient à ma hauteur. Mon dieu, quelles douceurs après avoir vécu l' enfer! s' écriait alors mon jeune coeur. Étrangement, je retrouvais le goût de vivre et malgré la sale épreu- ve que je venais de passer; le temps était magnifique et je me vis aussitôt comme un enfant libre, qui n'ayant plus aucun parents ni gardiens, pouvait désormais parcourir le monde sans rendre de compte à personne et se nourrir au passage avec les fruits que la nature voulut bien lui offrir grat- uitement. Durant un instant, je me pris pour Simbad le marin, quand le vent se mit soudainement à me souffler dans le dos et à me pousser fortement en avant telle une voile gonfler par le souffle de Dieu. Faut dire aussi que mon poids super léger n'y opposa aucune resistance et je dus acce- pter là où le vent voulut bien me porter. Léger comme l'air, il me semblait voler au dessus des hommes et de leurs institutions qui avaient été édifiées, non pas dans le sol profond de la France, mais seulement sur le sol mouvant de la révolution française. Avec étonnement, je me sentis red- evenir un petit oiseau aux ailes multicolores et au gosier remplis de chants merveilleux pour les hommes barricadés derrière leurs forteresses. Ce n'était pas encore de la haine que j'avais pour eux, mais seulement de la pitié, oui, de la pitié. Pouvant me passer désormais de leur commerce, la nature devint aussitôt le lieu de toutes mes confessions( puisque apparemment les hommes ne voulaient pas m'écouter ni suivre mes désirs) et le soleil comme un ami très chaleureux pour réc- hauffer mon coeur solitaire et dissiper de ma tête toutes mes sombres idées et le vent un compag- on idéal pour pousser mes aventures hors des sentiers battus et hors du commun.

Ainsi se dessinait en moi le poète et le génie que Dieu avait bien voulu déposer au fond de mon coeur pour des raisons que lui seul connaissait. Mais apparemment, un génie rejeté par l'ensemble de mes contemporains, car pour l'instant je n'avais rien fait d'exceptionnel ni de bien rationnel, si- non jeté un doute sur la société des hommes. Comme vous le voyez, dès mon plus jeune âge, j'av- ais déjà de sévères griefs à faire contre la société française. Et connaissant ma nature exceptionn- elle, je ne me plaignais ni me confessait auprès d'elle, mais seulement auprès de la nature qui était la seule digne à recevoir mes illustres confidences, non pas pleines de larmes, de cris, de plaintes ou de lamentations comme chez les juifs et les chrétiens, mais un appel à la force afin de retrouv- ver mes super pouvoirs. Sur mon chemin, je trouvais une petite maison abandonnée dont le jardin ressemblait à un terrain vague et où tout le monde semblait jeter ses objets cassés, inutiles et mê- me ses ordures, quand je sentis l'odeur de la pourriture ainsi que des cadavres de chiens et de cha- ts en putréfaction. La petite maison avait été semble-t-il vandalisée après le départ de ses propriét- aires, en voyant les portes défoncées ainsi que les fenêtres grandes ouvertes aux intempéries et br- isées par une haine indescriptible ainsi que des tags vengeurs sur les murs. Je ne savais pas comm- ent m'expliquer la chose, mais j'étais attiré instinctivement par le délabrement des choses et des li- eux, comme par une perversion de mon esprit afin de connaître la vérité sur la société des homm- es, que ces derniers essayaient de se cacher avec plus ou moins de talent. Ici, dans ces lieux, je vo- yais pour la première fois l'effet du temps sur une habitation humaine  où le carnage s'était empa- ré des lieux après que celle-ci fut abandonnée pour des raisons mystérieuses. Et tous ses habitants avaient semble-t-il fui ou disparu comme par enchantement ou peut-être avaient-ils été ravis par des extraterrestres ou victime d'un meurtre collectif, familiale? je me demandai du haut de mes 3 pommes, sachant qu'à mon age je n'avais aucune notion de meurtre ni d'assassinat individuel ou collectif, mais seulement l'expérience de la méchanceté des adultes. Enthousiasmé par cette odeur de la mort qui envahissait ces lieux, j'entrai à l'intérieur avec une grande solennité, pensant y trou- ver des cadavres dans la salle de séjour ou bien dans les chambres ou dans les douches. Mais après une courte exploration, je ne vis aucune trace de sang sur les murs ni sur les sols où il n'y avait que des assiettes brisées en mille morceaux et des récipients sans valeurs, percés pour certains et pour d'autres affreusement cabossés et tout un tas de journaux jonchant le sol comme dans un cha os inextricable.

Ne sachant pas encore lire, je n'essayais même pas de savoir ce qui se disait dans les gros titres, mais jetais un bref coup d'oeil sur les photos où des adultes affichaient leur prétentieuse arrogan- ce. Montant ensuite à l'étage par l'escalier en bois( que certains avaient essayé de démonter, mais sans y parvenir, pour en faire du bois de chauffage), je parvins non sans périls aux chambres des parents et des enfants; celle des parents était grande et un large lit complètement défoncé trônait au centre comme au temps de sa splendeur; les draps étaient déchirés et souillés par la vermine et un gros caca triomphait au milieu telle une victoire de l'immonde! et je ne savais pas si celui-ci fut d'un animal ou bien d'un etre humain; mais apparemment ce dernier avait réussi efficaceme- nt à marquer son territoire. A coté, il y avait une grande commode où ses deux grands tiroirs ava- ient été renversés sur la moquette et où visiblement un pervers sexuel avaient étalé tous les sous- vêtements féminins comme des objets fétiches, faits de petites culottes, de nuisettes et de soutien gorges. J'avais le sentiment que ces lieux abandonnés servaient encore à l'humanité comme un li- eu d'abomination pour les plus pervers d'entre nous. Et en levant la tête, je fus surpris de voir collé sur les murs et jusqu'au plafond des centaines et des centaines de photos de femmes nues, découpées me semble-t-il dans des revues pornographiques! Bref, c'était la première fois de ma vie que je voyais l'appareil génital des femmes en gros plan, tout en ignorant que je pusse sortir moi même de cette petite fente. Bref, la chose me parut fort peu problable, vu la taille que j'avais et qu'aucune femme n'aurait pu faire sortir de son ventre sans mourir aussitôt. Et puis je me sent- ais avant tout comme un rêve et non comme un être rempli de vicères qui aurait pu faire mal à une femme et que j'étais né sans aucun doute dans les choux ou bien que ma mère aurait pu m' acheter au marché des enfants comme on choisi un joli bouquet de fleurs et qu'elle m'avait choisi parce que j'étais le plus beau, bien évidemment. Vous dire alors que mon imagination était prodi- gieuse et sans limite! Revenant à la réalité, je visitais la chambre des enfants où ces derniers avai- ent malheureusement embarqués tous leurs jouets, sauf dans un coin, oublié un petit casque d'en- fant décoré de deux petites ailes sur les côtés et une petite épée en plastique qu' aussitôt je m' em- parais tel un chevalier du moyen-age. Pour les nettoyer, je me servis d'un morceau du rideau déc- hiré de la fenêtre pour ensuite me les parer. Ainsi équipé de mes armes, que le hasard avait bien voulu me donner, je sortis fièrement de la maison prêt à affronter la réalité ainsi que la mesqui- nerie des adultes. Pour moi il n'y avait aucun doute, j'étais de race aristocratique pour vouloir me mesurer aux adultes et que mon audace se verrait désormais dans mon allure magnifique à dé- fier leur lâcheté.

De toute évidence, j'étais comme on dit, une forte nature. Sur mon chemin, je croisais des géants, que j'aurais pu facilement passer au fil de mon épée s'ils avaient eu l'audace de se mettre en tra- vers de ma route. Mais voyant ma détermination sur mon visage, ils n'eurent point ce courage là et tant mieux pour eux. Un instant, je voulus retourner à mon école pour me venger de mon insti- tutrice, qui m'avait jeté à la porte comme un malpropre; mais sachant que l'établissement devait être fermé par sa grosse porte en bois et que j'avais aucun bélier pour la défoncer ni de valeureux compagnons pour m'aider, je renonçais à y retourner et continuais mon chemin là ou le vent vou- lait bien me porter. Un peu plus loin, par un formidable coup du sort, je rencontrais des gens de ma taille qui, me voyant équipé héroïquement, s'arrêtèrent pour me demander ce que je faisais là. Sans hésitation, je leur racontais que je partais à la guerre contre les adultes et leur promis, s'ils me suivaient, qu'ils n'auraient plus jamais école et qu'ils pourraient s'amuser toute la journée sa- ns être disputé par leurs parents ou par leurs tortionnaires institutionnels; ce qui galvanisa aussit- ôt leurs ardeurs et leurs grands espoirs de liberté totale. Sofiane, me lancèrent-ils( en voyant mon petit nom brodé sur mon polo à manches courtes), on voudrait bien te suivre. Mais comme tu le vois, nous n'avons pas d'armes pour accomplir ce grand projet avec toi. Mais ce n'est pas un pro- blème pour nous, les enfants, leur lançai-je avec force conviction. Car vous savez tous qu'il y a derrière l'école, un magasin de jouets( magasin apparemment mis hors de la vue des enfants afin qu'ils ne sèchent pas les cours en restant collés toute la journée à la vitrine et ceci par une decisi- on administrative très clairvoyante, il faut le dire). Mais oui, c'est vrai, répondirent-il en retrouva- nt soudainement la mémoire avec dans les yeux quelque chose qui brillait. Et ben, je compte aller le dévaliser avec votre concours, si vous êtes d'accord! Aussitôt mes petits camarades s'agitèrent comme un essaim d'abeilles et se concertèrent en petit cercle pour prendre une decision. Après ces deux minutes d'entretien, auxquels je n'avais pas droit d'intervenir, le plus grand et semble-t-il le plus courageux me dit : Sofiane, nous sommes prêts a te suivre, mais à condition que tu ais un plan sérieux, car nous voulons pas une nouvelle fois être pris pour des imbéciles, bref, pour des enfants. C'est vrai, mous méritons aussi d'être respecté! lancèrent à l'unisson mes petites camarad- es après avoir vécu, semble-t-il, des années de cachot parental et éducatif. C'est simple, mes amis, nous entrerons tous ensemble dans le magasin afin de faire diversion auprès des vendeuses, en leur faisant croire que nous recherchons nos parents soi-disant perdus à l'intérieur, et pendant ce temps là certains d'entre nous irons au rayon des "grandes aventures" pour s' équiper. Et voyant un enfant très beau dans le groupe, je lui proposais de faire du charme auprès des vendeuses pour les attirer vers un autre rayon, comme vers le rayon des jeux de société et des peluches.

C'est un rôle dont j'ai toujours rêvé, me lança-t-il ravi en soignant sa coiffure et sa tenue. Avec mon armée en voie de formation, je retournais sur mes pas en repassant vers la petite maison aba- ndonnée, où j'y voyais comme une possible position de retrait en cas ou les géants nous repouss- eraient. Arrivé non loin du magasin, je cachais mon casque et mon épée dans une allée pour pass- er inaperçu, puis je donnais l'ordre à tous mes petits camarades d'entrer dans le magasin en coura- nt dans tous les sens afin de semer la zizanie, de même que j'envoyais le beau gosse vers les caiss- es pour faire du charme auprès des vendeuses. Quand à moi, connaissant le magasin (pour avoir forcé un jour ma mère à m'acheter la figurine de Dark vador, non sans utiliser toutes les ruses et autres chantages affectifs ô possibles!), je savais où se trouvait le rayon des " grandes aventures" et m'y dirigeais avec 3 ou 4 camarades, tandis que les autres faisaient les zouaves dans les autres rayons. Un en rien de temps, nous nous emparâmes d'épées, de boucliers, de dagues, de tomaha- wc, d'une tente indienne, d'une corde avec noeuds tout fait, de casques gaulois, teutons, ainsi que des masques de Goldorak et de capitaine flam; ces derniers pouvant aussi nous servir à éffrayer nos ennemis. La moitié de mon armée, ayant attiré les vendeuses au fond du magasin, nous eûmes aucun mal à passer la porte avec notre butin pour aller ensuite nous équiper en toute sécurité dans l'allée ou j'avais caché mes armes.