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LA CRISE DE LA FIEVRE BLEUE

 

 

"Aux regards des événements d'aujourd'hui, ce livre me semble prophétique...

Et je ne vous cacherai pas, au début, que j'ai eu comme une hésitation à le lire; car son auteur( Patrick Maaded)  n'avait rien publié d'officiel.

Mais peut-être avons nous affaire ici à une nouvelle littérature dite numérique qui semble nous dévoiler comme

les clefs de la nouvelle vérité?" Enfin un livre d'une grande modernité et sans tabou sur la société française!

Jean-Pierre Carré, professeur à la Sorbonne.

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       Chapitre 1: La crise économique


Mardi 15 janvier à 11 h du soir..

En commençant mon journal intime, ici, dans ce petit quartier de la Croix où je vis dep- uis quelques années, j'ai comme l'impression qu'il me sera très difficile de le terminer en ces lieux mêmes : car tout change si vite autour de moi que j'ai bien peur de devoir ter- miner ma vie un jour dans un quelconque asile ou maison de fou! Mais bon, vivre ici ou ailleurs, cela a t-il vraiment de l'importance pour moi? Et puis je aussi penser un seul instant que j'ai pu être heureux dans ce petit quartier de la Croix? Oh non, certainement pas et que les habitants de mon quartier pouvaient en être la raison? Oui, indubitablem-ent. Mais comprenez bien, mon cher lecteur, qu'à cette heure si tardive du soir je n'ai au-cune envie de lancer une quelconque polémique sur ce sujet là. Car si je disais publique-ment que les habitants de mon quartier sont bêtes comme leurs pieds, je risquerais tout simplement d'être lapidé par ces derniers et au beau milieu de la place de la Croix (émo-tion). Il le mérite! diraient-ils alors tout haut et tout fort en me lançant la pierre. Peut-être n'auraient-ils pas tort (j'ose la question?). En fait, je crois que l'homme depuis l'ant-iquité n'a jamais changé et qu'il sera toujours le sauvage que l'Église de tout temps avait essayé de dompter par une sorte de 10 commandements plus ou moins grotesque : Tu ne tueras point, tu ne voleras point, tu ne violeras point la femme de ton voisin, etc. Bref, vous connaissez la suite qui est malheureusement assez triste pour nous, puisque tout cela n'avait jamais pu empêcher l'Homme de se faire écorcher vif sur la place publique sans qu'il eut un seul mouvement de protestation contre cela (prions pour lui). N'êtes vous pas du même avis que moi?

Et puis trêve de plaisanterie. En fait, si je me sens si mal aujourd'hui dans mon petit qu- artier de la Croix, c'est uniquement à cause de ceci : Ce n'est pas moi qui ai décidé d'y vivre! Je sais, me direz-vous, on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas les trottoirs de Manilles, patati, patata, belle chanson, oui je sais. Mais ce qui me gêne dans ce bel argument, c'est que c'est trop bien dit pour être vrai et en plus avec une belle méodie agrmentée d'un rythme non moins enivrant et syncopé. Hum, hum, c'est fort joli (ment) fait. Oh excusez moi du jeu de mots! Mais au fait de quoi parlait-on exactement des cours de la bourse ou bien des hauts et des bas de ma petite vie à la Croix? Ceci soit dit en passant, ils n'ont jamais été aussi haut, je parlais des cours, bien évidemment. Ou- lala que cela doit être dure à vivre quand je pense à tous ces millions de chômeurs qui regardent ça à la télé. J'imagine avec une facilité déconcertante le bruit que cela doit fai- re 3 millions de fourchettes qui tombent étrangement au fond des assiettes ou se mette-nt à glisser par terre, comme par hasard? D'après les spécialistes, il s'agirait ici d'un phé-nomène tout à fait naturel, comme l'est cette radioactivité dite naturelle : article du 3 juillet 1931 parut dans le magazine" le temps de vivre ". Logique quoi! A propos de ma- gazine, puisque nous en sommes là. J'ai lu récemment que ladie Diana (prononcez lai- die Dayana) allait de nouveau se remarier avec un homme dont on ne connssaissait ni l' âge ni le nom. Et il semblerait que ce soit avec un ancien chauffeur routier qui se serait reconverti dans la bijouterie de luxe. C'est le dit magazine " Honneur et Patrie" imprimé à London Square qui le précise à la page 40 où l'on voit tout un ensemble de photos de notre chère ladie Diana ( photos assez floues en plus).

Mais ils nous précisent les journalistes english, comme voulant s'excuser auprès du lec- teur, qu'ils n'ont pu prendre que celles-ci malheureusement. C'est vrai qu'elles sont pri- sent d'un peu trop loin, ils l'avouent eux même. Mais précisent une fois de plus, au lec- teur averti, que nos photographes ne voulant pas gêner la vie privée de la princesse ont dû rester un peu à l'écart de la scène. Ohlala quels baraguinages! Mais quels baraguina- ges, ils nous font là ces drôles de canards et tout ça pour nous montrer une photo! C'est vrai que l'on arrive quand même à voir Diana avec ses beaux cheveux blond couleur blé de chaume et on devine assez bien que c'est elle avec son physique de grande jeune fille élancée, genre aristocratique, qui est en train de sortir d'un gros camion situé sur le bord d'une route avec une joie toute évidente. Quelle route, je ne pourrais vous le dire! En dessous de cette photo et sur la même page l'on voit aussi Diana sortir de chez un grand bijoutier de Londres avec sur la bouche un sourire extraordinaire. Et le journaliste de noter dans la marge qu'il se demandait pourquoi allait-elle notre princesse chez le bijou- tier, alors qu' elle avait dans la bouche ou sur la bouche( je vois très mal ce qui est écrit) le plus beau peut-être des bijoux? Je ne sais pas comment il faut prendre cette remarque du journaliste. Mais pour ma part, je la trouve de très très mauvais goût. Vous voyez co mme je m'énerve et c'est à chaque fois la même histoire (pitié pour moi). Ah si j' avais la plume facile, ils verraient ces journalistes à la gomme de quelle pâte je suis faite. Oh oh, ne vous inquiétez pas pour moi, je n'aurai pas du tout peur de leur dire mes 4 vérités sur l'ignoble métier qu'ils exercent, malheureusement, en toute impunité. Mais pourquoi ma rtyrisent-ils tant notre petite Diana? Oui, pourquoi ne la laissent-ils pas tranquille vivre sa vie comme les autres? N'a t-elle pas droit elle aussi au bonheur et à cette intimité do-nt toutes les femmes réclament au fond de leur coeur? Ce sont des monstres, voilà tout ces journalistes! Et c'est pour cela que je ne les laisserai pas démolir ma petite Diana! Ah non, ça jamais je ne leur permettrai! Jamais! Tenez, je vais même leur écrire tout d' suite (vite un stylo et du papier!).

Minuit 15 à la Croix..

A monsieur le directeur du magazine "Honneur et Patrie". Si je me permet de vous écri- re directement à Londres, cher monsieur, cela est tout simplement pour éviter de passer par Paris (qui je sais traduit et distribue dans toute la France votre illustre magazine), car je connais trop l'esprit parisien de ces journalistes" aux dents de loup "pour ne pas m'y frotter où l'esprit français y est si savamment dosé que vous obtiendrez la plus parf- aite hypocrisie que même les Grecs pourraient nous envier (connaissez-vous le Grec? Non? Moi non plus). Eux au moins les grecs, ils sont philosophes. Mais les Français, ay ayaille, ils sont tout ce que vous voulez, sauf de grands grands philosophes; ils sont van- tards, jaloux et surtout leur plus gros défaut, c'est qu'ils aiment trop l'argent et les honn- eurs. Mais si je vous écris, monsieur, ce n'est pas uniquement pour descendre mes chers compatriotes. Non, ce n'est pas que pour cela, rassurez-vous. Disons que c'est plutôt pour vous signalez( dans votre dernier numéro) une chose qui m'a semblé fortement dé- placée de la part de vos journalistes que je considérais avant cela comme des gentlemens Mais comment osent-ils dire que le plus beau bijou que puisse posséder Diana se trouve dans sa bouche, alors qu'elle sortait de chez le bijoutier? A quoi veulent-ils faire allusi-on? Je n'arrive pas à comprendre comment un homme comme vous, un gentleman-farm-er, puisse laisser dire cela à des millions de lectrices qui achètent votre magazine en tou-te confiance au prix de 1€50 : prix que je trouve excessivement cher( que ceci soit dit en passant) pour ce ramassis de mensonges! Mais non d'une pipe, pourquoi martyrisez-vous tant Diana? Vous a t-elle fait quelque chose de personnel? Savez-vous ce que peut ressentir une femme quand elle se sent humiliée et traînée dans la boue par des individ-us de votre acadie, hum?

Mais cela ne me surprend pas du tout, car vous vous y connaissez rien en amour! Vous n'aimez pas votre femme et cela se sent outre-Manche. Je sais que je m'exprime très mal en ce moment, mais cela ne m'empêche aucunement de vous dire mes 4 vérités sur le sa-le métier que vous exercez. Oui, en fait, vous n'êtes qu'un connard de journaliste qui recherchez le sensationnalisme à tout prix en roulant les gens dans la boue. Et vous, vous le faites avec toute la froideur d'un english en vous cachant derrière l'élégance de vos cravates. Vous êtes peut-être pire que nos français, car eux au moins ils ont des dé-fauts! En attendant vos excuses publiques, monsieur, je vous dis adieu.

2 mois plus tard en ouvrant ma boite à lettres.

Mon dieu, je n'en crois pas mes yeux, le magazine " Honneur et Patrie " ose enfin me ré- pondre! Et moi qui croyais que cette lettre allait rester sans réponse. Peut-être voulaient ils tout simplement s'excuser d'avoir été trop loin dans leur propos. Car ce que je leur avait écrit, c'était la pure et simple vérité. Mes remarques ont sûrement été entendues et c'est pour cela que le directeur a daigné m'écrire. Mais, oh seconde surprise, la lettre ne vient pas d'Angleterre! Mais le timbre avec la tour Eiffel dessus, mais ça ne peut venir que de Paris! Oh merde alors, moi qui voulais récupérer le timbre anglais pour ma coll-ection, j'étais une nouvelle fois grugé par mes impatiences ainsi que par la mauvaise foi des gens. J'ouvre enfin la lettre et voilà ce qu'elle me dit : Monsieur ou Madame? Ayant oublié de nous l'avoir précisé, nous vous informons que n'étant pas abonnné à notre ma-gazine, nous ne vous permettons pas de nous critiquer! Veuillez recevoir tout de même nos sincères salutations. La direction de " Honneur et Patrie". Oh les salauds! Oh oui, les salauds, ils ont osé faire ça! C'est bien les français, ce sont eux tout craché : ils sont méchants, envieux et tout et tout..hein, hein, j'avais raison? Eux au moins les anglais, ils sont malins, ils n'ont pas osé répondre, ils ont laissé faire ce sale travail aux français! J'aurai dû le deviner, c'est de ma faute (pitié pour moi !). Je déchirais la lettre en mille petits morceaux en me servant de mes dents, tellement j'étais humilié et pleurais abond-amment.

Ce matin là, dans la sombre cage d'escalier, on entendit comme des pleurs et de petits cris où les voisins n'y prêtèrent aucune attention, bien évidemment!

Mercredi 16 mars 12 h30 en sortant ma tête de la couverture. Mon dieu, mais c'est affr- eux de voir comme la vaisselle s'est accumulée sur le bord de levier! J'ai bien peur qu' elle finisse par tomber par terre si je m'en occupe pas. Il faudrait quand même que je m'y mette, non? Bouge-toi! semblait me dire alors une petite voix intérieure. Allez, bouge- toi avant que la malheur arrive! Mais moi, je ne l'écoutais pas et je restais couché en pe-nsant que je n'y arriverai jamais.

Jeudi 17 mars à 8 h du matin.

Je me suis levé tôt ce matin; car en voyant hier tout ce désordre dans la maison, je n'ai pas pu résister à cette saleté qui commençait à s'accumuler. Au fait, il n'y avait pas que la vaisselle à laver et à ranger. Je me suis aperçu aussi que la nappe de la petite table de la cuisine n'avait pas été bien nettoyée où des miettes de pains traînaient partout ainsi qu'une vieille casserole sur un dessus de plat où une bonne portion de haricots rouges collait encore au fond (je ne les avais pas trop aimé ce jour là, je leur avais trouvé un drôle de goût!). Mais c'était quand ce jour, avant hier ou mardi? Je ne m'en souviens plus vraiment. Bon passons la dessus. Je me suis aperçu aussi que la cuisinière était pl- eine de graisse et que les carreaux de la fenêtre méritaient eux aussi un bon coup de chi- ffon. J'ai commencé tout ce ménage à 6h du matin et je l'ai presque fini. Il me reste en- core à donner un coup de serpillère sur le sol pour redonner à la maison l'éclat qu'une bonne maîtresse de maison désire tant au fond de son coeur, afin de se donner bonne conscience et de juger son propre travail. Ça y est, j'ai presque fini! Encore un coup sous la cuisinière et sous le lit pour ne pas faire le travail à moitié et un p'tit coup d' insecticide pour tuer les blattes (dans le coin de l'évier et le tour est joué). Ça y est, j'ai fini, je mérite bien un peu de repos; je vais m'allonger sur mon lit en attendant de me préparer mon petit déjeuner, ça me fera du bien de boire mon café au lait. Ah, j'ai tellement besoin de force et de réconfort!

Un mois plus tard.

Je n'arrive pas à comprendre pourquoi je me suis laissé tomber si bas. J'ai comme l'imp- ression d'avoir perdu la chose qui comptait le plus dans ma vie, c'est à dire mon sens de l'humour. Oh, si vous saviez quel effet d'immense vide que cette perte peut vous cau- ser à l'intérieur de votre existence! Ah non, vous ne pourriez pas l'imaginer en ayant pas le courage de vous le décrire tellement cela me fait souffrir. Cela équivaudrait à vous faire ressentir l'affreuse angoisse de perdre en pleine mer son unique bouée et cela je ne voudrai pas vous le faire ressentir à vous qui êtes confortablement installé derrière vot-re bureau peut-être de ministre qui sait? Mais où est donc passé mon sens de l'humour, je me le demande bien? Où l'ai je égaré? Me l'a t'on volé? J'en pleure de rage surtout quand je pense et me souviens de cette époque où mes amis me faisaient comprendre que j'étais en vérité fait pour le comique. Et que j'aurais pu facilement être un grand art-iste, comme ils me le disaient : Mais arrête ton sale boulot de livreur de pizza! Tu ne vois pas que ce n'est pas un métier pour toi, hein? Et moi, bien sûr avec mon éternelle bêtise( car j'étais alors têtu comme une mule) je leur répondais : Mais de quoi vous mê- lez vous? Mais je fais ce que je veux de ma vie! Vous dire alors le froid que cela jetait au milieu de nos discutions. La suite fut bien évidemment d'une logique quasi-mathèm- atique pour moi. Car en m'obstinant à croire que ma vocation était dans la pizza, j'ai dû en supporter toutes les conséquences aussi bien sur mon avenir que sur ma santé, com- me vous le verrez.

A cette époque, je travaillais à la pizzeria Carboni qui se situait dans le quartier de la presqu'île. Et pour ne rien vous cacher, ce boulot ne me déplaisait pas du tout pour la simple raison que la vente de pizzas chaudes servies à domicile marchait du tonnerre à ce moment là et nous offrait de réelles perspectives d'avenir. En fait, mon idée de génie, si on pouvait l'appeler ainsi, était d'y faire fortune le plus rapidement possible, c'est à dire avant 30 ans afin de pouvoir me retirer tranquillement sur une île des caraïbes où je comptais y vivre comme un pacha. La chose demandait bien évidemment du courage, je le nierai pas. Mais elle était réellement réalisable par moi même, parce que tout d'abord j'étais jeune( j'avais à peine 19 ans et donc remplis d'illusions, ne nous le cachons pas). Mais si je vous précise cela, mon cher lecteur, c'est qu'entre vouloir réussir son projet et y arriver, il y avait bien évidemment entre ces deux choses une véritable montagne à gr-avir. Disons que dans le créneau où j'étais, c'est à dire dans la pizza chaude servie à do-micile, il pouvait vous arriver en cours de route pas mal de problèmes, comme par exe-mple, une panne de mobylette ou bien un accident de la circulation ou tout simplement une adresse indiquée qui était en fait une fausse adresse: adresse donnée par des voyous qui vous attendaient tranquillement caché derrière un immeuble afin de vous voler vo-tre caisse et vous cassez la gueule! En fait, tous ces risques je les connaissais parfaitem-ent, mais j'en faisais souvent abstraction afin de ne pas trop y penser et me faire échouer dans ma mission de devenir riche un jour grâce à la pizza chaude servie à domicile. Et cela fut tres certainement mon erreur, car 6 mois seulement après mon embauche chez Carboni, je fus victime d'une agression lors d'une livraison de nuit!

En fait, le client c'était eux et ils m'avaient ni plus ni moins tendu un traquenard, n' ayo- ns pas peur de le dire. Je ne vous cacherai pas qu'ils me volèrent mes 4 pizzas aux anch- ois ainsi que mon argent. Mais le plus insoutenable pour moi fut, après m'avoir fait ce-la, ils me passèrent sur le corps avec ma mobylette! J'étais véritablement scandalisé par cette violence gratuite en me voyant mort, en fait, pour pas grand chose et surtout sans avoir pu réaliser mon rêve de devenir riche un jour par la pizza chaude servie à domi-cile. Et je fus pris d'une telle rage contre cela que je me redressai immédiatement sur mes deux jambes et pris celles ci à mon cou où mes assaillants furent tellement surpris par ma vivacité qu'ils restèrent comme plantés sur place. C'est ainsi grâce à ce beau ré-flexe de survie que je pus entrer dans une allée d'immeuble et me cacher ensuite au fond d'une poubelle. La suite est digne d'être racontée. Quelques instants plus tard, je les en-tendis entrer dans l'allée avec un vrai boucan d'enfer fait de crissement de baskets sur le sol et de coups de poings sur les portes ainsi que des mots jetés comme des ordres genre : Toi, tu vas là! Moi, je monte en haut! et le tout mélangé d'insultes à faire peur à un mort. Pris par la peur, je m'enfonçai un peu plus profondément dans ma poubelle en priant le bon dieu qu'ils ne vinrent point l'ouvrir. Mais comme je devais m'y attendre des pas vinrent se glisser tout près de celle-ci ainsi que des voix entrecoupées par des respi-rations rapides où je faillis bien m'évanouir. Puis par chance, on appela au loin et ces pas s'éloignèrent aussitôt du local poubelle.

En entrouvrant le couvercle de ma poubelle, j'entendis ceci: Hé, les gars, mais qu'est-ce que vous faites? Arrêtez de faire les cons! Mais merde, les pizzas elles vont refroidir! Ah oui, c'est vrai, merde, fait chier, putain! répondirent les autres. Puis ils sortirent tous de l'allée à mon grand soulagement. Me sachant à moitié sauvé, je décidai de temporiser au maximum ma sortie de poubelle; mais l'odeur fut tellement intenable qu'au bout d' une heure je dus en sortir, il faut le dire, mais tout dégoulinant de sang et d'ordures mé- nagères sur mon corps. Après un petit nettoyage rapide, je me précipitai sur la première cabine téléphonique qu'il y avait dans la quartier et téléphonai à mon patron pour lui di- re tout ce qui venait de se passer : les pizzas volées, la caisse aussi et la mobylette pliée en deux que j'avais aperçu complètement écrasée contre le mur d'un immeuble, comme si elle avait été victime d'un rodéo nocturne. Je ne vous cacherai pas, que toutes ces cat- astrophes énumérées au téléphone à mon patron et cette demande d'urgence de m' env- oyer une ambulance, le jeta dans une colère pas possible. Bref, une colère que j'avais beaucoup de mal à comprendre. Car dans toute cette histoire, c'était moi la victime et donc je méritais un peu de respect, non? Mais ce que je compris assez vite, c'est que ma santé il s'en foutait complètement et que seuls ses biens matériels et son argent le préo- ccupaient. Au bout de 10 minutes, épuisé de m'insulter, il me dit qu'il enverrait les co-llègues me chercher et qu'ensuite on réglerait ses comptes à la boutique! puis raccrocha violemment. J'étais vraiment estomaqué par ce qu'il venait de me dire et je dus prendre mon mal en patience en les attendant caché derrière une voiture calcinée qu'il y avait dans le quartier où ils devaient me retrouver. Une demi-heure plus tard, j'aperçus au loin leurs phares et me précipitai aussitôt à leur rencontre. A bout de souffle, je leur de- mandai où était l'ambulance qui devait normalement m'emmener à l'hôpital? Un peu honteux, ils me dirent que le patron, monsieur Carboni, leur avait dit de me ramener à la pizzeria avec les moyens du bord vu que mes blessures seraient très superficielles et do-nc ne demanderaient pas d'hospitalisation et de surcroit l'aide d'une ambulance et tout le vacarme que cela comportait. J'étais une nouvelle fois choqué par les moeurs brutales de mon patron. Mais c'était ça ou rien! me répondirent-ils.

La mort dans l'âme, je montai sur le porte bagage de la mobylette d'André où la route fut si mauvaise pour moi, qu'arrivé à la boutique, je tombai évanoui sur le carreau de la cui- sine où j'aperçus comme dans un film d'horreur la tête de mon patron avec son torchon de cuisine autour du cou! Je ne voudrai pas le nier, mais cette horrible vision y contribua beaucoup ainsi que toutes ces odeurs d'huiles de fritures mélangées à celles de épices qui précipitèrent mon état en voyant monsieur Carboni qui essayait de me soigner avec son torchon de cuisine!

Le lendemain, à  mon grand soulagement, j'ouvris les yeux dans un lit d'hôpital où un joli minois d'infirmière me demanda si j'allai bien. Bien, bien, je lui répondis par un sourire coincé derrière de gros pansements hydrophiles. Faut dire aussi en la voyant devant moi que je me sentis, comment dire? Oui, comme sauvé des eaux et malgré un mal de crâne terrible. En discutant avec, elle m' apprit qu'ils avaient dû me transfuser plus d'un litre de sang afin de me sauver la vie et qu'elle avait été fort surprise de voir en moi une réelle ténacité à vivre. Je ne vous cacherai pas que ces très beaux compliments, qui étaient dire- ctement sortis de sa bouche, me firent presque tourner la tête pendant quelques instants. Pris par ce bonheur de circonstance, j'eus l'imprudence de la remercier. Mais remercier de quoi, mon garçon? me demanda-t-elle un peu étonnée. Mais de m'avoir sauvé la vie! je lui répondis fort naïvement. Puis soudainement, elle éclata de rires et me sentis par la si-tuation même un peu bête de lui avoir dit cela. En fait, elle s'excusa après m'avoir vu rou-gir derrière mes pansements, puis me laissa tranquille pour que je puisse reprendre des forces; je l'écoutai et m'endormis un peu comme un bébé, mais avec paradoxalement des rêves d'adultes qui étaient bien sûr de me venger de mon patron. Car je n'oubliais en rien qu'il avait failli me faire mourir pour des raisons que je n'arrivais toujours pas à com-prendre. Y'avait un mystère la dessous à éclaircir, je me disais! Un mois plus tard, après ma sortie d'hôpital, j'allai directement au barreau de Lyon pour porter plainte contre mon patron et un an après je gagnai mon procès. Et malgré que l'instruction fut longue( mais c'est comme ça en France) le tribunal me donna enfin l'explication que j'attendais depuis si longtemps.

En fait, mon patron ne m'avait jamais déclaré à la sécurité sociale afin de faire des écono- mies sur ses charges sociales.Voilà donc où se trouvait ses idées criminelles et mesquin- es qui avaient failli me coûter la vie. Par la suite, je perdis bien évidemment mon emploi ainsi que mon rêve de devenir un jour un pacha sur une îles des caraïbes. Mais je me con- solais comme je pouvais par les paroles de mes vrais amis (les vrais ). Eux, je les entends encore dans ma mémoire me répéter inlassablement:  Tu sais Régis, tu devrais monter à Paris au lieu de te laisser croupir dans cette sale ville de province qui ne te conviens pas du tout! Et puis je trouve que tu as mauvaise mine depuis quelques temps, non? me dis- aient-ils comme pour essayer de me réconforter, mais en si prenant toujours aussi mal. Mais bon, comme vous le savez aussi bien que moi, tous vos amis sont toujours là pour vous remonter le moral, n'est-ce pas? Et comme toutes ces anciennes amitiés sont désor- mais disparues pour moi( puisque mon éternelle bêtise à ne pas vouloir les croire en est la triste conséquence), mon cher lecteur, dans ces dernières paroles, vous y verrez toutes les traces évidentes d'une décadence assurée. Et je pense sinèrement que c'est cela qui me perdra. Il faut absolument que je change !

Un jour quelconque..

Je ne suis qu'une cloche! Oui, je ne suis qu' une cloche et j'ai tout fait pour tout échou- er dans ma vie! Je crie plus que je cogne, je parle plus que je fais, je bafouille plus que je m'exprime etc, etc. C'est mon ancien patron qui me le disait et il avait bien raison. Tanpis pour moi, je ne suis qu'un poids pour la société. Cela va faire plus d'un an que je ne travaille plus et que je vis seul dans mon petit 2 pièces (cuisine + wc) et je comm- ence vraiment à trouver le temps long. Sincèrement, je ne pensais pas que cette mauvai-se histoire allait durer si longtemps : plus de travail, plus de sous, plus d'amis et hop vo-us voila au fond de la trappe! Jamais un seul instant de ma vie, j'aurai pu penser que l'on pouvait finir sa vie comme ça, tout seul, et en plus dans un quartier minable. Je me sens mal, je ne sais pas ce que j'ai, je me demande si je vais pas tomber dans les pommes? (appelez la police!). Ça va faire 15 jours que je ne me suis pas lavé. Hé oui, c'est nor-mal, car je n'ai pas de douche. Vous vous imaginez pas que je vais me laver dans l'évier de la cuisine, non? Mais en plus, c'est pas du tout pratique, il est bien trop haut pour y mettre les pieds dedans. Non, cette vie là, c'est pas fait pour moi! Y' a t-il un dieu sur cette terre? Car point de douche, point de salut, n'est-ce pas? Et puis la propreté, c'est quand même important dans la vie de tous les jours; on se lave et on a l'impression de porter sur soi des vêtements neufs, n'est-ce pas magique cela, hein? Mais aussi dites moi ce qu'on peut faire quand on est pauvre et qu'on a pas de quoi se loger correctem- ent et qu'on a une petite envie de se payer une petite veste chic? Hein, vous pouvez m' le dire? Et puis de toute façon, je m'en fous complètement de mon apparence extérieure, puisque même mon propriétaire semble s'en moquer éperdument et pense certainement plus à l'état de son appartement qu'à l'état de ma propre personne( si je peux employer cette expression). Je n'arrive pas à comprendre son attitude et surtout à ses allusions pe-rsonnelles auxquelles j'ai eu droit la semaine dernière à propos de ma soi-disant vie dis-solue que je mènerais dans le quartier.Y' aurait-il des espions?

A peine était-il entré chez moi que celui-ci m' agressa verbalement en me disant que si je n'étais pas content de vivre ici, j'étais tout à fait libre de quitter son appartement! Co- mment vous dire que cette entrée en matière me perturba quelques peu. Car au lieu de le foutre à la porte, comme j'aurai dû le faire, je restais planté là comme un beau piquet au milieu de ma cuisine en ne sachant bien sûr pas quoi lui répondre. Idiotement, je pen-sais que mon silence pouvait le faire taire. Mais non, le gros en profita encore plus afin de m'achever comme au temps des westerns. Il continua en me disant ceci : je sais bien que les temps sont dures pour tout le monde avec cette crise économique qui n'en finit pas (je ne le vous fais pas dire, monsieur!). Mais quand même, il ne vous faudrait pas oublier, avec le nombre croissant de chômeurs qui arrivent tous les jours dans les centr-es d'hébergements collectifs de la ville, que tout est maintenant rationné, surveillé et sé-vèrement contrôlé : l'eau, le gaz, l'électricité, la nourriture et même la promenade! (Oh non, c'est pas vrai!) "Si, si, monsieur, c'est vrai! Et je pense que beaucoup d'entre eux ne seraient pas malheureux de venir habiter ici en centre ville où tout de même vous rester libre de vos faits et gestes et de plus avec un loyer qui est presque donné, selon moi. (Le gros délirait complètement!) Mais bon, étant donné que c'est la loi qui le fixe, je ne pe-ux malheureusement rien faire contre vous. Heu..j'voulais dire contre cet état de fait, bien sûr. Mais bon, franchement, je n'arrive pas à comprendre pourquoi le nouveau gou- vernement de la France nous impose-t-il un plafond, alors qu'avant la crise il n'y en avait pas. (Ah oui?).

Hé oui, monsieur, car avant cette crise, j'avais pu louer sans aucun problème tout un flan de montagne à une bande de roumains et de Kosovars qui me prenait bizarrement pour un Dieu. Il est vrai aussi que j' avais fait courir le bruit que la France leur donner- ait du travail et des papiers. Ah! Ah! plus cons que ça, j' connais pas! Mais moi, j'avais rien promis du tout cela en exigeant de leur part, en attendant des jours meilleurs, qu'ils me versent seulement la somme de 2000 Frs par jour, ce qui n'était rien par rapport à l' illégalité de leur situation où ils risquaient en retournant dans leur  pays de damnés de se faire tuer par leur apparatchiks, hum? Ah oui, vous trouvez que ça fait beaucoup? M-ais n'empêche que j'avais pu leur piquer toutes leurs économies en moins de 2 ans, soit environ 2 millions de francs pour moi tout seul et bien sûr exonérés d' impôts. Ah! Ah! C'était formidable avant la crise et même pas besoin de diplômes pour réussir! (Ah oui?). Puisque j'vous le dis! Et pour cela, il m' avait suffit de regarder tout bêtement la télé pour comprendre que tout le business se trouvait au coeur de l'actualité française et même je dirai étrangère. Je sais que c'est dingue ce que je dis là, mais c'est la pure vér-ité. Et jamais, je n' aurais pu faire ce coup sans l'aide des médias et des journalistes qui m'avaient servit, comme sur un plat en or et quotidiennement, des informations à faire des millions. Les gens ne s'en rendent pas compte, mais ils sont pour la plus part aveug-les et même je dirai de naissance. Et ne voient jamais les choses qui pourraient leur rap-porter gros et préferent souvent gaspiller leur temps et leur argent à des imbécillités.

Mais bon, tout ça c'est tant mieux pour nous. Car dans le cas contraire, nous aurions été bien malheureux de nous partager le festin en 15, alors qu'il aurait pu faire la fortune et le bonheur d'un seul ou de deux au maximum. Ah! Ah! Heureusement que la nature a bien fait les choses et qu'elle n'a pas donné à tout le monde des yeux de lynx et même je dirai de l'intelligence. (Ah oui?). Mais c'est fou, comme j'ai pu me faire de blé avant la crise, de vraies couilles en or, j'vous le dis et grosse comme ça! Mon propriétaire avait alors accompagné son expression par un geste qui était selon moi très très déplacé et mê me je dirai assez obscène, vu la dimension de son geste. Mais pour qui se prenait-il, ce type là? Et puis gras comme il était, j'avais du mal à le croire tout à fait. Mais je le laiss- ais parler et malgré son déballage fantasmagorique qui, en vérité, m'occupait même si j' en prenais plein la poire. Mais convenons ensemble, monsieur, qu'avant la crise c'était le bon vieux temps, n'est-ce pas? (Non !).Comment, non? (Non!). Mon propriétaire ne se- mblait pas en croire tout à fait ses oreilles par ce qu'elles venaient d'entendre et ses yeux se mirent tout à coup à rouler énergiquement au fond de leurs orbites comme deux pla- nètes affolées par un vide sidérant. J' y avais été un peu fort, c'était évident. Mais pensait il qu'il pouvait tout se permettre parce qu'il était riche? Non mais! Je profitais de l'occa- sion pour allez boire un verre d'eau au fond de la cuisine, où un petit renfoncement me permettait de me cacher et surtout de ne plus le voir tellement il me dégoûtait. Et même caché dans mon coin, je l'entendais se parler à lui tout seul; il était vraiment fou et je faisais bien sûr durer le plaisir. Bigre, de bigre, de bigre! Mais comment ont-ils fait pour rafler aux dernières élections plus de 70 des voix, ces gens là? Il y a sûrement un coup fourré la dessous, hum, hum, et il est fort possible que ces nouveaux dirigeants veulent tout simplement notre ruine personnelle. Hé hé, pas si bête l'animal! Et tout ça pour nous piquer ensuite nos biens immobilers et peut-être notre épargne! 

Ces hommes politiques, ce sont tous des malins. Car en nous imposant ce plafond loca- tif de 200 euros par mois pour un 35 m² toutes charges comprises, ils savent très bien à quoi ils veulent en venir..et que cette misérable somme de 200 euros ne couvrira jamais les frais d'eau, de gaz et d'électricité ainsi que les frais d'entretiens et de désinfections qu'il nous faut compter pour chaque appartement et par mois. A cette allure où vont les choses, j' pense qu'en moins de 2 ans tout mon patrimoine, celui que j'ai acquis en 30 ans avec ma femme Germaine, sera très certainement entre leurs mains et tout ca me dégoûte! Oh ils ont  pensé à tout et leurs amis n'attendent que le signal pour nous les ra-cheter pour une bouchée de pain. Mais tout ça si c'est démoniaque de leur part, alors c'est quoi exactement? Le gros me faisait vraiment très très peur, car je ne comprenais rien à ce qu'il disait. Je n' arrive même plus à joindre les 2 bouts! et la semaine dernière j'ai même eu presque honte de moi, quand mes amis de la jet set m' ont appelé pour allez faire avec eux une petite partie de golf à l'exellesior : petit parcourt de 24 trous. Ah misérable que je suis devenu! J'ai dû refuser leur invitation leur prétextant un em- ploi du temps surchargé ou quelque chose comme ça. Mais moi, je pense sincèrement qu'ils ne m'ont pas du tout cru. Et puis comme ils lisent eux aussi les journaux, ils ont dû voir que l'immobilier étant en mauvaise passe actuellement, avec toutes ces lois de réquisitionnement, ils ont dû en conclure que j'étais un homme fini, bref, une sorte d'an- cien riche! Peut-être l'ont ils fait exprès de me téléphoner et uniquement pour se moqu- er de moi? C'est fort possible. Et comme je les connais, toujours prêts sur le terrain de golf à se moquer des pauvres et à en rire sans vergogne, j' parie que je suis devenu sur le gazon vert de l'exellesior, le nouveau thème à la mode. Et qu'ils doivent en ce moment me passer à la moulinette en m'accusant à coup sûr mon manque de clairvoyance dans les affaires tout en buvant leur whisky écossais. Merde, j'ai bien peur qu'ils ne me rapp-ellent plus jamais, ça c'est aussi une évidence!

Ah, c'est vraiment du gâchis! Espérons seulement qu'aux prochaines élections les choses changent pour nous et que l'état de crise sera levé. Le parti populiste est vraiment fou de nous imposer ce cas de force majeur pour une simple crise économique qui est mondia-le, selon moi. C'est de la pure démagogie qu'ils nous tiennent là! Oh hé, monsieur, mais vous en mettez du temps pour boire un verre d'eau! J'avais la réelle impression, en ent-endant sa voix granuleuse m'interpeller à travers la cuisine, que mon propriétaire voulait me cuisiner à feu doux. Mais pour quelles raisons? Je m'attendais bien sûr au pire. Et pour en revenir à ce nous disions auparavant, monsieur, il parait que la vie qu'ils mènent là bas n'est pas du tout drôle. Vous vous rendez compte, ils vivent dans des sortes de do-rtoirs où ils n'ont pour ainsi dire aucune vie privée. Brrr, ça doit être terrible de vivre av-ec sa famille au milieu de tant de promiscuité, n'est-ce pas? Mais bon, omme vous vivez tout seul dans un appartement, tout ce je peux bien vous raconter ne peut que vous lais-sez indifférent, monsieur, n'est-ce pas? Si, si, vous allez pas me dire le contraire? Vous vivez bien dans mon appartement, non? (Mon propriétaire était bien un salopard!). Et pour être complet avec vous, monsieur, je vous dirai franchement que tous ces hommes et toutes ces femmes avec leurs enfants en ont sûrement plus besoin que vous! (J'étais bien sûr au bord de l'asphyxie générale). Vivre ici serait considéré par ces honnêtes gens comme un retour à la vie normale. Et je pense aussi, sans me tromper, qu'ils en feraient un palais et non un dépôt comme vous le..heu? Ah! Ah! Monsieur Régis, vous qui me semblez vivre ici en parfait célibataire et très heureux de votre état, je m'étonne de vous voir faire aucun effort pour améliorer votre habitation. L'hygiène, c'est quant même im-portant dans la vie, non? Vous devriez y réfléchir avant qu'il ne soit trop tard pour vous. Je sais que les temps sont dures pour tout le monde. Mais jeune homme, réveillez vous, avant de sombrer dans la m..eu! Mon dieu, qu' est ce que j' voulais dire?

J'étais très mal pour ne rien vous cacher et voulus à ce moment là disparaître sous terre. Mais il se reprit en me disant ceci : Je sais bien qu'il n'y a pas de douche dans l'apparte- ment, mais vous pouvez toujours vous renseigner auprès de la mairie qui, m'a t-ont dit, distribuait des coupons de bains de douches aux plus démunis. Tenez, je vous laisse le petit dépliant sur la table en espérant que vous le lirez. Une fois de plus, je me demand-ais si mon propriétaire ne se moquait pas de moi? Et je pense sincèrement que s'il y av-ait eu une bouteille sur la table à ce moment là, je lui aurais bien cassé sur la tête. Mais par chance pour lui aucun objet contondant ne traînait ce jour là sur la table. Bref, il avait eu comme bien de la chance, mon propriétaire, et même je dirai qu'il avait de la chance tout cours dans la vie.

Il possède dans l'immeuble pas moins de 6 appartements, m'a t-ont dit. Et c'est lui même qui les avait retapé avec l'ensemble de ses frères. Un bruit courait aussi dans ces lieux de damnés qu'il les avaient fait tous travaillé " au noir " et qu'ils étaient au moins 20 dans la famille. Vue l'illégalité de la chose, je pouvais facilement deviner que tout ceci pouvait donner à pas mal d'inactifs dans l'immeuble, le temps d'occuper leur journée. Car depuis le début de cette crise économique, le nombre de chômeurs avait considéra- blement augmenté et même je dirai un peu partout. Et que beaucoup d'entre eux étaient prêts, selon moi, à enquêter quotidiennement sur ces gens qui vivaient chichement en profitant du système et s'en mettait plein les fouilles, ce qui était assez immoral comme vous le conviendrez. La dénonciation à la police en serait alors la fatale issue, ce qui pouvait aussi sous un autre aspect beaucoup moins noble, faire naître des vocations, vous voyez ce que je veux dire? Mais pour ne rien vous cacher sur mes propres idées et malgré ma situation économique qui est catastrophique jamais de ma vie je ne voudrai manger de ce pain là pour la simple raison que je suis trop méfiant à l'égard de mes voisins de palier. Et puis je sens comme par instinct qu'il est fort possible, après avoir fait le travail à leur place, qu'ils me dénoncent tout simplement à la police en m'accu-sant de haute trahison dans la vie courante, afin de se débarrasser de moi et de tous les étrangers que j'aurai pu soi-disant abriter ou favoriser la fuite en les cachant chez moi. Le vice est sûrement dans leur peau et la crise économique ne le ferait alors que rem-onter à la surface. Et ils attendent sûrement une erreur de ma part, c'est que je ressens depuis ces derniers temps dans l'ambiance morbide de mon immeuble. Je pense qu'à partir d'aujourd'hui, je vais faire très attention à la moindre de mes paroles avec ce gen-re de personnes et surtout ne pas me mêler de leurs affaires qui pourraient à l' avenir devenir de vraies sources d'emmerdements. J'ai comme l'impression, en me disant cela d'une manière presque peureuse, que je commence à délirer sur ma propre situation qui est déplorable, ne nous le cachons pas.

Personnellement, je trouve cette situation tout à fait injuste pour moi, car ce n'est pas parce que je n'ai plus de travail donc plus de sous que je ne dois plus exister socialem-ent parlant! Non, tout ça c'est pas normal. Des jours, j'ai la folie de croire que je pourrai revenir à des temps plus anciens, comme quand je travaillais à la pizzeria Carboni. Mais ne nous voilons pas la face, car j'y étais très mal payé. Mais aujourd'hui avec du recul, je ne peux dire qu'une chose, c'est que malgré mon exploitation légale par mon ancien patron, ce travail me donnait ni plus ni moins une raison de me lever le matin. Hé oui, c'est con de le dire comme ça, mais c'est l'entière vérité. Et maintenant que je ne fais plus rien de mes dix doigts, je reste pratiquement couché toute la journée dans mon lit à grignoter des cacahouètes et à lire des magazines qui m'abrutissent complètement. Je voulais parler bien évidemment de tous ces ramassis de mensonges, comme Le temps de vivre, Honneur et Patrie, Paris brûle t-il? Paris attrape moi! Le Grand VPD, Bip! Bip! La Cassolette d' Ivry, Le pied dure, La main verte et bien d'autres aussi. Mais bon, puis-que nous en sommes là, aux journaux, je voudrai moi aussi lancer un avis de recherche à travers mon journal intime en vous demandant si parmi vous il y avait quelqu'un de courageux qui pourrait nous sortir de tout ce péril, bref, de cette inculture généralisée? Aidez- moi, je vous en supplie!

Moi, ces journaux et magazines, je ne les achète jamais, car j'ai du mal à comprendre qu' on puisse payer pour lire tout ce ramassis de mensonges. Et même si vous pensez que je ne suis qu'un hypocrite, je vous clouerais le bec en vous disant que moi je vais les cher- cher gratuitement aux presses des batignolles qui ne sont qu'à 300 mètres de la Croix, donc tout près de chez moi, voilà pour l'explication. Là bas, je connais un homme bon qui me les donne gratis, c'est monsieur Bonniface qui chef syndicaliste dans ces mêmes presses mais aussi à la ligue communiste révolutionnaire. Étant donné que je ne peux y aller qu'une fois par mois, je lis bien sûr les nouvelles avec 1 mois de retard, sauf bien évidemment, les journaux quotidiens dont j'arrive à lire ceux de la veille. J'ai lu le mois dernier qu'un certains monsieur Gobel, un allemand je crois, avait obtenu le prix Nobel de chimie et de la paix en même temps pour avoir réussi à multiplier d'une façon mira- culeuse les cellules de pain dans une éprouvette. Et ses travaux avaient été couronnés de succès par la fabrication dans son laboratoire de 3 miches de pain pesant chacune 1kilo pièce! Cet honorable savant prévoyait avec l'aide de dons privés ou publiques(il n'en vo- yait pas l'inconvénient) de lancer dans les mois prochains une fabrication industrielle de ce pain dit nouveau. D'après les scientifiques et du monde entier, nous entrions dans une nouvelle ère économique qu'il nous fallait surtout pas manquer, car nous tenions enfin entre les mains la solution d'éradiquer une bonne fois pour toute la faim dans le monde! Ceci n'étant bien sûr qu'une question de temps peut-être d'un an ou deux au maximum. Pour sauver la faim dans le monde, envoyez vos dons au Professeur Gobel, 15 streect in the pocket 58354 JERSEY.

Surpenant, non? J'ai lu aussi dans un autre journal, disons plus politique, que les écolo- gistes étaient très inquiets de voir la pollution diminuer dans les grands centres urbains à cause de cette crise qui n'en finissait pas de s'éterniser et nous faisait bien évidemment consommer moins d'énergie et se voyaient d'ici 1 an ou 2 eux aussi rendus au chômage. Ils en appelaient le gouvernement à venir les consulter afin d'établir avec eux, un nouv-eau plan sur le futur de réquisitionnement de l'essence et de sa répartition jugée par ces derniers comme un enjeux de haute importance( non pas seulement électoral) entre les différents secteurs de l'industrie, de l'armée et des nouvelles forces de sécurité urbaines. Ceci étant bien sûr un message adressé à nos élus, comme le signalait à la fin de l'article : Le comité de soutient pour la sauvegarde des emplois écologiques. La presse d' aujou-rd'hui est vraiment très étrange, non? Pour revenir à mon bon monsieur Bonniface, je n' arrive toujours pas à comprendre pourquoi il me couve autant. Et quand il m' entraîne dans son bureau, sort de son tiroir une photo de Karl Marx et la baise sous mes yeux. Quelle étrange attitude! Tous les gens qui travaillent seraient-ils tous comme lui? Lui avait raison! me disait-il alors d'une façon fort émue. Et s'il revenait parmi nous aujour-d'hui, oh, oh, oh, il enverrait balader tout le capitalisme français et son big brother amé-ricain dans l' décor tel que je le connais! Moi personnellement, je ne savais pas du tout s'il parlait de l'histoire avec un grand H ou bien de la dernière comédie musicale qui se jouait depuis 3 ou 4 semaines à la bourse du travail de la Villette : Carl Mars et les Big brothers dont la télé et les journaux nous parlaient à nous faire crever les tympans tel-lement ça marchait pour eux. Mais moi ce qui m' intéressait, c'était surtout mes maga-zines que je voyais à chaque fois posés à la même place sur une chaise en face de son bureau dont il avait ficelé l'ensemble avec de la vraie corde de chanvre, comme à l'an-cien temps. Cette belle intention me faisait énormément plaisir, car ce paquet de mens-onges journalistiques, si bien ficelé, c'était bien sûr une marque d'amour!

C'étaient aussi des invendus qu'il me donnait là gratuitement et c'était assez lourd à po- rter. Mais je les portais sur mes épaules, comme j'aurai pu porter une cagette de fruits ou de légumes et c'était bien moins lourd de cette façon. Quand j'arrivais à la porte de l'usine, je m'asseyais sur un petit banc en pierre qu'il y avait là et je m'allumais une cig- arette. Et tout en la savourant dans l'air encore frais de la matinée, je regardais avec un certains plaisir l'agitation qu'il avait autour de moi : des camions qui rentraient et qui sortaient de l'usine et des poignées de mains que les camionneurs se donnaient chaleure- usement qui me rappelaient mes anciennes amitiés professionnelles à la pizzeria Carbo-ni. Je voyais aussi leur bonheur d'être arrivé à l'heure pour le chargement ou le déchar-gement et la joie aussi d'aller manger ensemble à la cantine. Il était vers les midi et moi aussi je souffrais de la faim et de bien autre chose. Mais une chose particulièrement me réchauffait le coeur, c'était de savoir, lorsque j'arriverai chez moi, que j'y mangerai à la même heure que tous les hommes de la terre! Quand il n'y avait plus rien d'intéressant à lire dans ces fichus magazines et qu'il n'était pas encore trop tard pour sortir, j'allais fai-re un tour au parc de la tête d'or. Non pour faire, comme ces grands guignols, du sport auour du parc(ô doux seigneur, ayez pitié pour eux!), mais pour rendre visite à mes che-rs amis les animaux qui étaient enfermés un peu comme moi dans leur cage. Mes préfé-rés étaient les ours, car je leur trouvais quelque chose de beau et de noble à ne vouloir strictement rien faire comme les autres (quand ils vivaient à leur état naturel, bien évi-demment) et non comme ils vivaient actuellement dans nos tristes zoos où ils étaient enfermés dans des conditions infectes. Mercredi dernier, j'ai pu voir de mes propres ye-ux que la cage aux ours n'avait pas été bien nettoyée où mes animaux nageaient presque dans leurs excréments! C'était insoutenable et je faillis bien appeler les services vétérin-aires de la ville afin de les alerter pour ce cas de négligence notoire de la part de ces soi-disant vétérinaires et amis des animaux.

Voyant cela, j'avais poussé ma réflexion jusqu'à faire le tour des autres cages afin de voir s'il y avait de réelles différences de traitement selon qu'on était ours, lion ou singe. La surprise fut bien au rendez-vous en découvrant à mon grand dam! que les cages les mieux entretenues étaient dans un ordre qui me surprit peu à vrai dire. En premier, celle des singes, en second, celle des lions et puis tout en dernier, celle des ours. J'étais horr-ifié de voir par mes propres yeux, le triste constat que mon intuition m'avait induit comme par télépathie. Et ma conclusion fut vite tirée : Oui, il existait bien des injustic-es sociales au sein même du zoo où les singes à les voir courir et jouer dans leur cage avec enthousiasme ressemblaient à de vrais enfants gâtés où ils avaient le poil bien bri-llant avec presque de l'embompoint et tout ça à cause de cette soi-disante parenté avec l'Homme. Bref, une parenté à laquelle je n'ai jamais cru, mais bon. Un peu plus loin, dans une cage rafistollée avec du fil du fer, je trouvais des lions qui ne rugissaient mê-me plus quand on s'en approchait, mais me regardaient tendrement à travers leur cage! J'étais véritablement furieux de constater, là sous mes yeux, le triste résultat de la capti-vité sur le roi de la jungle : un animal sauvage que l'Homme avait réussi à transformer en gros chat inoffensif. Cet exemple me montrait avec une grande cruauté ce dont l'Ho-mme était capable, c'est à dire de pouvoir capturer n'importe quel animal sauvage et ensuite de l'enfermer dans une cage afin qu'il ne nuise plus jamais aux Hommes. Mais alors que dire de cet Homme sauvage qu'il y avait en chacun de nous dont la seule envie était de détruire la société bien-pensante?

Son sort serait-il si différent que celui du roi de la jungle? Non certainement pas, j'en concluais amèrement. Très à l'écart des autres cages se trouvait celle des ours qui semb-lait laissée à l'abandon et leurs occupants comme mourir d'ennuis de ne plus pouvoir grimper aux arbres quand ils le voulaient ou bien d'aller pécher le saumon sauvage au bord d'une rivière tumultueuse. Ils hibernaient même plus l'hiver et avaient des horaires comme tous le monde et se levaient à heurres fixes, alors que ce n'était pas du tout dans leur nature et ils en étaient malades, je le voyais de mes propres yeux. Cela me faisait vraiment de la peine de les voir si malmenés par les êtres humains et ceci jusqu'à perpe-tte les oies. Je ressentais alors pour eux une véritable compassion qui me faisait douter sur le sens même de notre humanité et j'avais honte moi aussi d'être un homme. Car de toute cette humanité (qu 'il m'est permis de voir et d'entendre à travers les journaux, la télé et tous les racontars qui piaillent derrière mon dos dans mon quartier), je ne peux ressentir pour elle qu'un profond dégoût, et plus particulierement, pour tout ce que l'H-omme est capable de faire pour soi-disant sauver l'humanité en allant sur la lune y poser un pied ou bien participer aux jeux olympiques d'Athènes, du Mozambique ou de Pékin pour y gagner régulièrement des médailles d'or, d'argent ou de bronze! Bah, tout cela m'indiffère et m'écoeure à outre mesure, puisqu' aujourd'hui je n'ai plus goût à rien. J'ai comme l'impression dans ma petite vie que tout se confond et que plus rien n'a de vérit-able sens. Et si je le dis, ce n'est pas seulement pour me plaindre de cette triste vie que je mène ici à la Croix, non. Mais bien pour essayer de comprendre pourquoi j'en suis arr-ivé à cet état de déchéance humaine qui me fait haïr aujourd'hui le monde entier et tous les êtres humains qui y vivent à la sauves-toi de là que je m'y mette! C'est évident que tout ceci pourrait faire peur à pas mal de gens que je sois devenu en si peu de temps, une sorte de monstre anonyme.

Mais rassurez-vous, personne ne le sait, puisque je me meurs ici à la Croix à l'ombre des vivants. Ca y' est, vous êtes rassuré? Et puis comme je me sens un peu mieux aujourd' hui et qu'il me semble entendre quelques crépitements d'étincelles à l'intérieur de mon petit cervelet, je pense que je vais dès maintenant entreprendre un long travail sur nous même qui sera de déchiffrer l'énigme de notre vie, puisque de toute façon il nous faudra bien sauver quelque chose de nous même afin d'atteindre cette postérité dont mon coeur aspire ardemment l'écueil: postérité qui ne dépendra que de nous même et non de mes tr-istes et cruels contemporains. Je suis fou! me dites vous. Oui, je le sais bien. Mais ai-je bien le choix? Et puis tous mes problèmes ne viennent-ils pas de là? Encouragez-moi plutôt dans cette nouvelle démarche que de m'accabler de souffrances préopératoires. Avant de faire mon examen de conscience, je placerai le procès que j'ai eu à l'encontre de monsieur Carboni, comme quelque chose d'anecdotique et qu'il ne s'agit là que d'un si-gne avant coureur de cette déchéance. Et il ne fait aucun doute que tous mes actes, qui ont été plutôt ratés dans la communauté humaine, ne l'ont pas été par le seul fait de ma personnalité( qu'on pourrait désigner de fantasque ou d'étrange), mais aussi par cette so-ciété que je nommerai d'inhumaine qui devrait elle aussi passer au ban des accusés. Car pour vous dire toute la vérité, je ne me sens pas le seul coupable dans cette triste affaire et vous allez comrendre pourquoi.

Mais tout d'abord remontons le passé, si vous le voulez bien. Si mes souvenirs sont bons, je me souviens d'une époque assez surréaliste où tous les médias français nous tenaient quotidiennement un discours qui m'hérissait souvent le poil. Le thème tournait à chaque fois sur le monde du travail et, plus précisément, sur l'exploitation de l'Homme par l'Ho- mme en temps de paix en comparaison avec le travail forcé que les vainqueurs imposaie-nt aux vaincus durant les guerres du passé où le travail était pénible, puisque non rému-néré. Mais en temps de paix que devenait-elle au juste la rémunération? Bref, c'était la grande question qu'on débattait au cours de l'émission où des intervenants anonymes de-mandaient aux personnalités présentes pourquoi on continuait d'être si mal payé en Fran-ce, alors que la guerre était terminée et que la prospérité économique ne demandait qu'à nous enrichir et nous élever dans la classe sociale? Bizarrement, on aurait pu penser que cette question allait mettre à mal nos vieux hommes poitiques, qui étaient installés au pouvoir depuis 30 ans, mais au contraire, ils  prirent la parole et ne la lâchèrent plus. Pu-is, comme dans une ritournelle diabolique( qu'on connaissait pour l'avoir entendu un m-illier de fois à travers nos petits écrans), ils nous parlèrent amoureusement du Général de Gaule qui avait combattu l'ennemi fasciste et nazi au péril de sa vie durant la dernière guerre. Et sans le moindre kopeck en poche avait réussi à libérer la France des envahiss-eurs. C'était bien sûr un héros que la jeunesse française devait prendre pour modèle pour les temps à venir et non comme idéologie l'argent, comme celle-ci semblait s'y précipiter avec avidité. C'était bien pensé, mais personne n'y croyait tout à fait en louchant sur le beau costume du ministre des finances qui valait au moins 2000 euros et de sa bague en or, n'en parlons pas! Son collègue et ami personnel, le ministre des affaires extérieures avait, bizarrement aux pieds, des chaussures en croco que le cameraman montrait à chaq-ue fois que celui-ci parlait de la misère qu'il avait vu à l'extérieur de notre beau pays. Tout le monde semblait un peu gêné par ce caméraman qui était à l'évidence une sorte de bolchevique camouflé en technicien audiovisuel.

C'était bigrement intéressant de voir que tout notre passé n'était pas mort en vérité et qu' il pouvait ressurgir à tout instant au cours d'une émission de la télévision française. Mais que se passait-il exactement en France, je me demandais? Mais comment pouvait-on par-ler de la sorte aux jeunes générations en utilisant des arguments qui dataient de la deux-ième guerre mondiale? A quelle époque vivait-on exactement? Tous ces doutes comm-ençèrent à s'installer dans ma tête avec la furieuse envie que quelqu'un intervint pour re-mettre les choses à leur place et chasser de nos esprit les fantômes de notre passé que nos vieux hommes politiques et leurs descendances perpétuaient jusqu'a la fin des temps. Malheureusement aucun sauveur ne se présenta au cours de l'émission et je dus écouter la suite du discours officiel forcément inerte de vie et d'avenir aventureux pour notre jeunesse. Le ministre du travail prit alors la parole et clama presque son poème à la jeun-esse. Ô jeunesse, Ô beaux bras, Ô Belle figure de nos 20 ans! Vous êtes la force rugissa-nte de nos jours radieux.Vous êtes la jeunesse que je n'ai point eue, puisque la guerre! Vous vous croyez malheureuse, ô jeunesse. Mais votre chance est bien celle de vivre en paix! Vivre en paix, comme c'est divin! Cela chante comme le matin, cela sent bon com-me le bon pain. Je sais que vous doutez de votre force, Ô jeunesse, Ô beaux bras! Mais aimez-nous comme nous vous aimons, je vous en supplie! Je sais que votre insouciance l'emporte souvent au grès du vent et de l'argent. Mais pourquoi pensez-vous que l'argent pourra faire votre bonheur, alors que c'est la France qui demande votre sang! Ô jeunesse, Ô beaux bras, c'est votre jeunesse que j'aime et que je veux!  

De grands applaudissements retentirent aussitôt dans le studio de télévision où il sembl-ait que le ministre du travail avait réussi son coup de com' en renvoyant toute la jeunesse au travail, puisque même les fauchés et les banlieusards avaient applaudi au poème gui-gnolesque du ministre. J'avais presque honte pour eux en ne se doutant pas qu'ils avaient été tous pris pour des cons. Mais bon, la pilule avait passé et sans le moindre mal. C'est peut être cela l'insouciance de la jeunesse, non? Je savais bien que le monde politique s' en mettait plein les fouilles sur le dos de la jeunesse et que cette pratique ne changerait pas du jour au lendemain. Mais merde, on avait pas bougé d'un chouia depuis la 2 ème guerre! C'était une véritable poisse qui s'était abattue sur nous. J'avais pu donner, grâce à mes réflexions issues du petit écran, une dimension quasi-philosophique à notre petite existence et que nous devrions en baver pour au moins 50 ans. Une petite lueur d' espoir s'ouvrit à nous quand les spécialistes prirent à leur tour la parole pour nous dire qu'ils étaient temps de sortir de la guerre, car on ne pouvait pas continuer de la sorte, n'est-ce pas? Bizarrement à ce moment là, il y eut une panne de courant sur le studio qui se trou-va soudainement plongé dans l'obscurité. On entendit alors surgir d'un peu partout com-me des cris et des bruits bizarres de chaises renversées ou brisées? et des protestations d'une extrême violence. Le micro du journaliste, qui était par chance resté ouvert, rendait à merveille l'ambiance survoltée qu'il y avait sur le studio et cela me réjouissait plutôt pour ne rien vous cacher. Et je trouvais enfin que la télé remplissait véritablement son rôle auprès du service public qui était de rendre le plus vivant possible notre société française où la vraie vie démocratique avait disparu depuis 30 ans. Enfin la vraie vie réa-pparaissait sur les studios de la télévision française. Mon dieu, quel bonheur d'entendre à nouveau les gens se disputer et se quereller en direct aux oreilles de la France toute en-tière même si l'image manquait à la scène! Toute la société française était d'une certaine façon enfermée à l'intérieur de ce petit hublot de verre et réglait ses comptes personnels. Ma joie malheureusement ne dura qu'une courte durée, car le journaliste qui s'était aper- çu que son micro fonctionnait toujours se mit tout à coup à crier ces mots qui étaient pour moi d'une rare violence journalistique.

Allô, Cognacq Jay?Allô, Cognacq Jay?Coupez tout! AAAH! Non! Non, pas ça, Salaud! Non, tu ne m'auras pas! BROWM! Une grande émotion envahit aussitôt mon petit chez moi avec l'impression qu'un courant électrique me traversait le corps en me galvanisant les muscles fessiers pendant une fraction de seconde! Bref, je souffrais donc j'existais, je me suis dit en me sentant alors moins seul. L'écran, qui était resté noir durant 2 ou 3 mi-nutes, s'éclaira à nouveau et apparut le beau visage d'une speakerine qui avec un grand sourire nous annonça la suite du programme. Mais celle-ci, ne pouvant retenir son émo-tion, lâcha : Ouf, il était temps pour nous de reprendre l'antenne, Hi! Hi!Hi!  Oh excu-sez-moi, Messieurs, Mesdames! Hi!Hi!Hi! Reprenons notre sérieux, ma petite Denise! lâcha t-elle sournoisement comme pour se remettre de ses émotions. Puis elle fit son an-nonce: Messieurs et Mesdames, afin de continuer notre programme dans la joie et dans la bonne humeur(comme vous l'avez sûrement remarqué), hi! hi! hi! Voyons ma petite Denise! La direction des programmes a décidé suite à cet incident technique de changer le programme de ce soir et de mettre à la place de notre feuilleton habituel( le grand vent), un western de John Ford dont le héros principal (un certains John Waine) allait une nouvelle fois nous prouver son courage ainsi que sa virilité en sauvant du massacre horrible des indiens toute la population qui était retenue derrière les murs du Fort Ala-mo. Ces sauvages avaient, parait-il, l'intention de scalper tous les hommes blancs et de violer leurs femmes qui se trouvaient à l'intérieur du Fort. Ce film étant d'une rare vio-lence est bien sûr interdit aux enfants de moins de 8 ans. Nous espérons que les parents suivrons ce conseil et qu'ils enverrons leurs petits bambins au lit afin de les protèger contre la violence télévisuelle. Ceci étant un message de notre conseil des sages. Quant aux autres, ils pourront regarder ce film sans danger, puisque de toute façon notre héros venant d'Amérique allait sauver tout ce beau monde pour notre plus grand plaisir de téléspectateurs.

Messieurs, Mesdames, il est temps pour moi de vous souhaiter une bonne soirée sur no- tre chaîne. Allez, bon film! Ainsi se termina l'émission. Mais pour ne rien vous cacher, tout ceci me rendit plutôt furax et même je dirai très très méchant. En voyant désormais monsieur Carboni en une sorte d'Hitler ou de Mussolini qui avait pu grâce à son intelli-gence tromper les Américains et les Russes en se métamorphosant en patron capitaliste qui prospérait tranquillement dans sa boutique à faire des pizzas aux anchois! Je tombais des nues bien évidemment, puisque la guerre n'avait jamais cessé sur notre vieux conti-nent européen et qu'elle ne faisait que continuer d'une autre façon. Et que dans cette sor-dide affaire, j'allais être une nouvelle victime, non de guerre, mais de paix. J'étais norma- lement contre et on pouvait parfaitement le comprendre après tout ce qui s'était passé d' horrible sur notre vieux continent. Pour traduire en langage d'aujourd'hui, j'étais un con qui me faisait démocratiquement roulé en temps de paix! Voilà où en était mon état de conscience, ce qui n'était déjà pas mal pour un pauvre issu des quartiers défavorisés, n' est-ce pas? Je ne voulais donc plus être exploité par ces nouveaux dictateurs et leurs soufifes, c'est ce que je me disais. Mais je me demandais si pour autant je devais en faire une révolution? Et seulement pour me dire que j'avais raison? Je n'avais pas bien sûr la réponse. Car les boudistes me disaient de faire ma révolution en silence sans déranger mes voisins. Les chrétiens m'encourageaient à donner le peu d'argent que j'avais pour être enfin heureux. Les musulmans de faire des enfants et de ne pas m' inquièter, car la révolution viendra d'elle même. Les juifs de partir de la France puisqu'il n' y avait plus d'affaires à faire. Les bandits me proposaient de conduire leur auto pour un braquage. Mon dieu, quelle époque! et je devins fou en peu de temps. Ma stratégie se trouvant ainsi tracée, je prévoyais qu'à la moindre bévue ou humiliation, j'intenterais alors un procès contre mon patron qui n'en serait informé qu'à la dernière minute (pour lui éviter de m' assassiner au cas où il en aurait l'idée ). Car j' avais lu dans le magazine "Paris brûle t-il?"  aux pages des faits divers un cas qui m' avait fortement impressionné. Il s'agissait de l'histoire d'un petit vol à l'étalage qui avait fini en triple meurtre!  

Il fallait donc être très prudent avec ce genre de Mussolinien déguisé en chef d'entreprise qui me faisait parfois un peu peur, quand il me posait ses grosses mains cramoisies sur mes épaules comme pour m'impressionner. Et par un formidable hasard, ma stratégie se trouva comme parachevée par une émission de télé où l'on nous disait que l'on pouvait devenir riche en portant tout bêtement plainte pour n'importe quoi. Tout ça se passait, bien évidemment, en Amérique et que ça allait bientôt arriver en France et c'était donc le moment d'en profiter. Une semaine après vint mon accident du travail et je profitai de l' occasion pour porter plainte contre mon patron, afin qu'il crache tout son pognon. Je pensais sincèrement que j'allais gagner gros avec tout ce qu'on m'avait raconté. Et il est vrai que je gagnai mon procès. Mais une chose gâcha mon plaisir, c'est que je reçus comme unique dommage et intérêt la vulgaire somme de 50 euros! J'étais bien évidem-ment effondré. Franchement, avec tout ce qui m'arrive aujourd'hui, je pense que j' aurais dû plutôt lui cirer les pompes à mon Mussolinien de patron que de l'envoyer aux assises populaires. Quelques semaines plus tard, j'appris dans le magazine " Que fait la police?" à propos de son affaire que le parquet l'avait envoyé directement en prison suite à une fouille minutieuse que la police avait opérée dans les sous-sols de sa boutique où ils avaient retrouvé la totalité de son magot, soit 1 million d'euros que cet imbécile avait caché dans un vieux four à pizzas soi-disant hors d'usage. Oh le salaud, alors qu'il me payait une misère! C'est bien fait pour lui! La police et la justice avaient déclaré aux journalistes qu'ils avaient dû utiliser le burin pour aller chercher ces millions étant don-né que le propriétaire avait bouché le four avec de la vraie pâte à pizza qui avec le tem-ps était devenue de la vraie pierre!

Les policiers avaient dû enfiler le bleu de chauffe et s' y étaient donné à coeur joie en déc- ouvrant, après 3 jours d' éfforts, le magot de monsieur Carboni. Emportés par leur décou- verte, ils déclarérent à la presse qu'ils garderaient son magot afin de renflouer leur caisse respective qui était souvent vide, du fait que le gouvernement ne voulait plus les renflou- er pour des raisons de grosses avaries sur les navires de la marine marchande. Le gouvern- ement avait répondu par l'intermédiaire de son ministre de la justice, monsieur Justin Brisetout, qu'il n'en voyait pas l'inconvénient de se servir directement à la source des pro- fits. Mais que ces sommes devaient être restituées à la nation par l'intermédiare de taxes judicaires. Le ministère des finances, étant sur la même ligne, avait dit qu'il n' y voyait pas d'inconvénients. Le ministre avait dit d'accord. Vraiment incompréhensible tout ça, non ? Bien sûr que j'étais moi aussi coupable d'avoir coulé son entreprise et entraîné sa faillite personnelle, je ne vous dirai pas le contraire. Mais moi, j'en savais rien de tout cet argent qui dormait sous nos pieds, merde! Il me semble bien que j'en paye aujourd'hui les pots cassés, ça c'est évident. Il faut dire avant cette crise, quand la vie était normale pour moi, je savais parfaitement ce qu' allait être ma journée, c'est à dire occupé à faire la fortune de monsieur Carboni! Et bizarrement, j'en étais presque heureux même si je savais que c'était pour me payer bien maigrement après, je ne vous le fais pas dire. Mais c'était aussi pour moi une sécurité d'esprit qui m'évitait de trop penser sur le véritable sens de notre vie. Car maintenant que je connais la vérité sur nous même qui est d'une simplicité déconcertante à faire exploser de rire les singes du Zimbabwe. C'est à dire que je suis un nul et que je le resterai jusqu'à la fin de ma vie!

Que vous dire d'autre, mon ami, que tout cela me fait horriblement mal de le savoir et bien malgré moi, comme vous l'auriez compris. En fait, mon ancien état d'esclave me manque terriblement aujourd'hui et je le regrette. J'en pleure de rage tous les soirs dans mon lit même devant la télé où ils nous font voir( ces journalistes à la gomme) la vie des gens dont le bonheur n'a été qu'effleuré par la crise économique. Il m'est arrivé une année (c'était durant l'année des dragons en 94) de rester enfermé tout l'été chez moi en ne rega-rdant que la télé et rien que la télé. Je regardais alors les vacances des autres, celles des privilégiés qui se doraient au soleil sur des yatchs ou tout simplement sur du sable fin où la mer était bleue et l'écran aussi. Bizarrement, tous ces gens avaient l'air de sournois hy-pocrites en ne faisant que mater les fesses de la petite cousine de l'oncle Germain qui éta-it venue en vacances pour soi-disant recharger les batteries et de respirer l'air marin. Plus hypocrite que ça, je ne connais pas! Mais bon, après tout, c'est leur vie, n'est-ce pas? Et ils s'étaient tous passés le mot pour passer incognito en portant pour la plus part d'énor-mes lunettes noires, afin de surprendre leur proie sans se faire démasquer. Ils les portai-ent en toutes occasions aussi bien sous la douche à la plage qu'au restaurant en décorti-quant un homard Taiwanais ou bien avachis et rôtis sur leurs beaux transats bleus en fai-sant semblant de dormir, alors qu'ils rêvaient de s'envoyer en l'air avec la petite cousine. Ils s'écoutaient parler sans vraiment s'écouter, mais on savait pourquoi, hé, hé, les petits coquins! Et quand ils en avaient un peu marre de jouer ce jeu là, ils s' éternisaient autour d'une table de restaurant à boire des boissons fraîches, cocktails ou jus de fruits aux con-sonances extra-territoriales voires exotiques que personne n' avait jamais entendu le nom.

A les entendre, ils étaient les premiers à les goûter et bizarrement en critiquaient déjà le nectars en le trouvant un peu trop sucré, pas assez naturel d'après eux. Hé ben, voyons, pendant que vous y êtes, mes gars! Mais c'était déjà pas mal pour les plus intellectuels d 'entre eux qui prévoyaient avec l'aide de leur amis nantis d'en faire une sorte de sujet de conversation qui durerait bien entendu tout l'été. Ils n'en voyaient pas l'inconvénient, se disaient-ils tous d'un air détaché. A part tous ces caprices de stars et ces comportements animals, qui ne me concernaient aucunement, j'avais parfois l'impression de m'identifier tellement à eux que je devenais eux et non l'inverse, bien sûr. Et je sentais alors parcourir sur mon visage, la douce main d'une jeune femme qui s'appelait bizarrement Pamela An-derson qui me caressait la peau d'une manière si divine que le soleil semblait lui aussi me brûler presque la peau. Elle me demandait de lui faire l'amour et moi je ne lui disais pas non, bien évidemment. De ce rêve étrange, ô combien je failis en faire en cette année du dragon une de ces insolations virtuelles et cathodiques! Quand j'avais eu ma dose d' émotion, je baissais le son de ma télé jusqu'à qu'il ne soit plus audible par le moindre de mes sens devenus sensibles à la moindre vibration, puis je me laissais tomber comme un enfant dans les bras de mon divan convertible où je me mettais à rêver beaucoup pour tout vous dire..et à bien d'autre choses, au silence enfin.

Par la fenêtre de la cuisine, que je laissais souvent ouverte à ces heures creuses de la jou-rnée, je respirais à nouveau cet air frais adoucir mon terrible ennui et le soleil de l' après-midi réchauffer ma peau clairsemée d'étoiles imaginaires. J'emportais avec moi, sinon ri-en que tout l'attirail du parfait campeur troglodyte avec ce sombre espoir que l'image ne puisse jamais tout emporter de nous même en me réfugiant dans les cavernes de notre coeur où, comme sur des cordes souples, je connaissais encore la bête aimant s'y rafraî-chir les pattes et se dorer la tête au soleil. J'entendais très bien me parvenir de la cour d'en bas tous les cris des enfants maigrichons où la peau encore blanche pointait déjà de bell-es côtes parfaitement humaines. Le ballon semblait faire de grands bonds et son bruit sec et bruyant nous aiguiser les sens en me laissant présager que leurs petits pieds fussent au-ssi armées de grosses baskets américaines et bien trop vilaines. Bref, j'essayais de les im-aginer autrement avec des petits shorts trop larges et armés de bretelles mexicaines: cart-ouches imaginaires et révolutionnaires de l'âge tendre où de petites jambes malingres en sortiraient toutes vives pour faire, non la guerre, mais le tour de la terre, quitter leurs familles et tout le tralala quotidien afin de pouvoir vivre comme de vrais enfants libres, comme de petits oiseaux qui se rafraichaient aux fontaines du ciel! Ce serait beau et se-rait ma vision idéalisée de l'enfance, que je n'ai point eue, mais qu'il me faudrait un jour vous raconter quand les poules auront des dents ou quand les grands seront petits ou peut-être au bistrot du coin, ce qui serait pas mal non plus, hein?

C'est peut-être cela qu'il nous faudrait résoudre avant d'entreprendre la moindre rédacti- on de nos rêves en suspends. Et qu'importe pour nous qu'ils soient anciens ou nouveaux ces rêves, puisque nous n'en sommes déjà plus là! Attendons le talon d'Achille pour nous enfuir à reculons, vous le voulez bien? Attendons l'horreur boréale pour nous voir pous- ser des ailes Californiennes ou Tropéziennes? Mais qu'importe, car l'important pour no-us, c'est la drôle, c'est la drôle! C'est la drôle de machine qui est la machine à bonheur qu'il nous faudrait tuer. C'est un peu cette télé, quoi! Cette maudite télé qui nous sert aussi bien à nous endormir qu'à nous réveiller. C'en est un peu trop et on ne peut même plus imaginer la vie autrement que par ce hublot de verre fabriqué à l'usine d'Italie ou de la Tchequie! Yen a marre, voilà tout! Y'en a ras la soupape de ce tribunal public qui nous accuse de n'être pas tout à fait comme les autres et de ne nous vouloir un autre bonheur, hélas, un vrai de vrai! Non en verre, mais en terre pleine et charnelle, une vie quoi! O m-aître, notre bonheur serait-il enviable par les autres? Si oui, suis-je innocent d'un crime que je n'aie point commis? Suis-je l'orange ou la pelure? Suis-je l'estragon de Catalogne ou bien le Nefertiti de la bourgade? C'est un peu comme au tribunal des pauvres où l'on nous parle aussi bien de la bête que de l'Homme qu'il y a en chacun de nous. L'important étant bien sûr de comprendre comment l'un avait pu rouler l'autre dans la boue et l'ent-raîner dans ce putain de tribunal ou malgré tout c'était la vie d'un Homme qu'on jugeait et non celui d'une bête! Indéfendable! me disait-on de la cour d'en bas où les enfants sa-vaient très bien où le jeu se déroulait, c'est à dire dans ce petit quartier de la Croix où la vie restait tout de même fouetteuse et bagarreuse à souhaits. Indéfendable! puisque la vie les feraient devenir eux aussi de gentils monstres qui s'endormiraient en regardant la té-lévision.

De toute façon, il n'y avait plus rien à faire pour eux et pour nous, puisque les Hommes n'en faisaient qu'à leur tête à regarder une bien mauvaise émission à nous rendre tota-lement invertébré. Prions pour nous, afin de ne pas nous voir dépérir à l'image même de ces gueux de grande beauté que nous expose incessamment notre télé en ces heures cre-uses de l'été. J'envie parfois les aveugles de ne pas connaître la gueule de Jean-Pierre Foucault et les dents carnassières d'un certains Ardysson. En vérité, il nous faudrait ba-nnir la télé de notre vie pour ne plus devoir souffrir de ces "millions" que l'on donne so-uvent à pauvre con. Un pauvre con qui joue parfaitement son rôle de pauvre con en re-cevant ses millions de la main d'une chaine de télévision, alors qu'il n'a jamais rien fait de sa vie! Et pour en finir, avec cette télé qui ne fait que démoraliser la population, pen-sons un peu à nous où des bruits couraient dans mon quartier de malheur que je serais devenu, avec mes deux années de chômage à mon actif, un inactif notoire. Et d'après ces mêmes rumeurs, je ne serais plus qu'un paresseux qui aurait soi-disant trouver son bon-heur en ne faisant strictement plus rien d'utile pour la société. Bougre de dieu, mes voi-sins de paliers seraient-ils devenus des pieuvres du jour au lendemain? Pour ma part, je n'y porterai aucune attention pour la simple raison que tous ces racontars ne visent qu'à me déstabiliser. Il me semble bien, avec tout ce que je venais de vous écrire là, que c' était pratiquement ma vie que je venais de vous raconter, ce qui me gênait énormément. Vu que vous avez pu pénétrer ma vie privée sans me verser le moindre kopeck, ce qui me faisait terriblement mal au coeur. En fait, je me demande bien si toute mon histoire en vaut bien un kopeck? N'empêche que c'est vraiment du gâteau que je vous donne là où tout est gratuit, petit veinard !

Mais où en étions nous exactement? Ah oui, comme je vous disais à propos de mon an- cien travail chez monsieur Carboni, c'était souvent dans la fraîcheur matinale que je de- scendais les escaliers de mon immeuble avec un petit serrement de coeur en sachant que ma journée allait commencer. En allant directement dans la cour intérieure pour y déta-cher ma mobylette de la grosse conduite d'évacuation où elle était solidement fixée avec une chaîne( à cause des petits voleurs dans mon quartier qui essayaient de vous voler des pièces pour les revendre). Donc pour éviter le pire( qui était de me la faire embarqu-er par des voyous qui pouvaient alors la soulever jusqu'à la porte de l'allée), je l'atta-chais à ce point fixe qui me rendait véritablement service, comme vous l'auriez compr-is Et puis, pour ne pas déranger les gens qui dormaient dans l'immeuble, je la faisais ro-uler doucement jusqu'au portail. Et dehors, je priais le bon dieu qu'elle veuille bien dé--marrer et puis Vrrroum, Vrrroum, je partais à mon travail, heureux quand même de re-trouver les collègues : Jean-Marc aux fourneaux, Stéphane aux grilloirs, monsieur Ca-rboni à la caisse, of course! Gislaine à la plonge et moi à la préparation des pâtes à piz-zas que je congelais immédiatement après dans une sorte d'immense frigo monté sur ro-ulettes. Je préparais aussi les sauces, je coupais les légumes, les tomates, les champign-ons, etc, etc. Et quand tout était préparé le matin, on n'avait qu'à attendre les clients.

Les heures de pointes étaient à midi et le soir à partir de 8 h jusqu'à 23 heures. Le patron ne voulait pas que nous dépassions les 63 heures par semaine, parce que nous pourrions bien le payer de notre poche si la sécurité sociale le savait! Et puis on avait surtout la trouille par la façon qu'il nous le disait où ses yeux étaient alors très méchants. Mais moi, complètement soumis, je ne disais rien en étant satisfait de toucher mes 8 euros 50 de l'heure (heures supplémentaires non payées, bien évidemment!). Pour poursuivre mon histoire, les clients on les attendait aussi bien en salle qu'au téléphone et mon travail co-nsistait alors à aller les livrer en mobylette. La meilleur saison était quand arrivait le pri-ntemps où mes courses devenaient un vrai plaisir. En faisant des détours pas possible par la campagne, afin de savourer les paysages verdoyants où des vaches meuglaient quand je les frôlais au détour d'un petit chemin caillouteux. Mais mon bonheur suprême était de savourer les parfums des champs et des fleurs. Mon patron ne le savait pas bien sûr, mais je lui disais à chaque fois que j'avais eu une panne de carbu ou quelque chose co-mme cela et il le gobait. Je m'en souviens comme si c'était hier. Et quand je terminais mon travail à minuit, je rentrais immédiatement à la maison en me jetant directement dans mon lit sans même me changer tellement j'étais fatigué! La suite, vous la connai-ssez, mon cher lecteur, où il y eut mon agression, puis ma plainte et mon licenciement. Faudrait-il le regretter maintenant que je ne fais plus rien de mes dix doigts? Ah, je la sens vraiment ma solitude! Et de savoir que cette crise économique allait durer tant que le gouvernement ne cesserait la fuite des capitaux publiques à l'étranger, j'en étais d'aut-ant  plus malade comme vous le conviendrez! Et puis j'en ai marre, marre, d'entendre tous ces racontars qui piaillent derrière mon dos et derrière leurs judas! Je sais que mes voisins sont d'horribles personnages et qu'il vaudrait mieux par ces temps de crise qu'ils restent enfermés chez eux afin qu'ils soient moins dangereux pour leurs compatriotes, n'est-ce pas?

 

Chapitre 2

Le virus de la fièvre bleue

Mais pourquoi mon propriétaire( monsieur Massoni) me parlait-il de ces? Comment avait-il dit? des coupons de bains douches? Oui c'est ça, je crois. Mais moi, je croyais que cela n'existait plus depuis très longtemps toutes ces histoires d'insalubrité publique, non ?Ah vraiment, je n'arrive pas à comprendre ce qu'il avait voulu me dire avec ces vi- eilles histoires des années 50? Ne devenait-il pas fou, mon propriétaire? Nous étions en 95 et il me parlait d'aller chercher à la mairie les coupons de bains douches que la soi- disant société me devait. Ce sont vos droits, monsieur!  m'avait-il dit avec dans la voix une certaine émotion.  Il vous faut les réclamer, c'est votre devoir! Ah! Ah! Ah! j' avais bien failli m'écrouler de rire quand il prononça ces mots : Ce sont vos droits, c'est votre devoir! Et je voyais bien que j'avais affaire ici à quelqu'un qui se mélangeait complète-ment les pinceaux avec toutes ces nouvelles lois que le gouvernement avait jugé néce-ssaire de modifier par ces temps de crise : où les droits de l'Homme avaient rétréci d'une façon honteuse comme une peau de chagrin face aux droits des propriètaires qui avaient grossi d'une façon exponentielle depuis les trentes glorieuses.Tout cela me semblait gr-otesque de sa part, car il ne pouvait rien faire contre moi et contre la loi. Et tant que je lui payais son misérable loyer de 200 euros par mois et toutes charges comprises, il n' avait pas à se mêler de ma vie privée! J'avais comme l'impression que mon propriétaire se référait encore aux anciens droits utilisés dans le bâtiment, mais qui théoriquement n' existaient plus depuis ce jour où le gouvernement avait décidé de faire voter la loi des 35 m² et des 35 euros par jour et par personne tant que cette crise éconmique durerait, afin bien sûr d'éviter que la population meurt de froid et de faim. J'étais moi même tout à fait d'accord avec le gouvernement de Monsieur Macador pour lequel j'avais voté aux dernières élections.

C'était la première fois de ma vie que je votais pour un candidat et j'étais bien sûr très content d'avoir voté pour cet homme qui semblait tenir ses promesses. Mon propriétai- re, si je voulais, je n'avais qu'à lui rappeler ce qu' avait dit notre président pour l'envoyer balader à ma façon. Mais je n'osais point le faire par timidité, car je savais bien qu'il était beaucoup plus utile à l'Etat de mon pays que moi( qui en vérité profitais aussi du système). Bref, je n'étais pas tout blanc dans cette histoire où le plus important pour moi était de me préserver de la méchanceté des autres qui sévissait aussi bien dans des périodes de vaches maigres que dans des périodes dites de pleines prospérités. Mais je voyais très bien à ce moment là qu'il ne parlait en fait que pour lui même et pour défe-ndre ses intérêts..et cela se voyait, comment dire? Eh ben, comme son gros nez sur sa figure! PS : Je suis très inquiet sur la loi des 35 m² et des 35 euros par personne. Car j'ai lu ce matin dans le journal "la vache agonisante" que l'opposition demandait auprès du conseil économique de la république l'annulation pure et simple de cette loi qui comp-ortait en elle même un véritable danger pour la république et pour son économie dite libérale. Tout ça me fout véritablement la trouille, mais je vais essayer de ne pas trop y penser.

Le soir même..Au fait, monsieur Massino m' a dit après notre discution qu'il n'avait pas voulu se moquer de moi en me parlant de ces coupons de bain douche, mais seulement parce que les services d'hygiènes de la mairie avaient constaté de nouveaux foyers d'inf- ections dont mon quartier faisait partie. Ouf, j'ai bien eu peur! Eh ben, ça me rassure. Allez à demain les amis, moi j' vais me coucher!

Durant la nuit..

Merde, je ne fais que penser à ce que m'a raconté monsieur Massoni à propos de ces foyers d'infections( j'en profite pour me mettre sur le dos, car je sens comme de petits picotements sur mes jambes). Mais, mais c'est horrible! (un cri me sortit alors de la bou- che). Mais, mais le lit, il est peut être lui aussi infecté? Et j'imaginais avec horreur que des petits monstres étaient en train de me dévorer tout cru pendant mon sommeil. Ces petits picotements sur ma peau commençèrent à envahir tout mon corps. Au secours, au secours, appeler la mairie! Mais quelle l'heure est-il, ma parole? Quoi, 3h du matin! Mais qu' est-ce que c'est que toute cette histoire? Il y a des jours où l'on croirait devenir fou. Les bureaux sont sûrement fermés à cette heure-ci, avais-je l'idiotie de penser. Je n' en peux plus de rester couché avec cette hantise de me faire dévorer durant mon som- meil. Allez, j' me lève! J'vais en profiter pour allez me rafraîchir le visage sous l'eau du robinet. Mon dieu, comme elle est froide! Ma parole, j'ai l'impression qu'elle vient dir- ectement de Sibérie! Mais c'est fou, comme on se sent si petit et si seul dans sa cuisine à une heure si tardive de la nuit. J'ai presque envie de chialer tellement je me sens seul. Mon dieu, mais pourquoi monsieur Massino m'avait-il parlé de cette horrible chose, alors qu'il savait que mes forces ne pouvaient le supporter? Fallait-il supposer que lui aussi voulait intenter à ma vie et me faire disparaître après lui avoir payer tous mes re- tards de loyers? Bien évidemment que oui. Et que même mon retard de loyer pouvait me servir lui aussi à me tenir en vie. Car tant que je lui devais de l'argent, il fera tout pour que je reste en vie afin de le rembourser. J'arrivais même à penser que ma remise à flot au niveau économique pouvait être mon arrêt de mort. Eh oui, parbleu! J'essayais de retrouver le papier qu'il m'avait laissé. Mais merde où l'ai-je mis? Mais bon dieu, dans ce bordel, je n'y vois rien, j 'allume la lumière!

Tout ça, pensais-je, était sûrement dû à ce monsieur Camus, un employé de la mairie qui venait parait-il de publier à grand fracas un rapport plutôt alarmant sur l'hygiène de la ville et étrangement sous la forme d'un roman néo-réaliste : où les personnages réels et imaginaires se frottaient à une épidémie de grande envergure dont j'ai bien évidemment oublié le nom. Pour ma part, je trouve ce procédé de faire, qui était auparavant réservé aux écrivains d'imaginations, plutôt étrange de le voir accaparé par ces nouveaux privilè-giés du service public. Y'a quelque chose de louche derrière tout ça, c'est évident. Hum, hum, il semblerait que son travail lui laisserait tout le temps d'écrire et donc de faire peur à tout le monde. Mon dieu, mais on embauche vraiment n' importe qui aujourd' hui dans l'administration! C'est immoral, ces hommes là, ça ne sert strictement à rien, sauf à vous foutre la trouille. On devrait imaginer un parage contre cette littérature de la terre-ur( elle aussi, une forme du terrorisme). En allant par exemple directement chez ce mo-nsieur Camus dès la nuit tombée où l'on passerait par le jardin puis entrerait par la fenê-tre de la chambre, car ces hommes laissent toujours la fenêtre de leur chambre ouverte, je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme ça. Puis on se rapprocherait du lit de notre pseudo-écrivain-fonctionnaire et on lui ferait peur à notre tour en criant tout fort : C'est moi! C'est moi! On pourrait en rire, mais notre Camus mégalo et tout tremblant de peur, nous demanderait alors : Mais qui? Mais qui êtes vous, non de dieu ? Et nous sans un flegme britannique, nous lui répondrions : Mais c'est moi, la peste! (je vous laisse ima-giner la suite).

Ça y' est, je l'ai retrouvé, le petit dépliant dont monsieur Massino m'avait parlé! Il était dans un des tiroirs du buffet couché sur la tranche entre les bols et les pots de confitures. Ah je savais bien que je ne l'avais point jeté à la poubelle et malgré l'humiliation qu'il m'avait faite en le posant sur la table de la cuisine. Mais bien qu'il se soit excusé après, j'étais parti rouge de colère dans les cabinets de toilette afin de lui montrer mon désacc-ord. Franchement, je trouve cela immoral d'humilier les gens de cette façon en profitant de leur infortune. Car c'est trop facile d'en faire voir de toutes les couleurs aux autres quand on a plein d'argent! Comme d'avoir de la voix quand on a une bourse bien pleine ou d'avoir des initiatives quand on peut se payer les frais d'entreprises. Tout ça n'est bien sûr qu'une question de moyens et de nulle autre chose. Car si monsieur Massino était pauvre comme je le suis, il n'en ferait pas des manières comme il en fait de me parler de politique de la ville et de ses économies qu'elle doit faire afin de ne pas épuiser la man-ne financière des riches, de me parler de la salubrité publique comme si j'avais la peste sous mes bras ou sous mon lit, de me parler de tous ces ministres qui soi-disant veulent lui voler ses biens et bien sûr de tous ces rapports bi-mensuels, tri-mestriels, du journal officiel etc etc. Oh mon dieu, sauvez-nous, il est 3 heures du matin et je pense à tout ça! J'suis complètement taré! Essayons plutôt de retrouver notre calme et lisons ce petit dé-pliant où soi-disant on peut sauver la ville de la fièvre bleue. Tiens, ça c'est original! Mais c'est ce qu'ils essaient de nous faire comprendre par un petit dessin où l'on voit un gros virus bleu attaquer un clochard. C'est assez naïf, mais c'est assez efficace pour être compris par les pauvres bougres comme moi. Il est aussi écrit que les plus démunis ser-aient prioritaires sur les autres catégories de la population vu que le fléau s'attaque touj-ours au début aux plus pauvres, comme dans la nature où le méchant s'attaque toujours au plus gentil, que le plus fort au plus faible, que le plus riche au..etc etc.

Ok, ok, tout ça, j' ai bien compris. Mais je ne vois pas où est l'adresse de ce lieu où soi- disant on peut se laver gratuitement. Ah si derrière, il est tracé a l'encre rouge le trajet à suivre pour accéder au grand bain de jouvence et de désinfection total de la tête aux pieds, comme cela est indiqué dans la marge. Suivre le canal de la biche, puis couper par le sentier de la gueule du loup..et lorsque vous arriverez en face de la gare de montreuil, vous n'aurez alors plus qu'à faire 5 kilomètres vers le nord avant d'arriver à destination, c'est à dire à notre centre d'épuration virale appelé "aux petits bains de la république". Vous n'aurez qu'à présenter au surveillant votre coupon de bain douche pour vous faire remettre une serviette et un savon particulièrement actif pour éradiquer la vermine se trouvant sur votre peau. Suivez les indications de notre collaborateur et tout ira pour le mieux. Messieurs, Mesdames, nous vous souhaitons un bon bain et une bonne continu- ation.

De la part des services d'hygiènes de la ville de la Colombe.

Jean-Paul Camus : adjoint au maire

Robert Crassepoite : directeur de cabinet

Ah, je savais bien que ce nabot de Camus avait quelque chose à voir avec cette histoire de fièvre bleue! Maintenant, je comprend tout et je parie qu'il y a comme un coup fourré derrière tout ça. Peut-être veut-il vendre son bouquin comme des petits pains et se faire plein de pognon ce fainéant de fonctionnaire? Je suis sûr de n'être pas trop loin de la vé-rité. En fait, ces gens ne connaissent aucune morale pour arriver à leurs fins, car ce qu' ils veulent c'est l'argent et le pouvoir avec. Mais c'est dingue! Je pense lorsque j'aurai le temps et les moyens, je m' arrangerai pour faire ma petite enquête sur ce type aux ext- ravagances médiatiques et à l'ambition forcément démesurée. Hum, hum, ce serait pas mal pour moi de m'occuper de cela qui me fera oublier un peu ma condition de pauvre con en apparence, bien sûr. Bon, allons nous recouchez, il commence à se faire tard. Et puis comme la nuit porte conseil, je pense que demain mes idées seront encore plus cla-ires qu'elles le sont aujourd'hui. Hum, hum, j'ai vraiment l'impression d'avoir pour les prochains jours comme du travail sur la planche et tout ça me réjouit d'avance!

Le lendemain à midi..

Ouhaa..quelle nuit que j'ai passée! Ouhaa, j'ai dormi comme un ours! Midi déja? Pou- haa..comme c'est bon de dormir! Humm, j 'connais pas de si grand bonheur que celui de n'avoir plus d'heures à respecter aussi bien pour le lever que pour le coucher. Il est vrai aussi que les animaux sauvages ont quant même ce petit avantage sur nous les Hommes, qui sommes obligés de nous lever pour aller travailler et c'est bien triste tout ça, non? La société est vraiment moutonnière vu sous cet angle et elle manque réellement pour moi cette touche d'originalité qui pourrait me la faire aimer. Il est vrai aussi que je ne pense pas vraiment comme elle et c'est peut être là tout mon malheur et mon bonheur réunis sous ce même lot, l'un ne pouvant se défaire de l'autre, c'est un peu comme si on parlait de nos qualités qui n'existeraient que par nos défauts. Mais là je pense que je vais un peu trop loin dans mes pensées où personne ne voudra me suivre vu que les préjugés ont encore de beaux jours devant eux. En pensant à hier soir, il me semble que la premi-ère chose qu'il me faudra faire, ce sera de ne pas trop me précipiter à essayer de résou-dre ce genre d'affaire étant donné que la précipitation a touours été mauvaise conseillè-re, cela ne fait aucun doute. Mais bon réfléchissons un peu avant d'entreprendre cette en-quête quelque peu inhabituelle pour un pauvre misérable que je suis devenu malgré moi. Premièrement, il me faudra passer par dessus les apparence, car je sais que les gens ric-hes s' imaginent si l'on est pauvre, c'est parce que l' on est forcément bête en pensant que l'argent est toujours du côté de l'intelligence et non à l'opposé. Et que ceux qui n'en ont pas sont forcément de sacrés imbéciles vu qu'il est facile à dénicher quand on est malin ou intelligent, parait-il. Pour eux, c'est la même chose. Mais en consulant l'origine des fortunes, vous verrez, mon pauvre ami, que 99 % d' entre elles sont issues d'un héritage familliale et non de leur soi-disante intelligence exceptionnelle !

Personnellement ,je pense qu'ils ont tort de croire à toutes ces balivernes. Car parmi m-es pauvres, comme parmi les riches, il y a toutes sortes de gens et comme partout aille-urs, nous avons aussi bien des imbéciles que des gens intelligents des deux côtés. Mais nous avons aussi de chaque côté certainement des fous, des vicieux, des assassins et mê-me des génies qui le clament quand ils se trouvent du côté des riches et qui l'étouffent quand ils sont du côté des pauvres. Du point vue mathématique, comme il y a plus de pauvres que de riches sur la planète, je pense sincèrement qu'il y a plus de gens intelli-gents du côte des pauvres qui s'ils le savaient d'une manière ou d'une autre déclencher-aient une révolution afin de redistribuer les cartes d'une façon équitable et toute nou-velle. Mais il était bien dommage que les médias soient du côté des riches donc des pui-ssants. Et l'information a vraiment du mal à passer..et c'est notre grande faiblesse à nous les pauvres ainsi qu'aux nouveaux intellectuels qui pourraient alors faire passer le me-ssage par des moyens de communications nouveaux peut-être par Internet ou simplem-ent bien dans la rue par des réunions secrètes dans des caves ou dans des ruines cachées dans des catacombes. L'heure viendra un jour où nous pourront, nous les misérables de la société, vivre selon nos moeurs et nos idées. Mais tant que ce monde sera accaparé par une minorité de gens très riches qui se perpétuent indéfiniment par l'argent, on ne pourra strictement rien changer à ce monde qui finira forcément par une aristocratie lé- gitime en apparence. Nul doute que je fais parti pour l'insant des pauvres imbéciles et le monde qui m'environne ne cesse de me le dire.

Et moi j'essaie, comme je peux, de le camoufler par des apparences trompeuses, par des discours stériles et par des vêtements de survie que l'on trouve facilement à sa portée. On s'adapte pour ne pas mourir de honte, n'est-ce pas? Je suis niais aussi et j'ai de l'embonp- oint. Mes gros traits sont héréditaires, mes pieds sont larges comme des roues de tracteu- rs et mes mains n'en parlons pas, on dirait des mains de charretiers. Tout ça, c'est bien év- idemment mon hérédité et tout le monde dans la rue s'en aperçoit. J'ai vraiment l'air d' un homme préhistorique ou d'une sorte de bonhomme moyenâgeux qui n'aurait pas suivi l'évolution de l'espèce humaine, puisque tous mes contemporains ont le ventre plat, des mains longues et fines. Ils sont pour la plus part assez grands, alors que moi je suis plutôt petit. Mais est-ce de ma faute si je suis issus du peuple des misérables? Est-ce de ma fau-te si la fureur de l'alcool à couler dans mes veines avant que je sorte du ventre de ma mè-re? Si j'ai connu avant les autres, les coups, les cris, les disputes familliales à l' intérieur du ventre de ma mère? Toute les tares de l'humanité sont déjà enfouies dans mon coeur et plus rien ne pourra changer cet état. Ma chair est infectée par la misère humaine et plus personne ne peut me venir en aide. Je suis seul au monde et mon seul avenir sera soit de devenir un saint soit un monstre : une sorte de dictateur pour toute l'humanité! Et si ce voeux se réalise, l'humanité héritera soit du bonheur soit du malheur qu'elle m'a donné ou fait subir; elle se bonifiera ou bien souffrira de maux qu'elle n'aurait jamais pu ima-giner et tout ça pour une question d'argent, nous le savons tous. Mais étrangement per-sonne ne veut y croire, car comment est-il possible qu'un simple morceau de papier, qui représente un billet de banque, puisse entraîner chez les Hommes de tels excès allant jus-qu'au crime individuel ou même collectif? Regardez l'Histoire et c'est difficilement com-préhensible pour notre raison.

Mais c'est bien cela qui nous choque vu que cela se passe tous les jours sous nos yeux. Où ceux qui ont de l'argent déplore que l'on puisse tuer pour simplement de l'argent, pu-isqu'ils en ont. Alors que ceux qui sont aux abois pensent très différemment, puisqu ils leur faut manger et garder leur dignité. On l'oublie souvent, mais l'Homme ne se nourrit pas uniquement de commestibles, car il est aussi orgueilleux et prêt à tout pour sauver les apparences d'où les crimes en perspectives et la prison et la mort selon la chance qui l'aura. La misère est bien sûr mon fardeau et je suis intarissable sur son sujet. Parce que je ne lui connais aucune limite sauf celle de la richesse ou de cette habitude à la vie sim-ple qu'on les honnêtes gens. Mais soyons réalistes et je ne pense pas qu'il y ait encore pa-rmi nous des personnes véritablement honnêtes pour la simple raison qu'elles semblent toutes vivre comme dans un parfait accord avec leur époque et leurs hommes politiques. Et s'il y avait encore parmi nous des honnêtes gens, je pense sincèrement qu'ils se serai-ent foutues une balle dans la tête depuis longtemps vu la corruption de notre société d' aujourd'hui et des moeurs qui se sont développés au détriment du bon sens et de la gén-érosité. J'ai l'air d'être très vindycatif avec mes contemporains, mais tout ceci n'est qu' une apparence. Car si j'avais véritablement de la haine envers eux, le poison aurait déjà envahi mon corps et mon sang et je serais forcément mort depuis belle lurette. Non, je ne réclame pas vengeance, mais uniquement à la société ma liberté qu'elle m' a confisquée depuis ma naissance. Et pour être plus précis depuis l'école jusqu'à aujourd'hui où je me sens comme exproprié de ma propre liberté. Et je voudrais la recouvrir pour seulement avoir une compensation à ma misère et à cet avenir qui m'a été lui aussi confisqué. Étant né pauvre et sans avenir, permettez-moi de vous demander ma liberté et rien que celle-ci. Je vous en supplie pour l'amour de Dieu, donnez-moi l'espérance qu'un jour je serai libre!

Elle seule pourra alléger mes peines parmi vous. Elle seule pourra me bercer de douces illusions. Elle seule pourra me porter sur des rives inconnues. Elle seule pourra m'end- ormir aux creux des vallons, aux creux du désespoir. Vous ne me répondez pas? Mais je me doutais bien que vous n'auriez pas le courage de vous trouver devant un homme qui vous réclamerait sa liberté! Je me doutais bien que votre plus grand ennemi serait ma liberté! Vous n'aimez pas les hommes dans ce qu'ils ont de plus beau et de plus terrible. Sauvegardez vos privilèges, éternisez-les par des décrets, par vos amendements, par vos enfants incrédules d'une richesse tombée du ciel, mais qui ne savent pas de quel crime elle est issue. Pauvres innocents, pauvres gosses de riches, un jour vous saurez! Je m' égare, semble-t-il? Mon dieu, mais qu'ai je bien pu boire pour être si vindicatif envers mes frère humains? Calme-toi, Régis, je t'en supplie. Et si ton malheur ne fait que com- mencer avec cette crise économique, il te faudra garder toutes tes forces pour gagner ta subsistance et mener à bien cette enquête à propos de ce monsieur Camus, qui semble se moquer de tout le monde parce qu'il a la sécurité de l'emploi, comme adjoint au maire à la ville de la Colombe. Ton cheval de bataille est bien là et nullement part ailleurs. Ex- cusez-moi, mais je parlais tout seul. Il est vrai qu' avec ce journal intime, tout ce que je peux penser est maintenant consigné et bien malgré moi. Pour tout vous dire, c'est quel- que chose d'affreux et en même temps quelque chose de merveilleux de savoir que sa propre pensée est maintenant solidifiée dans ces feuilles volées à l'éternité de nos jours sans phare et sans gloire. Et que mes contemporains n'y auront pas le beau rôle, puisque la grande foire où le présent les invite à une sorte d'égoisme terrible à fait que mon co-eur n'y trouve plus ses aliments affectifs.   

Mais si je m'obstine à écrire durant mes jours de grandes défaites, c'est aussi pour vous montrez, mon cher lecteur, que je ne connaîtrais sûrement jamais, que je n'écris pas pour attendre d'eux une certaine reconnaissance ou gloire posthume qui pourrait tomber de leur folie changeante ou capricieuse, non. Mais seulement pour pouvoir survivre à l'inté-rieur de ce monde qui ne me convient plus aussi bien dans ces visions d'avenirs que dans son présent qui n'est pour moi, non un véritable présent, mais un moment douloureux à passer où le présent nous a été confisqué par les puissants dont les raisons sont d'excéc-rer notre propre liberté et notre propre jugement sur les choses d'ici bas, bref, sur cette réalité où ils ne veulent pas nous voir comme des êtres agissants, mais comme des larves rampantes afin d'exercer sur nous une véritable oppression qu'on appelle l'esclavage ins-titutionnel. Mon dieu, toutes ces idées me troublent tout particulerement depuis l'anno-nce fracassante de cette épidémie de fièvre bleue par ce monsieur Camus, qui semble de-venu une sorte de visionnaire à l'égard de la presse et cela ne me plaît pas beaucoup. Et je parierai bien trois paquets de cacahouètes que cet odieux personnage de bureau n'est en fin de compte qu'un petit escroc de petite envergure qui bien sûr serait largement soute-nu par ses confrères de la presse écrite même je dirais de l'instistution politique. Si tout cela est vrai, ce serait alors pour la démocratie une véritable catastrophe! Mais ne nous énervons comme ça, mon petit Regis et revenons à nos moutons. Hum, hum, voyons, voyons...

Tout d'abord faisons table rase du passé afin d'être plus efficace et essayons de connaître les vraies raisons qui ont poussé ce monsieur Camus à vouloir terroriser toute la popu- lation en nous faisant croire à une épidémie de fièvre bleue qui, d'après ses propres an-alyses (parues comme par hasard dans un journal à scandales) devrait dans la prochaine décénnie supprimer une bonne partie de la population de la surface de la terre à moins que nous lui achetions son bouquin où, semble-t-il, il aurait trouvé le moyen d'éradiquer cette nouvelle épidémie d'un type tout à fait nouveau. Ce bouquin néo-réaliste, parait-il, lui avait demandé des années de travail à son cabinet et toutes ses intuitions s'étaient ré- vélées juste puisque en quelques années cette fièvre dite bleue avait commencé à faire ses premières victimes parmi les plus démunis: Il nous fallait rester très vigilant afin que cette fièvre bleue ne se répande point aux autres catégories de la population, qui étaient restées jusque là épargnées! C'est ce que monsieur Camus avait laissé entendre dans un article qu'il avait écrit lui même, la semaine dernière, dans le petit parisien déluré : petite gazette parisienne qui ne faisait pas de mine, mais qui tirait quand même à plus de 100 000 exemplaires, ce qui n'était pas mal du tout pour un petit journal à scandales et à con- notations exclusivement parisiennes. Mais il avait aussi pas mal de succès en province, car on y décrivait, avec une certaine justesse, les moeurs étranges et bizarres des parisi- ens et des parisiennes qui voulaient absolument être à la dernière tendance aussi bien ve-stimentaire qu'intellectuelle qui venait comme par hasard de New York leur ville fétiche où la mode actuelle était de ne pas répondre quand on vous demandait un renseignem-ent dans la rue. Cela faisait ringard, paraît-il. Le parisien et la parisienne avaient aussitôt em-boîté le pas à ces extravagances anglo-saxonnes pour ne pas être pris en manque d'actu-alités débiles. Le touriste allait donc devoir se débrouiller tout seul dans la capitale à moins de vouloir se rendre ridicule à ses propres yeux.

Le maire de Paris avait donné son accord que tous les franciliens, durant le temps de la saison estivale, seraient les rois dans leur capitale et que les étrangers seraient alors con- sidérés comme de simples domestiques ou laquais qui devaient se plier à leurs exigences et non plus l'inverse. On craignait bien sûr à des excès du côté des parisiens et des parisi- ennes vu l'état de leurs moeurs actuelles( moeurs, parait-il, dépravées). Mais le maire de Paris avait averti le touriste que s'il venait à Paris, c'était bien pour chercher quelque ch- ose et que s'il lui arrivait quelque chose ce serait forcément de sa faute! Messieurs et Mesdames les touristes, avait-il dit, la ville de Paris n'est pas n'importe qu' elle ville. Et si vous pouviez y dépenser votre argent comme votre bon vouloir rien ne vous interdisait d'y laisser la vie! Propos qui en avait refroidi plus d'un; mais tout avait été prévu dans le moindre détail afin qu'aucune plainte ne puisse aboutir. La ville de Paris se dégageait de toutes responsabilités sur la période du 1er Avril au 30 Septembre où la ville de Paris re-devenait la cité des Rois de France, et plus particulièrement, la cité des parisiens et des parisiennes, avait-il dit lors d'un discours sur l'île de Saint-Louis où il fut, paraît-il, très longuement applaudit par ses électeurs et électrices. Et puis de grands panneaux résumer- aient l'ensemble au pied même de la tour Eiffel, afin de ne laisser personne au dépourvu et une amende de 400 euros serait alors infligée au touriste qui ne ferait aucun effort d' accepter son triste sort. Le petit parisien déluré avait semble-t-il trouvé la vraie formule pour plaire aux gens de province grâce à tous ces conseils pratiques pour la visite de la capitale, mais aussi pour servir de divertissement en lecture exotique, après le fromage, bien évidemment.

Monsieur Camus, qui était de province, savait lui aussi jouer avec les médias et la presse parisienne. Et savait, si le monde venait un jour à disparaître par une quelconque catastr- ophe, comme par exemple, par la fièvre bleue, ce serait les gens des villes qui succombe- raient alors les premiers. Tout d'abord sur le plan psychologique, par la peur de mourir sous d'atroces souffrances, mais aussi par les positions indécentes où on les retrouveraie- nt après leur mort. Comme le ministre du logement, monsieur Gros Pierre de la Planche, qu'on avait retrouvé mort sous son bureau, à quatre pattes et en suçant son pouce! et les feraient comme à l'avance mourir de terreur. Puis après sur le plan bactériologique où le virus ferait réellement ses ravages sur la population et la décimerait en quelques semai- nes, vu que la constitution des gens des villes était bien moins solide que celle des gens de la campagne, du fait qu'ils vivaient toute la journée dans la pollution automobile et surtout dans le vacarme assourdissant de la vie urbaine, bref, de leurs pieds souvent dans leur tête et non sur le plancher des vaches. L'un des principaux personnages du bouquin de monsieur Camus était le général Parisis et celui-ci parlait ainsi dans le deuxième cha- pitre, où il décrivait avec une certaine froideur, disons-le non dissimulée, la prise du pou- voir comme ultime moyen de sauver l'humanité de la dépravation. " On aura plus alors qu'à investir la capitale en prenant tout bêtement le pouvoir : les places étant désormais laissées vides et s'étant injecté l'antidote de la fièvre bleue [antidote que nous avons mis au point grâce au professeur Banbilock : un savant dont le génie avait été bafoué par ces collègues du CNRS pour avoir fait des manipulations génétiques ou mutations ambiva- lentes sur les gènes de la coqueluche et dont les maniplations avaient été interdites par le corps scientifique pour d'obscures raisons, ce qui lui avait valu son licenciement mais su- rtout la perte de tous ses revenu!] on aura plus alors qu'à reconstruire la capitale sur le plan humain, bien évidemment, vu que l'épidémie n'aura rayé de la surface de la capitale que les être humains et les animaux domestiques. »

Les propos qui suivent sont, me semble-t-il, comme d'autres confessions de l'auteur de la fièvre bleue. Celles-ci avaient été cédées à un journal d'extrême droite française : la bête fauve. L'article avait été signé très adroitement, non par son véritable nom, mais par des initiales afin de brouiller les pistes au coeur même des médias français. D'après moi, cela prouverait que ce monsieur Camus avait le génie de se transformer et quand il le voulait en de multiples personnalités plus ou moins sympathiques. Cet homme est certainement très dangereux pour la société française et peut-être pour le monde entier s'il arrivait à ses fins de conquêtes. C'était là pour moi la signature évidente d'un dictateur en herbe, ceci ne fait aucun doute, comme vous le verrez par vous même. "Je pense sincèrement qu'il n'y a en vérité qu'une seule façon de refaire cette humanité qui est aujourd'hui dép- ravée par des habitudes sociales, disons-le, plutôt flasques. Pour ma part, j'envisagerais de la recréer saine et généreuse et non de la continuer bêtement, en croyant que l'homme pourra véritablement changer au fond de son coeur et devenir un être délicieux et parfait. C'est de la pure démagogie de croire que l'homme pourra se changer lui même et devenir bon un jour. Pour vous dire la vérité, je n'y crois pas trop à cette hypotétique métamor- phose en bien de l'homme déjà pervertis par la société et par leurs hommes politiques empêtrés dans leur corruption constitutionnelle. Non, il nous faudrait plutôt, en ces tem- ps décadents, un nouveau type d'homme pour l'avenir de l'humanité. Et pour cela, il nous faudra forcément éliminer les plus dépravés ou la totalité si c'est le cas. Ca coule de so- urce et Lapalisse n'aurait pas dit mieux, n'est-ce pas? Mais pour l'instant, nous en som- mes pas là et même je dirai encore très loin. Et si la première étape se réalisait, la deuxi- ème étape serait alors d'asseoir confortablement notre pouvoir pour y battir les bases so- lides d'une société nouvelle. Et si par hasard des poches de résistances avaient pu échapp- er au virus, on les éliminerait tout simplement. Hum, hum, Paris est une bien trop belle ville pour la laisser à des avortons de cette espèce! Franchement, il est bien dommage que son maire ne soit qu'un fantoche.

Mais je ne sais pas pourquoi, mais le maire de Paris je ne l'aime pas du tout; il a ce côté efféminé qui ne convient pas du tout avec ce que nous réserve l'avenir, avec tous ses gra- nds chamboulements planétaires qui nous attendent. Et puis avec toutes ses gay-prides qu'il organise avec ses amies les grandes folles, tout ça finira forcément en grande partou- ze urbaine et tout ça me dégoûte plutôt pour une grande ville comme Paris qui, selon m- oi, devrait revenir à des valeurs plus sûres, plus saines, plus guerrières à proprement par- ler. Et je ne voudrais en aucun cas commander une armée de grandes folles ou tapettes qui ne penseraient alors qu'à enfiler son voisin de chambrée! Le résultat serait forcément catastrophique pour nos ambitions extraterritoriales, puisqu' avec ces tarées on arriverait même pas à dépasser la porte de clichy ou de billancourt sans que cela tourne en fiesta brésilienne ou partouze générale! Non, non, moi je veux une vraie armée de guerriers av- ec la fureur gravée sur le visage, bref, un beau masque de la mort emprunts d'héroïsmes, afin d'effrayer l'ennemi que j'aperçois déjà sur nos futurs champs de bataille. Et je voud- rais les façonner à ma façon pour l'avenir du monde et pour nos futures conquêtes euro- péennes ou mondiales. Que nous importera la distance, puisque seul l'enjeu expansion- niste comptera pour nous. Et que cette prise de pouvoir à Paris même sera comme le début d' une grande aventure pour moi mais aussi pour l'humanité toute entière! "

                                                                                                         JPC

et qui signifie pour moi Jean-Paul Camus.

Ce sont bien évidemment des propos d'une grande audace pour un petit fonctionnaire, je ne vous le fais pas dire. Mais notre Camus à moitié cinglé ne serait-il pas devenu prophè- te à force de s'ennuyer au milieu de ses dossiers remplis de problèmes insolubles? Disons le clairement, pour l'instant monsieur Camus rêvait beaucoup dans sa tête, et plus partic- ulièrement, quand il se promenait habillé de son beau veston de flanelle blanche, le long du majestueux boulevard Hausseman, ou bien, sur le champs de mars où il peaufinait sa stratégie afin d'arriver aux plus hautes sphères de la capitale.« L'épidémie de fièvre bleue deviendra alors une arme redoutable à Paris même! » pensait-il tout en lissant sa petite moustache brune et ça il en était parfaitement convaincu.                        

Un mois plus tard, il apprit par voix administrative que le gouvernement de monsieur Macador avait bizarrement soutenu son livre et se demandait bien pour quelles raisons? Avait-on réellement compris ses idées ou bien essayait-on de les lui voler? C'est ce qu' il se demandait d'une manière inquiétante. Voulait-on lui piquer la vedette, lui qui était to- ut de même le créateur ou l'investigateur d' une nouvelle doctrine, celle de vouloir réso- udre tous les problèmes de société par la notion même de salubrité publique et en pou- ssant ses réflexions jusqu'à la notion de propreté ou d'hygiène mentale? Y'avait qu' un fossé bien étroit pour le croire effectivement, se disait-il. Mais il fallait attendre un peu, afin d'y voir un peu plus clair dans ce gourbis généralisé de la politique française. Hum, hum, attendons un peu de voir ce qui va se passer dans les médias. Car jaloux comme ils sont, ces journalistes, ils pourraient bien me provoquer en public afin que je me trahisse moi même sur mes propres sentiments à l'égard de mon antisémitisme refoulé, ou bien, de mon racisme, non épidermique, mais bien pragmatique à l'égard des autres races qui voudraient par la voie du nombre prendre le pouvoir dans notre pays. Soyons prudent et surtout ménageons cette sacrée opinion publique que les médias exploitent sans morale. Car sans cela, tous mes plans pourraient bien tomber à l'eau, ce  qui serait pour moi une véritable condamnation à mort et cela je ne le veux en aucune façon. Soyons coulant, vo- ilà c'est l'expression que je cherchais. Aujourd'hui l'air du temps est tellement pourri que je pourrais facilement faire croire à quiconque, qu'une bouteille de vinaigre vaut aussi bien qu'un bon champagne!  

Ha!Ha!Ha! Les temps sont avec nous, mon petit Jean-Paul et le travail se fera tout seul. Prions les dieux pour que mon plan diabolique suive son cours normal, je n'en demande pas plus. Demain sera demain et on verra bien alors ce qu'on devra faire : suivre tout bêt- ement le programme d'éradication des races vouées à l'extinction pour le bien de l'huma- nité, bien sûr. Quelques jours plus tard, il apprit par voie de presse( donc par voix offici- elle) que le président Macador avait annoncé à la France toute entière que chaque cito- yen devrait acheter son livre et en faire son livre de chevet. Car l'épidémie de fièvre bleue gagnait de jour en jour un peu plus de terrain, au point qu'elle avait commencé à faire ses premières victimes à l'intérieur de nos propres ministères, où un ministre, celui du loge- ment, avait succombé à ses premiers effets : on l 'avait retrouvé à quatre pattes mort sous son bureau et en suçant son pouce! (c'est l'affaire dont je vous ai parlé auparavant). Que dire d'autre que sa joie se renouvela et remonta d'un cran! et on pouvait comprendre fac- ilement qu'on allait sûrement l'appeler dans les prochains jours afin qu'il prenne les fon- ctions ministérielles qui lui incombaient tout naturellement, vu l'importance de son livre et de ses idées, penssait-il tout en surveillant d'un oeil maladif le téléphone posé à l'ex- trémité droite de son bureau. Mais en attendant la voix officielle de l'Etat Français, Jean- Paul Camus, et pour ne rien faire transparaître de sa joie certaine, continuait à travailler comme d'habitude sur ses dossiers inextricables de chiens kidnappés par des ravisseurs et demandant bizarrement une rançon à un locataire anonyme, mais aussi, une histoire de squatters sans gênes qui envahissaient maintenant les beaux quartiers de la ville de la Co- lombe.